ACTION PHYSIOLOGIQUE DE LA CAFÉINE
L'action de la caféine domine l'histoire médicale du café. C'est en effet à son alcaloïde que celui-ci doit son action principale, celle qu'on peut appeler spécifique et pour ainsi dire sa physionomie physiologique et thérapeutique.
La caféine parait n'avoir aucune action locale. Ce n'est évi* demment pas à elle, mais bien plutôt aux substances pyrogé* nées qu'il faut attribuer cette sensation de chaleur acre des premières voies avec injection arborisée du pharynx qu'a éprouvée M. Jomand après avoir plusieurs jours de suite pris du café noir en poudre et qu'il croit avoir été le fait d'une action topique* MM. Stuhlmann et Falck (de Marburg) ont publié (1) les observations très-détalUées de 38 expériences faites par eux avec la caféine sur divers animaux. Quel qu'ait été le lieu d'application de l'alcaloïde, premières voies, rectum, tissu cellulaire sous-cutané, veine jugulaire, l'action topique a toujours été nulle. Dan^ un cas seulement, chez uA lapin, les auteurs ont noté* à l'aih topsie, quelques sbgillations du tissu cellulaire où une solution de caféine avait été injectée ; mais un traumatisme avait été produit là qui suffit bien, ce me semble, à rendre compte de cette légère irritation.
Le citrate de caféine parait agir davantage localement. Dans un mémoire où M. Leven rend compte d'expériences faites par lui avec ce sel (2), et auquel nous aurons beaucoup à emprun-
(1) Beitisge zur Kennlmes der kaffeins. Virchow's Archiv, 1S57, p. 324 et 481* {%) Action physiologiqtie et médieamenteuse de la caféine. Aroiiives du physiolofie normale et pathologique^ i8€S» p* 479*
ter, cet observateur dit que, injeeté dans le tissu cellulaire, il y détermine une Tive irritation. Cette irritation ne se produit pas sur les muqueuses ; je me suis un jour introduit un fragment d'environ 5 milligr. de citrate de caféine dans le cul-de-sac con^ jonctival inférieur ; la dissolution par les larmes s'en est faite peu à peu, sans que sa présence ait donné lieu à d'autres aeci* dents qu'un léger picotement et un larmoiement passager tels qu'en produisent sur la muqueuse oculaire les corps étrangers les plus parfaitement inertes.
Les phénomènes qui traduisent l'action de la caféine absorbée et diffusée dans Torganisme sont plus ou moins rapides à se montrer suivant la dose et la nature des préparations em-.. ployées, et suivant le mode d'application. On ne saurait actuellement rien préciser à cet égard. Toutefois il m'a semblé que Talcalolde lui-même ou le citrate agissent plus promptement que la caféine contenue dans le café torréfié, ce qu'explique assez bien l'antagonisme que j'ai déjà dit exister entre la caféine et le principe aromatique. En outre il parait probable, d'après les ^q>ériences de MM. Stuhlmann et Falck, que les effets de la caféine, presque immédiats quand on injecte ce corps dans les veines, sont également très-rapidement produits quand on l'applique par la méthode hypodermique ; qu'enfin, et ceci n'est pas sans intérêt pour la pratique médicale, Tinjection dans le rectum est suivie d'une action plus prompte que l'administration par la voie gastrique.
Cette action générale de la caféine se manifeste à la fois dans presque toutes les parties de Torganisme et par des effets très^ difTérents : il convient de l'étudier successivement dans chacun des grands appareils de l'économie.
Action de la caféine sur les voies digestives.
Un des premiers phénomènes qu'aient eu à constater MM» Stuhlmann et Falck chez tous les mammifères soumis par
eux à la caféine, a été une salivation abondante. M. Leven l'a également observée cbez le chien et moi-mènïe chez le lapin. Cet effet de la caféine ne se produit avec une notable intensité que sous Tinfluence de doses très-fortes; dans les expériences que j'ai faites sur moi-même, soit avec le citrate de caféine, soit avec le café noir ou vert, je n'ai observé la salivation qu'une seule fois ; encore était- elle peu prononcée.
