LA VÉRITÉ SUR LE MAROC
Campagne de. baisse sur la rente française.
La Bourse n’ayant pas encore inscrit les actions du Matin parmi les fonds d’Etat, M. Bunau-Varilla répare cette négligence, en usant de la rente comme de l’armée, de la flotte et du budget.
Le 27 avril 1905, le Matin publiait en première page, entre deux filets, sans titre et sous la forme des communiqués officielsj cet ultimatum à l’Allemagne.
Les gouverne Clients de Paris et de Berlin s’expliquent en ce moment sur la question marocaine. Notre diplomatie joue cartes sur table. Cependant, la conversation n’a pas pris, du côté allemand, l’allure confiante et cordiale qu’on était en droit d’attendre. Il semble que l’Allemagne s’essaie à jouer avec nous ce jeu qui consiste à avancer quand on recule, à reculer quand on avance.
Le gouvernement a-t-il quelque arrière pensée ? Qu’il le dise. Quelle que soit sa puissance, l’empereur allemand doit renoncer à l’espoir de nous infliger un échec, même d’amour-propre. N’a-t-il pas vu l’accueil fait par toutes les puissances à sa première manifestation ?
Il a vainement cherché des appuis en Amérique et en Europe, même auprès de ses alliés.
Si l’Allemagne entreprenait de troubler en ce mo-
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ment la paix européenne, on peut affirmer hautement qu’elle ne rencontrerait nulle part aucune aide.
Guillaume II manquerait à son passé si, au moment où le conflit, à grand peine localisé en Extrême-Orient, exige de toutes les puissances européennes un redoublement de vigilance, il s’abam donnait à une politique de ,boutades.
La France, forte de son droit, de son désintéressement, de la clarté de sa politique, de la confiance de toutes les nations, de ses intentions pacifiques, na rien à redouter.
Elle n’est plus isolée comme en 1870. L’isolement serait, au contraire, du côté de l’Allemagne, qui demeurerait seule de son avis dans le monde entier.
Cette note provoqua le plus vif émoi dans les chancelleries et l’opinion, où elle apparut comme un communiqué réellement officiel du gouvernement français.
Cet émoi ne se calma qu’au bout de vingt-quatre heures et après un démenti catégorique du ministère des Affaires étrangères.
La note tendancieuse avait été écrite de la main de M. Bunau-Varilla et envoyée par lui au secrétariat général du Matin pour être mise en français.
Le 27, dès trois heures de l’après-midi, et du département de l’Indre, où il était en villégiature, il téléphonait au même secrétariat pour s’enquérir de la répercussion de la note sur la Bourse
Cette répercussion fui la suivante. La rente cotait
Avant la note. 26 avril 99,40
Après la note.27 avril 99,05
. 28 avril 98,75
Après le démenti. ........ 29 avril 99,05
— 30 avril 99,15
Soit une baisse de soixante-cinq centimes et la I)ossibilité pour les spéculateurs dans le secret, de faire en quelques heures une rafle d’un million.
C’est ce que le Matin appela depuis lors : « Lavérité sur l’affaire du Mo.ro c ».
l’impôt sur le revenu
Nouvelle campagne de spéculation sur la rente.
Le 6 novembre 1907, le Matin imprimait en première page et en vedette :
La Lanterne de ce matin publie l'intéressante information que voici :
Si nos renseignements sont exacts, et nous avons. tout lieu de croire qu’ils le sont, M. Caillaux a l’intention d’apporter de profondes modifications à son projet.
Cest ainsi notamment qn'il renoncerait à imposer la rente française et à exiger une déclaration des commerçants. D’autre part, il changerait notablement le système qu’il avait proposé pour les valeurs
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étrangères et remanierait complètement les cédules foncières.
C’est, on le voit, un véritable projet nouveau qui sera bientôt soumis l’examen de la Commission des réformes fiscales.
Cette heureuse nouvelle amena à l’ouverture de la Bourse du même jour, une hausse très importante sur la rente, et les spéculateurs qui avaient acheté la veille purent revendre à gros bénéfice.
Le démenti de M. Caillaux connu quelques heures après, fit de nouveau fléchir les cours.
Devant runanimlté des protestations, le Conseil des ministres décida des poursuites contre la Lanterne, mais il dut aussitôt renoncer à ce projet téméraire. Il était, en effet, démontré que c’était M. Bunau-Varilla qui avait envoyé à ce journal la note suspecte. Celui-ci l’inséra avec tout le respect qu’on doit à d’aussi nobles origines, et 1 expéditeur la reprit pour l’organisation de son coup de Bourse.
C’est ce que le Matin appelait dans sa longue campagne contre l’impôt sur le revenu : « La défense des classes moyennes contre l’empiètement de la démagogie ».