‹ Du c dans les langues romanesChapitre 58 sur 220 · Gramm. lat. V, 327 K · texte numérisé non relu

Gramm. lat. V, 327 K

au contraire, celui de c(^i), m'en paraît une preuve irréfutable ; seulement dans certains cas aussi, ces deux syllabes purent avoir la même prononciation, de même qu'en se modifiant simultanément, elles finirent par devenir identiques dans les langues du double groupe occidental^, tandis qu'au contraire elles sont restées distinctes, pour le plus grand nombre de cas, dans le groupe oriental ^

Nous sommes arrivés à ce résultat qu'au vif siècle de notre ère, c, suivi de i et d'une autre voyelle avait perdu sa prononciation gutturale ; mais en était-il de même quand c était suivi d'un seul i ou d'un seul e ? Les linguistes qui ont cherché uniquement dans le changement de la voyelle i de la terminaison dus en i consonne l'explication de la transformation du c qui le précède, ont rencontré ici une insurmontable difficulté : pourquoi, en efiet, si Yi, en se consonnifiant, est la seule cause de la transformation du c précédent , cette consonne a-t-elle pris aussi devant un seul e ou i le même son c? Evidemment il n'y a pas de réponse à la question ainsi posée, et rien ne prouve mieux qu'il faut chercher ailleurs la solution du problème. D'ailleurs cette explication même ne ferait que reculer la difficulté sans la résoudre : il resterait toujours à dire, en effet, — ce qu'on n'a point fait encore, je crois, — pourquoi Yi demeuré voyelle jusque-là s'est tout-à-coup changé en consonne ; or ces deux faits, consonnification de Yi, modification de la consonne précédente, sont solidaires l'un de l'autre ; si le second suppose le premier, le premier ne suppose pas moins dans une certaine mesure le second, et tous deux ne sont que le résultat complexe de l'ébranlement qui se produisit alors dans le système phonétique du latin. Mais une fois que cet ébranlement, qui a surtout affecté les gutturales, se fut produit, il n'y avait pas de raison pour que le c palatal, — pour ne parler que de cette lettre, — conservât sa valeur originaire devant une voyelle simple plutôt que devant le groupe ia ou ius. D'où vint en effet sa transformation? De la modification

1. Voir plus loin, ch. IV et V. — Il peut se faire aussi que la différence qui apparaît clans le traitement de ti et de ci en italien tienne à ce que ti s'étant modifié plus tôt que ci est ai-rivé à la forme is, alors que ci n'en était qu'à c; d'ailleurs ti précédé de c ou de 7; a donné c comme ci. La seule différence fondamentale qui a dû se manifester dans la transformation de c et de t n'existe à vrai dire que dans le cas où ils sont suivis d'un seul e ou d'un seul i; c est devenu alors, comme quand il est suivi de i et d'une autre voyelle, c; t, au contraire, quand il s'est modifié, n'a pu donner que ts.

apportée aux gutturales à l'époque de la destruction de l'empire. Jusque-là on avait formé l'obstacle nécessaire à la production de la gutturale palatale assez en arrière du palais dur, près de la limite du palais mou, on le forma désormais plus avant, dans la position où se fait entendre la vraie palatale k ; en avançant encore cet obstacle, on devait naturellement arriver au son c, que le c fut suivi de i et d'une autre voyelle ou d'un seul e ou i atone ou accentué. C'est dans le fait ce qui a eu lieu. Nous avons vu que la transformation de dus, cia, cium ne devint générale qu'à la fin du vf ou au vii^ siècle de notre ère ; dès le suivant, le c suivi d'un seul e ou i qui était remplacé jusque-là par k en allemand, y est représenté maintenant par z ou par c, par exemple :

chruzes (crucis) Hymn. 'cet. eccl. xxvi, éd. J. Grimm

p. 40 (viiF siècle).

cit pour zît (tempus) Kero p. 17 (vers 750). luciles (parvi) ' Tat. (ix^ siècle) lu, 5.

lucil (parvum) id. id. cxxxix, 10.

Des inscriptions latines de la même époque, ou même antérieures, nous montrent également c suivi d'un seul e ou i déjà transformé ; ainsi :

Bincentce Mai. Inscr. chrét. 423, 1. intcitamento Bull. arch. rom. 1857, p. 37. (Aricia, prem.

moitié du v* siècle.) paze Mur. 1915, 3. (Interamna, fin du vi* siècle.)

Tzitane, Zitane (Kst-awe), etc. Mar. Pap. dipL cxxii (Rav.

591 ap. J.-C.) zeterorum Pard. App. xiii, 6 (Kopie, 700 ap. J.-C.) sisternœ (.?) id. cxi, 65 ( id. 528 id. )

cathazizat Gloss. du viip siècle. Grafï. A. h. d. sprach-

denk.^

Ainsi la modification du c suivi d'un seul e ou i s'est produite suivant toute vraisemblance en même temps que sa transformation devant i, suivi d'une autre voyelle, ou ne lui a pas été de beaucoup postérieure ^. Mais comment expliquer le changement d'une gutturale simple dans un des sons composés c, g ou ts, et quelles en ont été les modifications successives? Telle est la

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