On ne saurait voir dans cette hypercrynie salivaire un phénomène réflexe ayant son point de départ dans Faction locale de la caféine sur la muqueuse buccale, car les observateurs que j'ai cités plus haut l'ont notée tout aussi bien après avoir in-o jecté cette substance dans le rectum, les veines ou le tissu ceUu-^ laire que quand ils l'avaient administrée par la bouche. On pourrait admettre que la caféine, en s'éliminantparles glandes salivaires, provoque, par son passage dans ces glandes, leur excès de travail, ou bien que, se trouvant, à sa sortie de l'économie, versée avec la salive au contact de la muqueuse buccale, elle y donne lieu au phénomène réflexe dont je viens de parler, comme le fait par exemple la quinine. Je ne puis nier d'une manière absolue cette action par élimination de la caféine ; je suis peu disposé cependant à la croire réelle ; d'abord il faudrait que l'élimination de cette substance par les sécrétions bue- > cales me fût démontrée ; ensuite, conune je l'ai dit déjà, ce phé^ nomène est un des premiers qui se produisent, et MM. Falck et Stuhlmann Font souvent observé dès les premières minutes de l'expérience. Cette promptitude, sans exclure absolument sans doute Thypothèse de l'action par* élimination, me semble du moins la rendre moins vraisemblable; aussi suis-je bien plu- « tôt disposé à attribuer Thypercrynie salivaire à la même cause que la diurèse que nous constaterons plus loin, c'est-à-dire à Taugmentation de la pression artérieUe, l'un des effets capitaux de la caféine.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur le café, littérateurs
gastronomes (1) ou hygiénistes (2), lui ont attribué une influence favorable sur la digestion ; d'autres croient au contraire qu'il en ralentit le travail (3) ; on l'a même accusé d'être une cause de dyspepsie. Si opposées que paraissent ces assertions, elles n'en 'Sont pas moins toutes acceptables. Leur divergence dépend des mille conditions différentes dans lesquelles on ob* serve. C'est à l'hygiène qu^appartient surtout Tétude de ces conditions d'utilité ou de nocuité du café; je la laisserai donc complètement en dehors de ce travail^ dont la thérapeutique doit seule être l'objet. Elles ressortent d'ailleurs des considérations physiologiques qui suivent.
L'action de la caféine sur le tube digestif tout entier peut se résumer dans les deux faits suivants : excitation des contractions du plan musculaire; — ischémie des parois gastro-intestinales.
L'excitation des fibres musculaires produit à l'estomac des phénomènes variables, suivant les conditions de l'observation et suivant Tintensité de l'action. A dose modérée et après le repas, la caféine^ en stimulant les mouvements de ce viscère, exerce une influence favorable sur le travail de la digestion : les aliments sont mieux brassés ; ils sont mis d'une façon plus complète au contact des liquides digestifs. Au contraire, si le siqet est à jeun ou simplement s'il n'est pas habitué au café et que la dose soit un peu forte, ces contractions exagérées ou intempestives de la tunique musculeuse de l'estomac se traduisent par une sensation de gène pénible, d'anxiété douloureuse à la région épigastrique. Cette sensation^ bien décrite par le D' Colet (4), est, comme l'observe Trousseau, un des effets les plus constants de la caféine ou du café pris dans les conditions
(1) Brillât Savarin, Physiolo^e du goût. — Berchoux^ Poëme de la gastronomie.
(2) FoDBsagrives^ Hygiène alimentaire des malades, des convalescents et des valétudinaires, 2« édition, 1867. — Bouchardat, Matière médicale.
(3) Jomand, thèse citée ; Paris, i 860, p. 31 .
(4> Effets funestes du thé et du café pris avec excès. London roed. Gazette avril 1833, et Oaxette médicale, 1833, p. 439.
que j*ai indiquées. La dose est-elle plus forte encore ; oe scmt alors des nausées que l'on observe, des vomissements même (Stuhlmann et Falck).
Comme ceux de Testomac, les mouvements péristaltiques de rintestin reçoivent de la caféine une énergique impulsion ; à un faible degré, il n'en résulte qu'une plus grande activité de la digestion. Mais si la caféine a été prise à jeun et à dose un peu forte, on constate des coliques plus ou moins vives qui m'ont paru avoir une remarquable mobilité pour caractère, des borborygmes que j'ai observés dans toutes les expériences que j'ai faites sur moi-même, enfin une ou deux garde-robes, le plus souvent liquides, médiocrement abondantes.
