‹ Du c dans les langues romanesChapitre 60 sur 220 · N. ANG. SAX · texte numérisé non relu

N. ANG. SAX

ANQ.

katils

cetel

kettle

cunni

cynn

ken

kin

cuning

cyning

king

king

cussian

cyssan

(to)

\ kiss

cyrice

chirche

éc.

church kirke^.

t. Grimm, Gesch. der deutschen Sprache, l, 272. — Id. Deutsche Gram. I», 232, 474, 485.

2. Koch, Eng. Gram. I, 128, 129. — W. MûUer, Etym. Wœrt. der engl. Sprache, s. v. — Grimm, Deustche Gram. 1% 437.

mns les langues romanes, le changement du c en c est, comme dans les langues germaniques, devenu un procédé régulier de formation ; habituel en italien, en roumanche au commencement des mots, et dans un des dialectes roumains, — celui du Nord, — devant e eti, il se produit aussi en français et souvent en provençal, ainsi que dans certains dialectes ladins, devant a, et parfois même devant o et u, affaiblis, il est vrai, en o, e ou u\ comment expliquer cette transformation commune à tant d'idiomes, parlés par des peuples si divers et nés sous des climats non moins différents ? Peut-on et doit-on l'attribuer à une seule et même cause, ou bien faut-il, comme on l'a fait parfois, chercher une explication particulière pour le changement du c suivi de i et d'une autre voyelle, ou seulement de i ou de e, ou encore d'une voyelle autre que i ou e?On pourrait se borner à constater le fait et conclure de sa généralité à la loi qui le régit ; mais il est possible d'aller plus loin.

Un fait qui frappe dans l'étude des transformations du c roman, c'est que l'obstacle nécessaire à sa production, lequel se formait à l'origine au fond de la cavité bucale près du palais mou, ou contre le palais mou, suivant qu'il s'agit du c palatal ou du c vélaire, s'est, dans les modifications successives subies par cette lettre, formé de plus en plus en avant, jusqu'à ce qu'il ait été, dans l'espagnol et dans quelques dialectes provençaux ou ladins, formé par la pointe de la langue et le bord des dents ; il y a là une tendance difficile à expliquer, mais à laquelle ont obéi fatalement les peuples romans. Ceci posé, voyons ce qui se passe quand la langue, au lieu de venir s'appuyer contre le palais mou, pour former l'obstacle nécessaire à la production du k vélaire, forme cet obstacle plus en avant. Dans ce cas, au lieu de la vélaire k, on produit la palatale k^; si on forme l'obstacle encore plus en avant, on produit un son approchant de celui de kj\ composé de la gutturale proprement dite suivie de la spirante correspondante ; en avançant encore davantage l'obstacle formé par la langue, on franchit le domaine du k pour entrer dans celui du t, et au lieu du son kj, on fait entendre le son c, composé du t dorsal et de la spirante s, c'est-à-dire ts ou tch.

On le voit par là, c est le son qui se produit quand on passe de la série du k à celle du t, c'est une espèce de compromis entre le son guttural pur et le son dental; aussi n'a-t-il pu prendre naissance que dans les idiomes dont le système phonétique avait perdu sa force primitive ; voilà pourquoi sans doute on ne le rencontre ni dans l'ancien grec, ni dans le latin, ni dans le gothique.

où gutturales et dentales ont conservé fidèlement leur valeur originaire ; il apparaît, au contraire, dans la plupart des langues qui en sont dérivées, et qui, comme nous le savons, ont profondément modifié leurs consonnes ; on voit même ce son c coexister avec le son guttural dans certains dialectes, c'est ainsi qu'en normand chien se dit suivant les localités et parfois dans la même localité tchien ou kien, qu'en vénitien chiave se prononce indifféremment kiave et ciave, etc. Il y a là ainsi comme une erreur de la langue qui prend au hasard la position où se produit la gutturale, ou une position intermédiaire entre le lieu où se produit cette dernière et la dentale. Cette position intermédiaire étant celle qui correspond à la formation de Yi, et aussi, à peu près du moins, à celle de l'e, le changement de ^ en c doit avoir lieu surtout, et les faits le démontrent, pour la gutturale palatale; a, au contraire, étant de même ordre que la gutturale vélaire, sa juxtaposition à cette dernière ne peut qu'en favoriser la conservation, u {ou) appartenant à l'ordre des labiales, sa présence à côté de la gutturale ne peut non plus amener l'affaiblissement ou la modification de celle-ci ; aussi k suivi de u a-t-il persisté, à part de très-rares exceptions, dans toutes les langues romanes, et ne s'est-il modifié devant a que dans un petit nombre d'entre elles. Comment même a-t-il pu se transformer devant cette dernière voyelle ?

