Dans cher-volant
*cinquanta
* cippeam ceram cerasum csepas
* csepotum
cicutam
* ceocam *faciam
factionem *fidentiam
* focaciam
* fortiam
* glacionem junicem lectionem
* ligatiam limacem
* maxucam
* macionem
* minaciare medicinam mercedem monticellum
* muciare
* nigritiare nutritionem
pigritiosum
* petiam pitsen a. ail,
* pincionem plateam
* pullicem
chinquante b
. chinquante
cinquante
chipée B.
cépée
chire
chire
cire
cherise b.
cherise
cerise
chives B.
chives
cives
chibot B.
chibot
cibot
chivière b.
chivière
civière
chue B.
chue
cigiie
chuque b.
choke
souche
fâche B.
fâche
face
fachon s. i.
fachon
façon
fîanche g.
flanche r.
fiance
fouache b.
fouace
forche b.
forche
force
glachon b.
glachon
glaçon
geniche b.
genichon
génisse
lichon G.
lechon
leçon
Hache b.
Hache
liasse
limache b.
limechon
limace
machue b.
machue
massue
machon b.
machon
maçon
menachier b.
menacher
menacer
mèdechine b.
médecine
merchi
merchi
merci
mouchée b.
monceau
muchier b.
mucher
musser
neirchir b.
noirchir
noircir
nourrie hon b
. nourrichon
nourrisson
perchier
percher
percer
parechouxB.
paresseux
pieche b.
pièche
pièce
pinche
pinche
pince
pinchon b.
pinchon
pinson
plache B.
plache
place
pouliche b.
pouliche
pouliche ^
1. Telle est du moins l'étymologie que je donne du mot pouliche ; l'analogie du mot geniche la justifie, je crois, suffisamment; quant à * pullica proposé par M. Brachet {Dict. éttjm. s. v. acharner), les formes normandes et picardes rendent inadmissible une pareille origine. Mais on voit en même temps que pouliche n'est point un mot français ; comme camp, c'est un emprunt fait par la langue littéraire au normand ou au picard.
pulicem
puche B.
puche
puce
* putiare
puchier b.
pucher
puiser
radicinam
rachine b.
rachine
racine
*reciputum
recheu b.
rchu
reçu
* tractiare
trachier ^ b.
tracher
tracer
viciam
veche b.
veche
vesce.
Et en particulier dans les adjectifs et les adverbes démonstratifs ; ainsi :
ecce hac cha b.
cha
ça
ecce hoc che b.
che, cho
ce
ecceistum,istamc/ie;f, chette
chet, chette
cet, cette
ecce illam chelle
chelle
celle
ecceillos cheuxB.
cheux
ceux
istum ecce hic stichin b.
cheti-chï
celui-ci
istam ecce hic stéchin b.
chelle-chi
celle-ci
ecce hic ichin b.
ichi
ici 2.
Ainsi rien de plus complet que l'accord qui existe entre le normand et le picard dans le traitement des gutturales ; un point, sur lequel ces deux dialectes se comportent encore de la même manière, c'est le changement de la palatale médiale, pour ne pas parler de celui de la finale, en spirante dentale sonore dans un certain nombre de mots où, comme je l'ai fait remarquer, le français lui fait aussi en général subir la même transformation^. Dans ce dernier idiome cette modification s'explique sans peine, z y représente l'affaiblissement de dz, comme ç de ts, mais pourquoi, tandis que nous avons ch (c ou 5) pour la transformation de la palatale en sourde dans le normand et le picard, ne trouvonsnous pas la chuintante correspondante j Çg ou z) pour sa transformation en sonore? Il est difficile de répondre à cette question,
1. Ce mot signifie chercher et plus particulièrement chercher avec soin en normand et en picard.
2. On dit aussi chabot n. p., chavafte id., chucre n., machacren., mots dans lesquels ch semble se substituer à s, mais dont l'origine douteuse ne permet pas de rien décider. Il est à remarquer, en effet, qu'en général l's véritablement étymologique reste sans modification, tandis que souvent dans certains dialectes provençaux, dans le savoyard et dans les patois de la Suisse romande, par ex., il se change en ch comme le c palatal.
3. Cf. plus haut p. 233 et 250; ainsi on a : tcheusine n., loisir p., moisi n., plaisi{r) n. p., raisin id. , veisin n., voisin p., et onze, douze, treize, etc., en normand et en picard tout comme en français. V. pi. h. p. 122.
bien qu'on puisse supposer que la langue a procédé ainsi pour distinguer les modifications du c de celle du jot ; quoi qu'il en soit, z {s) apparaît à la place du c palatal transformé en sonore dans les plus anciens monuments que nous ayons, et il faut bien supposer dès lors que dès le xif et même le xf siècle le normand et le picard se comportaient à cet égard comme aujourd'hui. Cependant il semble aussi qu'il y ait eu, au moins en Artois, une tendance à donner à la spirante sonore résultant de la transformation du c palatal, d'ailleurs comme à s médial, le son de la chuintante j ; c'est ce qu'on peut inférer de ce passage de Bouille dans son livre « De differentia vulgarium linguarum et gallici sermonis varietate » , « Morini et Bolonii, nostri Oceani accolse, in mediis dictionibus vulgaris linguae id patrant vitii, ut s in j demutent.Dicimus \vlgo maison, oison, prison, toison ; àicxmi Morini, litera s mj labente, maijon, oijon, tijon, prijon, toi- Jon\ » Mais, il est difficile de rien conclure de certain pour le cas qui nous occupe de ce témoignage isolé.
