Exemple tinagghiu (tenaculum
chenstein et d'Araba, parfois aussi dans celui du Frioul ; mais après une consonne cl persiste sans modification dans ce dernier ; il en est de même dans tous les cas en roumanche et dans le dialecte de Fondo ; dans celui de Grœden ou de la Gardena et de la Gadera, au contraire, la sonore dl se substitue à cl médial, tandis que la sourde tl y prend, nous avons vu, la place de cl initial. Dans le dialecte du Val de Sole le groupe cl ne s'est pas formé et y est devenu kel ; dans le Val de Rumo , il s'est modifié en kjel , et en cel à Fondo et à Nonsberg ; mais au pluriel le groupe cl apparaît sans modification, ainsi qu'au singulier des féminins.
Ces formes sont loin d'épuiser la série des transformations dec'l roman ; ainsi dans le dialecte du Frioul, ce groupe, quand il n'est pas précédé d'une consonne, se réduit à ^ ou H; dans le roumanche de l'Engaddine et parfois de l'Oberland, ainsi que dans le ladin du val de Fassa et de Mœna, il s'est, au contraire, transformé en l mouillé, et il est devenu Jot dans le ladin d'Oltrechiusa et de Fassa ; enfin il a donné naissance à la chuintante sonore g dans le dialecte d'Agordo et d'Agordino, ainsi que dans le milanais \
Pour montrer comment c'I a été traité dans les diverses langues romanes, je prendrai pour exemple les mots acuc{u)lam, apic{u)lam, auric[u)lam , cornic{u)lam, fac{u)lam, genic{u)lum, grac{u)lam, lentic{u)lam, mac{u)lam, oc{u)lum, pedic{u)lum, et spéculum :
ROUM
IT
ESP
va.
PR
FR
aguglia
aguja
agulha
agulha
aiguille
pecchia
abeja
abelha
abelha
abeille
urecliea.urechie a.orecchia
oreja
orelha
aurelha
oreille
cornacchia
corneja
corneille
feclie
hacha
fâcha
falha
faille 1..-R
ginocchio
hinojo V.
giolho
ginolho
genquil v.
gracchia
graja
gralho
gralha
graille v.
lenticchia
lenieja
lentilha
lentille
macchia
malla
malha
malha
maille
ocliu s. ochiu n.
ûcchio
ojo
olho
olh
œil
pidocchio
piojo
piolho
pezolh
peoil V.
specchio
espejo
espelho
A cette liste il faut ajouter les dérivés de cochlear dans lesquels cl latin a été traité comme c'I roman :
it. cucchiajo esp. cuchara pg. colher fr. cuillère
Par contre dans les mots suivants c'I roman a été traité en
1. Schneller, id. p. 68 et 69. — Ascoli, Archivio, I, 57, 193, 323, 324, 329, 348, 351, 356, 369, 374, 377, 382 et 514. — Muss. Darst. der alim. Mundarl, p. 12.
provençal et en français comme cl latin médial, c'est-à-dire changé en gl.
FR
* aboculum — aveugle aq(ui)lam — aigle
* buc(u)lare — beugler sec(a)lem segle seigle
Le mot français mâle (masle), qui semble faire exception aux règles précédentes, doit sa forme particulière à ce qu'il vient non de mac{u)lum qui aurait donné magie ou maille, mais de masc[u)lum ; le c de se assimilé par 1'^ précédent est tombé ; et sa chute a empêché 17 d'être mouillé. Il en a été de même de moule (musculum). Dans leladin du Frioul, cl a été dans ces mots conservé par l'influence de 1'^, ainsi mascli, muscli ; mais dans le roumanche de la Haute-Engaddine il s'est changé en spirante, qui avec Y s précédente a donné naissance à la chuintante s, d'où maschiel, mûschiel.
L'I mouillé substitué à cl qu'offre partout l'ancien français a disparu dans un certain nombre de mots du français moderne ; c'est ce qui a eu lieu par exemple dans genou, 3Lutreîois genouil, forme coQservée dans agenouiller, — pou, autrefois peouil, pouil, qu'on retrouve dans pouilleuœ, et verrou, anciennement verrouil (* verruclum). Dans ces mots il y a eu simple chute de il, devenu sourd dès la première moitié du xvif siècle, époque où l'on écrivait encore genouil, pouil, verrouil, mais en- prononçant, nous apprend ChifEet, genou, pou, verrou. Dans les mots épieu, essieu, la langue a procédé autrement ; l'ancienne forme était espieil (spiculum), essieil (* axiculum) , 1'^ mouillé s'est changé en l ordinaire, ce qui a donné espiel, essiel, d'où par la vocalisation de 1'^ les formes modernes épieu et essieu. Quelque chose d'analogue s'est passé au pluriel de œil, seulement ^^ préposé a eu a conservé quelque chose de VI mouillé, et ce mot a pris la forme définitive 2/eMa;. Dans p^W^ (*craticulum), goupil (*vulpeculum), nombril (umbilicum), nous avons un nouvel exemple de la chute de l mouillé, laquelle a dû être précédée toutefois d'une période de transition où 1'/ final sans être mouillé devait encore se prononcer. C'est l'état où nous voyons maintenant le mot^en7, dont 1'/ ne se mouille plus, mais se prononce encore, mais qui, si une réaction conservatrice n'a lieu, finira par devenir muet.
Cet affaiblissement ou cette suppression du son Ih dans le fran-
lis a été généralisé dans certains patois, en particulier dans le normand du Bessin ; ainsi fenouil y est devenu fenou ; soleil, salé. L7 n'a été conservé, mais en cessant d'être mouillé, que dans les dérivés féminins en cula, c'est-à-dire devant e, comme dans aigule, boutéle, conéle (corneille), quevile, etc.
Telles sont les remarques auxquelles donnent lieu les transformations générales du groupe c'I dans les six principaux idiomes néo-latins; pour en terminer l'étude je les ferai suivre du tableau des modifications qu'éprouvent dans les dialectes ladins, lesquels, nous avons vu, le traitent parfois comme les autres idiomes romans, mais le transforment aussi d'une manière à eux particulière, les cinq mots suivants :
acuclam auric'lam
genuc'lwn
ocxic'lum
pedic'lum
Nb.
reda
zinocU pi."
ocli pi.
piocli pi.
Ar.
gi
ogla
orogla
zenogle
ogle
piegle
Gad.
dl
odla
oredla
zenedl, znodl cedl, uedl
piedl, podl