‹ Du c dans les langues romanesChapitre 103 sur 220 · Cf. Romania, I · texte numérisé non relu

Cf. Romania, I

^rans formation de la spirante dentaf^n dans l'espagnol moderne.

II n'y cl pas de raison pour supposer que le c palatal se soit transformé dans les langues hispaniques autrement que dans les autres idiomes romans ; on doit donc admettre que c a été la première modification qu'il ait éprouvée, seulement, comme dans le groupe du Nord-Ouest, c dut bientôt s'affaiblir en ts, son qu'il avait certainement à l'époque où furent écrits les plus anciens monuments qui nous restent de l'espagnol et du portugais ; l'emploi même de z, dont la valeur a dû être d'abord ts dans tout le domaine roman, la substitution, que j'ai signalée plus haut, de tz'^ cette lettre dans le mot ditz (Ap. 17, 3), rimant avec imperadriz, enfin la persistance du son ts et dz jusqu'à nos jours dans les dialectes du Nord et de l'Ouest, tout prouve que tel a dû être le son qu'avaient autrefois c ei z dans toute la Péninsule. Mais comment ce son est-il devenu ce qu'il est aujourd'hui dans les deux idiomes hispaniques ? Ici il faut distinguer entre l'espagnol et le portugais. L'absence de documents ou de témoignages contemporains ne permet pas de rien préciser au sujet de cette dernière langue, mais cette circonstance que ç ei z s'y prononcent aujourd'hui comme en fi:'ançais peut faire supposer qu'ils s'y sont à peu près modifiés comme dans cet idiome. La question est plus complexe en ce qui concerne l'espagnol, mais nous avons aussi plus de moyens de la résoudre.

J 'ai dit qu'au xiii* siècle c et ^ avaient probablement encore d'ordinaire en espagnol, comme en français, la valeur ts et dz ; la substitution de 5 à ^ au siècle suivant dans les poésies de l'arcliiprêtre de Hita indique évidemment une modification de ce son, lequel, on le sait, devint en français vers la même époque ou un peu plus tôt z de dz qu'il était auparavant. Il en fut de même évidemment pour c ; mais cette nouvelle modification commençât-elle en même temps que celle du z ? Cela est vraisemblable ; mais quand fut-elle définitive pour les deux lettres ? Il ne semble pas que cela ait eu lieu avant le xvf siècle. Il résulterait même du témoignage de plusieurs des grammairiens de cette époque que z avait encore alors le son composé dz '. « z se doit prononcer, » dit l'auteur anonyme, de « La parfaite méthode pour entendre, escrire et parler la langue espagnole S » comme ds, non comme

1. Un vol. in- 18, Paris 1546. L'exemplaire de la Bibliothèque nationale

s ou double ss. » — « z, disait encore Doergangk en 16J4, effertur Germanico more et quasi ds, ut aspreza, vel ut Italicè duo zz, ut alteza, riqueza, dulceza, vezino, quasi altedsa, aspredsa, dulcedsa, vedsino » ^ ; mais ce qui est plus surprenant, c'est qu'en même temps que Doergangk attribue k z la. valeur double ds, il regarde ç comme ayant la valeur de ss, c'est-à-dire de s sourd : « ç candatum, dit-il p. 2, effertur ut geminum ss, ut caçar, quasi cassar, » ce qui ne l'empêche pas d'ajouter plus loin : « c caudatum idem valet ut apud Italos unicum z. » On a dans ces explications fantaisistes du professeur de Cologne un exemple de l'incertitude qui régnait encore souvent à l'étranger au commencement du xvif siècle sur la valeur véritable de la p et de la ^ . En Espagne même on ne s'en était pas toujours rendu bien compte. L'auteur de 1' « Util y brève institution para aprender los principios y fundamentos de la lengua Hespanola, » — publiée, il est vrai, à Louvain, — donnait en 1555 cette singulière définition de la ç : « Pronunciase ç mas asperamente que la 5 y mas delicadamente que si fuese z; de manera que es média pronunciacion entre las dos y hace un son templado de las dos^. » Tout inintelligible qu'elle est, c'était cette définition que répétait encore en 1565 presque mot pour mot Sotomayor dans sa « Gramatica con reglas muy provechosas para aprender la lengua francesa » ^. Heureusement nous avons de cette même époque des renseignements plus précis et plus exacts. Dès 1546, Charpentier, l'auteur présumé de la « Parfaite méthode », donnait de la ç une définition qu'on pourrait encore accepter aujourd'hui ; «ç, dit-il p. 5, avec une apostrophe dessous se prononce avec un doux sifflement, en mettant le bout de la langue entre les dents. » Cette définition est entièrement confirmée par celles qu'ont données de la ç Juan de la Cuesta et Velasco, qui en même temps, ce que Charpentier n'avait pas fait, nous indiquent d'une manière claire quelle était alors la vraie valeur de la z. « La ç, disait le premier en 1580 "*, tiene

que j'ai eu entre les mains porte écrit à la main « N. Charpentier, » avec cette note « roué en avril 1597. »

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