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CONCOURS DES BALLONS

Au terme de l’année 1906, l’opinion publique s’intéresse passionnément aux premières expériences des ballons dirigeables. Ce n’est encore

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qu’un tremblant coup d’aileSj mais qui présage le vol grandiose de l’Humanité dans l’espace.

Le Matin, qui a déjà fait marcher ses lecteurs dans tous les éléments accessibles^ se doit à luimême de les faire marcher dans les airs. Il organise un concours de ballons :

Depuis quelque temps, dit-il, on pressent que des routes nouvelles vont s’ouvrir devant l’humanité.

Le temps est proche où l’air, qui porte déjà à travers les distances, par le téléphone, la pensée et la parole humaine, va porter l’homme lui-même et sa fortuné.

Qu’il s’agisse de paix ou de guerre, le pays des dirigeables aura sur les autres une suprématie merveilleuse.

C’est donc un devoir national que de stimuler le génie de nos constructeurs, l’habileté de notre maind’œuvre et de hâter le pas du progrès.

De même que la France est aujourd’hui la feine de la navigation sous-marine et de l’industrie automobile, elle doit être la reine de la navigation aérienne et la maîtresse de l’étendue.

Pour cela, il faut à nos constructeurs qui déjà ont le génie, du temps pour concevoir, de l’argent pour rémunérer leurs efforts.

C’est pourquoi le Matin organise pour le mois de septembre 1908, une course d’engins aériens dirigeables qui aura Paris pour point de départ et Londres pour but.

Les prix de cette incomparable épreuve s’élèvent déjà à un quart de million.

Le Matin s'inscrit pour iOOOOO francs.

Cent mille francs !

Le Matin donne cent mille francs, il pourrait donner sans plus de risques, notre vieille connaissance, le million du Transsaharien. Pour accomplir le miracle de la traversée aérienne, ne faudra-t-il pas en effet cinquante ans, un siècle peutêtre ?

On a donc le temps de battre la càisse avant de l’ouvrir :

Un coup de foudre ! s’écrie-t-il, l’annonce de l’épreuve gigantesque, organisée par le Malin. Un coup de foudre qui a soulevé l’enthousiasme des aéronautes et du public.

L’idée du Matin a été accueillie avec une émotion reconnaissante et unanime. Félicitations et bravos prouvent déjà la grandeur de l’entreprise projetée, sa haute portée sociale, l’intérêt sans égal qui s’attache à son succès.

Mais on ne peut pas tout prévoir. Où le Matin espérait un siècle, il n’a fallu qu’un an à l’effort des aéronautes. Voici le Jaune, voici la Patrie, voici la Ville de Paris qui prennent leur vol et qui seraient parfaitement capables de gagner les eent mille francs de Varilla, et le Matin ne veut pas soumettre son patriotisme à une telle épreuve.

Décidément, gémit-il le 13 octobre 1907, décidément, nous serons toujours des idéalistes et des dupes.

La France avait rêvé un instant de faire du dirigeable un élément de progrès plutôt qu’un engin de guerre. Les autres nations ne l’ont pas permis.

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Elles n’ont pas vouln que le dirigeable donnât naissance à une industrie ouverte à tous. C’est dans le mystère le plus profond qu’elles mènent leurs expériences, toutes tournées vers le même idéal : la guerre.

C’est ce que nous ont fait observer les voix les plus autorisées de l’armée.

a Voyez, nous a-t-il été dit, de quel silence l’Allemagne a entouré les efforts prodigieux faits pour égaler nos constructeurs...

« L’Angleterre observe une tactique analogue... Nous seuls faisons nos expériences devant la foule de tous pays...

« Le Matin avait voulu organiser, en 1898, une course de dirigeables Paris-Londres. Cette course eût été belle, si le dirigeable avait été un objet d’industrie. Mais comme il n’est qu’un moyen de défense nationale, elle devient dangereuse. Nous lui demandons d’y renoncer. »

A ce langage, nous n’avions qu’une réponse à faire: Supprimons la course des engins dirigeables que nous avions projetée.

Nous n’hésitons pas. La course n’aura pas lieu. A toute autre satisfaction, nous préférons celle d’accomplir notre devoir patriotique.

Au spectacle d’une telle abnégation, des larmes vinrent aux yeux des bons Français, larmes éphémères, car le 21 janvier 1908, le Matin, qui finit par se perdre lui-même dans tous ses bluffs — c’est d’ailleurs la seule chose qu’il y perde — imprimait heureusement ces lignes consolantes :

La dirigeabilité des ballons repose sur des principes incontestés connus de tous les spécialistes qu

lüU DU BLUFF AU CHANTAGE.

la matière. Sans doute, chaque ballon dirigeable diffère d’un autre par des détails de construction propre à son constructeur et à ses ingénieurs. Mais ces détails eux-mêmes ne constituent pas un secret : c’est un monopole, tout au plus, un brevet pour mieux dire, qui est la propriété du constructeur.

Non, il n’y a pas de secret. Et s’il y en avait un, il y a beau temps que ce secret serait le secret .de Polichinelle...

Il n’y a pas plus de secret dans un dirigeable militaire vque dans une automobile commandée par le ministère de la guerre pour suivre les armées en campagne.

Tout cela serait comique, infiniment; si le Matin ne s’obstinait pas à tambouriner ses réclames et son puffisme sur le dos de la patrie.

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