Les Livres des Rois p
chatel, chose, eschemn, marcheant, marcheandise , en même temps que ce y est représenté également par cli dans serviches, fâchent, Justiche, che, audieyiche. De même dans une charte d'Hedincourt de 1257 ^ nous avons cheaus, veche (viciam), vechas, chele, comynenchier , où ch représente ce, ci ou ti, et chevaliers, chascun, franche, chose, où il représente c suivi de a. En normand on rencontre aussi, et même bien plus souvent, ch substitué au c vélaire, tandis qu'il peut remplacer, comme nous avons vu, le c palatal. On comprend dès lors que les poètes picards et normands aient pu rapprocher ces terminaisons d'origine différente, aussi les exemples de ces sortes de rimes abondent-ils dans les textes picards du xiif et du xiv^ siècle ; mais comment faut-il les écrire? Dans le Roman de la Violette nous trouvons aux vers 499 et 500 chière (caram) et sorchière (* sortiariam) formant une rime de ce genre :
Laide et obscure avoit la chière, Mult estoit desloiaus sorchière.
et, comme nous le voyons, l'éditeur, encore que le copiste du poème eût écrit sorcière, a mis ch dans les deux cas. Au contraire, dans « Blancandins et l'Orgueilleuse d'Amour», ce a été conservé dans les deux cas pour toutes les rimes, — et elles sont nombreuses, — où ca et ce ou ti transformés se trouvent à la fin du vers ; ainsi :
Blancandins chevauche par force Tôt .1. cemin, lès une roce.
Qui Subiien sivent à force Si l'encaucent tôt une roce.
L'escu blanc et la connissance, Par amor li donne sa mance.
Et avec çou sa destre mance Que de s'amor soit a fiance.
Gaperon ot et connissance Et en son destre brac la mance.
Qui er soir me donna sa mance, Dist, Blancandins : Ce fu enfance.
Se rest armés sans demorance, Vest une broigne, maille Mance.