‹ Du c dans les langues romanesChapitre 134 sur 220 · Bartsch, Grundriss, p · texte numérisé non relu

Bartsch, Grundriss, p

seulement de son changement en chuintante. Dans Arnaut Daniel, compatriote de Bertran de Born, on trouve la même proportion entre les cas où c suivi de a persiste et ceux où il se change en ch ; ainsi sur quatre-vingt-huit vers donnés dans la Chrestomathie, on trouve c{a) persistant quatorze fois et se changeant en ch trois fois seulement. C[a) paraît persister plus souvent encore dans Bernart de Ventadour qu'il ne se change en ch, mais la proportion est bien moins forte que chez les deux troubadours dont je viens de parler, elle est de neuf cas sur sept seulement dans celles de ses poésies données par Bartsch ; cependant dans les vers adressés à Peirol, cha est plus fréquent que ca, on le trouve huit fois et trois fois seulement cette dernière forme. La conservation de c devant a paraît également avoir eu lieu plus souvent dans le troubadour limousin Gaucelm Faidit que sa modification en ch; mais la différence entre le nombre de cas où ca persiste et ceux où il se transforme est insignifiante. Il n'en est pas de même dans les poésies de Guiraut de Borneuil ; ici toutefois c'est en sens inverse qu'est changée la proportion ; c{où) se change le plus souvent en ch; il ne persiste, au contraire, qu'assez rarement, à peu près dans la proportion de une fois sur trois, à en juger par les fragments donnés par Bartsch. Ce résultat n'a rien qui doive surprendre ; nous avons vu, en effet, dans les monuments limousins ca se transformer le plus souvent en cha; il n'est donc pas étonnant que les troubadours limousins aient donné la préférence à cette dernière forme.

Il y a peu de choses à dire de l'état de la gutturale dans les poésies de Peirol : les formes ca et cha paraissent s'y rencontrer à peu près indifféremment. Dans Peire Rogier, troubadour originaire d'Auvergne comme Peirol, la forme ch semble être plus fréquente que ca ; dans Peire d'Alvernhe, au contraire, ca persiste plus souvent qu'il ne se change en cha; sur les cent quatrevingt-douze vers donnés dans la Chrestomathie la première forme se rencontre douze fois, la seconde seulement neuf. Il est difficile de rien conclure de positif, sur l'ancien consonnantisme du dialecte velaisien, de l'examen des poésies des deux troubadours qui ont illustré la contrée du Puy ; dans celles de Pons de CapdoiU, le plus ancien des deux, ca et cha paraissent indifféremment emploj^és ; dans les poèmes de Peire Cardinal, au contraire, on trouve presque toujours la première forme, la seconde est presque exceptionnelle.

C'est aussi la forme ca qu'on rencontre presqu'exclusivement chez les deux troubadours d'Orange Raimbaut III et Raimbaut

de Vaqueiras ; ch n'y apparaît que très-rarement. Mais chez les troubadours toulousains Peire Raimon et Peire Vidal, nous retrouvons à la fois caet cha, assez inégalement cependant ; dans les poésies du premier, si j'en juge par le court fragment que donne la Chrestomathie, ces deux formes se rencontrent indifféremment ; dans les poésies du second, bien que ch soit d'un usage assez fréquent, ca est beaucoup plus employé ; dans les fragments donnés par Bartsch, ca se trouve sept fois, ch deux fois seulement. C'est encore la forme gutturale qui l'emporte chez Uc de Saint-Cire, ch ne s'y rencontre qu'exceptionnellement. On ne doit pas être surpris de trouver aussi presque exclusivement la forme ca dans le troubadour de Carcassonne, Marcabrun ; on ne s'en étonne que plus de rencontrer presque aussi souvent cha que ca dans les Poésies de son compatriote Raimon de Miraval ; et il faut voir évidemment dans cette dififérence de langue entre deux poètes originaires du même pays un exemple de la liberté dont jouissaient les troubadours dans le choix des formes dialectales qu'ils employaient, ou des changements que les copistes ont parfois apportés aux textes qu'ils nous ont transmis. Cette supposition trouve, je crois, sa confirmation dans cette circonstance qu'on rencontre les mêmes formes — je ne parle ici que de la gutturale vélaire et de son changement en chuintante — chez des poètes nés dans des contrées aussi éloignées que Gaucelm Faidit et Folquet de Marseille, qui donne comme lui la préférence à la forme ca, ou même chez des troubadours étrangers, comme Alfonse II, roi d'Aragon. Voilà pourquoi je n'ai pas poussé plus loin l'étude du consonnantisme dans les poésies des troubadours du xif et du commencement du xiif siècle, et me suis en général contenté des fragments donnés par Bartsch dans sa Chrestomathie provençale. J'ajouterai cependant à ce qui précède quelques observations sur plusieurs poèmes et troubadours du milieu et de la seconde moitié du XIII* siècle. Dans les poésies de GuiUem Figueira et de Peire de Corbiac on trouve les formes ca et cha ; mais la première est beaucoup plus commune que la seconde. Dans Raimon Vidal et Peire Guilleni, la forme cha n'apparaît plus que comme trèsrare exception, la gutturale vélaire persiste presque partout. On n'en est que plus surpris de la voir se changer assez fréquemment en chuintante dans les poésies de Guiraut Riquier, troubadour narbonnais, quoiqu'elle y persiste encore plus souvent qu'elle ne se transforme.

Cette fréquence du son c substitué à la vélaire k est presque

un fait isolé à cette époque ; loin de se transformer, le c suivi de a persiste plus que jamais, on pourrait croire que l'influence des formes limousines a cessé de se faire sentir, et dans les poèmes de la seconde moitié du xiif siècle ca est la forme qui prédomine^ quand elle n'est pas à peu près exclusivement employée. Ainsi c'est elle qu'on rencontre le plus souvent dans la « Chanson de la croisade albigeoise »*; dans « Li auzel cazador », poème peutêtre un peu antérieur à cette époque, on ne rencontre même à peu près qu'elle, à en juger du moins par le fragment donné dans la Ghrestomathie, d'après Sainte-Palaye. Sur les quatre cent quarante-huit vers qu'elle renferme du « Roman de Jaufre » on ne rencontre aussi qu'une seule fois la forme ch, partout ailleurs la gutturale persiste. 1/ examen de « Flamenca » donne lieu à la même observation ^ ; dans les quatre cents premiers vers , je n'ai compté que quatre mots où apparaisse ch, dechai, marcha, cJiascun écrit neuf fois avec un simple c, et Flamencha, trois fois à côté de neuf fois Flamenca. La nouvelle assez longue d'Arnaut de Carcasse, donnée dans laChrestomathie, n'a que trois fois la forme ch sur vingt-trois cas de persistance de la vélaire. Le fragment du « Breviari d'amor » de Matfre Ermengau de Béziers, donné également par Bartsch, n'offre pas même d'exemple du changement de ca en cha, et je n'en ai relevé qu'un seul cas dans le passage cité par Rajnouard, chascus à côté de cascus^.

Ainsi la forme ca, qui avait paru au xif siècle dans tant de monuments, même des pays les plus méridionaux de la langue d'oc, devoir faire place à cha, a repris ses droits au xm'', du moins dans les provinces voisines des Pyrénées et de la Méditerranée, et l'inspection dès chartes du siècle précédent, publiées par M. A. Teulet, montre même que cette transformation de la vélaire n'avait lieu ou à peu près que dans la langue des troubadours; dans toutes, en effet, on ne trouve que la forme ca; ch n'apparaît pour la première fois qu'au xiif siècle dans une charte de Toulouse de 1225^. C'est également ca seul que je trouve

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