LAT. ITAL. ESP. PORT. PROV. FRANC
cammarum gambero gdmbaro — — —
camellam — gamella gamella — gmnelle
castigare gastigœre gastigar — — —
cattum gatto gato gato gat —
I caveam gabhia gavia — gabia —
( caveolam — gûyola gaiola — —
cavillare gavillare — — — —
conflare gonfiare — — — gonfler
crassum grasso graso — gras gras
craticulam graticola — grelha{s) — grille
cribellum crivello garbillo — — —
cretam — — — greda —
quiritare gridare gritar gritar — —
crocum — — — gruec —
cubitum gômito — — — —
Le français offrirait encore un certain nombre de mots comme gale (caUum), glaire (claream), glas (classicum), gourde (cucurbitum), gobelet (* cupelletum), etc., qu'il n'a pas empruntés aux mêmes racines que les autres langues romanes ; il a aussi souvent, ainsi que certains dialectes provençaux et ladins, changé la gutturale vélaire en ch, par exemple dans chair, chat, chose, etc. Je reviendrai plus loin sur cette transformation, une des plus curieuses du c latin dans les langues romanes ; mais si on la laisse de côté, on voit par ce qui précède que le c vélaire initial a persisté le plus souvent en passant du latin dans ces idiomes ^ ; il ne s'est, en effet, changé en sonore que cinq fois
1. On trouve cependant dans cette langue pras (crassum), comme dans tous les autres idiomes romans, ce qui semble indiquer que le c de ce mot s'était déjà changé en g dans le latin vulgaire.
2. Je ne parle point naturellement ici des mots comme galoscia, golfo, grotta, etc., dont l'origine est grecque.
devant a, deux fois devant o (w), six fois devant r, et encore non pas dans tous ; partout ailleurs, pour ne pas parler des quelques mots propres au français cités plus haut, il est resté sans modification ^ En cela, le c vélaire initial s'est comporté comme les deux autres sourdes t et p, dont la première a persisté dans tous les cas et dont la seconde ne s'est affaiblie en & ou -y que dans un petit nombre de mots. Tout autre est la manière dont a été traité le c médial.
Tandis qu'au commencement des mots les sourdes ont généralement persisté^, au milieu elles se sont, au contraire, le plus souvent modifiées, mais non toutefois de la même manière dans les différentes langues romanes ; ainsi, dans le groupe oriental, t, resté raédial, a persisté toujours en roumain, le plus souvent en italien, mais dans le groupe du Sud-Ouest, il s'est régulièrement transformé en d ; dans le groupe du Nord-Ouest il s'est aussi, en provençal du moins, changé ordinairement en sonore, tout en persistant aussi dans quelques mots, ou même quoique rarement, il est vrai, en tombant ; en français, au contraire, c'est cette dernière transformation qui est de règle ; t, après s'être changé d'abord en d, a fini par être rejeté complètement. Le p médial a subi des modifications analogues à celles de t ; persistant le plus souvent dans les idiomes de l'Est, tout en se changeant aussi parfois, du moins en italien, en b ou v, il se transforme en sonore dans les langues du Sud-Ouest ; il en est de même en provençal, mais en français il s'est, évidemment après s'être changé en b, transformé définitivement en la spirante v. Le c vélaire médial offre réunies toutes les modifications des deux autres muettes t etp : persistance, transformation en sonore, affaiblissement en spirante, chute. Ainsi au miheu des mots, le c vélaire persiste toujours en roumain, excepté dans agris (acris), 7negris (* macriceus rumex), megure (macula, pris dans le sens de colline), sgaibe (*scabia), sgure (scoria), sigw^ (securus), où il s'affaiblit en sonore^ ; en italien il persiste souvent encore, quoique
1. Dans certains dialectes toutefois, en particulier dans le sarde logoudorien, la gutturale sonore est d'un emploi bien plus grand que dans les divers idiomes dont je viens de parler; ainsi on trouve : gasi (quasi), gollire (coUigere), gortello (cultellum), gotale (ital. cotale), gruche (crucem), etc. Cf. Delius, De7- sard. Dial. p. 6. Les patois poitevin et normand et le ladin — du moins dans le groupe cr — en offrent aussi des exemples qui leur sont particuliers. V. plus loin liv. IJI, chap. III et liv. IV, cliap. VI.
2. De Ciliac. Dict. d'éti/m. daco-romane. Je conserve le mode de transcription de Diez, malgré tous ses défauts, comme le plus généralement connu, tout en avouant que celui de Gihac me paraît de beaucoup préférable.
non moins souvent il se change en g; cette dernière transformation est presque la seule que connaissent l'espagnol et le portugais; le provençal change également le c médial en g, tout en le transformant aussi en la spirante y ; c'est cette modification qu'on rencontre le plus ordinairement en français, mais parfois aussi c s'y affaiblit simplement en sonore, ou bien même il peut tomber, ce qui a lieu aussi, mais beaucoup plus rarement, en provençal. Les exemples suivants permettent de se faire une idée comparative du rapport d'après lequel les diverses langues romanes ont conservé ou changé en sonore le c médial.
LAT
ITAL
ESP