L. R. aprecerun p. 46 ; repruce p. 64 et
Or si l'on se reporte à la série des transformations pi, pj, pc, c ou 5, et si l'on fait attention que le normand actuel, comme le français, donne au c des mots précédents le son ch, on ne pourra supposer qu'il avait celui de ç dans l'ancien normand qu'en admettant en même temps qu'après être descendu jusqu'au son pou 5, il est remonté au son ch, hypothèse que rien ne justifie, et qui est en contradiction avec ce qui s'est passé dans cet idiome. D'ailleurs cette représentation du jot n'est pas particulière aux textes normands, on la retrouve aussi dans les textes picards, — ainsi dans Huon, l'Alexandre, etc., — où c pouvait avoir, nous avons vu, le son ch ; donc on est en droit d'admettre qu'il en était de même dans les premiers ^ . Ainsi on peut admettre que dans les premiers textes où ch n'apparaît point à la place de la palatale, celle-ci n'en a pas moins pu avoir la valeur c ou 5. Quoi qu'il en soit, nous trouvons d'une manière incontestable ch substitué à c depuis le commencement du xii® siècle, c'est-à-dire à une époque au moins contemporaine des premiers textes qui ne i\ous présentent pas cette notation, on ne peut donc rien conclure de son absence dans ces textes. D'ailleurs cette circonstance qu'on ne la trouve point également dans tous les textes postérieurs, et remontant à une époque où ch représentait certainement le c palatal, nous montre que sur ce point le caprice des scribes se donnait la plus grande latitude, et la présence incontestée de ch dans un si grand nombre d'autres textes contemporains des premiers ne nous permet pas de douter qu'il n'ait été au Moyen Age, comme depuis, la forme ordinaire que le c palatal a prise dans le normand, ainsi que dans le picard.
Cette manière de voir sur le traitement probable du c vélaire
1. M. Ed. Mail {Compoz p. 93) a donc eu tort de voir une particularité propre à l'anglo-normand dans cette représentation du jot transformé ; erreur d'autant moins explicable que les monuments picards, comme je l'ai fait remarquer, nous présentent le même fait, — ainsi saciés H. v. 39, 187, etc. ; rqirocies id. 62 ; aprocent Alix. Chr. 109, 25, — et qu'on trouve l'une à côté de l'autre les deux notations c et ch dans les textes normands; par exemple sachez L. Ps. IV, 4 et sacent id. IX, 21. Cf. G. Paris, Al p. 88.
et du c palatal dans le dialecte normand trouve sa confirmation dans l'orthographe d'un certain nombre d'actes du temps , qui présentent tous les caractères possibles d'authenticité, le plus souvent aussi dans la forme dès noms propres soit d'hommes, soit de villes ou de villages, ainsi que dans celle qu'ont conservée généralement en anglais les mots les plus anciens empruntés à la langue d'oïl ; enfin dans l'état actuel du normand, qui nous présente encore les formes que je viens d'indiquer comme étant caractéristiques de ce dialecte dans le traitement des deux gutturales. Dans l'étude que je ferai de ces diverses sources d'information, j'examinerai à part ce qui a trait au c vélaire et au c palatal. Commençons par le premier.
Le normand fut importé en Angleterre avec la conquête et déclaré langue officielle; mais en même temps l'anglo-saxon resta la langue de la masse de la population vaincue, jusqu'au jour où les deux idiomes se fondirent ensemble pour former ce qui est devenu la langue anglaise. Mais avant cette fusion, qui ne s'opéra que vers la fin du xiii" ou au commencement du xiv^ siècle, des causes diverses s'étaient réunies pour modifier les mots d'origine normande, de plus l'anglais ne seborna pasauxmots qui avaient été importés par la conquête, plus tard il en emprunta d'autres et non plus maintenant au normand, mais au français lui-même ; de là les doubles formes de tant de vocables anglais, qui trahissent ainsi leur origine différente. Quoi qu'il en soit, le c vélaire a persisté en anglais dans les mots suivants, qui ont presque tous leur équivalent en normand :
caitif, caldron, camber^ camel, camp, canal (?), canker, candie, cant, cap, capon, captain, car, carnal, carry, carriage, cart, carpenter, carpet (?), carrion, caste, castle, cat, catch, coter, caterpillar, cattle, causey, ^enne/(canile), escape, scald (* excaldare), etc.
