Ainsi dans ces vers
Le car ot bêle et blance comme nois sor gelée. Li ruisiaus estoitclers et blanque U gravele.
à cet égard ; quant à son consonnantisme, nous voyons c suivi de a latin persistant fréquemment, quoique souvent aussi remplacé par ch ; ce, ci, ti ne sont remplacés que par ce ou ci. C'est-à-dire que la gutturale palatale y est traitée comme en français, la gutturale vélaire, suivie de a, à la fois comme en français et en picard.
« Eracles l'Empereor ^ » de Gautier d'Arras présente quelque chose d'analogue; la vélaire y persiste régulièrement, tandis que la palatale y est toujours représentée par ce> non par ch, comme dans les premiers poèmes que j'ai examinés 2. Ainsi des deux caractères qui distinguent, comme nous verrons, le consonnantisme du picard un seul se retrouve ici, l'autre n'existe pas, ou du moins l'orthographe du poème ne le signale pas. L'article mascuhn ne se substitue pas non plus en général à l'article féminin ; tout semble donc indiquer ici un texte altéré ou modifié par le scribe. Il n'y a là rien qui doive surprendre , et cette confusion orthographique est fréquente, non-seulement dans des poèmes différents , mais dans un même poème ; ainsi dans le « Rornan du Bastard de Bouillon, » on trouve au commencement du poème c<2= ca et cer=ce ; à la fin, au contraire, ca persiste bien toujours, mais ce est remplacé par che ^ , ce qui ne peut tenir qu'à un caprice du copiste ou à ce que le texte nous a été transmis par deux scribes différents.
L'examen des poèmes d'Adenès le Roi et d'Herman de Valenciennes confirme encore cette manière de voir. Les « Enfances Ogier » et « Berte aux grans pies » du premier sont des poèmes tout français par le consonnantisme ; ca s'y change régulièrement en ch ; ce, ci ou ti y sont représentés par ce, ci. Dans le fragment de « Cleomadés » donné dans la Chrestomathie de Bartsch d'après le manuscrit 54 de la Bibhothèque de la Sorbonne, il en est tout autrement ; la vélaire suivie de a persiste ou se change en ch; la palatale s'assibile ou se transforme également en ch. Ainsi on a : c{a) = k dans Manque (8 fois), cambre (id.), candeles, Carmans, cose (2 fois), cescun (id.), castel et même make (345, 18), comme si ce mot venait de maca non àernatea ; au contraire, c{a) se change en c^ dans chambre (3 fois), chastel (2 fois), chastiaus, chancons,