‹ Du c dans les langues romanesChapitre 62 sur 220 · Id. J · texte numérisé non relu

Id. J

consonne ce qui ne lui appartient pas ou ne lui appartient qu'en partie. L'^ consonne s'est souvent changé en chuintante ; ainsi jugum a donné en français joug, anciennement djoug, et a alors î; pour équivalent en grec, — par exemple !;6yov comparé au latin jugum, au sanscrit jugam ; — c'est là un fait de même nature — puisque 1'* consonne est une palatale — que la transformation de c ou de pr en chuintante et qui, comme tel, ne présente pas de difficulté. Il faut distinguer cependant ; quand il est, en effet, précédé d'une consonne, le changement de i voyelle en jot (j) suppose en général l'affaiblissement de la consonne précédente ; le j semble même le plus souvent ne s'être développé complètement qu'aux dépens de celle-ci, et en en entraînant la suppression^; c'est ce qui est arrivé en espagnol pour 1'^ de filium devenu hijo dans cette langue, en français au second^ de pipionem transformé en pigeon, tandis qu'en itahen on a pour le premier flglio avec conservation de l, pour le second pipione avec celle Àxxp ^. Mais ici les choses ne se sont point, — d'ordinaire du moins, — passées ainsi, et il y a lieu de distinguer le cas où i a persisté et celui où il est tombé ; dans le premier, il n'y a eu évidemment que transformation du c d'abord en c, puis en c, \i restant intact, tout en ayant servi par sa présence à la modification du c précédent ; dans le second au contraire, si toutefois, comme je l'ai fait remarquer, il n'est point tombé comme atone, \'i voyelle s'est changé d'abord en i consonne ou palatal, puis transformé en c, le c s'assimilant ou tombant. Ily a loin de là, on le voit, quelque hypothèse que l'on admette, à la série de transformations inventées par Schuchardt, transformations aussi inutiles d'ailleurs qu'elles sont fausses pour la plupart.

Mais quel a été au juste le son du c après sa transformation ? Diez suppose qu'il fut celui même que semblent indiquer les transcriptions à la fois pour ti et ci, c'est-à-dire z = ts, son qui se serait affaibli en 5 ou p, ^, 6 ou B dans le double groupe occidental, se serait épaissi, au contraire, le plus souvent en c dans le groupe oriental. Je ne crois pas que cette supposition soit admissible.

1. Cf. Schleicher, Die dexdsche Sprache, p. 56. La consonne persiste cependant quelquefois, ainsi en provençal sapcha, sapchon; mais le plus souvent sa présence n'a servi qu'à déterminer la transformation d'« consonne en chuintante sourde ou sonore. Ce qui précède ne s'applique pas toutefois aux nasales qui peuvent persister, que ïi reste intact ou se transforme.

2. L'i de pipionem s'est aussi cliangè en c en italien, mais alors le p est tombé et on a eu piccione.

D'abord elle est en opposition avec la théorie de la transformation des gutturales que j'ai donnée plus haut; d'après ce que nous avons vu, en effet, c se change d'abord en c, puis en c ; l'accord d'une partie des langues indo-européennes ne peut laisser aucun doute sur ce point ; dans quelques-unes sans doute on trouve d'autres formes à la place de la gutturale primitive comme s, ts, mais ces formes paraissent dérivées de c ; c'est donc à ce son qu'il en faut toujours revenir. D'un autre côté, on ne voit pas comment, après avoir passé de la série palatale à la dentale en traversant la série intermédiaire c, le c serait revenu de la seconde à cette dernière, surtout quand aucun fait positif ne vient appuyer cette supposition, ni pourquoi il n'y serait revenu que pour un certain nombre de mots et nonpaspour tous '. D'ailleurs, si l'on étudie les transformations du c vélaire en c et en spirante dentale, lesquelles sont chronologiquement beaucoup plus facQes à suivre que celles du c palatal, nous voyons que c est la forme la plus ancienne et que ce n'est que postérieurement qu'on rencontre les sens dérivés s, ts, s ou 0. Enfin la manière dont le g s'est transformé dans son passage du latin au roman est encore une preuve, je crois, que ts n'est point la modification primitive du (?, mais bien c. Les langues du Nord-Ouest, les seules où il cesse d'être guttural, nous montrent le g vélaire se transformant successivement en g et en z, absolument comme le c vélaire y devient c puis s ; d'un autre côté, dans toutes les langues romanes, celles de l'Est comme celles de l'Ouest, — l'espagnol moderne excepté, — p' ou sa forme dérivée z est également le mode de transformation du g palatal, dz n'y apparaissant que comme forme exceptionnelle ou dialectale ; n'est-il pas naturel dès lors que c soit aussi le point de départ, la forme primitive, des transformations du c palatal, comme g l'est des modifications du g, et que par conséquent on ait soit c, s, soit c, ts, s, et nonts, c ou ts, s, s pour la série régulière de ses transformations? Ainsi c a dû être la forme première des transformations du c palatal ; elle n'apparaît point, il est vrai, ni dans les anciennes inscriptions latines, ni dans les transcriptions en langues étrangères, mais il n'en pouvait être autrement, puisque ni le roman, ni le grec ou l'ancien allemand n'avaient de signe particulier pour le son c ; il ne restait dès lors aux scribes qu'à prendre