Il s'est, au contraire, changé en ch dans les mots :
chafe, chagrean, chain, chair, chaise, chalice, chaldron, challenge, chaynber, champaign, chance, chandler, channel, change, chant, chape, chapter, charge, charra, charnel, chart, chase, charte, cheer (caram), cherish, cheveril, chevron, chief, chimney, chivalry, choir, choice, etc.
Comme je l'ai dit, nous avons là évidemment des mots d'origine différente, ou, — ce sont les derniers, — qui ont été modifiés depuis leur adoption sur le sol même de l'Angleterre. Un vocabulaire français-hébreu, composé vraisemblablement dans la première moitié du xui® siècle, et publié récemment, d'après
une copie faite par M. Ad. Nenbauer sur le manuscrit 135 i. 286-292 de la Bibliothèque Bodleienne, par M. E. Boehmer dans ses « Romanische Studien », nous montre, en effet, qu'à cette époque la vélaire persistait encore dans bon nombre de mots où elle s'est depuis changée en ch. Si quelques mots paraissent douteux sous la forme bizarre dont l'éditeur les a affublés, il est peu probable néanmoins qu'il se soit souvent trompé dans la transcription des gutturales, on peut donc les accepter telles qu'il nous les donne. Voici les résultats que nous fournit l'examen de ce dictionnaire :
ankartrets 32, 513.
atakeiret ii30, ataker et iib6.
blanhes 584.
boke 915.
branke 573, 709, 791, 982, —
ebrankoiet 922.
brekes (favos) 972.
campagne 519.
kaufre 515, — kaufres 535.
Aan^250, 310, 312, 313, 858.
c = CH
branches 132.
brèche 235.
kartre 543.
kaverent 334.
cavestre 106, — kabistre 397.
kemins 689, — keminets 819.
kebal 818.
kevriel 941, — kevries 959. chievre 243.
kiefdl.
koekaiiO.
demarkiets 189. -
detranketz 344, — detran- -
kera 474.
ekafeiret 736. echaufa 380,-
ekaperaill, — ekaperet iOOO. echapa 348,
changea 328.
chans 113, 331, — chanta
111, — chantant 280.
charbon 1039.
chardon 156.
charma 587.
chastia 258.
chaveret 563.
-echafets 142.
— echaperas
elaka 1031 elakera 508. —
TYianake p. manke (manicam) 732. —
markandise 643. —
pankant 703. —
roke 937,953. — seka 771. sécha 215.
takes 526. —
tserkier 575, -- tserkes 247. —
— tocheiret 1132, 1157.
Ainsi nous trouvons dans ce vocabulaire soixante-huit exemples et vingt-neuf mots, dont tous, trois exceptés, existent aujourd'hui encore dans le patois normand, où la vélaire a persisté, et vingt exemples seulement, avec quatorze mots, dont aucun n'est normand, où elle est remplacée par ch. Si ce vocabulaire est bien, comme cela est vraisemblable, d'origine anglonormande, nous avons ici une preuve directe de la persistance de la vélaire, ainsi que du double emploi des formes en k et en ch, dont les textes normands firent usage de si bonne heure.
Une troisième preuve de la persistance de la vélaire dans l'ancien normand nous est fournie par l'examen des rôles de l'échiquier de Normandie ^ ; nous la retrouvons , en effet, dans les noms propres de pajs suivants, dont la plupart l'ont conservée jusqu'à nos jours :
Cadomus
Caletum
Cahannes
Calgeium
Caldecota
Cambremer
Camilleium
Campus Arnulphi
Campigneium
Canapville
Caneium
Canovilla
Cantalapum
Caen
Caux
Cahagnes
Caugy
Caudecote
Cambremer
Camilly
Cambernon
Campigny
Canapville
Cany
Canoville
Canteloup
Carabillon
Cardonvilla
Carevilla
Garentonum
Carroges
Carteret
Casnetum
Castilleium
Cathburgus
Fescanum
Grandis campus
Tolcam
Carabillon
Cardonville
Carville
Carentan
Carrouges
Carteret
La Kaîne
Castillan
Cabourg
Fécamp
Grancmnp
Touque
Au contraire, le c vélaire s'est changé en ch dans : Abrincas Avranches Calceium Chaussey
