De Cihac, Did. d'étym. daco-rom. — 0. Carisch, Wœrt
^ceus, icius, oceus et uceus ; on trouve parfois au lieu de c sa forme amoindrie ts ; cette modification paraît avoir été préférée en particulier par les dialectes du Sud de l'Italie et par le sarde logoudorien ; c'est elle aussi qu'on rencontre ordinairement en ce cas, — parfois, il est vrai, à côté de s, — dans le roumain, comme nous le verrons plus loin. Dans ce dernier idiome, c s'est aussi substitué parfois à ti suivi d'une autre voyelle, qui y est régulièrement, comme en italien, remplacé par ts, par ex. dans certeciune {œrtationem), inchineciune (inclinationem), neciune (nationem), plececiune (*plicationem), teciune (titionem). En italien, c ne se substitue à ti que quand cette syllabe est précédée d'une autre consonne ; il en est de même en roumanche, quoiqu'on y rencontre aussi c à la place de ti entre deux voyelles ; ainsi : *captiare ii. cacciare roum. oberl. catschar
* comtiare conciare cuntschar
* suctiare succiare et suzzare — pretium — roum. eng. pritsch
A la flexion, le c latin vraiment palatal, c'est-à-dire celui qui est suivi d'un i ou d'un e étymologique, se change en c en italien et en roumain, dans la déclinaison des substantifs comme des adjectifs ; ainsi on a :
ROUM
dulc-e
LAT
dulcem pac-em voc-em
pece boace
IT
dolc-e pac-e voc-e.
De même les verbes dicere et ducere donnent au singulier du présent de l'indicatif dans ces deux langues :
Roum.
It.
Lat.
Roiun.
It.
dic-ere
zic-e
di-re duc-ere duc-e dur-re
dic-o
zic
dic-o
duc-o
duc
duc-o
dic-is
zic-i
dic-i
duc-is
duc-i
duc-i
dic-it
zic-e
dic-e
duc-it
duc-e
duc-e
Quand, au lieu d'un c palatal étymologique, il s'agit d'un c vélaire latin devenu palatal par la modification de la voyelle suivante, le roumain et l'italien né~sFXDmportent plus de la même manière; le premier, ayant sans doute perdu complètement conscience de la valeur de la voyelle primitive et n'ayant égard qu'à celle de la voyelle actuelle, change toujours le c en c dans la déclinaison comme dans la conjugaison, devant les voyelles palatales iei e. Exemples :
arc§ (arcam)
arc-e
buce (buccam)
buc-i
furnice (formicam)
furnic-i
nuce (* nucam)
nuc-e et nuc-i
sec, seace (siccura, siccam)
sec-i, sec-e
vacç (vaccam)
vac-i.
De même on a pour le présent du subjonctif du verbe dicere :
Lat. dic-am dic-as dic-at dic-amus dic-atis dic-ant Roum. zic zic-i zic-e zic-em zic-etzi zicç
En italien, au contraire, le c reste guttural dans la conjugaison devant i substitué h \m a étymologique, à la seconde personne singulier du présent de l'indicatif des verbes delà première conjugaison et à la seconde personne singulier du subjonctif présent des verbes de la seconde et de la troisième conjugaison ; dans la déclinaison il persiste également au pluriel en e des féminins en a ; il persiste ou se change, au contraire, en c devant i, terminaison du pluriel des masculins en a et en o. Ainsi on a par exemple au présent de l'indicatif de peccare :
Lat. pecc-o pecc-as pecc-at
It. pecc-0 pecch-i pecc-a
et au présent du subjonctif de * torcere :
Lat. *torc-am *torc-as *torc-at
It. torc-a torch-i torc-a
Au pluriel l'intercalation de i entre le c et Va de la terminaison détermine le changement de la vélaire en palatale, changement que la modification de Y a n'avait pu produire au singulier, ainsi on a pour le pluriel du présent du subjonctif de * torcere :
torc-i-amo, torc-i-ate torc-ano
formes correspondant à :
* torc-amus * torc-atis * torc-ant.
