‹ Du c dans les langues romanesChapitre 63 sur 220 · PERSISTANCE DU 0 PALATAL. — SON CHANGEMENT EN SONORE ET EN SPIRANTE · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DU 0 PALATAL. — SON CHANGEMENT EN SONORE ET EN SPIRANTE

Bien que la gutturale palatale se soit changée en c, g ou en spirante dentale dans presque tous les cas, cependant elle a persisté aussi dans un certain nombre de mots, surtout de ceux où elle est représentée par qu. Pour ceux-ci, comme cette lettre a toujours conservé sa valeur gutturale, les scribes n'étaient pas en peine de chercher un signe nouveau pour la représenter ; il n'en fut pas de même à ce qu'il semble pour les autres mots ; q s'offrait bien à eux, ainsi que k, tout délaissé qu'il était dans les derniers temps de l'empire ; ils s'en servirent parfois aussi, mais ces signes ne leur suffirent pas et ils en cherchèrent un autre ; ils le trouvèrent dans le ch inventé autrefois par les grammairiens latins pour représenter le y grec ; après avoir servi uniquement à cet usage, ce signe, comme nous avons vu, avait fini par être employé indifféremment à la place du c vélaire ou palatal ; après la transformation de ce dernier, il parut commode pour représenter la gutturale palatale dans les mots où elle avait persisté ; ainsi laissant à c le son c ou ts, on représenta la gutturale palatale par k, qu et ch.

Ces trois signes ne furent point toutefois employés indistinctement, ni dans les mêmes pays. Ch servit surtout en Italie, où il se substitua même parfois à qu, — conservé aussi néanmoins, — comme le montrent déjà les chartes de 785 à 825 , où on trouve chi pour qui^. Il en. a été de même dans le roumain, qui a même perdu complètement le q.

1. Au Nord de l'Italie on employa parfois aussi le k; qu y apparaît également dans des cas où le toscan employait ch ; ainsi dans l'ancien

k est employé à la place de qu suivi de i dans les plus anciens monuments de notre langue, par exemple dans l'Alexis, la Chanson de Roland, les Livres des Rois, les Sermons de Saint Bernard, etc. ; ch s'y rencontre aussi, soit seul, comme dans le Psautier d'Oxford, soit concurremment avec qu ou li, comme dans la Passion , le Saint Léger, l'Alexis, la Chanson de Roland, le Guillaume d'Orange, le Brut, le Rou, le Roman d'Alexandre, le Chevalier au Lyon, etc. Quant à que (quod), on le trouve le plus souvent écrit avec qu^ cependant ce signe a fait place à k dans les Sermons de Saint Bernard, dans les Chansons du Châtelain de Coucy, les Chansons de Quesne de Béthune, — où ^ se trouve toutefois à côté de qu, — la Romance du Chapelain de Loon, etc. Cependant qu devait finir par se substituer à ch et à k : l'exclusion de ch, qui servait comme signe des sons c et 5 s'explique sans peine ; pour k, l'auteur du fragment de Londres que j'ai déjà cité en blâmait l'emploi dès le commencement du xiir siècle et ne l'admettait que pour les noms propres ; les scribes picards s'en servirent toutefois pendant presque tout le moyen âge' ; mais il n'en a pas moins disparu, ainsi que le ch comme signe de la gutturale palatale en français, laquelle n'a plus été représentée que par qu. Les vers suivants montrent comment l'ancienne langue employait les signes ch, k et qu.

Chi rex erct a cels dis sovre pagiens. (Gant. v. 12.) Mais nenpero granz fu 11 dois Chi traverse! per lo son cor. (Pass.)

Bienheureux li huem cM ne alat el conseil des félons. {L. Ps, I.) Al servi lor qui serveit al aller. {Al. 34, 4.) Jo n'en ai osl qui bataille li dunne Ne n'ai tel gent ki la sue derurapet. (Roi. v. 18.) Ki lui portât suef le fist nurrir. {Al. 7, 1.) E par la barbe ki al piz me venlelet. {Roi. 42.) ' Se saichenl jones et viaus Ke par ceu ke chievrefiaus Est plux dous et flaire miaus K'erhe ke on voie as jaus, {Aîtfr. Lied. Wackern. p. 22.)

C'est le q aussi qu'on rencontre ordinairement en provençal, k et ch n'y apparaissent que comme exception, par exemple dans ces vers de Boèce :

milanais d'après Bonvesin, on trouve ki B. 3 et que B. 487. — Mussafla, Barst. der altmail. Mund. — Sitzungsb. der k. k. Akademie der Wiss. zu Wien. 1868.

1. Ceci tient évidemment à ce que dans ce dialecte c suivi d'une voyelle palatale pouvait avoir le son ch. Voir Liv. III, ch. III.

Kil mort et viii tôt a in jutjamen (v. 17.) Clii nos redems de so sang dolzament (v. 153.)

Aujourd'hui q est le signe exclusif de la gutturale palatale en espagnol, et, si l'on en excepte les mots d'origine étrangère comme chimica, etc., aussi en portugais, ch étant réservé pour représenter le son c en espagnol, s en portugais ; mais il n'en était pas de même à l'origine de la langue ; les formes Chintila à côté de Quintila, Rechila à côté de Requila, etc.^ qu'on trouve dans des documents du x" siècle, nous en offrent la preuve irrécusable; au siècle suivant même dans le poème espagnol de « Los reyes magos », ch apparaît encore avec la valeur gutturale dans achesta v. 2, achesto v. 14, achest v. 16 et 85 qu'on y rencontre à côté de aquesta v. 12 ^. Au xiri^ siècle, on trouve encore ch, en même temps aussi que q, comme signe de la gutturale palatale en portugais, dans le « Cancioneiro d'ei rei D. Diniz, » ainsi che (quod) 8, 2. Ce ne fut donc, comme on le voit, qu'assez tard que q fut seul employé dans les idiomes du Sud-Ouest pour représenter la palatale, et encore, comme je l'ai dit, ch a-t-il continué en portugais d'avoir le son k dans les mots d'origine étrangère.

Malgré les signes nombreux qui servent ou ont servi à la représenter, la gutturale palatale latine n'a persisté dans les langues romanes qu'assez rarement, elle n'y apparaît même d'une manière générale — le roumain excepté toutefois — qu'à la place àe qu^, par exemple :

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