Cette circonstance a fait considérer à tort le café comme purgatif et a fait croire qu'il augmentait les sécrétions intestinales. Aux doses modérées tout au moins, c'est-à-dire aux doses hygiéniques et thérapeutiques, la caféine ne fait que hÀter l'expulsion des matières contenues dans le gros et le petit intestin. L'état liquide des selles n'infirme en rien cette assertion : la rapidité beaucoup plus grande de leur cheminement à travers le côlon, leur défaut de séjour dans le caecum et dans l'ampoule rectale expliquent assez ce manque de consistance. Sur un jeune médecin de ses amis chez lequel l'abus du café prolongé peudant six mois avait donné lieu à une véritable intoxicattoir chronique, le D' Cellarier (1 ) a observé « une rétraction singulière de la paroi abdominale antérieure. » Comme les autres phénomènes, celui-là a cessé par l'abandon de l'abus en question. N'était-ce pas évidemment l'effet d'un état de contraction permanente de rintestin produit par la caféine?
Ces phénomènes que l'on observe chez l'homme, sous Tinfluence de doses modérées de caféine^ paraissent-ils insuffisants pour établir l'action excito-motrice de cet alcaloïde sur le plan musculaire digestif? Voyons ce que produisent les doses toxiques
(l). Nouvelles remarques sur Taction du café dans rétranglement herniaire. Bulletin de thérapeutique, t. LXI, p. 270; 1861.
— « — diez les aaimaux soumis à rexpérimentation. Les faits rapportés par MM. FaleketStuhlmaon sont aussi conduants que possible. Ces médecins ont vu 11 fois sur 12, chez les mammifères, se produire soit des vomissements, soit des déjections alvines liquides abondantes et répétées; le plus souvent ces deux accidents se sont produits chez le même animal, et cela tout aussi bien quand la voie d'introduction avait été le tissu cellulaire souscutané ou la veine jugulaire, que quand le poison avait été donné par le rectum ou par Testomac. Dans le douzième cas, il s'agit d'un chien chez lequel la mort étant survenue au bout de deux minutes et demie, il est bien permis de supposer que les effets dont il s'agit n'ont pas eu le temps de se produire. Dans tous les cas où l'empoisonnement avait entraîné la mort de l'animal, on trouve indiqué, dans la relation de l'autopsie, l'état de contraction de Tintestin, presque toujours de l'estomac et souvent de l'cesophage.
j'insiste à dessein sur ces faits, parce que l'action de la caféine que je veux établir joue, comme on le verra, un rôle essentiel dans l'une des applications thérapeutiques les plus importantes de cet alcaloïde et qu'elle est d'ailleurs loin d'être admise par tout le monde.
L'ischémie des parois gastro-intestinales se rattache à l'action vaso-motrice qu'exerce la caféine dans toute l'économie et qui sera étudiée plus loin. Comme ceux des autres parties du corps, les petits vaisseaux de l'estomac et ceux de Fintestin se resserrent sous cet influence; de là la pâleur constatée par MM. Stuhlmann et Falck dans la muqueuse de ces organes.
Pendant la vie, cette ischémie doit donner lieu à la diminution des sécrétions gastro-nntestinales, car on sait que l'activité storétoâret des glandes est, en règle générale, proportionnée i l'afîlax sanguin qu'elles reçoivent. Ainsi peut se trouver justifiée dans quelques cas œtte opinion suivant laquelle le café serait xum cause de d^pepsie. J'ai déjà dit que les garde-robes liquides
- ÎO et peu abondantes que produisent les doses modérées de café ne sont pas, pour moi, le résultat d'une hypercrynie des glandes intestinales ; en est-il de même de ces déjections liquides co« pieuses et répétées à courts intervalles qu'ont vu se produire, sous Tinfluence de doses toxiques de caféine, BtM. Falck, Stuhlmann et Leven? Ici l'abondance des excrétions m'oblige à admettre une hypersécrétion, une salivation intesHnak analogue à la salivation buccale dont j'ai parlé plus haut. Le degré élevé qu'atteint dans ces cas d'empoisonnement la tension artérielle (Leven) donne évidemment la raison de l'une, comme elle a donné la raison de l'autre.
Action de la caféine sur la circulation.
De tous les effets de la caféine, il n'en est certainement aucun qui présente autant d'intérêt pour le thérapeutiste que ceux qu'elle produit sur la circulation du sang. Obscurcie par le défaut d'entente des auteurs, Tétude de ces effets était une des parties les plus difficiles de ce travail ; ici encore les recherches expérimentales de MM. Sthulmann et Falk et celles de M. Leven m'ont été une précieuse ressource. Aux faits puisés dans ces importants travaux, j'en ai ajouté quelques-uns tirés d'expériences personnelles d'un ordre tout différent. Les résultats auxquels je suis arrivé sont bien loin sans doute de donner le der^ nier mot de l'action cardiaco-vasculaire de la caféine ; cependant s'ils sont absolument insuffisants à satisfaire la curiosité du physiologiste, du moins ai-je la confiance que la thérapeutique peut y puiser d'utiles enseignements.
