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Thomas, A treaty of creol grammar

Quoi qu'il en soit au reste de l'époque précise de ces transformations, nous avons ici conservée dans des dialectes français la prononciation primitive du c vélaire changé en chuintante, celle qu'il a encore en espagnol et souvent aussi en provençal, mais qui s'est affaiblie en l en portugais. Tout nous porte à croire, en effet, que ch avait à l'origine la valeur c dans ces différents idiomes. L'explication physiologique de ce son en est une preuve intrinsèque, nous en trouvons une preuve extrinsèque dans sa persistance jusqu'à nos jours dans un certain nombre de dialectes et encore plus dans les transcriptions anciennes des mots où se trouve ch dans les idiomes étrangers. J'ai déjà cité quelques mots normands qui offrent le son c ; on le rencontre aussi dans le patois lorrain, ainsi : dchva (caballum), dchamp (campum), dchamhy^e (cameram), vaitche (vaccam), etc.^ On le trouve même, nous venons de voir^ dans le dialecte picard de Santerre qui, à côté de quien, a la forme tchien. Certains dialectes provençaux modernes ont également conservé à ch sa prononciation c primitive, souvent, il est vrai, en y faisant sentir très-peu le son du t initial, et la transcription tg ou dg qu'on rencontre si souvent figure même cette prononciation ou celle de la sonore correspondante^. Enfin si le portugais donne en général à ch la même prononciation que le français, c'est-à-dire s, dans la province de Tras-os-Montes, on lui donne, comme en Espagne, celle de c, qui, il n'en faut point douter, a dii être commune autrefois à toute la péninsule.

Les transcriptions en langues étrangères viennent, du moins pour le français et le provençal, confirmer ces inductions tirées de la persistance du son c dans les dialectes. Ainsi on rencontre dans le moyen haut-allemand tschapel (chapel), — il est vrai à côté de schapel, — tschière (chière), hastche, rotsche, Ritschard ; en moyen néerlandais 'roetsche (roche) , Tsarels (Charles), tsartroisen (chartreux). En grec nous trouvons 'PtTÎ^àpooç (Richard). D'un autre côté, des manuscrits des Lois de Guillaume offrent pour chose la transcription jose, où le j avait nécessairement la prononciation dj ; on peut en dire autant du provençal Jausi?' pour chausir qu'on rencontre dans le Fragment de l'Alexandre trouvé à Florence. « Bons œivaliers avant» fait dire aussi aux Français le catalan Bernât d'Esclot, dans la

1. Oberlin, Patois lorrain du Ban de la Roche, p. 88. Je me sers de la notation même d'Oberlin, toute fautive qu'elle est; il est certain qu'il faudrait tchamp et non pas dchamp, djva et non dchva.

langue duquel x avait le son c *. On peut encore ajouter à ces faits que dans les mots empruntés au français, comme challenge, chamher, chant, charm, etc., le ch a en anglais, qui a cependant sh pour représenter le son actuel de ce signe en français, la même valeur c -. Tout semble donc prouver que ch avait autrefois dans notre langue la prononciation tcJi, qu'il a aujourd'hui encore en espagnol. 11 en est de même pour le provençal. Ainsi l'italien représente par ciausir\e\evhe chausir emprunté à cette langue; on trouve également dans les manuscrits de Pétrarque (canz. 7) ciant pour représenter le mot chant ; le t que l'on rencontre aussi, quoique rarement, devant œ en catalan, par exemple dans cotœos = cochos est encore une preuve du son composé de ch et de sa valeur tch'^''. Quant à l'espagnol, on voit chy apparaître comme chuintante certainement au xi*" siècle dans Sanchez et Sanchiz (Yepes, I, n. 23, an. 1022), valeur que confirme encore l'orthographe Sangez du même mot (Yepes, I, n. 24, an. 1077) et Sangiz (id. n. 25, an. 1092), où g ne peut avoir eu, ce semble, que la prononciation provençale ou catalane. On rencontre même, évidemment avec cette valeur, ch dès la fin du viif siècle, dans Chave (rivolum Chave, Yepes, IV, n. 29 an. 791), mot où ce signe substitué au groupe fi transformé a dû représenter le dernier terme de la série fl, fi, {f)j, c'^- C'est d'ailleurs la valeur que, malgré quelques divergences apparentes d'opinion, les anciens grammairiens les plus autorisés espagnols ou étrangers assignent à ch, « c précédant h, et immédiatement suivant une voyelle, est conforme à la prononciation anglaise », écrivait en 1558 l'auteur des « Coloquios famihares », Gabriel Meurier, et quelques années plus tard, en 1614, Doergangk, professeur d'espagnol, d'itahenet de français à Cologne, décrivant à son tour la prononciation du cli espagnol, lui attribuait le son tch : « ch, dit-il, effertur ut ch apud Gallos, vel ut sch apud Germanos ita tamen pressé ut t prœponi videatur, ut mucho, muchacho, quasi tnoutcho, mout-

1. « Le nostre sillabe xa, xe, etc. si profferiscono corne le toscane cia, ce «dit le catalan Bastero, cité par Diez, Gr. l, 115. Cf. id. 410, 400.

2. On pourrait, il est vrai, supposer que l'anglais ayant conservé l'orthographe de ces mots a donné au ch qui s'y trouve la prononciation de cette lettre dans les mots issus de l'anglo-saxon. C'est ce qui est arrivé en effet, en espagnol aux mots chamberga, choflo dérivés de l'allemand Schomberg. schœrl, où l primitif a pris ainsi la valeur c-

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