‹ Du bluff au chantageChapitre 43 sur 44 · JEANNE WEBER · texte numérisé non relu

JEANNE WEBER

Quand M. Varilia eut tout fait pour le développement du patriotisme, de l’hygiène et de la prospérité publique en France, il songea à des œivres plus vastes et plus humaines, à la fécondation par le Matin du patrimoine universel.

Pour la morale, il fit d’abord rédiger de nombreux articles où il apparut avec évidence que toutes les petites annonces parues dans les at très journaux étaient essentiellement pornographiques.

Seules, ses clientes hebdomadaires Zénita, Bo-

1. Cett-e poutre échappée à La vigilance du Matin démontre qu’il ne faut pas toujours chercher des pailles dans les petites annonces d’autrui :

« Wanted a thoroughJy good valet, a hugger preferred, apply.

« T. B. 156, advenue Victor-Hugo. »

{Matin. Pet. ann., 10 avr. 1902.)

TOUTE LA LYRE

Il délivra Jeanne Weber i

Des magistrats féroces et des experts igi ares prétendant que la grande martyre n’était qu’une dangereuse maniaque, voulurent d’abord résister à son chevaleresque ultimatum, mais le sire de Poidebard les couvrit en son nom d’une telle abondance de feux grégeois qu’ils en furent irrémédiablement anéantis. •

Ecoutez plutôt les notes de bataille et le bulletin de victoire :

Aigri, névrosé, déséquilibré par trente années d’exercice, en le même grade, au même poste, de la fonction la plus déprimante qui soit, celle de taxer ses semblables de vertu ou de crime, tel est le juge d’instruction Belleau, tel est le vieil oiseau malade qui étreint dans ses serres l’innocence de Jeanne.

Mais ce que le Matin veut. Dieu le veut. Varilla a vaincu l’oiseau et Jeanne lui est rendue Le Matin déborde d’allégresse :

Là où, dans d’analogues circonstances, il avait fallu de longues années à Voltaire pour réhabiliter Calas, et, plus récemment encore, de longs mois de fièvre, de révolte, presque de révolution, pour délivrer un innocent, quatre mois ont suffi à un grand organe comme le Matin pour faire rendre justice à Jeanne Weber et la ramener à la vie libre.

Dans cette ‘utte autour de la vérité, autour d’une malheureuse créature humaine frappée par la fata-

lité, il y a eu forcément des vainqueurs et des vaincus.

Les vaincus (que la paix soit sur leurs restes !) les vaincus, outre le juge Belleau, condamné, moral sur qui s’abattra bientôt la sanction administrative, les vaincus sont surtout ces malheureux experts châteauroussins, dont le sort, désormais, nous apparaît bien triste et dépourvu des grâces les plus humbles de la vie. Car qui donc, aujourd’hui, dans la région berrichonne, oserait confier le soin de sa santé à ces majestueux ignorants ?...

Le vieux M. Belleau aura tout loisir, en attendant la mise à la retraite imminente, de retourner à ses séniles et ridicules aventures de vieux marcheur, que tout Châteauroux connaît et dont tout Châteauroux se gausse.

Tandis que le juge et les experts suivaient ainsi leur sombre route, Jeanne revenait en triomphe dans les automobiles du Matin. Elle témoigna à son rédempteur une gratitude touchante et simple. Elle lui signa d’ahord un certificat pour servir au procès Charles Humbert et s’en fut ensuite lui étrangler un petit garçon dans la Meuse.

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