‹ Du c dans les langues romanesChapitre 214 sur 220 · Cf. Schuch. Vocal. I · texte numérisé non relu

Cf. Schuch. Vocal. I

tendance de la langue-mère et dans tous — si l'on excepte les mots d'origine savante et un dialecte sur lequel je reviendrai, — le groupe et a disparu ; mais ils ne l'ont pas traité de la même manière, suivant qu'il était suivi d'une seule voyelle ou d'une consonne^ ou de i et d'une autre voyelle. Il importe donc dans l'étude que je me propose d'en faire de distinguer ces deux cas, les seuls d'ailleurs qui peuvent se présenter, puisque et est toujours médial.

r et suivi de i et d'une autre voyelle.

Dans ce cas le t, traité comme s'il était seul, s'assibile, et le c tombe en général, mais en empêchant le plus souvent la spirante de se changer en sonore;, comme cela a lieu parfois quand le t est précédé d'une voyelle. Exemples :

IT

ESP

PG

PR

FI

aclionem

azzione

acion

auçom V.

acçào

directiare

direzzare

derezar

direitar

dressar

dresse

electionera

elezione

eteiçâo

factionem

fazione

faccion v.

feitio

fazon, faizo

façon

lectionem

lezione

leccion

liçâo

leizo, leisso

leçon

sectionem

sezione

seccion

secçào

Il faut remarquer les formes portugaises endereitar, feitio, où ^ a conservé sa valeur primitive, tandis que le e s'est changé en i. Dans le provençal faizo, leizo, le c semble bien aussi s'être transformé en i, quoique le t se soit assibilé ; et, fait exceptionnel, en donnant naissance à une spirante sonore. Une forme curieuse encore est celle que nous offre le roumain aleU (electionem), où cti a été traité comme es. Parfois enfin en espagnol et en portugais le c de et persiste avec sa valeur gutturale, comme on le voit dans acçào pg., leccion et seccion esp., secçào pg. ; dans auçom, au contraire, il a été remplacé par u et dans eleiçào par i.

Il arrive aussi en italien qu'au lieu du c le if tombe ou lui est assimilé ; dans ce cas et, au lieu de se changer en ;s;, se transforme en c ; c'est ce qui a lieu pour succiare à côté de suzzare fr. sucer, dérivé de *suctiare, et pour tracciare, fr. tracer (* tractiare) .

ir et suivi d'une seule voyelle ou d'une consonne.

Dans le cas précédent la forme définitive du mot dépendait surtout des modifications du t, dans celui-ci elle dépend unique-

ment de celles du c ; elle varie d'ailleurs dans chacun des divers groupes ou idiomes romans. Le latin vulgaire, nous avons vu, avait souvent déjà modifié et, en assimilant ckt\ cette transformation, connue aussi de l'ancien norois, et qui repose sur le changement de la gutturale en dentale, se retrouve plus ou moins fréquente dans tous les idiomes romans, mais elle n'appartient en propre qu'à l'italien. D'ailleurs un des deux t peut tomber, ce qui a lieu nécessairement après n, et et se trouve ainsi réduit à t.

Une autre forme qu'on rencontre dans le double groupe occidental et dans les dialectes ladins est c affaibli en 5 en portugais et en français. Mais dans ces deux idiomes et en général dans le provençal la forme la plus ordinaire est it. Cette forme n'est point d'ailleurs particulière aux idiomes romans, on la rencontre aussi dans le gallois, où l'irlandais nocht (noctem) a pour équivalent noid * . Comment maintenant expliquer ces diverses modifications du groupe et ?

La première n'ofire pas de diflSculté ; le e s'est assibilé au t, il y a eu là simple substitution d'une dentale à une gutturale, phénomène dont nous avons vu plus d'un exemple. Quant à la troisième, elle est le produit de l'amoindrissement successif de la gutturale ; pour éviter la rencontre des deux muettes et qui lui répugnait, la langue a transformé la première en la spirante eh dans les idiomes germaniques, en J dans les idiomes romans^; on a eu ainsi le groupe jY qui s'est naturellement ensuite affaibli en it ; c'est ainsi que faetum a donné fait en français. Telle est la marche suivie en général par ce dernier idiome, par le portugais, le plus souvent par le provençal et par quelques dialectes italiens.

