D. Man. Milà y Fontanals, De los trovadores en Espaha
L'examen des textes du xv^ siècle donnerait les mêmes résultats que ceux des siècles précédents ; seulement, devant e et ^, c se substitue à ç réservé pour représenter la spirante suivie de a, de w ou de 0. Il en est encore de même au xvi^ et au xvii'' siècle, du moins pour ce qui est des signes, car, ainsi que je le montrerai plus loin, la prononciation de pet de s changea au xvi** siècle. Ils allaient même finir bientôt par se confondre ; mais, à cette époque, comme pendant toute la période précédente, ç et z avaient encore une valeur différente que les grammairiens du temps s'attachent à faire remarquer, peut-être parce qu'elle devenait sans doute chaque jour moins marquée : « Hase de tener muy gran cuento, disait en 1580 Juan de la Cuesta ^ que en esto de las pronunciaciones desdeluego sepan los ninosdistinguir el sonido de la ç et de la^.» Nous verrons quel était au juste le son que la f etla^ prirent au temps même de Juan de la Cuesta, mais en comparant les renseignements donnés par les grammairiens, on voit quela ç à laquelle Doergangk attribue la valeur ss était sourde, que la z, au contraire, qu'il dit s'être prononcée ds, était une spirante sonore ^ : nouvelle confirmation des résultats auxquels j'étais arrivé par la comparaison des textes du Moyen- Age. L'étude des monuments de l'ancien portugais viendra encore le corroborer.
IP Transformation du c palatal en portugais.
Il est moins facile, soit par l'absence d'anciens monuments, soit par le manque de publications dont ils aient été l'objet, de suivre les modifications de l'orthographe du c palatal transformé en portugais qu'en espagnol ; par contre elle paraît avoir subi moins de changements depuis l'époque où nous pouvons l'observer.
Dans le « Gancioneiro d'el rei D. Diniz, » le recueil le plus ancien que j'aie eu à ma disposition, nous trouvons la spirante qui en résulte représentée par p ou c quand elle est sourde, — ç devant a, o ouu, c devant e i; par z, au contraire, quand eUe semble être sonore; c ou ç apparaît seul d'ailleurs, comme en espagnol, au commencement des mots, z à la fin. Ainsi on a, dans les cinquante premières stances, avec c initial : certo 4,1;
1. Lihro e tratado para ensenar leer e escrivir, compuesto por Juan de la Cuesta, etc. p. 7.
2. Institutiones in linguam hispanicam, authore H. Doergangk, etc., p. 2.
cedo 6, G ; et avec z final : fez 2, 3 ; 4, 6 ; 7, 1 ; 14, 7 ; 15, 7 ; 19,5; 20, 5; 21,1; 30,2; 44, 1;46, 1; faz 11, 6; 35,6; 36, 6 ; 37, 6 ; o?ù 37, 1 . Au milieu des mots on trouve c dans tnereci 10, 3 et 12, 5; receey 13, 2; conhecesse 19, 4; padecesse 20, 1 ; percebesse 21, 1 ; falecesse 21, 4; servie' 3, 5M et f dans coraçon 11, 4; 18, 1 ; 43, 4; 49, 2; ^r, au contraire, dans o?ùer 3, 4; 7, 0; 8, 6; 15, 3; 17,4; 22, 8, etc., dizen 35, 1 ; /a^er 1, 4; 9, 6; 30, 2; 41, 6, etc., fazedes 16, 4; 18, 2 ; 31, 8; 38, 1 ; 47, 8, etc. ; fazenda 29, 3; 30, 3; 31, 3; prazer 2, 1 ; 14, 3; 36, 4, etc. ; razon 10, 1 ; 11, 1 ; 49, 6; sazon 39, 1. Dans tous ces mots z représente une spirante sonore, tandis que dans les précédents la sourde c (p) a persisté jusqu'à ce jour.
Dans les « Canti antichi portoghesi » que vient de publier M. E. Monaci^, nous trouvons absolument les mêmes signes, employés de la même manière, pour représenter les transformations du c palatal et de ti; ainsi nous avons cintas XII, 10 avec c initial, et avec z final : faz IV, 6, 12, 18; voz IX, 8; diz XI, 12 ; fiz XII, 6. Au milieu des mots nous trouvons c dans pareeer et parecemos III, 15; franees XI, 2 ; et p dans moça IX, 1, 7; pareçia id. 7; coraçonià.. 13;^ec'id. 16; pediçon id., peça X, 17; orthographe qui est encore aujourd'imi la même; nous avons z, au contraire, àdtW^prazo, I, 17, 20; prazer XI, 20; fazemos III, 15; diziayil, 5, 10, 12, 15, 20; IX, 2; X, 23; XI, 7; dizedesià. 11; dizerià. 18; vezes X, 19; sazon XI, 14; jora^er id., 20; donzella XII, 7 ; razoada id. 25, dont la spirante a continué d'être sonore.
