ITALIENS
Après la transformation de la gutturale palatale en c ou ts, les scribes durent se trouver fort embarrassés pour représenter ces nouveaux sons ; le c étant naturellement conservé devant a, o, u, c'est-à-dire pour figurer la gutturale vélaire, qui n'avait point changé, pouvait-on et devait-on encore s'en servir comme signe des sons nouveaux du c palatal ? En Italie la solution fut trèssimple ; on conserva le c devant e et i, partout où il prit le son c : quand il prit, au contraire, le son ts, on le représenta, comme le t assibilé, par z. Les choses se passèrent moins simplement en France. Le c palatal y ayant pris de bonne heure le son ts, il semble qu'on n'avait qu'une de ces deux choses à faire, ou conserver devant a, 0, uet e, i, le signe c, qui aurait eu alors à la fois le son k et le son ts, comme en Italie il avait en même temps le son k et le son c, ou bien garder c comme signe de la
1. Il faut, comme je l'ai déjà dit, excepter le normand et le picard.
— Ui —
guïïume vélaire et se servir du z pour figurer la gutiuraie palatale transformée. Il semble qu'on dût songer à cette seconde solution ; dans les plus anciens monuments romans, en effet, nous rencontrons fréquemment le c palatal remplacé par z; ainsi dans Yepes nous trouvons avec z : freznedo III, n. 17 (a. 780) ; dezimo IV, n. 11 I ; pozo n. 38, et dans l'Espaiia sagrada foz XXVI, 445 (a. 804), calzada xà.plumazos^h, 400 (a. 934). z apparaît également, comme nous allons voir, dans les Serments, la Cantilène, la Passion, etc. Cependant cette tentative ne devait point aboutir, et en même temps que z était employé pour représenter le son ts du c palatal assibilé, c fut conservé, plus souvent même qu'il n'était remplacé. Le choix de ce signe ne devait pas être, au reste, complètement indififérent.
Tandis, en effet, que le c palatal transformé a le plus souvent donné naissance dans la langue du groupe oriental à une spirante sourde, les langues du double groupe occidental, obéissant en cela à une tendance qui leur est propre, l'ont dans un grand nombre de cas changé en sonore ; on dut naturellement dès lors chercher, autant que cela était possible, à représenter par des signes différents ces sons différents; l'italien, ayant donné devant e et i la valeur c au c, n'avait que le signe z pour représenter ts et dz, et il n'a point cherché à distinguer par l'écriture ces deux spirantes ; les idiomes occidentaux ont procédé autrement, et de bonne heure ils paraissent, comme jele montrerai plus loin, avoir choisi en général c pour représenter la sourde ts, z au contraire comme signe de la sonore dz. Mais ces deux signes, même ainsi répartis, ne devaient pas être trouvés suffisants.
Une difficulté que rencontrèrent, en effet , tout d'abord les scribes, ce fut la manière de représenter ts quand ce son devait être suivi, non de e ou de i, mais d'une des voyelles a, o, u; comme alors c prenait le son k, on sentit la nécessité de lui substituer une autre lettre ou de le modifier pour éviter toute confusion. Le z se présentait naturellement, on le trouve aussi anciennement employé dans ce cas, ainsi aezo (ecce hoc) dans la Cantilène de Sainte Eulalie v. 21, ^o dans la Passion v. 34, 2; 31, 1 ; fazon dans les Sermons de Saint Bernard p. 528, 532, etc. ; anzois id. p. 568, etc. Mais quand on eut choisi définitivement z comme signe de la sonore, on fut obligé de renoncer à l'employer dans les mots où le c suivi de a, o, u s'était changé en spirante sourde, et on dut naturellement chercher un autre moyen de représenter cette dernière. Celui auquel eurent recours les plus anciens scribes de la langue d'oïl fut de faire suivre le
c d'un e muet, parfois même d'un i ; ainsi cio dans la Passion 50, 3 ; de même dans le Saint-Léger cio 5, 3 ; 7, 1 ; 9, 4, 5 ; 15, 3; 16, 1 ; 17, 3; 18, 4; 19, 2,4; 20, 5; 33, 3; reciut A, 4; 22, 4; ceos dans les Sermons de Saint Bernard p. 521, 522, 523, 524, 525, etc. ^ Cette notation, qui rappelle celle que nous employons aujourd'hui encorepour donner au g suivi d'une vojelle non palatale la valeur z, fut usitée pendant tout le Moyen-Age; cependant le plus souvent on se borna à écrire aussi un simple c, qui se trouve ainsi avoir à la fois devant a, o, u la valeur k et ts ou s; parfois cependant pour distinguer c = ts de c ^ k on le surmonta d'un trait (') ; mais cette notation est assez rare^. On rencontre aussi c en provençal avec la valeur ts devant une voyelle non palatale, par exemple co B. v. 243, dreca v. 168. Mais cette langue se servit aussi de ^, — ainsi zo dans le Boëce V. 47, 203, 206, etc., — dans la période où le c avait encore la valeur ts, plus tard, comme nous le verrons, elle le remplaça ordinairement par 5 ou ss. Les langues de la péninsule hispanique montrent aussi dans quelques textes s substitué à c ou ^ ; mais elles se contentèrent en général du premier signe, seulement en lui faisant subir une modification particulière. Pour indiquer que c suivi de a, o ou w devait prendre la valeur ts, on eut l'idée de le faire suivre d'un 2, ce qui donna cz, notation qu'on trouve encore employée dans les manuscrits vaudois ; mais le plus souvent on plaça le z sous le c, et on eut ainsi le c cédille ; telle est du moins l'origine qu'on lui attribue ordinairement ^, quoique la cédille ait plutôt la figure d'un c renversé que d'un z.
Quoi qu'il en soit, ç apparaît d'abord dans les textes espagnols. Le plus ancien monument que nous ayons de cette langue, « El misterio de los Reyes magos » ne le présente point, il est vrai ; mais comme il ne contient point de mots où c soit suivi d'une voyelle non palatale, on ne peut conclure de l'absence du signe
1. On trouve aussi ceo dans l'Alexis (man. F.), et dans le Psautier d'Oxford, où cette notation abonde, menceunge , p. 3, 4, etc., benediceun, p. 3, 24, etc., exhalceat, p. 32, etc.; de même dans le Bestiaire de Philippe de Thaon, ceo v. 12, 14, 67, iceo v.. 22, etc.; dans le Gharlemagne, ceo V. 374, 376, 386, etc. Mais ces textes étant normands il peut se faire que c ait ici non la valeur ts, mais c ou 5 ; voilà pourquoi je n'en parle
•pas. Voir liv. III, ch. 111.
2. On la rencontre en particulier dans le manuscrit du Bestiaire, dans celui du Saint Brandan, etc., ainsi dans des textes normands où c peut dès lors avoir une valeur autre que ç.