‹ Du bluff au chantageChapitre 42 sur 44 · LA CHARTREUSE · texte numérisé non relu

LA CHARTREUSE

La plus belle de toutes les affaires du Matin et cependant la plus discrète, la seule dont il n’ait pas encore vanté au public admiratif la splendeur humanitaire.

Ayant rendu au ministère Combes quelques petits services, notamment dans la guerre aux moines, M. Bunau-Varilla, qui prend d’ordinaire sans demander, demanda, par exception, qu’on lui fît son petit cadeau.

Le gouvernement, qui le sait homme de bon goût, lui donna quelques moinliions pour horsd’œuvre, et pour dessert, ce morceau de roi : les Chartreux.

M. Henri Lecouturier, beau-frère de M. Bunau- Varilla fut, en effet, nommé liquidateur de la congrégation.

Il la liquida si bien - qu’il finit par vendre 500 000 francs la célèbre marque estimée jadis 50 millions, mais tout ne fut pas perdu, puisqu’il la vendit heureusement à une société où se trouvaient comme par hasard réunis M. Henri Poidatz, M. Alfred Poidatz et tous les plus sympathiques associés du directeur du Matin.

La vieille liqueur des moines est aujourd'hui

TOUTE LA LYRE

une liqueur de famille, fabriquée par le Matin et ses amis. De récents débats devant la Cour de Grenoble ont même prouvé qu’ils la fabriquaient parfois à Bercy, avec des alcools de rebut à trente centimes le litre.

Sur le dossier de cette liquidation mémorable, M. Caillaux a écrit de sa propre main : « Les seules suites à donner à cette affaire paraissent être des suites correctionnelles. »

Caillaux est un ingrat. Les quelques avances faites à Panama, les quelques acomptes marquant chacun des jours d’une glorieuse carrière n’ont pas supprimé nos charges de gratitude nationale.

En offrant à Maurice Bunau-Varilla, ministre du bien public, la marque de la Chartreuse, M. Henri Lecouturier paye les dettes de la France !

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