‹ Du c dans les langues romanesChapitre 77 sur 220 · Grimm, Deut. Grain · texte numérisé non relu

Grimm, Deut. Grain

c là où les idiomes occidentaux font usage de ts ou de ses formes affaiblies. Cette double manière de représenter le c palatal latin divise ainsi les langues romanes en deux groupes distincts, celles de l'Est qui l'ont transformé en c, celles de l'Ouest qui l'ont assibilé: ce n'est pas, comme nous verrons et comme je l'ai déjà dit, qu'on ne rencontre dans chacun de ces groupes des formes qui ne lui appartiennent pas en propre, mais, malgré quelques exceptions, il n'en reste pas moins ce fait incontestable et phonétiquement si curieux et important que les Romans de l'Ouest n'ont, depuis une époque reculée, connu en général qu'une seule forme ts\ pour le c palatal et le t modifié, tandis que les Romans de l'Est ont en général distingué les modifications de ces deux lettres en donnant à la première le son c, à la seconde celui de ts. Mais à quelle époque eut lieu le changement du c palatal en ts ? J'ai admis qu'il dut, dans tout le domaine roman, se transformer d'abord en c, son qu'il a conservé le plus souvent dans l'italien, le dialecte roumain du Nord et le roumanche, et a, au contraire, atténué en ts dans la plupart des idiomes du double groupe occidental. Des documents incontestables nous montrent qu'au XII'' et au xiif siècle le c avait en français le son ts, c'està-dire celui du z allemand ou du ^ grec. Ainsi c'est par ts qu'on le trouve représenté en néerlandais dans les* mots fortseren, fatsoen, etc ; l'allemand de son côté le représente par z == ts, par exemple garzûn, merzî, puzile, etc. Les transcriptions hébraïques des mots français contenus dans un vocabulaire du xiif siècle, publié dans la seconde livraison des « Romanische Studien » de M. Bœhmer^ nous le montrent également représenté par ts ; ainsi, tsindres (cineres), forteretse (fortalicium), poits (picem), tsentener (centenarium), à tserkier (ad indagandum), etc. Or à cette époque l'allemand, sinon le hollandais, avait un signe particulier pour le son c ; le dictionnaire hébreu figure aussi en plusieurs endroits ce son ou sa forme amoindrie s; ici donc on ne peut supposer que nous avons des transcriptions approximatives du son qu'avait alors c, mais bien ce son lui-même. Mais depuis quand c se pro-

1. La forme cho qu'on rencontre dans la Passion où ch ne peut avoir que la valeur s ou plutôt c, semble bien indiquer que c avait encore,— parfois au moins, — ce son devant e ou i. Nous verrons que dans les dialectes normands et picards cette forme ch = s, affaiblissement de c, s'est conservée. JNous avons là, je crois, autant de formes plus ou moins complètes de la modification primitive du c palatal, c. .

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