Chrest. p
On ne peut douter d'après les résultats si divers que nous donnent les poèmes du même trouvère ou du même pays, suivant qu'ils nous sont transmis par des manuscrits différents, que les divergences de leçon et les variantes dans le traitement des gutturales ne soient dues aux copistes de ces poèmes ; l'examen du Jeu d'Adam nous en donnera une preuve nouvelle et directe * ; mais avant d'arriver à ce drame, il me faut dire un mot du « Jeu de Saint Nicolas » de Jehan Bodel, prédécesseur d'Adam de la Halle. Dans le texte de ce poème, donné par MM. Monmerqué et Fr. Michel ^ on voit ci et ti régulièrement remplacés par ch; ca persiste encore ou se transforme en ch, mais il persiste plus souvent qu'il ne s'est modifié, et dans la proportion de quatre à deux. Ce texte se rapproche ainsi de celui de la Bihle de Sapience et n'offre aucun fait nouveau ; aussi sans m'en occuper davantage je passe à l'examen du « Jus Adaii ».
Quand on lit dans Bartsch le fragment du drame d'Adam de la Halle, on est frappé tout d'abord de voir que ci et ti y sont partout représentés par c et semblent être dès lors changés en spirante dentale ordinaire ; le c guttural, au contraire, a conservé sa valeur originelle et n'y est qu'exceptionnellement représenté par chy par ex. dans chier et chièrement, et dans char à côté de car, chief à côté de kiefi^ fois), chanz à côté de encantés, chose à côté de cose, chascuns à côté de cascuns, formes qu'on peut dès lors considérer comme des erreurs de copiste. Ainsi nous avons d'une part le son ca en général conservé, de l'autre ci {ti) remplacé par ç {s), tandis que dans les autres textes nous l'avons trouvé le plus souvent représenté par c^ ; il y a une énigme que l'éditeur semble ne pas avoir soupçonnée et qui serait inexplicable si nous n'avions que la copie de Keller, qu'il a reproduite. Mais M. Monmerqué, dans le « Théâtre français au Moyen Age, » et dans le sixième volume des « Mélanges publiés par la Société des bibliophiles français», a donné d'après trois manuscrits trois versions différentes de ce fragment qui nous permettent d'expliquer cette anomalie.
Dans la première, celle du manuscrit 7218 de la Bibliothèque
1. La comparaison des manuscrits <ïHiion de Bordeaux en fournirait une autre non moins frappante; tandis, en effet, que les manuscrits de Paris (450 Bibl. Sorb. et 1452 Bibl. nat.) sont tout français par leur consonnantisme, celui de Turin offre des traces nombreuses du dialecte picard, ainsi d'ailleurs que celui de Tours. Cf. Huon de Bordeaux, p. p. Ms. Guessard et Grandmaison. Préf. p. 40 et suiv.