Trovadores en Espaha, p. 460. Cf. Diez, Gram. I
Les renseignements donnés par les grammairiens espagnols ou étrangers le montrent également, et ils permettent même de fixer la date à laquelle s'effectua en castillan la transformation si surprenante des chuintantes s et i en spirante gutturale. Voici ceux que j'ai pu recueillir. « Le grand i (la jota), » écrivait en 1546 l'auteur anonyme de « La parfaite méthode pour entendre, escrire et parler la langue espagnole », « se prononce comme nous faisons jeu : juego » ; ailleurs « g devant e, i se prononce comme le grand i » ; et plus loin « i» a le son soi, ainsi que le prononcent les Italiens*. » En 1555 l'auteur également anonyme, mais espagnol de 1' « Util y brève institution para aprender los principios y fundamentos de la lingua Hespariola » dit à son tour : « j asi se ha de pronunciar como cuando es consonante de los latinos ; como Julius y como los franceses pronuncian je, jamais, asi los hespanoles viejo, ojo, jamas^. » Nous trouvons en 1565 un renseignement analogue dans le vocabulaire de Sotomayor p. 11. « La^ , dit-il dans son français baroque, estant mise au-devant d'une voyelle qui est consonnante se prononce comme les français » ; et dans sa grammaire « g siendo acompaîiada de una e, i, suena como je, jy. » Il y donne également k œle son du ch français^. C'est ce que faisait aussi en 1568 Gabriel Meurier dans ses « Coloquios familiares » ■^.
Il ressort de ces citations, quelques doutes que la sagacité des auteurs des livres d'où elles sont tirées peut parfois inspirer, qu'au commencement de la seconde moitié duxvf siècle la g devant e et i et la 7 avaient le même son qu'en français, et que la œ avait celui de notre ch, c'est-à-dire le son qu'elle a encore le plus souvent aujourd'hui en portugais. Quelques années plus tard, au contraire, en 1580, Juan de la Cuesta, dans son « Libro y tratado para ensenar leer y escrivir », nous dit que la equis et la jota , qu'il voulait encore distinguer^, étaient le plus souvent confondues