On a également une gutturale au pluriel des substantifs et des adjectifs féminins en ca ; ainsi :
amica (amicam) amich-e
nemica (inimicam) nemich-e
magica (magicam) magich-e
unica (unicam) unich-e, etc.
ja règle est plus compliquée quand c est suivi de i, c'est-àdire dans les substantifs et les adjectifs masculins terminés par a, ou le plus souvent par o, au singulier.il faut distinguer entre les dissyllabes et les polysyllabes. Les premiers, à l'exception de porco, de vico et de Grseco, employé comme nom propre de peuple, conservent la gutturale au pluriel. Exemples :
arco (arcum) cieco (caecum) fico (ficum) foco (focum) giuoco (jocum) ricco (*riccum) succo (succum)
archi
ciechi
fichi
fochi
giuochi
ricchi
succhi, etc.
Parmi les polysyllabes, ceux qui ont dans la syllabe qui précède le c une voyelle autre que i conservent également la gutturale au pluriel ; ainsi :
adunco (aduncum)
adunchi
caduco (caducum)
caduchi
opaco (opacum)
opachi
paroco (parochum)
parochi,
etc.
Les polysyllabes qui ont i devant le c, c'est-à-dire ceux qui sont terminés en ico au singulier,
1° ou conservent la gutturale ou bien la changent en c, par exemple :
aprico (apricum) critico (criticum) domestico (domesticumj fisico (fisicum) istorico (historicum) mendico (mendicum) monaco (monacum) portico (porticum) traffico (trafficum) salvatico (silvaticum) unico (unicum)
aprichi, aprici critichi, critici domestichi, domestici fisichi, fisici istorichi, istorici mendichi, mendici monachi, monaci portichi, portici traffiohi, traffici salvatichi, salvatici unichi, unici, etc.
2° ou ils changent c en c au pluriel, comme
amico (amicum) canonico (canonicum)
amici canonici
caustico (causticum)
caustici
laico (laicum)
laici
medico (medicum)
medici
nemico (nemicum)
nemici
pacifico (pacificum)
pacifici
tragico (tragicum)
tragici, etc.^
Ainsi il semble qu'il y ait eu influence de Yi qui précède le c pour faciliter la transformation de cette gutturale en c sous l'action de Yi suivant, tandis que les voyelles a, o, u, au contraire, ont contribué, malgré Yi de la terminaison, à conserver au c sa valeur gutturale. Quoi qu'il en soit de cette explication que j'emprunte à M. Tobler^, je crois qu'on peut voir dans ce fait de la persistance si fréquente de la gutturale à la terminaison et de son rare changement en c une preuve que le pluriel des noms et des adjectifs italiens vient non, comme le soutenait dernièrement encore M. d'Ovidio ^, du nominatif, mais de l'accusatif latin, ainsi que cela a lieu en général dans les autres langues romanes. Cette circonstance que la gutturale persiste, comme nous avons vu, dans la conjugaison devant i provenant de a transformé, tandis qu'elle se change en c devant Yi épenthique de la 1''^ et de la 2" personne pluriel du subjonctif présent, semble bien indiquer, en effet, que quand c persiste devant une voyelle palatale, c'est que cette voyelle n'est point étymologique, et qu'il ne s'est transformé en c dans un certain nombre de cas que par suite de l'oubli où l'on a été de la valeur primitive de la voyelle suivante. C'est ainsi qu'en roumain le c vélaire s'est changé en c partout où Y a ou Yo primitif sont devenus e ou ^, tandis que dans les dialectes picard et normand la transformation de a en e n'a pu lui faire perdre en général sa valeur gutturale originelle. Je reviendrai plus loin sur ce phénomène grammatical, qui constitue un des exemples les plus curieux de la conservation de la vélaire changée en palatale.
irg = c,.
Au lieu de la transformation du c palatal en la sourde c, le toscan et les dialectes du Midi de l'Italie présentent aussi quel-
1. D'' L. G, Blanc, Gram.der ital. Sprache. — Diez, Gram. IP, 28 et 68.