‹ Du c dans les langues romanesChapitre 173 sur 220 · LAT.-ALL. NORM. PIC. FR · texte numérisé non relu

LAT.-ALL. NORM. PIC. FR

garten al. gardiriB. gardin,guerdinisiYàm

*gabatam gatte b. gatte jatte

galbinum gaune A. N. gane jaune

garba al. guerbeB. garbe, guerbe gerbe

gâr br. guéret b. garet, guéret jarret

gaudium goie l. Ps. — —

*allongare allonguerB. — allonger

muosgadam a.h.a. wz^oe^ B. — migeotn.M.

Il en est de même des mots suivants où c s'est changé en ^, et a été traité comme tel :

cambam gambe gambe jambe

*capellam gavelle gavelle javelle

caveolam — gayolle geôle

Tandis que le c vélaire a conservé ainsi dans les deux grands dialectes du Nord-Ouest de la France sa valeur gutturale, il semble, à une époque de la langue, avoir éprouvé une tendance à s'affaiblir, dans le normand du moins, en g ; on trouve dans le Roman de Rou : Nabugodonosor v. 29, galice (calicem) V. 1602, etc; Nigaise, dans l'Inventaire de la Muse normande ; Métivier donne ganif, haguer (haquer, couper à coup de hache) comme étant du patois de Guernesey ^.

Mais à tout prendre ces exemples sont peu nombreux. Quant au changement de c en g, qui a lieu en normand, et surtout en picard, quand c est, par suite de la chute de e, suivi de v, comme dans g'va, g'veu, g'ville, il tient uniquement à l'impuissance où l'on est de prononcer la sourde ^ ou c devant la sonores, il n'y a donc là qu'une transformation apparente, aussi, bien que Corblet et Diez après lui en puissent penser, je crois que le c reparaît quand Ye ne tombe pas, et qu'on doit dire et écrire queva ou kevau et non gueva ou guevau, etc.

Quelque générale toutefois que soit en normand et en picard la persistance de la vélaire dans les noms communs, eUe n'y est

1. Fruitier. Cf. musgode {Alexis bl,iL); migoe (pomarium), Gloss. lat..fr. n- 7692 (Sitzungsb. d. kœnig. bay. Akad. d. "Wiss. zu Mûnchen, 1868, I, 132). Cf. Al. p. 182 et Rom. II, 85.

2. Quelque chose d'analogue a eu lieu dans le patois poitevin d'après Favre, qui toutefois ne donne pour exemple que gouhime.

pas plus absolue que dans les noms propres, et parfois le c a dû céder la place à la chuintante ch ou j". Ainsi dans le patois normand du Bessin on dit plus souvent fva que g'va (cheval) ; je ne connais aussi pour dire viande que le mot chai, — carne qui s'estconservéaunsens tout différent, il signifie mauvaise bête, en particulier mauvais cheval. — De même chié a^^m parse substituer à kier ou quier (carum), etc. ^ Le ^ vélaire de galhinum, a cédé également la place auj dans^awne ov^jàne, seul mot que j'aie jamais entendu. Le picard offrirait des faits analogues.

Il peut se faire que quelques-uns des mots exclusivement normands ou picards qui présentent la forme ch soient des emprunts plus ou moins modifiés faits au français, mais il est probable aussi que dans plusieurs la forme ch s'est développée spontanément à la suite de la modification de la voyelle suivante, et dans ce cas il ne faut voir dans ch que l'affaiblissement de la forme plus complète tch. Cette dernière se rencontre d'ailleurs, et non seulement à la place de c suivi de a étymologique, mais encore de cette gutturale suivie de o ou i< modifiés en o ou u. Cette transformation, que j'ai déjà signalée dans le patois poitevin ^ se présente surtout en normand, le picard ne la connaît qu'exceptionnellement. Voici les mots où on la trouve :

* cacaciam

tchiasse ^ b. g.

cadere

tcher

canem

tchen B., t chien g.

tchen Sant.

casis

tcheux B.

coctum

tcheu B.

coquere

coquinam

cor

tcheure tcheusine b.

tcheur Am

corium

tcheu b., tchier g.

coxam

tcheusscB. tchiesscQ.

culum

tchu B.

* culotam

tchulotte B.

cupam curare

tchuve B.

tchurer b.

1. Il serait facile de multiplier cette liste si l'on y faisait entrer tous les doublets en ch, qui existent à côté des formes en k, mais ce ne sont que des formes françaises à peine modifiées, et qui dès lors ne doivent pas figurer dans une étude du normand ou du picard.

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