Orator, 18, g
isage ordinaire dans un certain nombre de mots, Quintilieu "nous apprend qu'après l'avoir si longtemps ignorée, on finit par en abuser: « Diu servatum, dit-il', ne consonantibus aspirèrent, ut in Graecis et in trium.pis ; erupit brevi tempore nimius usus ut choronae, chenturiones , praechones adhuc quibusdam inscriptionibus maneant. » L'épigramme de Catulle que j'ai citée plus haut est un autre exemple de l'étrange abus qu'on fit à une époque de l'aspiration ; toutefois, une réaction en sens contraire ne tarda pas à se produire ; Aulu-Gelle, nous avons vu, traitait de « rustique » l'emploi fautif qu'on en faisait ; avant lui déjà, Probus ne la regardait comme légitime que dans trois mots d'origine latine : « hoc tamen scire debemus, quod omnia nomina post c litteram habentia h peregrina sunt : chorus, Anchemolus, charta, Charon, Chrysus, Chalybes, exceptis tvïbus, qusBlsiiinsi srnit lurcho, pulcher, Orchus ; sic enim in antiquioribus reperies, non Orcus ^. » Trois siècles plus tard, le commentateur de Virgile, Servius, tenait le même langage, bien qu'il différât sur les mots dans lesquels il admettait l'aspiration : « Tria tantum (majores) habebant nomina, in quibus c litteram sequeretur aspiratio : sepulchrum, Orchus, pulcher, e quibus pulcher tantum hodiè recipit aspirationem^.» Ainsi, au v* siècle, excepté peut-être dans pulcher, l'aspiration du c avait fini, après bien des hésitations, par être regardée comme fautive ; avait-elle complètement disparu ; ne subsistait-elle point encore çà et là dans le langage populaire ? Il est difficile de le dire, bien que cela soit assez peu probable; mais en tout cas l'aspiration après une consonne est inconnue des langues romanes qui n'ont que des spirantes et point d'aspirées véritables. Quoi qu'il en soit, au reste, de la condamnation par les grammairiens de l'aspiration, ils furent impuissants à proscrire l'usage du ch dans l'orthographe latine ; employé d'abord pour représenter le y dans les mots tirés du grec, il finit, après l'affaiblissement ou la disparition de l'aspiration, par être mis un peu au hasard, comme nous le montrent les inscriptions, à la place du c ; plus tard, quand le c palatal latin se modifia, tandis que le ch = x gardait sa valeur primordiale, moins l'aspiration, on eut recours à ce signe pour représenter la gutturale palatale; c'est ce qu'ont fait en particulier