ACTION PHYSIOLOGIQUE DU CAFÉ TORRÉFIÉ
Lorsque l'on ingère une infusion de café torréfié, on observe presque immédiatement les effets du principe aromatique ; il faut, pour s'en rendre un compte exact, expérimenter à jeurij
(1) Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1846, p. 249, et Répertoire de pharmacie, t. V, p. 362; 1849.
prendre k café froid et reister au repos pendant le temps de l'expérienoe, afin d'éviter la confusion qui résulterait nécessairement de l'action de la chaleur du liquide, de Faction de la digestion et des boissons alcooliques prises pendant le repas, ou de celle de Texercice. Observés avec ces précautions, les effets de la caféone m'ont semblé consister dans des phénomènes d'excitation vasculaire légers et très-fugaces. Très-analogues à ceux produits par les stimulants ordinaires, tels que ralcool, ils ira* duisent le relâchement des petits vaisseaux et Factivité plus grande de la circulation du sang : la face se colore légèrement, quelquefois un peu de transpiration se produit, le cœur bal avec plus de précipitation, le pouls devient plus fréquent et plus large; enfin certains sujets ont une émission abondante d'urine limpide et claire. Très-prompte î\ se manifester, cette acti(m du café noir ne dure qu'on instant, dix à vingt minutes au plus. C'est du moins ce qui semble résulter de mes observations personnelles.
Dans une série d'expériences portant principalement sur l'in- ^ence exercée par le café sur le pouls, et faites en absorbant le matin à jeun une infusion assez forte, froide ou à peine tiède et non sucrée de café torréfié (variété dite moka dans le commerce parisien), j'ai obtenu des résultats qui, bien que variant dans les détails, m'ont paru identiques si on les considère dans lear ensemble. Je comptais les pulsations immédiatement avant Fingestion du liquide ; puis un assez grand nombi^ de fois dans la demi -heure ou l'heure qui la suivait : dans presque tous les cas, j'ai vu le pouls monter de cinq à dix pulsations dans les deux minutes qui suivaient Fingestion, se maintenir à ce taux nouveau pendant quatre à dix minutes, puis décroître progressivement pendant le même temps environ. Ainsi dix à vingt minutes après le début de Fexpérience^ le nombre des pulsations était revenu, sinon précisément au chiâre inital, du moins à un chiffre qui n'en différait que par une ou deux pulsations, et plus souvent en moins qu'yen plus.
J'ai pu contrôler plusieurs fois cette action primitive du café* sur la circulation au moyen du sphygmographe. Cet instrumeût m'a toujours montré qu'aux pwimiers instants qui suivent l'ingestion d'une infusion de café noir, correspond un abaissement de la tension artérielle. Les deux tracés suivants en sont uii exemple :
Ils ont été recueillis tous les deux sur ma radiale droite, à six minutes dMntervalle et sans que l'instrument ait été déplacé. Le premier a été pris immédiatement avant l'ingestion d'environ 300 grammes d'une infusion de café; le second a été obtenu quatre minutes après cette ingestion. La brusquerie de la' montée et sa plus grande hauteur, l'acuité du sommet, la verticalité plus grande de la descente, et surtout l'augmentation des rebondissements dans le tracé 2 traduisent clairement la diminution de la pression du sang dans les artères.
Ces premiers effets du dlfé noir ont déjà été indiqués par M. L. Marchand (i)quilesattribue comme moi àlacaféone. Si l'on songe que cette action excitante vasculaire est une action commune à toutes les huiles volatiles, il était bien nature, en effet, de l'attribuer au principe aromatique du café. Cela est encore établi par des expériences dont il sera question plus loin, et qui ont été faites, non plus avec du café noir, mais avec du café vert ou du citrate décaféiné; dans ces expériences, aucun symptôme d'une semblable excitation vasculaire ne s'est montré.
(1 ) Nouveau DiotioD::4Lire de médecine et de chirurgie pratiques, article Café (thérapeutique), t. VI, p. 4j|.
Pour donner à cette manière de voir une certitude plus complète encore, j'ai soumis à la distillation un litre d'une forte infi»* sion de café torréfié; cette opération m*a donné environ 200 grammes d'un liquide qui joignait à l'odeur et à la saveur aromatiques du café une légère àcreté et une odeur empyreumatique assez prononcée. Ayant bu, le lendemain à jeun, cette eau distillée froide, en une seule fois, j'ai pu constater que mon pouls qui battait au moment de l'ingestion 64 fois par minute, s'était, presque aussitôt après, élevé à 72. Le sphygmographe a, cette fois aussi, accusé une diminution de la tension artérielle. Dans cette expérience, le chiffre des pulsations s'est abaissé moins rapidement que dans celles où le liquide absorbé avait été une infusion de café; en effet, quarante-cinq minutes après l'ingestion de la liqueur, le pouls battait encore 68 fois. L'action de la caféine, opposée, comme nous le verrons tout à l'heure, à celle du principe aromatique du café, me parait rendre compte de eette différence : cette action qui, dans mes expériences faites avec l'infusion de café, apparaissait au bout d'un certain temps et venait, en luttant contre les effets delà caféine, hâter leur disparition, faisait naturellement défaut dans celle-ci.
Je ne m'arrêterai pas davantage à cette action stimulante vasculaire du café ; toute pensée de l'utiliser en thérapeutique me semble devoir être exclue par ses^ractères de faible intensité et de courte durée. On ne le pourrait d'ailleurs qu'à la condition de la rendre indépendante de l'action de la caféine et pour cela il faudrait employer la caféone isolée des autres principes du café, ce qui, quant à présent, n'est guère pratique. Enfin, ime raison meilleure encore, c'est que nous possédons déjà bon nombre d'agents d'un effet analogue et plus énergique, à commencer par l'alcool.
A mesure qu'achèvent de s'effacer les phénomènes d'excitation vasculaire que je viens d'indiquer et que j'ai attribués à la caféone, en apparaissent d'autres d'unordre tout différent; ceux-ci
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ne sont pas, comme les premiers, propresau café noir; que l'on ait employé le ca£é torréfié on le café cru, ou bien que Ton ae pmt adressé à la caféine ou à l'un de ses sels, ces effets sont dans tous les cas identiques ; c'est qu'ils appartiennent à la caféine elle-même dont ils traduisent Taction propre.