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Voir plus loin, Liv. IV, chap. Vlll

tout étonnante que puisse paraître cette transformation^ s'est modifié en h ; nous verrons ^ au reste que les sons c ou s se sont transformés en espagnol en spirante gutturale x^ ou 7 ; il a pu se faire aussi que dans les dialectes méridionaux de l'Italie et de la Roumanie, ils se soient changés en simple gutturale 2.

IP Substitution de u au c vélaire ou palatal.

Mais les explosives et les continues labiales ne se substituent pas seules aux gutturales, la voyelle de même ordre u peut également prendre la place, tout comme i, de c et de ^. La substitution àeih.c o\xg s'explique sans peine, comme nous avons vu, par l'affaiblissement graduel de ces consonnes en la spirante ou semi-vojelle y, puis en la voyelle de même ordre i ; mais comment se rendre compte du changement de la gutturale en la voyelle palatale u? Le plus souvent on s'est borné à constater le fait, sans chercher à l'expliquer^; essayons d'aller plus loin.

Avant tout il faut remarquer que, pour ne pas parler de /, w se substitue à toutes les labiales ; ainsi :

l"Ap, en espagnol dans caM^it?o (captivum), raudo (rapidum); en portugais dans bauiiçar v. (baptizare) ; en provençal et en français dans saurai (sapere habeo), dans malaut pr. (maie aptum) et dans jowree, v. fr. peurée (*piperitam), peule (populum), S. B. p. 523, 531, 546, 548, 552, etc.

2° A &, en espagnol dans ausente (absentem); en provençal dans laudacisme Leys d'am. III, 5 (labdacismum), laurar (laborare), rouvre (*roborem), trau (trabem) ; en français, — en particulier dans le dialecte bourguignon, — dans diaule (diabolum), qui apparaît déjàdanslaCantilène de sainte Eulalie, et qu'on retrouve p. 523, 524, etc., dans les Sermons de Saint Bernard, amiaule (amabilem) id. p. 530, aurons (abrotonum), covenaule (* convenabilem) S. B. p. 522, 544, etc. \ despeitaule (despectabilem), id. p. 550, deleitaule (delectabilem) , id. p. 530, 539, etc. ; encer chaule (*incercabilem), id. p. 531 ; faurge aujourd'hui forge (fabricam) ; honoraule (honorabilem) S. B. p. 531; paisiule (pacibilem), id. p. 538; estaule (stabilem),

t. Liv. m, ch. IL

2. Le sicilien gigghiu (cilium) offre bien du moins, je crois, un exemple de la substitution d'une gutturale è.jot transformé : cilium, cilju, gigiu, enfin gigghiu.

3, Voir cependant l'explication que Diez a essayée, Gram. I, 256.

S. B. p. 532, 550, etCart. d'Auchy; taule (tabulam), aujourd'hui tôle ; veritaule (veritabilem), S. B. p. 535; enfin en espagnol et en provençal dans paraula (parabolam), fr. parole eten provençal et en français dans aurai (habere habeo).

3° à i;. Cette substitution déjà connue, aussi bien que celle de u h b, du. latin, qui en offre de nombreux exemples, — ainsi aufero pour abfero, aucellus pour avicellus , naufragiuva pour nav{i)fragium), nauta pour navita, — se retrouve en provençal dans auca (av(i)cam), aulana (*avelanam), eau (cavum),yoM5 — dijaus en béarnais — (Jovis dies), nou (novem), pau (pavum) ; en français dans autruche (avis struthio) ; en roumain dans nou (novum), noue (novem), nour (*nubilum).

Dans tous ces exemples il est naturel de voir l'affaiblissement graduel de la labiale, descendant la série p, b, v, u, — b, v, u ou simplement v, u, suivant qu'il s'agit de la transformation en M de J3, de ô ou de -y. Quant au changement de v enu, auquel il en faut ainsi toujours revenir, ce n'est, comme pour le changement de y en i, que la transformation presque forcée de la spirante ou demi-voyelle labiale en la voyelle correspondante. Mais si cette transformation se comprend ainsi sans peine, il n'en est pas de même de la substitution de u aux gutturales et même aux dentales, transformées ou non, ainsi que cela a lieu pour ces dernières en catalan dans amau (amatis), palau (palatium), preu (pretium), etc. Cette substitution, pour ne parler ici que des gutturales, a heu également pour g et pour c ; ainsi pour c, en espagnol dans auto (actum), carauter (characterem), contrauto S.R. (contractum) ; en portugais dans awpom (actionem), autivo (activum), auto, doutor (doctorem), outubro à côté, il est vrai, de oytubro v. ; en provençal pour g dans sauma (sagma), et peut-être pour c dans amiu (amicum) pour amie, castiu pour castic (casticum), formes blâmées par Raimon Vidal, et dans enemiu (inimicum) Chx. III, 192 ; en français pour g dans fleume (flegma), reule S. B., pour c médial dans aveule C^ shocxAvim) , seure (*sequere) id. p. 543, ei seule (seculum) Gant. S. E. et S. B. p. 535, 546, 560, 567, 569, v. 24, pour c final peut-être dans feu, v. foc, fou (focum) ; lieuY. lou, liu, leu (locum) ; ^et*, Y.poc, pou (paucum), etc. Enfin en catalan u apparaît à la fois à la place du c vélaire et du c palatal, par exemple dans Jaume (Jacobum) — espagnol Jaime, — faure (facere), plaure (placere), creu (crucem), diu (dicit), nou {nucetn), pau (pacem), veu (vocem) ^