1. Magni rotuli scaccarii Normanniœ sub regibus Angliœ. 2 v. in-8°.
Cambaium Chambois (o.) Carushurgus Cherbouy^g^ Gantalupura Chanteleu (o.) Clincampus Clinchamp
Tout précieux que soient ces renseignements, ils ne sont pas les seuls qui nous montrent comment l'ancien normand traitait le c vélaire, et nous en trouvons dans les actes, comptes, etc., de la même époque de plus complets et de non moins certains, qui nous permettent en même temps de suivre le travail de transformation auquel était soumis ce dialecte, ou plutôt le mélange sans cesse croissant des formes françaises aux formes normandes dans les monuments écrits.
La plupart des pièces que j'ai consultées pour ce travail de comparaison se trouvent dans trois publications, dues toutes trois au zèle infatigable de M. LéopoldDelisle, et qui ne sont pas moins précieuses pour la connaissance du dialecte parlé en Normandie que pour l'histoire politique et sociale de cette province ; c'est par ordre de date : 1° les « Etudes sur la condition de la classe agricole et de l'état de l'agriculture en Normandie », (Evreux 1851); 2° r « Histoire du Château et des Sires de Saint-Sauveur le Vicomte », (Valognes 1867) ; enfin 3° les « Actes normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois », (Rouen 1871). Si cette dernière publication est trop récente pour avoir pu éclairer les linguistes qui, dans ces dernières années, se sont occupés du dialecte normand, il est surprenant que les nombreux documents contenus dans la première, — laquelle remonte à plus de vingt ans, — n'aient point jusqu'ici fait soupçonner un des caractères les plus essentiels de ce dialecte ; ils ne pouvaient cependant, comme on va voir, laisser de doute à cet égard.
Ce qui frappe dans les actes publiés par M.Léopold Dehsle, et dans tous ceux de même origine, c'est, je l'ai déjà dit, le caractère mixte de la langue ; les formes normandes j sont plus ou moins nombreuses, mais jamais presque elles n'y sont employées
1. On a proposé parfois pour Cherbourg l'étymologie de Cesaris burgus, c'est en particulier celle que donnent les « Rotuli scaccarii Normanniae » et j'ai hésité d'abord entre cette étymologie, quelque invraisemblable qu'elle fût, et Carus burgus; mais la prononciation Kierbourg ou Tchierbourg que j'ai entendue dans un voyage que je viens de faire en Normandie ne permet pas de douter que le ch de Cherbourg ne représente un c vélaire, et que ce mot ne vienne de carus burgus et non de Cesaris burgus ; ce qui surprendra d'autant moins que le xnoiUei- (carus) n'a point persisté, que je sache, dans le normand, et que le c vélaire s'y est en général transformé en chuintante toutes les fois que l'a suivant a fait place à la diphthongue ié.
exclusivement, et souvent même elles ont complètement disparu pour faire place uniquement aux formes françaises. Ce qui au reste détermine le degré de pureté plus ou moins grand de ces documents, c'est moins l'époque où ils ont été écrits, — quoiqu'on général les plus anciens soient aussi ceux qui ont conservé le plus de caractères dialectaux, — que leur origine plus ou moins populaire ; les actes oflSciels les plus vieux que nous ayons sont déjà presqu exclusivement français ; les comptes d'ouvriers les plus récents, au contraire, les inventaires de choses usuelles, renferment de nombreuses formes normandes; mais, comme je l'ai remarqué, ces formes n'apparaissent pas seules, elles sont plus ou moins mêlées de formes françaises , comme si elles étaient autant de fautes échappées à l'ignorance du scribe, et qu'on ne rencontre pas sous des plumes plus instruites. On sent qu'il y a là deux langues en présence, l'une populaire et proscrite, l'autre savante, et qui tend à s'imposer , et cela est si vrai que ce ne sont pas seulement les formes particulières des deux gutturales qui tendent à disparaître, la diphthongue ei, caractéristique du dialecte normand et en général des idiomes de l'Ouest, laquelle s'est conservée sans altération ou tout au plus en se changeant en e fermé jusqu'à nos jours, a fait place presque partout à la diphthongue oi. Cette transformation est exceptionnelle dans les anciens monuments poétiques d'origine normande, ou même elle y est complètement inconnue ; aussi il ne faut pas douter que si les actes, comptes, etc., que nous avons dans ce dialecte, remontaient à une date plus reculée — les plus vieux sont de la fin du xiif siècle et la plupart ne datent que du xiv^ ou même du xv'* siècle — nous y retrouverions avec la diphthongue ei presque disparue, plus régulièrement encore les formes normandes des deux gutturales. Quoiqu'il en soit, voici les résultats que nous donne sur le traitement du c vélaire l'examen des documents dont j'ai parlé.
