Roman du Mont Saint Michel, p. p. Fr. Michel
efforchier. Dans le Fragment du Roman de Troie publié dans la Chrestomathie de Bartsch, d'après le manuscrit 2571 de la Bibliothèque impériale de Vienne et les manuscrits xvii et xviii de la Bibliothèque de Saint-Marc, le c vélaire apparaît partout changé en ch, excepté dans escampèrent , pour lequel le manuscrit de Vienne toutefois donne eschampèrent ; la vélaire y est donc traitée comme en français ; il en est de même de la palatale ; le vocalisme aussi est exclusivement français. Celui du texte donné par M. Joly dans son édition publiée il y a deux ans d'après le manuscrit 2614 de la Bibliothèque nationale* présente des caractères évidemment normands, la fréquence de la diphthongue ei pour oi par exemple ; mais nous retrouvons peu de ceux que j'ai signalés jusqu'ici dans la modification des gutturales latines, qui y sont traitées à peu près comme en français^. A en juger par les derniers vers donnés par M. Joly dans son introduction , le manuscrit 1553, au contraire, change presque toujours la gutturale palatale en ch, ainsi chelui, chi, chou, essauche. Mais ce texte étant probablement picard, il ne peut servir à éclaircir la question que j'examine.
La « Chronique des ducs de Normandie », attribuée aussi parfois à Beneoit de Sainte More, présente un caractère non moins singulier ; le vocalisme du texte publié par Francisque MicheP est normand, du moins dans un de ses caractères les plus essentiels ei = 01 ; ainsi feis, peirs, peis, peissun, seissante, treis, etc., formes encore en usage aujourd'hui ; mais à côté de cela nous trouvons c suivi de a latin, que cet a ait persisté ou qu'il se soit changé en e ou ie, presque toujours transformé en ch ; ainsi chalor, chose, chanz, chiens, champele, sechie, trenchant, etc., si l'on excepte le mot caverne, — qui ne peut et ne doit pas compter, — c suivi de a ne persiste dans les cinq cents premiers vers que dans le mot çaples (v. 407). Ce qui est plus surprenant, c'est que ch ait été rétabli dans des noms comme Chaain (Gaen) v. 33754, 35047 et 36641 ; Chauz (Caux) v. 14739, 29004, 33154,35311 et 38157, Chaumont (Caumont) v. 30798 et 39254, où évidemment la vélaire avait dû être conservée. On est ici évidemment en présence d'une restitution systématique du
1. Benoit de Sainte-More et le Roman de Troie, in-4°, Paris 1870.
2. Ceci n'empèclie pas M. Joly d'alfirmer que le texte du poème est franchement normand ; mais il faudrait nous dire au moins quel est ce dialecte, dans lequel on prétend avoir été écrits des textes où j'en cherche en vain les caractères.