LAT. PROV. FRANC
*bracum — brai
ebriacum ibriai —
*veracum veray vrai, etc.
Ce fait se présente en particulier en français dans les noms de lieu en {i)dcum, terminaison qui a été toutefois, suivant la région, traitée d'une manière différente : c se changeant en y, on a d'abord, comme pour le suffixe acum, après la chute de Yi protonique, la terminaison ay, qu'on rencontre dans presque toute l'étendue de l'ancienne langue d'oil ; ainsi :
Alisiacum Alizay (Eure), Corturiacum Courir ay (Belgique), Gradiacus Gray (Haute-Saône), Severiacus Civray (Indre-et-Loire, Vienne).
Cette terminaison paraît s'être modifiée en ey dans un certain nombre de noms, surtout de la région orientale ^ par exemple dans :
Angeliacum Langey (Eure-et-Loir),
Poliacum Pouilley (Doubs),
Vinciacus Vincey (Vosges),
Vidiliacus Villey (Meurthe).
D'autres fois ay semble s'être modifié en é, sans doute en passant par la forme intermédiaire è ; c'est ce qui a eu lieu surtout dans la région de l'Ouest ; ainsi dans :
Camiliacum Chemillé (Indre-et-Loire),
Floriacum Fleuré (Vienne),
Matiriacus Mère (Seine-et-Oise),
Sabiacum Ce {Pont-de-) (Maine-et-Loire).
Mais il a pu se faire aussi que l'accent au lieu d'être sur ac fût reporté sur i ; dans ce cas, Va de iac{um) a dû tomber, et le c ou s'est changé en y qui s'est confondu avec Vi étymologique ou est lui-même tombé ; le suffixe iacum s'est ainsi trouvé réduit à y, comme dans :
1. 11 peut se faire aussi que ey soit le résultat de la transformation directe de ce, modification de ac, forme trouvée dans d'anciennes chartes. Cf. Mém. de la Soc. des Antiq. de l'Ouest. 1867, 2' partie, Intr. p. 2.
Aciniacum Acquigny (Eure), Forminiacum Formigny (Calvados), Rotegiacum Rouy (Nièvre), Victoriacum Vitry (Marne)*.
Une question se présente naturellement avant de terminer ce chapitre, c'est celle de savoir à quelle époque a eu lieu le changement de <? en 2/ («")• ^ dut sans doute se produire de bonne heure, puisqu'on voit le c disparaître complètement dans un certain nombre de mots dès le vf siècle ; mais cette transformation commencée dès les premiers temps du roman se continua sans doute pendant plusieurs siècles. Dans les Serments on trouve encore le mot sagrament, qui devait devenir bientôt sairement, c'est-à-dire que le c n'est encore changé qu'en g, mais dreit, plaid nous le montrent en même temps déjà transformé en i. Dans la Cantilène de Sainte Eulalie le g vélaire a persisté — en devenant palatal, il est vrai — dans regiel, v. 8, pagiens, v. 12 et 21 ; mais le c est partout changé en i, ainsi coist, contredist, prêter. On le retrouve sans doute dans le Saint Léger, par exemple dans sancz 1, 2; 9, 2 ; sanct 5, 6; 12, 2; fincta 19, 1, et lucrat, 36, 4 ; mais ces mots ont un caractère savant ; il en est de même de sacrarie dans l'Alexis, qui nous montre, si l'on excepte le mot siècle, partout ailleurs le t'échange en i. Ainsi à partir de cette époque on peut regarder le changement de c en ^ (^) comme accompli dans le français. Nous avons vu néanmoins que c s'est affaibli seulement en g dans un certain nombre de mots où il précédait immédiatement la voyelle accentuée {u ou o), ou la suivait en se trouvant dans le groupe cl ou cr. C'est dans ces groupes aussi avant l'accent qu'il paraît avoir le plus longtemps résisté sous la forme g, tandis qu'entre deux vojelles dont la seconde était accentuée et représentée par a, et dans le groupe et il semble s'être transformé en y {i), dès les premiers temps de la langue. Dans le provençal on sait que les deux formes g et y subsistèrent presque toujours l'une à côté de l'autre, il n'y a donc pas lieu d'y rechercher l'époque du changement définitif de c en i. Quant à son affaiblissement en g, nous avons vu qu'il remonte au latin vulgaire, il a donc dû se produire aux Yf et vu'' siècles dans les divers idiomes où il apparaît.
I. Cf. Quicherat. Form. des noms de lieu, p. 37. La terminaison ay, ey {iacum) passa à son tour dans le latin du moyen âge ; ainsi hiniacum y devient Isigneium; Sabiniacum, Savigneium, etc.