L'examen des fragments poétiques qui se trouvent dans le livre de Fr. Diez « Uber die erste portugiesische Kunst- und Hofpoesie » donne des résultats analogues ; ainsi pour ne parler que de la spirante médiale nous la voyons représentée par c dans acontece p. 82; escaecer p. 82 et 91 ; pareeer p. 85 et 91 ; gradecer p. 85, et facen p. 89 ; par ç dans proençal p. 27 et 88; coraçon^. 40, 45, 76, 79, 83, 90; faça p. 44; traiçon p. 45 ; lançastes p. 47 ; forçon et força p. 76 ; louçano p. 98. Nous trouvons z, au contraire, dans dizer p. 22, 38, 44, 70,
1. Lopes de Moura, l'éditeur du Cancioneiro, a écrit serviç{o) avec un ç, mais il n'y a qu'un c dans le fac-similé du manuscrit qu'il a luimême donné, peut-être en est-il de même pour coraçon, ce qui au reste importe peu.
2. Canti anti. port. Iratti dal codice vatic. 4803. Im. 1873.
75, 77, 83, 86, 91, etc. ; dizen p. 43, 75, 82; dizede p. 44, 77, 79; /-«^^er p. 25, 27, 44, 67, 77, 86, 88, ^d\fazend'^. 4:4i ; prazer p. 38, 44, 69, 75 ; sazon p. 25, 46 ; razon p. 45, 82, 83; vezes p. 90 et 91 ; semelhanza et crianza p. 25. Si l'on excepte facen, qui, comparé à fazer, fazend' , paraît une faute de copiste, c et p représentent une sourde ; quant à z, il est resté dans les mots où nous le voyons ici, excepté dans crianza, semelhanza, qui s'écrivent aujourd'hui par un ç.
Les monuments contenus dans la « Coleccâo de libros inédites de historia portugueza » nous offrent ceci de particulier que les plus anciens d'entre eux, tels que la « Carta d'el papa a el rei de Portugal » (D . Pedro I), les Foros « de Santarem », les « Foros de S. Mai'tinho de Mouros » et les « Foros de Torres Novas » ont ç devant e et i aussi bien que devant a, o, u\ dans les « Foros de Gravâo, » qui sont de la fin du xiii® siècle, ainsi que dans ceux de Garda et de Beja, qui sont du xiv% on ne trouve plus que c devant e et i, ç étant exclusivement employé devant les autres voyelles, ainsi que cela se fait aujourd'hui. Quanta la valeur des signes employés pour représenter les spirantes nées de la transformation de la palatale, c eiç se trouvent en général dans les mots où elle est sourde aujourd'hui, par exemple dans pW/îp2pe5 Cart. (IV, 11), merçees id.; graça For. S. (id. 531), conçelho id. 541 ; serviço For. S. M. (id. 579), força For. T. IV (id. 608); receberYoY. Gr. (V, 381); ^nerece For. B. (id. 461); coraçonYov. S. (IV, 531), etc. Il en est de même dans les mots /<2p<2 For. S. M. (IV, hS2)\praço, façam, faça For. Gr. (V, 376); façades For. Gar. (id. 399J; façan, praça For. Bej. (id. 457); faço id. 461. Mais on rencontre z, comme aujourd'hui dans les moi&razom, tristezza, clareza, Cart. (IV, 11), Portuguezes, homezio, vezes For. S. (IV, 531), fazer, dizima id. 533, duzentos, dezasete id. 539 ; faziam, vezinho, prazo id. 541 ; trezentos, onze For. S. M. (IV, 579) ; fazemos, dizima id. 580 ; fazer, dizer id. 581 ; fezer For. Gr. (V, 375) ; vizinno id. 376 ; vezinho id. 379, vezino id. 384 ; doze, dizer, juyzes id. 378 ; fazerem id. 379 ; juizo For. Gar. (id. 400), etc. On le voit, à part quelques hésitations de la langue, ç ei z avaient au Moyen Age la même valeur qu'aujourd'hui.
Il résulte de ce qui précède que la palatale en se transformant en spirante dentale est restée sourde au commencement des mots en portugais, comme dans les langues du Nord-Ouest et dans l'ancien espagnol. Ainsi on a :
LAT
l'ORT.