Dans d'autres la transformation a été plus loin ; le groupe J^ a été transposé, ce qui a donné tj, d'où par une transformation connue tl ; c'est ainsi que faetum est devenu /"ac^ en provençal.

1. Cf. Kuhn's Zeitsch. XIV, 247. Schucbardt a voulu voir, dans cette coïncidence de la transformation de et en it dans le gallois et dans les idiomes romans parlés dans l'ancienne Gaule, une preuve de Fintluence de l'idiome des anciens habitants sur la transformation du latin ; mais rien ne prouve d'abord que dans l'ancien gallois et se transformait en it et il est même plus probable ou que ce groupe persistait, ou qu'il avait pris tout au plus la forme cht qu'il a encore en irlandais.

2. 11 serait possible que la forme jt eût été précédée de cht ; c'est ce que sembleraient indiquer les transcriptions comme jachtivus qu'on rencontre dans les anciens monuments. Cf. Pott. Kuhn's Zeitsch. \, 411.

face en lombard, affaibli en fagio dans l'ancien milanais. Mais en même temps que le c se changeait en J^, il a pu arriver aussi que le même sonj se développât après le ^, ce qui a donné le son jtj, lequel en se transformant conduit naturellement à jil ou il ; c'est ainsi qu'on peut expliquer la transformation de factum en hecho = faico en espagnol.

Un fait à remarquer, c'est que quand et est précédé de n, le j (^) de la transformation du c ne pouvant, sous peine de former une syllabe avec n, conserver la place du c qu'il représente, passe avant lui et diphthongue la voyelle précédente ; c'est ainsi qu'en français sanctum, au lieu de san-i-t , a donné saint ^. Dans les langues qui n'ont pas admis cette transposition, le c est alors tombé tout simplement, — chute que la présence de Yn paraît avoir favorisée dans tous les idiomes romans, ceux du Nord-Ouest exceptés, — comme dans santo \i., esp., pg., ou bien, mais exceptionnellement, il a, en se changeant enj, donné naissance à tj et par suite à c, comme dans l'espagnol cincho.

Les formes {t)t, it, {i)c ou g, n'épuisent pas les transformations du groupe et dans les langues romanes ; tout en adoptant parfois la première, le roumain en a une autre qui lui appartient en propre, c'est la substitution duphc, c'est-à-dire de la sourde labiale à la gutturale, tandis que l'assimilation de c à ^, qu'on retrouve dans tous les idiomes romans, repose sur la substitution de la sourde dentale à cette- même gutturale. Mais le roumain ne s'en est pas toujours tenu à cette première modification, et dans un certain nombre de cas il a changé le p substitué à c en sa spirante /", comme il le fait d'ailleurs d'ordinaire pour p étymologique dans le groupe pt, ce qui a donné en définitive /ï à la place de et. Quant à la forme s qu'on trouve au participe d'un certain nombre de verbes, comme dans adaos (adauctum), eins (cinctum), zis (dictum), dus (ductum), ajuns (adjunctum), etc., elle représente sans doute le dernier terme de la série tj, teh, ts, s, résultat de la transformation de et.

On s'attendait à ce que le roumain allant plus loin eût affaibli /"en V et enfin en u, ce qui aurait donné ut pour et; cette transformation n'a point eu lieu, que je sache, dans cette langue, mais la forme ut pour et se retrouve en espagnol et en portugais, par exemple dans auto (actum) ; il semble toutefois qu'il faut expliquer la présence de cet u par sa substitution à ^ dans la diphthongue ai.

1. Il en a été de même dans plainst. plainstrent LR. pour 1'* provenant de la transformation de l'a;.

Telles sont les transformations de et dans les langues romanes; ce groupe y apparaît bien encore tel qu'il était en latin, mais si l'on excepte le sarde logoudorien où il a été régulièrement conservé, c y étant d'ailleurs à peu près muet, on ne rencontre et que dans les mots de formation savante ou récente ou qui ont été refaits sur le latin. Il n'y a donc pointa s'occuper de cette forme ; les transformations des mots actum, cinctum, eoaetare, eoetum, dictum, directum, doctorem, ductum, faetum, fietum, flectere, fructum, junctum, *lactem, lectum, * luetare, noctem, oeto, *peetine7n,peetus, pi{n)etum, punctu7n, sanetum, strictum, teetum, montreront comment les différents idiomes romans ont fait usage des autres modifications tt {t), it, c {eh), pt ou fï et ut.

Page 1