1. « Wenn Diez aile italienischen tsche aus fruherem tse vergrœbert werden laeszt, so bedarf dies wenigstens noch andere Nachweise, als die er beibringt. » R. von Raumer. id. 95.

celui qui s'en rapprochait le plus, c'est-à-dire t,ovi z; c'est ainsi qu'au xif siècle les Grecs écrivaient 'l*ixCapco; le nom du roi d'Angleterre Richard, représentant par Ç le signe ch, dont le son ne pouvait être que c ou s, et que de même on trouve dans le moyen néerlandais Charles transcrit par Tsarels, Chartreux par Tsartroisen K Au reste il est probable que c a dû dans les idiomes où il n'a point persisté s'affaiblir de bonne heure en ts, et il est même possible que dans tous il ait, surtout pour certaines formes de la terminaison, pris presqu'aussitôt après sa transformation cette forme affaiblie. Quant à t suivi de i et d'une autre voyelle il a pu, je crois, se changer directement en ts, puisque ce changement consiste à le faire suivre du son de la spirante de même ordre ; cette transformation a eu lieu comme l'on sait dans le haut allemand pour le t gothique, quelle que fût d'ailleurs la voyelle suivante ; les langues romanes ne sont pas non plus restées complètement étrangères à cette modification;, quand le t latin est suivi d'un seul e ou f ; le roumain du Nord en offre de nombreux exemples ; on la rencontre aussi parfois en provençal et assez souvent dans les dialectes ladins, sous une de ses formes affaiblies, il est vrai ; enfin elle apparaît comme un procédé régulier de formation dans le sarde logoudorien. Il n'y a donc pas, ce semble, de raisons pour que le t suivi de i et d'une autre voyelle ne se soit pas changé directement en ts, comme quand il est suivi d'un seul i ou e ; mais dans le premier cas il a pu aussi, ainsi que nous le montrent un certain nombre de mots et d'idiomes, en particulier quand t est précédé d'une autre consonne, se changer, comme ci, en c(i).

Quoi qu'il en soit des transformations de ti dans les langues romanes, on trouve, pour celles du c palatal, c et toutes ses formes dérivées : g la sonore correspondante, la sourde 5, qui n'est autre que c moins le son dental t, z la sonore correspondante, ts et dz et leurs modifications successives p ou 5 sourd, ;s, 6 et 3. Ces diverses formes ne se sont d'ailleurs produites, ou plutôt maintenues, le plus souvent chacune que dans une région déterminée ; ainsi c et ^ sont particuliers aux idiomes du groupe oriental ; s et z n'appa-

1. Je trouve dans un article de Max Mûller sur la prononciation du c latin suivi de e, i, y, la même opinion exprimée en termes presque semblables. « This does not prove, » dit l'illustre linguiste parlant de la représentation du c palatal latin par s ou tz en allemand, « that Latin c before e and i was then pronounced exactly like the German - or iz, but only that German z and iz corne nearer to the Latin sound of c before e and i than German k or ch. » The Academy, 1871, p. 146.

raissent que comme formes exceptionnelles et le plus souvent dans des dialectes secondaires ; ts avec ses formes aâaiblies est la transformation propre aux langues du double groupe occidental et au dialecte roumain du Sud. Ce sont ces modifications du c palatal qui doivent maintenant nous occuper ; mais avant d'en aborder l'étude, il me faut parler des cas où il persiste ou se change en spirante.

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