‹ Du c dans les langues romanesChapitre 53 sur 220 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

TRANSFORMATION DE CI ET DE TI SUIVIS d'uNE VOYELLE.

Nous avons vu qu'au moment de l'invasion, la gutturale palatale avait, aussi bien que la gutturale vèlaire, conser\ é sa valeur primitive ; cependant, tandis que celle-ci a persisté dans un grand nombre de cas, la première, à de très-rares exceptions, s'est modifiée d'une manière qui a pu être différente sans doute, mais qui se retrouve également dans toutes les langues néo-latines, et n'a gardé dans aucune sa prononciation gutturale^; cette transformation se présente donc comme un fait véritablement roman et doit dès lors être très-ancienne ; mais à quelle époque a-t-elle eu lieu en réalité ? Les grammairiens latins du v® et du vf siècle, à plus forte raison ceux des siècles précédents, l'ignorent, ou du moins, ce qui revient au même, — car il est difficile de supposer, alors qu'ils ont noté avec tant de soin, comme nous allons voir, le changement de la prononciation de t devant i suivi d'une autre voyelle, qu'ils eussent gardé le silence sur un fait analogue, s'il s'était produit de leur temps, — ils n'en ont point parlé.

Mais, si les témoignages -directs nous font défaut, nous en trouvons d'indirects dans la substitution de ci à ti dans les inscriptions, t suivi de ^ et d'une autre voyelle avait au vf , et peut-être même au v® siècle de notre ère, perdu le son dental pour se changer en sifflante. Nous avons à cet égard les témoignages les plus formels : « Quotiescunque post ti vel di syllabam sequitur vocalis, illud ti vel dim sibilum vertitur ~, » dit l'Africain Pompeius, qui vivait probablement au vi® siècle. Dans son Ars de Barbarismis, un disciple de Donat, le Gaulois Consentius, originaire d'une famille connue dans les lettres au v'^ siècle, parle lui aussi de cette assibilation de ti, mais comme d'un fait qui n'était pas encore généralement répandu : « In littera t, ditil ^, aliquid ita pingue nescio quid sonant, ut cum dicunt etiam,

1. Il faut excepter toutefois le sarde logoudorien, comme je l'ai déjà dit et comme on verra plus loin.

Page 1