1. La substitution d'une labiale à une gutturale n'est point particulière

— no —

Comment rendre compte de ces transformations si diverses ? Diez, ne l'étudiant que dans le catalan et frappé de la difficulté d'expliquer la substitution de w à une gutturale ou à une dentale, incline à y voir la substitution de u à i dans les diphthongues nées de l'affaiblissement de la gutturale ou de la dentale en cette dernière voyelle ; il est possible que cela ait eu lieu dans certains cas, mais cette explication ne saurait convenir évidemment dans tous, et il faut voir, je crois, le plus souvent dans ce fait le résultat de la transformation d'une labiale substituée à la gutturale primitive, parfois même peut-être le résultat du développement de u sous l'influence de la gutturale, ou la conservation d'un u primitif, tombé dans les autres idiomes. Ainsi dans aveule, reule, seule, seure, il est possible qu'il y ait chute du c ou du g, et conservation de Vu, ou plutôt diplithongaison, sous son influence, de la voyelle précédente en eu. On en peut dire autant de feu, lieu, peu, etc., quoiqu'on puisse voir aussi simplement dans ces formes le résultat de la chute du c final, suivie de la transformation ordinaire de o bref accentué en eu. Mais il faut chercher une autre explication pour rendre compte des formes comme amiu, castiu, ou auto, carauter, doutor, etc. ; et il faut bien ici admettre une substitution directe àe u kc, a-t-elle été précédée de la substitution préalable à c d'une labiale explosive ou spirante, affaiblie plus tard en u; ainsi doutor par exemple suppose-t-il une forme doftor qu'on retrouve en roumain, et qui n'est elle-même qu'un affaiblissement ou une modification de doptor? ou bien faut-il supposer que ces formes en ou, eu, ont été précédées de formes en oi, ei, auxquelles elles se seraient substituées, que outuhro, par exemple, serait pour oytuhro, que peu viendrait de poi? Il est difficile de se prononcer entre ces deux hypothèses, toutes deux vraies peut-être, et qui pourraient bien représenter seulement deux procédés différents de la langue dans le changement du c.

IIP Substitution de h à la gutturale.

La gutturale soit vélaire, soit palatale, initiale ou médiale, peut faire place à ^. On trouve ^ substituée à g en espagnol dansAermano (germanum) et ses dérivés, dans hielo {gelu) , hiema (gemmam), hierno (generum), hieso (gypsum), Calahorra (Calagur-

aux idiomes romans, on la retrouve dans les langues germaniques, en particulier dans l'anglais; ainsi à draw correspond le v. sBxon dragau, law est dérivé de lagu et sorrow de sorga.

rim) et Mahon (Magonem) . Le c, soit seul, soit précédé de 5, a fait non moins souvent place à h, en particulier en catalan et en wallon ; ainsi en catalan dehembre (decembrem), vehi (vicinum) ; en wallon damehele (dominicellam), formihe (formicam), haie (scalam) — chaule dans le dialecte de Namur, — kinohe (conoscere), nam. conoche, etc. ^.

\Jh n'est plus aspirée en espagnol et en catalan, mais elle a dû l'être autrefois, et on ne s'expliquerait pas sans cela comment elle aurait pu se substituer à /" ~ ; elle l'est encore fortement en wallon ; il est donc difficile de voir ici une simple lettre intercalaire, destinée à empêcher la rencontre de deux voyelles, comme cela a eu lieu probablement dans envahir, trahir, etc. , écrits souvent sans h autrefois. De plus si l'on remarque que h se substitue aussi à 5 en wallon, par exemple dans mohone (mansionem)j cas dans lequel elle est remplacée par j dans le dialecte de Namur, tandis que ch en tient la place dans ce même dialecte, quand elle se substitue à 5C, on aura la preuve qu'il y a là un procédé régulier de transformation du c. Mais comment se iait cette transformation? Si nous comparons directement le mot catalan ou wallon au latin, comme les formes intermédiaires manquent, il sera diiScile de répondre à cette question ; mais les formes ch eij du dialecte de Namur équivalentes à Vh du wallon, ainsi que la comparaison du provençal prezar et du catalan preJiar, de cazer en provençal et de cahir en portugais, semblent montrer dans cette lettre une transformation des spirantes 5 ou z, 5 ou z, lesquelles, se déduisant sans peine de la gutturale, servent d'intermédiaire naturel entre celle-ci et Y h qui s'y substitue.

IV° Substitution de n à c.

Nous avons vu ^ que, le roumain et le provençal exceptés, le c final tombe dans toutes les langues romanes ; cependant dans un certain nombre de mots il semble avoir été remplacé par n\ c'est ce qu'on peut supposer avoir eu lieuen espagnol dans 6ïi<n(adlmc), allin (illic) G. Vie, nin (nec), sin (sic) ; ces deux derniers mots sont en portugais nem, sim, (et son composé assim), avec m à

1. Vh se substitue aussi aux dentales, ainsi en catalan pj-e/tarfpre tiare), rahô (rationem), en portugais cahir v. (cadere).

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