La circulation est-elle accélérée ou ralentie par la caféine ? rien ne semble au premier abord plus aisé à résoudre qu'une semblable question, et cependant, dans toute cette histoire du café qui, trop souvent, me rappelle le fameux : <k Hippocrate dit oui, mais Galien dit non, » il n'est & coup sur pas de point sur
- lequel on trotive le^aàtenrsmoiiisd'accord.Raleiitie pour ceux-ci, ^e est acicélérée pour ceux-là; d*autres affirment que son activité reste la même. Ecartons d'abord quelques causes ^évidentes d'erreur, ou tout au moins d'incertitude.
J'ai parlé, au commencement, de ces considérations physiologiques de l'action excitailte Vasculaire du principe aromatique, et j'ai ajouté qu'elle pouvadt avoir trompé les auteurs sur Faction principale du café. C'est là, en effet, ce qui a dû arriver pour plusieurs, car ce ne sont pas les phénomènes produits par la caféine, mais ceux produits par Tinfusion ordinaire de café torréfié qu'ont étudiés la plupart des observateurs. S'ils ont compté les pulsations f^u de temps après l'ingestion du café^ il est évident qu'il ont dû constater l'augmentation de fréquence à laquelle donne lieu la caféone. iVun autre côté, la température de Finfiision n'est presque nulle part indiquée ; il y a lieu de supposer que celle-ci a été le plus souvent prise chaude, comme on le fait dans l'usage journalier : autre cause d'accélération du pouls d'où a pu naître l'erreur. Eufin, parmi les auteurs dont il s'agit, plusieurs ont observé après le repas^ condition très-mauvaise, car le travail de la digestion est une cause d'accélération considérable des battements de l'artère et j'ai souvent vu, chez moi, la période ascendante du pouls se prolonger assez longtemps après la fin du repas, bien que je n'eusse pas pris de café.
Quel parti peut-on tirer d'observations prises dans les conditions que je viens de isupposer? Aucun absolument, à mon avis, car une conclusion rigoureuse ne saurait être fournie que par des faits rigoureusement observés. Je dois donc, tout en regrettant d'avoir à signaler ce défaut de précision dans un travail qui, d'ailleurs, se pique à juste titre d'exactitude, écarter les conclusions relatives au café de M. Prompt (1) qui considère cet agent comme un accélérateur du pouls. Ses observations ont
(i) Recherches sur les variations phyiiologiciaes de la fréquence du pouls. Archives l^nérales de médecine, 1867, p. 385 et 557*
1868. — Méplâiiu 3
été failes à la ^uite du repas, en prenaat une infosion pvoba- Cernent chaude de café noir, peu^étre additionné dâ chicorée (1). Enfin il estprobahle^ d'apr^ les hei^^es ii^diqoées par Tauteur, que les chiffres du pouls ont été, le plus souvent au moins, pris pendant la période d'excitation vasculaire due à la çaféone« Il est, il est vrai, juste de dire que ce ne sont pas les effets de la caféine, mais d*upe manière générale ceux du cali que M. Prompt a voulu- indiquer.
Trousseau et après lui les D" Deltel (2) et Penilleau (3) attribuent aussi au café une action acélératrice d^ pouls ; mais chez aucun d'eux je ne trouve ces renseignements qui, pour moi, sont essentiels, sur Tétat de vacuité ou de réplétion de l'estomae, la température du liquide et le moment auquel était relevé le chifi^ des pulsations. L'illustre professeur de thérapeutique, d'ailleurs, concluait Sune seule expérience ; il faut avouer que c'est bien peu.
Si, d'un autre côté, je consulte le travail bien autrement complet et précis de M. Jomand, j'y trouve ceci : oc Le café ralenti a la circulation, car la moyenne de douze observations, prise « en dehors des heures de digestion, a été de 75 pour les joues « où l'on prenait du café, et de 84 durant les jours où Ton n'en « prenait pas d (4). Rognetta, cité par M. Penilleau et le D' Lamare-Piquot (5) ont également trouvé que le café diminue le chiffre des pulsations. Sous l'influence de cinq centigrammas de caféine pure, le D' Caron dit avoir vu son pouk tomber de quatre-vingt à cinquante-six pulsations (6.)