Les chartes contenues dans l'histoire du château de Saint- Sauveur étant peu anciennes, et la vélaire ne s'y trouvant conservée d'une manière authentique que dans le moi per que (quittance de 1361), je les laisse de côté pour arriver aux pièces justificatives données à la suite ou dans le cours des « Etudes sur la condition de la classe agricole en Normandie » ; dans ces documents c persiste dans les mots suivants :
caeres (Bretteville près Caen, 1307).
calenges (Mesnil-Ogier).
candele (Fierville, Mesnil-Ogier).
Canduele (cartulaire de Troarn).
cans (Quiévreville près Darne tal).
canvres (Ros près Caen).
capons (Mesnil-Ogier).
Cardin {UQi).
carete (Périers, 1291.) — karete (id. Daubeuf) quatre fois.
carier (Daubeuf).
carne (Périers, 1291 . — Bouquelon. — Quiévreville) 5 fois.
carpenterie ( id. id. )
Cateville{TvodiTn).
cauchie (Périers, 1291).
forques (Cartulaire de Troarn). — four que (Darnetal).
perque{s) (Périers, 1291. — Saint-Sauveur, 1391. — Troarn).
pesquerie (Saint-Sauveur).
quareste (Darnetal). — quaretés (Caen, 1307).
quemin (Neuville). — queminage (1401).
quevron (Inv""® du Temple de Breteville, 1307).
On trouve également avec le g vélaire :
gardin (Troarn), garbe (Daubeuf).
L'examen des « Actes normands » est encore plus instructif que celui des pièces justificatives des « Etudes » .par le grand nombre de formes vraiment normandes qu'on y rencontre ; on y voit d'ailleurs, comme dans les chartes que j'ai déjà étudiées, les formes françaises se substituer à chaque instant aux formes normandes de la gutturale ; et, ce qui est frappant, cette substitution a lieu non-seulement pour les noms communs, mais encore dans les noms propres, menacés par là de perdre leur forme originelle; nous assistons ainsi, soit à leur transformation définitive , soit aux tentatives de transformation dont ils ont été l'objet. Cependant malgré cette invasion des formes françaises, les mots vraiment normands abondent encore dans les Actes, comme on peut le voir par la liste suivante tirée des cent premiers et du deux cent neuvième, qui est le compte des réparations faites au château de Cherbourg :
acarier 84 (1338, Caen).
bretesques 209 (1348, Cherbourg) huit fois.
broques 43 (1334, Pays d'Auge).
canga 209 (1348, Cherbourg).
caulate 43 (1334, Pays d'Auge).
cantier 84 (1338, Caen) deux fois.
capiaux 46 (1334, Rouen), 88 (1338, Ronfleur).