J'ai déjà implicitement répondu à cette question en montrant que si au lieu de former l'obstacle nécessaire à la production de la gutturale contre le palais mou, on le forme contre le palais dur, au lieu d'une vélaire on donne naissance à une palatale, laquelle, étant traitée comme une palatale primitive, donnera forcément, en se modifiant, le son c. L'histoire des langues nous montre par le fait que cette transformation est fréquente ; elle n'est pas rare en sanscrit, et Bopp, généralisant trop, il est vrai, un fait particulier, est allé jusqu'à regarder les palatales comme sorties des gutturales ^ On la retrouve en zend, et les idiomes modernes nous en offrent de nombreux exemples ; ainsi en anglais les mots card, cube, cow, sont souvent prononcés kyard, kyube, kyow^; et si c'est là une prononciation provinciale ou archaïque, du temps de Walker elle était tellement en usage qu'il trouvait

1. « Dièse Classe, dit-il en parlant des premières, ist aus der vorhergehenden entsprungen und als Erweichung derselben anzusehen. » Vergl. Gram. p. 13.

2. Max Miillcr. Nouv. leç. sur la science du langage, I, 179.

^^mpbssible » de prononcer carriage , gaTrxsmT^ sans faire suivre la gutturale du son i ' .

Là se sont arrêtées, en ce qui concerne le c vélaire du moins, les langues germaniques ; les langues romanes sont allées plus loin. Nous trouvons en particulier dans les dialectes ladins toute la série des transformations du c vélaire dans son passage du son k au son c; ainsi dans le roumanche, carnem a donné carn; cantare, cantà ; mais dans le dialecte de l'Engaddine, dans celui du Frioul et dans plusieurs dialectes du Tyrol, le c vélaire apparaît transformé en vraie palatale, que je désignerai pour plus de simplicité par a ^ ; ainsi cantare y est devenu cantar, êanta et canti ; enfin dans deux ou trois dialectes du Tyrol, nous trouvons la forme c, par exemple canta (cantare), dans le dialecte d'Ampezzo.

Cette coexistence dans la même région des sons c, c, c, montre facilement comment le premier a pu se transformer dans le dernier, et comment aussi il a pu s'arrêter au son c. Au reste la palatale ordinaire a pu aussi, ou s'arrêter au son c ou kj , ou se changer définitivement en c ; ainsi dans le danois le k suivi de œ, e, 0, i prend le son kj , il en est de même dans les dialectes du Nord du Jutland ; en suédois, au contraire, la transformation a été complète, et le k y prend alors d'ordinaire le son c ^. On comprend d'après cela qu'avant le changement complet de c, il y ait pu avoir une période plus ou moins longue où il ait pris le son kj ou c.

Il résulte de ce qui précède que le c vélaire, pour se transformer en c, a dû se changer d'abord en c palatal par suite du déplacement de l'obstacle nécessaire à sa formation vers la région propre à ce dernier, et que le c palatal s'est transformé en c quand, le sentiment de sa valeur originelle se trouvant en quelque sorte perdu, l'obstacle nécessaire à sa production se forma vers la région du t et non plus à la partie postérieure du palais dur ; cela eut lieu, comme nous l'avons vu plus haut, vers le septième siècle de notre ère ; quant à la transformation du c vélaire, elle est évidemment postérieure, et elle pourrait bien n'avoir commencé qu'un ou deux siècles plus tard.

Page 1