‹ Du c dans les langues romanesChapitre 12 sur 220 · Brùcke, id · texte numérisé non relu

Brùcke, id

4. Briicke, id. 35. — J'ai suivi dans ce qui précède presque exclusivement la classification de Briicke, la meilleure, sinon la seule qui permette de se rendre compte des transformations des consonnes. 0. Wolf {Spr. u. Ohr) en a proposé une autre : il divise les consonnes simples — pour ne parler que de celles-là — en consonnes indépendantes de tout son de voyelle (selbstœnende) et en consonnes proprement dites, c'est-àdire qui sont accompagnées d'un son de voyelle (tonborgende). Les premières comprennent 1° la série R (r et x). 2° la série B {b etp), 3° la série K (A: et g), 4° la série T {t et d), 5° la série F (f et v), 6° le son S, 7° la série G (g, et y..)- — Les consonnes proprement dites sont 1° H, 2° L, 3* M et 4° N. On voit quelles lacunes et quels inconvénients présente cette classification; on y cherche en vain k, et le jot; la quadruple série des

Transformation des sons. — On voit par ce qui précède comment les spirantes, les trémulantes et les résonnantes dérivent des explosives, et l'on comprend facilement comment l'une quelconque de ces dernières peut en se modifiant se changer en la spirante correspondante, parfois même en la résonnante de même espèce ; c'est là, avec l'affaiblissement des sourdes en sonores, un changement que dans toute modification importante d'une langue quelconque, les consonnes doivent presque fatalement éprouver ; mais il en est d'autres qui peuvent encore se produire. La théorie même de la formation des différentes espèces de consonnes, explosives, spirantes, trémulantes et résonnantes gutturales, dentales ou labiales, montre que pour passer d'une espèce à l'autre^ il suffit de déplacer l'obstacle destiné à arrêter l'air, ou bien l'espace étroit qu'il doit traverser, à sa sortie du poumon ; on comprend dès lors que les diverses consonnes puissent d'autant plus facilement se substituer les unes aux autres que cet obstacle est formé par les mêmes organes et se fait vers le même point ; c'est ce qui a lieu en particulier pour les gutturales palatales et pour les dentales, surtout les dentales dorsales et cacuminales ; pour peu qu'on recule, en effet, l'obstacle formé dans la production des dentales, il a lieu à l'endroit où on le forme dans la production des palatales, et alors, au lieu de faire entendre un t ou un d, on fait entendre leson^^ ou ^; réciproquement si on avance la langue, quand on veut former ce dernier son, au-delà de l'endroit où doit se faire l'obstacle destiné à arrêter l'air, au lieu d'un k ou d'un g on produit le son t ou d. Nous avons tous entendu prononcer amiquié pour amitié^ quien pour tien, gueu pour Dieu. On trouve dans toutes les langues des exemples de confusion analogues*; elles en offrent même, comme nous verrons, de la substitution des labiales en gutturales, changement bien autrement surprenant en apparence.

Composition et décomposition des sons. — De même qu'il s'explique sans peine qu'un son puisse être formé à la place d'un autre, de même il peut arriver que deux sons de consonnes voisines

dentales est réduite à une, ainsi que celle de S; enfin des sons qui ont la plus grande affinité entre eux se trouvent séparés; c'est ce qui a lieu en particulier pour g et g,, et pour toutes les spirantes par rapport aux explosives de même ordre.

1. « Dans les langues des îles Sandwich k et t se confondent tellement qu'il est impossible à un étranger de dire si ce qu'il entend est un son guttural ou un son dental. Le même mot est écrit souvent avec un k par les missionnaires protestants et avec un t par les missionnaires catholiques. » M. Millier, id. I, 211.

s'unissent et se confondent, et forment ce que Max-MûUer a appelé d'une expression ingénieuse une consonne diplithongue. Si par exemple, tandis qu'on produit la spirante gutturale -/, on recourbe la partie antérieure de la langue de manière à ce qu'elle occupe la place correspondante à 1'^ alvéolaire, on fera entendre le son s/, composé, comme on voit, du son y et de la spirante dentale 5, c'est celui du sch, tel qu'on le prononce dans certaines parties de l'Allemagne, en particulier en Westphalie; est-ce là aussi le son du ch français et du sh anglais? Briicke l'affirme ^ de même qu'il ne fait point de différence dans la prononciation du sch allemand, et qu'à quelque région qu'il appartienne, il le considère toujours comme égal à 5 + / ; mais ceci a été contesté, et Fr. von Raumer en particulier ne voit dans ce son que la spirante du t cérébral ou lingual, le s (notation de Bopp), s (notation de Schleicher) de l'alphabet sanscrit et zend, par conséquent une lettre simple^. Je ne me prononcerai pas entre ces deux opinions qui pourraient bien être toutes deux vraies. Si on remarque que le plus souvent sch ou sh dans les langues germaniques, et souvent aussi ch dans les langues romanes, est le résultat de la transformation du groupe se, on comprend qu'à l'origine ce son ait pu être composé, comme il l'est encore dans le dialecte westphalien ; mais l'est-il toujours resté? et l'est-il encore quand il n'est, comme cela a lieu en particulier dans quelques patois provençaux, qu'une modification de 1'^ alvéolaire ou dorsale? Je ne le crois pas, et on peut admettre que ce son est alors simple. Quoi qu'il en soit, à l'occasion je lui donnerai le nom de chuintante, nom dont l'insignifiance a l'avantage de ne pas en préjuger la nature, et je le représenterai avec von Raumer et Schleicher, comme il l'est parfois d'ailleurs dans les langues slaves, où il apparaît fréquemment,— par ex. nolti, v. bulg. (lat. noctem), — par le signe s (le sz de l'alphabet polonais) . La sonore correspondante à l est moins fréquente que ce son ; on ne la retrouve ni dans le sanscrit ni dans les langues germaniques, qui possèdent celui-ci, mais elle existe dans les autres; c'est le y du français actuel; par ex, dans joie, le z des langues slaves et du zend ; par ex. dans le polonais zona (épouse), et le zend znu (sansc. ganu, lat. genu). Briicke, considérant ce son comme composé, le représente par zy, c'està-dire par z ei y sonores de 5/, je le désignerai par 2, comme

Page 1