çarbon 209 (1348, Cherbourg). — carbonier (id.)
quarete 39 (1333, Saint-Pierre d'Arthenay).
quaretère {ià., id.)
quarue (id., id.)
carpenter 83 (1338, Rouen).
carpenterie 52 (1336, Rouen). — 84 (1338, Caen). — 209 (1348, Cherbourg).
carpentier 83 (1338, Rouen). — 84 (1338, Caen) six fois. — 209 (1348, Cherbourg) deux fois.
castelain QQ (1337, Pont-Audemer).
castellerie AS> {\'d2>h).
cauchier 83 (1338, Rouen).
cauœ 84 (1338, Caen).
clenques 209 (1348, Cherbourg).
coses 91 (1338, Ronfleur).
croques 20^ (1348, Cherbourg).
planquéier {ià., id.)
queez 39 (1333, Saint-Pierre d'Arthenay).
quesne 75 (1337, Amfreville) trois fois.
quevilles 209 (1348, Cherbourg) quatre fois.
quevron 43 (1334, Auge). - 52 (1336, Rouen) 5 fois. — 209 (1348, Cherbourg) trois fois.
requeviller 209 (1348, Cherbourg).
requevronner (id., id.)
De même dans les noms propres d'hommes suivants :
Robert le Canu 39 (1333, Saint-Pierre d'Arthenay).
Jehan de la Capelle (id., id.)
Cauchie 83 (1338, Rouen).
Carpentier 53 (1336, Ronfleur).
Du Quesne 43 (1334, Pays d'Auge).
Ricart Auberi 39 (1333, Saint-Pierre d'Arthenay).
Ainsi que dans les noms de localités ;
Caen, Camhes, Camilly, 84 (1338, Caen).
Karenten (Carentan), 39 (1333).
Castillon^{i'^21, Caen).
CauquegmjS (1331, Cotentin).
Planques (Bois des) 75 (1337, Amfreville).
Perquerie 3 (1328, Caen).
On voit par ce qui précède combien souvent, dans des actes semi-officiels, la gutturale vélaire persistait encore au xrv*" siècle, près de cent cinquante ans après la réunion delà Normandie à la France ; et, si elle a disparu avec les autres caractères du normand de la langue des lettrés pour faire place à ch, le peuple ne
l'en a pas moins conservée fidèlement jusqu'à nos jours ; il y a plus, elle s'est maintenue, comme nous avons vu, dans le plus grand nombre des noms de localités où l'influence française n'a pas réussi à la modifier.
Mais si les gens cultivés rejetèrent de bonne heure la vélaire dans les mots où le normand la conservait, on n'ignorait pas pour cela que cette conservation était un des caractères de ce dialecte, et il ne manqua pas d'écrivains qui, au besoin, se servirent à dessein des formes où elle subsistait ; c'est ainsi qu'au XV® siècle l'auteur de la « Farce de maître Pathelin » met dans la bouche de son principal personnage qui feint la folie les mots normands ataque, vaque, mousque, che :
Les playes Dieu ! qu'est-ce qui s'ataque A men cul ! Est ctie or une vaque, Une mousque ou ung escarbot ? *
Plus tard, en plein xvif siècle, L. Ferrand, l'auteur de r « Inventaire de la Muse normande », ne dédaigna point non plus l'emploi de formes normandes en ka, ké, tout en se servant, il est vrai^ concurremment des formes françaises ; ainsi on trouve dans les deux premières pièces de vers de l'Inventaire : epluqueucc, recachez, caude, cauffer, quesne et fîquée qu'il fait rimer assez singulièrement avec affichée. Dans sa « Muse normande », Louis Petit a fait un plus grand emploi encore des mots normands où persiste la vélaire ; ainsi : cauche, capel, queveus, caus, refique, fieques, breques, quien (canis), etc.
Ainsi il résulte de l'étude attentive des anciens monuments du dialecte normand que malgré les traces d'altération qu'ils pré-
l, La Farce de maître Pathelin avec traduction, p. p. M. Ed. Fournier. Acte II, scène V,
Celuy qui l'apprint a l'escole
Estoit Normand : ainsi avient
Qu'en la fin il luy en souvient, dit Guillemette qui, plus habile que la plupart de nos linguistes, reconnaît aussitôt dans le langage de Pathelin les caractères distinctifs du normand. Cependant je doute que ail fût encore la l'orme normande au xv" siècle; de plus il faudrait qu'est che, non qu'est-ce; mais pourquoi M. Ed. Fournier a-t-il remplacé che par ce dans le est-ce une vaque ? de sa traduction? et pourquoi écrit-il mouche et non pas môque'i Faire dire après cela à Guillemette que le « jargon » de Pathelin est normand est tout à fait absurde. La môme observation s'appliquerait à plus forte raison à la traduction de la tirade picarde qui précède, et où l'on chercherait en vain trace des formes caractéristiques de ce dialecte.
sentent si souvent, malgré l'emploi que certains scribes ont fait à dessein de formes françaises, nous y retrouvons cependant partout où la langue a conservé son caractère original et populaire le c vélaire persistant comme en picard. Cette conclusion trouve sa confirmation la plus complète dans la forme actuelle des vocables soit propres, soit communs, qui appartiennent à ces deux dialectes.
