‹ Du c dans les langues romanesChapitre 167 sur 220 · R. Sclimidt, Bie Gesetze der Angelsachsen · texte numérisé non relu

R. Sclimidt, Bie Gesetze der Angelsachsen

au temps même de la conquête, mais rajeunies et remaniées depuis sans aucun doute plus d'une fois, elles ne sauraient donner aucun renseignement définitif sur la langue dans laquelle elles ont été originellement écrites ; aussi serait-ce, je crois, vouloir s'exposer à se tromper que de chercher dans leur vocalisme ou leur consonnantisme la loi qui préside à celui du normand ; je me bornerai donc à constater que ca y est en général transformé en ch et que le c palatal y est traité comme en français.

Tout autre est l'importance du « Psautier d'Oxford » ^ Le manuscrit publié par Fr. Michel, sans être peut-être plus ancien que la seconde moitié du xii^ siècle, a conservé les caractères les plus distinctifs du vocalisme normand : ei = oi et u mis pour u ovio latin ; ainsi mei, tei, deiz, peissuns, veie ; oreisun, gêner aciun, menceunge, etc. Quant aux gutturales, c suivi de a ou au latin persiste quelquefois, mn^icoses (Ps. I, II, IV, etc.), castier (Ps. VI, etc.), cait (Ps. VII), canterai (Ps. VII, XII), etc. , mais le plus souvent il a été remplacé parc^. La gutturale palatale y est toujours représentée par c, s ou z.

Faut-il ranger « Li Livres des Reis », comme l'a fait M. Le Roux de Lincy, parmi les monuments écrits dans le dialecte de l'Ile-de-France? Le vocalisme tout normand s'y oppose tout d'abord, sans parler de nombre de mots qui semblent bien propres au dialecte normand. Mais il y a plus ; si le c vélaire suivi de a y a bien été généralement changé en cA, — quoique par places on l'y trouve aussi conservé, par exemple dans cameilz p. 107, etc., — comme dans le français proprement dit, le c palatal est loin d'y avoir été toujours traité comme dans ce dialecte ; à côté des formes c, s, z on rencontre assez souvent ch, modification qui lui est étrangère ; ainsi dans les douze premiers chapitres du second livre :

Amalechites I. — cha X.

apay^chut XI, s' aperchurent X, s'aperchut XII.

cumencha IL — cunchut XL

curuchad III, curecha VI, XII.

esforchout III.

rechut VIII, recheues id.

Nous retrouvons là comme dans le vocalisme un des caractères du dialecte normand ; on ne peut donc mettre en doute, je crois, que ce texte n'ait été écrit dans cet idiome, seulement il

1. Libri Psalmorum versio antiqua Gallica, edidit Fr. Michel, in-8°. Oxonii, 18G0.

aura probablement été copié et modifié par un scribe français.

L'examen des monuments d'origine normande que j'ai passés en revue jusqu'à présent nous a donné, au point de vue du traitement des gutturales, les résultats suivants :

1° La vélaire persiste presque toujours dans le manuscrit L de l'Alexis ; dans le Roland, le Charlemagne, après l'Alexis les monuments les plus anciens de la langue, il persiste plus souvent qu'il ne se change en ch ; il en est de même en général dans le manuscrit 375 du Romande Rou, dans le manuscrit 1450 de l'Eneas, dans le Bestiaire de Philippe de Thaon et le roman de Brut ; il se change en ch, au contraire, plus souvent qu'il ne persiste dans le Psautier d'Oxford, le Livre des Créatures, etc. ; enfin il est remplacé presque toujours par ch dans les textes publiés du Roman de Troie, dans la Chronique des ducs de Normandie, le Roman du Mont Saint Michel, le drame d'Adam, la Vie du pape Grégoire le Grand, les Livres des Rois.

2° La palatale est représentée par c quand elle est sourde, s ou z quand elle est sonore, dans l'Alexis, le Roland, le Psautier d'Oxford ; il en est de même dans le Roman de Troie, le drame d'Adam, la Vie de Saint Grégoire, la Chronique des ducs de Normandie, etc. A côté de ce mode de représentation, au contraire, on trouve ch quand la spirante est sourde, dans le petit poème pubhé par M. Gaston Paris, dans le Voyage de Saint Brandan, le Roman de Brut, le Roman de Rou, l'Eneas, la Chronique ascendante des ducs de Normandie, la Vie du bon Thomas Hélie, les Livres des Rois, etc. ; comment exphquer ces différences phonétiques? Nous sommes en présence d'une question complexe, à laquelle il est difficile peut-être de répondre d'une manière complète. Essayons cependant d'en démêler les points les plus obscurs.

En ce qui concerne le c vélaire, sa persistance dans les textes les plus anciens et cette circonstance que, comme nous le verrons, malgré l'influence continue du français, il s'est maintenu en général jusqu'à nos jours, indique bien déjà que c'est une forme essentiellement normande ; et comme, d'un autre côté, des sons k et ch c'est le second, non le premier qui est dérivé, partout où nous trouvons le son k nous avons la forme primitive ; or, comme ce son apparaît à la fois dans les plus anciens monuments de la langue et dans le patois moderne, on ne peut douter qu'il ne soit la véritable forme normande du c vélaire.

Quant à la palatale, il faut distinguer le cas où elle s'est transformée en spirante sonore en français et celui où elle a donné

naissance à une sourde. Dans le premier elle est toujours représentée, comme dans cet idiome, par s om z dans les textes normands ; ainsi :

Al. justise 1,2; raisun 15, 1 ; servise 52, 4 ; 56, 2 ; oraisun 62, 2 ; noise 101, 2 ; palazinus 111, 2.

Roi. raison 5, 14^ 25, etc. ; traisun 16, etc. ; justise 37 ; amendise 39 ; quinze 14, etc.

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