LE NETTOYAGE DES COLONIES
M. Milliès-Lacroix a été salué à son avènement au ministère par des articles où le Matin vantait
TOUTE LA LYRE
les hautes qualités du nouveau secrétaire d’Etat, ses projets intelligents et généreux, ses mesures ingénieuses pour assurer le développement économique de notre domaine colonial, etc.
C’était le moment où l’on peut tout attendre d’un gouvernement et où les journaux qui ont besoin de sa souplesse pour gouverner sous son nom le comblent d’éloges, en attendant qu’il le comble, en retour, d’une bienveillance illimitée.
Mais M. Milliès-Lacroix a commis deux grandes fautes : d’abord il ne s’est pas intéressé outre mesure à d’importantes concessions que les amis les plus proches du Matin possèdent déjà ou convoitent encore dans nos grands domaines de l’Afrique occidentale ; et puis, il a osé — cette chose inconcevable — réclamer au Matiu un petit acompte de 64 881 francs sur le fameux million qu’il avait offert à la France.
Le Matin, qui réclame toujours des rabais quand il ne peut réclamer des pourboires, en a finalement payé 25 000 par l’intermédiaire de la banque Bénard. Cette opération ne s’est pas faite sans douleur.
La dette de M. Bénard, imprime-t-il le 19 févier 1908, était de 2291 francs. Quant au reste de la somme, M. Milliès-Lacroix a supplié M. Bénard de lui faire l’aumône de ce paiement pour sauver sa triste face devant la Chambre, où une interpellation l’attend le 28.
M. Bénard, pris de pitié pour le triste ministre, a généreusement consenti à payer les 25 000 francs que le malheureux lui demandait... M. Milliès- Lacroix a toutes les audaces...
Et depuis lors, M. Milliès-Lacroix est devenu Millliès-Lagaffe et Milliès la honte et M. Bunau- Varilla le couvre quotidiennement d’injures, au nom de l’intérêt supérieur de la République et de la morale.