J'ai déjà parlé des anciens noms de pays normands et nous avons vu que la plupart ont gardé le c vélaire sans modification ; inutile de dire qu'il en est de même en picard, et les deux dialectes offrent sur ce point l'accord le plus complet. C'est ce que montre le tableau suivant, où sont réunis un certain nombre de noms de pays d'origine analogue ou identique :
Cagny (c.) Cahagnes (c.) La Caine (c.) Cambernon (m.) Cmnhremer (c.) Cmnemhert (c.) Çampeaux (c.) Campigny (c.) Canapville (c.) Canchy{c.) Canisy (m.) Canteleu (s.-i.) Cardonville (c.) Car piquet (c.) Carter et (m.) Carville (c.) Castillon (c.) Le Catelier (s.-i.) Caumont (c.) Cauville (c.)
Cagny (s.) Cahon (s.) Caisne (o.) Cambron (a.) CambyHn (p.-d.-c.
Camelin (a.) Çampeaux (o.)
Canaples (s.) Canchy (s.) Canisy (s.) CanteleuûG (n.) Cardonville (s.) Carrepuis (s.) Cartignies (n.) Carvin (p.-d.-c.j Le Cateau (n.) Le Catelet (a.) Caumont (s.) Cauvigny (o.)
Cliagny s. l.
Cliahaignes Sart.
Chambry s. m.
) Chambrey Meur.
Chamelet r.
Champeaux s. m.
Champigny y.
Chance i. l.
Chanteloup i. l.
Chardonnay s. l.
Charpentry Meuse.
Chartrettes s. m.
Charvin i.
Chatillon s. o.
Chatelet s. m.
Chaumont Marne.
Chauvigny v. ^.
Quant aux noms propres de personne, nous avons vu aussi que, malgré les hésitations de la langue, la vélaire a le plus
1. Dans la colonne normande, il est à peine besoin de le dire, G. signifie Calvados; E. Eure ; M. Manche ; 0. Orne ; S.-I. Seine-Inférieure; dans la colonne picarde, A. désigne le département de l'Aisne; N. celui du Nord ; 0. celui de l'Oise, au nord duquel l'influence picarde se fait encore sentir ; P.-d.-C celui du Pas-de-Calais, et S. celui de la Somme.
souvent persisté en normand ; il en a été de même encore naturellement en picard. Le tableau suivant montrera quel accord règne entre les deux dialectes dans la plupart des noms de cette nature, communs à l'un et à l'autre.
Campie
Canu
Capelle
Carbonel
Cardin{e)
Cardon
Caron
Carpentier
Câtel 1
Cauchois
Cawnont
Cauvin
Du Quesne
Le Marcand
Labreque
Planquette
Vaquerie
Canut
Capelier
Carbonnier
Cardine
Cardon
Caron
Carpentier
Caucheur
Cawnont
Calvin
Champy
Chenu
Chapelle
Charbonnier
Chardin
Charpentier Ghâtel
Chaumont
Chauvin
Duchêne
Le Marchand
De le Planque ('li. A. Planche Vaquerie Cart. A. — etc.
Quelques-uns de ces noms ont en normand, toutefois à côté de la forme ca, une forme en ch, également indigène, mais évidemment plus moderne; ainsi Chauvin (Orne) à côté de Cauvin (Calvados), Chaumont et Caumont (Calv.), Le Marcand et Le Marchand (id.), Chartier (Alain) xv** siècle et Le Carretier (Guillaume) son ancêtre, notable de Bayeux en 1309, etc.
Les noms communs ne nous montrent pas un accord moins grand dans la persistance de la vélaire en normand et en picard ; le tableau suivant en est la preuve ^ :