‹ Du c dans les langues romanesChapitre 45 sur 220 · PROV · texte numérisé non relu

PROV

FRANC

badium

bayo

bai

bai

bai

cadere

caer

cair

caer

choir

credere

créer

crer

creir

croire

hodie

hoij

hoje

hui

hui, oiy.

, etc

De même pour les gutturales ; ainsi, pour ne parler ici que du g vélaire, persistant presque toujours au commencement des mots, il disparaît souvent au milieu dans tous les idiomes romans, mais surtout cependant en provençal et en français, comme le montrent les exemples suivants .*

ego îo — — leu eo s.

integrum intero entero enteiro enteir entier

legalem leal leal leal leial léal v.

legumen légume legumbre légume lium leu7nL.R.

ligare ligare liar liar liar ■ lier

nigrum nero negro negro neir neir n.

peregrinum pellegrino peregrino peregrino pellerin pèlerin

pigritiam pigrizia pereza preguiça pigreza paresse

regalem realey. real real real royal, etc.

On voit par ces exemples que quand il tombe en italien et en espagnol, le g tombe complètement, quelle que soit la place qu'il occupe ; il en est aussi .de même en général entre deux voyelles dans les autres langues ; ainsi prov. aost, franc. <20w^ ; prov. rw(2 (rugam), franc, rue; pr. aûr (augurium), v.franç. «wr, franc. mod. heur, etc. ; mais dans le groupe gr le g n'y tombe qu'avant l'accent, par exemple dans pellerin prov., pèlerin franc., jt^are^^c franc.; après il persiste en s'afiaiblissant en i, comme dans enteiro portug., enteir prov., entier franc., neir prov., neir norm.

Mais tandis que la chute du g est, comme on voit, assez fréquente, celle du c médial^ au contraire, est exceptionnelle et ne se présente point, comme celle du g, dans tous les idiomes romans. Inconnue du toscan, ainsi que son affaiblissement en i, bien qu'elle apparaisse parfois dans les dialectes du Sud et du Nord, on ne la rencontre dans les langues liispaniques que dans deux ou trois mots ; mais en provençal, dans les dialectes ladins et français surtout, elle apparaît comme un procédé régulier de dérivation. Ces langues n'ont fait que continuer en cela d'ailleurs un procédé du latin vulgaire, qui laissait déjà tomber la gutturale médiale ; ainsi dès l'an 558 — après i, il est vrai, — lona pour Icona (Yonne). Cette suppression exceptionnelle encore, à ce qu'il semble, pour le c, est fréquente pour le g ; ainsi on trouve dès le vf siècle les formes Cytheo pour Cethego, eo pour ego, frualitas'^çiMvfrug alitas, liones pour ligones,etc. , et dans un document de 646, fridus pour frigidus (Yepes II, n. 13)2.

Dans ces exemples, il semble bien que la chute de la consonne a eu lieu directement, et il en a été souvent ainsi ; d'autres fois, du moins pour ce qui est du c, il y a eu d'abord affaiblissement de celui-ci en g, puis chute de ce dernier, ou bien encore transformation du g en y, suivie de la fusion de cet y avec un i précédent, et par suite disparition des dernières traces de la gutturale, ce qui ne permet plus de dire s'il y a eu véritable chute ou simple affaiblissement du c. Parfois même après la disparition de la consonne, il y a eu contraction des deux syllabes qu'elle séparait et, partant, changement complet de la physionomie du mot qu'il serait impossible de reconnaître si l'on n'avait point les formes intermédiaires entre le latin et le roman actuel. C'est ainsi que securum a donné successivement segur, sé'iir et enfin sûr. Nous avons là un exemple du second mode de suppression du c ; lona pour Icona, semble être, au contraire, un exemple de chute non précédée d'adoucissement ; quant aux cas de contraction de Vi provenant du c avec une voyelle précédente,

1. Je dis le c médial, c'est en effet le soûl qui — avec le c final — tombe d'une manière générale ; toutefois dans le sarde logoudorien on trouve quelques exemples de chute du c initial, ainsi Mm/7are(cumflare), umpare (cum pare). Del. Der sardin. Bial., p. 6.

1. D'ailleurs cette chute de la consonne entre deux voyelles ou devant une liquide ne fut pas propre seulement aux gutturales, elle eut lieu aussi pour les dentales ; ainsi frari pour fratri, mari (matri), Beorigas (Bituriges), Donnus pour Donatus^ etc. Cf. Schuch. I, 130.

5ûS"eir avons vu un exemple dans pleier, prêter de la Cantilène de Sainte Eiilalie, et il est probable qu'il en est de même des mots amie, mie, pie, et en général de ceux où le c médial est précédé de i. Le nombre des cas aussi où la disparition du c est vraiment complète est assez restreint ; on la trouve dans le dialecte napolitain, entre deux voyelles et devant r ; dans hriogna (verecundiam), prea (* precat), rotta (crjptam) ; en sicilien dans putia (apothecam), adduari (allocare) ^ ; dans le sarde logoudorien neuna (nec unam), dans l'espagnol emplear (implicare), dans verdear esp. et portug. (viridicare) et dans les mots français Saône (Sauconam), sûr (securum), verdir, verrue (verrucam) et Yonne ; en provençal il y a presque toujours eu changement du c en i ou même simple affaiblissement en g.

A la an des mots, le c, nous l'avons vu, s'est conservé ordinairement en provençal et en roumain ; en français il a parfois aussi persisté^ plus souvent toutefois il s'est affaibli en y (z) ; mais dans quelques cas aussi il y a eu chute complète du c ; c'est ce qui est arrivé, ce semble, dans les mots français ami, ennemi, di{s) (dico), fourmi (formicum), etc.; ainsi qu'en ladin dans ami fr., — à côté de amig, il est vrai, — caluni fr. (canonicum), /?, fr., — à côté de flg, — miedi fr., ni^ni fr., spi, — là côté de spig, — etc., et en particulier dans les dérivés en aticum, comme salvadi fr. et tir., viadi, etc. Cette suppression toutefois ayant lieu après i, on ne peut pas dire s'il n'y a point eu contraction de cet i étymologique et de Vi secondaire provenant de c, lequel, comme nous avons vu, apparaît presque toujours aussitôt que la voyelle précédente n'est plus i.

Il est un cas cependant où la suppression du c final avait lieu réellement dans le français du moyen-âge, c'est quand c était suivi d'un s, soit à l'ancien nominatif singulier, soit à l'accusatif pluriel ; c'est ce qui est arrivé au mot blanc dans les vers suivants :

Et ont les dens plus blans que yvores planés. (Rom. d'Al.'.) An blans dras déliez de lin. (Conte del Graal*.)

i. Wentr. Beitr. zur Kenntn. derneap. Mund. 13.— Id. Beitr. zur Ketintn. der sicil. Mund (Herrig's Archiv. XX, 160.)

2. Voir plus haut, p. 46. — Contrairement cependant à ce qui se passe en provençal et en français le c tombe le plus souvent en ladin dans les noms de lieu dérivés en iacum; ainsi Luzariâ (Luceriacum), Pahà (Paniacum), à côté de Pahac, etc. Cf. Asc. Arch. glott. I, 523.

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