Chronique des ducs de Normandie, 3 v. in-S
ch : est-ce du fait du copiste ou du poète, il est difficile de le dire, quoique tout doive faire incliner pour la première liypothèse. J'aurai d'ailleurs occasion de signaler d'autres tentatives de changement dans l'orthographe des noms propres, tentatives qui se produisirent au xiv** siècle, au moment où l'influence de la langue française devenait toute-puissante en Normandie, privée de son autonomie politique, et dont quelques-unes ont fini par modifier la prononciation d'un certain nombre de noms de lieux. Quant à la palatale elle est représentée dans ce poème comme en français.
Les textes publiés à la suite de la Chronique des ducs de Normandie, en particulier la « Chronique de Jordan Fantosme », donneraient lieu à des observations analogues, aussi je ne m'y arrête pas, et j'arrive au « Drame d'Adam » et à la « Vie de Grégoire le Grand, pape, » publiés par M. Luzarche d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Tours. Le vocalisme de ces deux poèmes est évidemment normand ; on y rencontre aussi fréquemment la terminaison oue, out, qui semble particulière aux anciens monuments écrits dans ce dialecte, néanmoins le c vélaire n'a pas persisté une seule fois dans toute l'étendue du drame d'Adam, et je l'ai trouvé toujours changé en çh dans les quarante premières pages de la Vie de Grégoire ; par contre dans le premier de ces poèmes le g vélaire persiste dans gardin^^. 17 et 22, et on le trouve aussi dans mangues p. 23 et mangai p. 34, à côté, il est vrai, àemanjues"^. 15, il, 24:, 28 et manjas p. 34. Ce et ti suivi d'une voyelle sont toujours représentés par ce {ci) ; je n'ai trouvé qu'un seul mot où ch en ait pris la place, c'est proeche p. 82 du drame d'Adam. Nous avons là évidemment une nouvelle preuve des altérations qui ont pu être apportées aux textes primitifs, et qu'explique ici sans peine l'origine probablement méridionale du copiste de ces poèmes ^
Les textes que j'ai examinés jusqu'à présent sont les monuments poétiques les plus considérables qu'on possède du dialecte normand, mais il en est d'autres en prose qui doivent maintenant fixer notre attention. Ce sont d'abord les Lois de Guillaume le Conquérant, auxquelles les critiques qui se sont occupés jusqu'ici du dialecte normand ont accordé une importance bien trop grande, le Psautier d'Oxford et les Livres des Rois.
Les « Lois de Guillaume^» remontent sans doute pour le fond