Toutefois aujourd'hui ei s'affaiblit souvent en é
2. Quant à ë accentué, lorsque la consonne suivante persiste, il est remplacé par ie, comme en français, par certains patois, — et c'est le plus grand nombre, — il persiste au contraire, sans se diphthonguer, dans d'autres. Il est évident qu'il a dû en être de même depuis l'origine de la langue.
la gutturale vélaire suivie de a et substitue c^ à la palatale latine. Ce double caractère, ignoré à peu près complètement jusqu'ici *, ressort de l'étude comparée des monuments les plus authentiques de l'ancien normand et de la langue dans son état actuel, ainsi que je me propose de le montrer.
L'abbé de La Rue a consacré trois volumes à l'histoire des trouvères normands ^, et s'il en a compté dans le nombre quelques-uns que ne peut revendiquer la province à laquelle il les attribue, il ne les a pas tous connus. Ce ne sont donc pas les monuments qui manquent pour étudier le dialecte normand ; il n'en présente pas moins des difficultés qui n'ont point été résolues jusqu'à présent, et dont quelques-unes, inhérentes à la nature même des anciens textes, sont peut-être en partie insolubles. J'essaierai du moins d'en éclaircir quelques-unes, par l'étude comparée des monuments les mieux conservés et les plus authentiques de l'ancienne langue et du patois parlé aujourd'hui. C'est uniquement parce qu'on ne s'est pas jusqu'ici livré à cette étude , et qu'on estallé chercher dans des textes évidemment altérés ou étrangers les caractères du normand, que la question est restée obscure.
Le plus ancien monument regardé généralement, — du moins sous sa forme première, — comme normand est la « Vie de Saint Alexis»^. Parmi les nombreux manuscrits que nous en avons, le plus ancien et incontestablement le plus correct, celui de Lambspringen (l), publié en 1855 par Gessner dans 1' « Archiv fur die neueren Sprachen und Literaturen ^ » nous montre c suivi de a conservé toutes les fois que a persiste ; ainsi acatet 8, 5 ; acat 125, 5; cambra 13, 1 ; 15, 4 ; 28, 1 ; 29, 1 ; cance-
1. Diez a parlé du premier, mais ni Fallût, ni Burguy, ni Le Roux de Lincy n'en disent rien, et le second n'a été indiqué qu'en passant et comme moderne par l'auteur de la Grammaire des langues romanes. Tout récemment encore Ed. Mail dans l'étude, d'ailleurs fort consciencieuse, qui précède son édition du Comput de Philippe de Thaon n'a pas jugé à propos de rechercher ni comment les gutturales pouvaient bien avoir été traitées en normand, ni quelle était la valeur des signes employés pour les représenter, indifférence qui l'a amené à attribuer dans ce dialecte à pj transformé une valeur qu'il n'a, comme nous verrons, jamais pu y avoir.