Pour terminer cette étude des deux gutturales dans le normand et le picard, et comme application à la lecture des anciens textes, il me reste à examiner la question souvent posée de la valeur de c suivi de e, provenant de a étymologique. Naturellement cette valeur ne peut être que la valeur ^ du c vélaire ou une de celles qu'il peut prendre en se transformant, c'est-à-dire ch ou tch, les seules que connaissent les dialectes septentrionaux de la langue d'oïl ^. Or comme le c vélaire persiste en normand et en picard dans les textes qui ont conservé les caractères essentiels de ces dialectes, il faut évidemment attribuer dans ce cas à c, que la voyelle suivante soit a ou e, la valeur k. Cette manière de voir trouve sa confirmation immédiate dans l'orthographe ke que nous avons si souvent rencontrée dans les textes à côté de ce, car il est évident qu'il faut dans les deux cas prononcer de la même
1. p. 37. Les patois suisses et savoyards ont substitué souvent cette sonore z U) à c transformé et parfois à s étymologique.
2. Je n'y connais la forme ç que dans cis (casis) du patois de Guernesey. Les dialectes méridionaux, au contraire, comme quelques sous-dialectes provençaux (Cf. pi. h. p. 210), ont changé parfois le c vélaire en ç, par suite de la transformation successive tch, ts, s; ainsi semin dans le Nivernais, s6 (calidum), dans le patois du département de l'Ain, etc. ; mais ces formes sont inconnues au nord de la Loire, et il a dû en être toujours de même, puisqu'on n'a pu passer du son s, qu'aurait pris alors le c vélaire au son k ou ch qu'il a actuellement. Du moins ceux qui croient à la possibilité de ce changement devraient en donner d'autres preuves que des transcriptions dont la valeur est incertaine.
manière, c'est-à-dire ke. Une autre preuve non moins directe de ce fait nous est fournie par ce vocabulaire français-hébreu dont j'ai parlé plus haut, nous y trouvons, en effet, avec h : blankes, hoke, branke, kemin, kebal, roke, etc., c'est-à-dire que le c vélaire y a conservé sa valeur gutturale , quoique Va étymologique se soit affaibli en e. Cependant le c vélaire s'étant, surtout à partir du xiii<' siècle, changé aussi en ch, il est certain qu'alors ce a pu parfois dans les textes dont la langue n'est pas pure avoir une autre valeur que ke, mais il n'est pas moins certain aussi que cette valeur n'a pu être, comme je l'ai dit, qu'une de celles du c vélaire transformé dans les dialectes français, c'est-à-dire ch ou tch.
Ces observations ont une importance extrême pour la restitution des textes surtout à la rime. J'ai, en commençant cette étude des dialectes, eu occasion de parler de rimes terminées par ce représentant le c vélaire suivi de a latin, et j'ai dit — ce que les explications précédentes confirment de tout point — que si on avait affaire à un texte vraiment picard ou normand, il fallait donner à ce le son ke, que si, au contraire, le texte était français, il fallait écrire che. Mais il peut se faire aussi qu'on ait à la rime ce provenant de ca latin d'une part et devant dès lors avoir le son ke ou che, suivant que le texte est picard ou normand, ou bien encore français, et d'autre part ce, provenant de c suivi de e ou i ou de ti transformé, et devant dès lors avoir le son ce si le texte est français, le son che s'il est picard ou normand. Comment faut-il dans ce cas constituer le texte? et comment d'abord expliquer la présence à la rime de deux syllabes identiques et d'origine si différente ? Elles ne peuvent évidemment se trouver dans des textes français ou picards ou normands entièrement purs, puisque dans le premier cas ca latin donne che, et ce ou ti, ce ; que dans le second ca donne k, et ce ou ti, che; mais on comprend très-bien qu'il en puisse être autrement dans des textes écrits à une époque où les formes françaises avaient pénétré dans le dialecte picard ou normand, ou bien encore dans une contrée où ces formes se rencontraient simultanément, comme cela dut avoir lieu de bonne heure sur la frontière des pays de langue normande ou picarde. Nous voyons par exemple dans une charte d'Amiens de 1318, publiée par Le Roux de Lincy dans l'Introduction à son édition des Livres des Rois \ ca représenté fréquemment par ch, — à côté de c, il est vrai, qui se trouve dans cose, eskevin, — comme dans