Afin de fixer sur ce point mon opinion, je me suis soumis A onze expériences dans lesquelles je prenais à jeun soit une in-
(1) La chicorée^ d'après M. Jomand {loc. dL), serait doaée de propriétés anale- ' gnes, au degré d*acti\ité près, à oelles de l'alcool, aotagonistes par eonséquent de
celles de la caféine
(2) Thèse inaugurale; Paris, 1851.
(3) Thèse citée; Paris, 1864.
(4) Thèse citée; Paris, 1860, p. 32.
(5; Article cité du Bo^tin de thérapeutique, t LXI; 1864. (6) Répertoire de pharmacie, t. II, p, 373 ; 1846.
-Î3fMônfifoide OU tiède de citfé torréfié, soit une décoction de café cru soit du citrate décaféiné. Je donne dans le tableau suivant les chiffiresles plus importants relevés dans ces expériences.
orarFABS VÈd pulsations
<|« U |»ré|mr«UM im^^téê.
^nalqvei miu.
80è45«iiB.
«Tant rio^Mt.
«prêt.
après.
fo Infuûon de oafé noir. . .
270 grram.
n'a pas été pria
lOO -^
ioa --
9* Décoction de (safécrè ..
10» Çitrtte de ci4éme
Og.50
1 grain.
Moyenne
Les deux moyennes qui terminent ce tableau montrent que, comme Tavait indiqué M« Jomand, le café ralentit eâ définitive la circulation* Mais ce ralentissement parait peu considérabky pji^que la première moyenne n'est supérieure & la seconde que d'environ une pulsation et demie. La différence est bien moindre eQQ^*e si l'on prend le» mêmes moyennes pour les huit pre^ mièires expériences seulement^ dans lesquelles la préparation insérée était une infusion de café toa^réfié. On trouve en effet ainsi :
Ayant Tingestion. . ^ 61,7b
De 30 à 45 Ofiinutes après. . . . 61,12
Ces chiffres donnent une différence (0, 63) qui dépasse à peine une demi -pulsation, quantité véritablement insignifiante et qui me porte & conclure avec M. Cellarier que le café torréfié ne change pas sensiblement la rapidité de la circulation.
Une différence plus sérieuse se remarque entre les moyennes^
correspondantes des trois dernières eq^rîences (calé cru et ci*, trate de caféine). Ces moyennes en effet so^t les suivantes,: . t
Avant 61,33
Après 57,33
Diflérenoe.. 4
Bien que le nombre de ces dernières expériences soit instlffisant pour qu'on en puisse tirer une conclusion bien certaine, cette irrégularité dans les différences me parait digne d'attirer l'attention. Faut-il en chercher le motif. dans la destruction partielle de la caféine par la torréfaction? Ne le trouverait-on pas mieux dans cette supposition assez vraisemblable et dont il serait intéressant de demander la confirmation aux chimistes, que l'opération de l'infusion ne sépare du café qu'une partie restreinte de son alcaloïde? Peut-être &ut-il croire auâsi qu^au lieu de s'épuiser promptement, comme je Tai avancé, l'action du principe aromatique au contraire persiste, lutte contre celle de la caféine et Tanéantit en partie.
Les expériences faites sur les animaux par M. Leven Itd ont montré que les doses toxiques de caféine ont, sur l'activité de la circulation, une action tout opposée à celle que nous venons de voir se montrer chez l'homme sous l'influence de ' doses mo^ dérées. « Il faut observer, dit-il (1), que la caféine commence (c par augmenter le nombr&des battements du cœur dans touteêi « les expériences ; ce n'est que dans la seconde phase de son « action que le cœur se ralentit par fatigue. » MM. Falk et Stuhlmann ont observé aussi l'accélération des pulsations cardiaques et leur caractère tumultueux. Volt (2) comme M. Leven, a noté d'abord l'augmentation d'activité, puis, plus tard seulement, le ralentissement du cœur.
Y a-t-ii heu d'appliquer ici cette loi formulée par M. Marey :''
(1) Article cité des Archives de physiolo^e, 1868, p. 181. (2; Untersuchungen uber den EinOuss des Kaffees, und der Muskelbewegun^n anf den StofTwedisel; Haniob, 1860. Ib-8<^.
« la fréquence du pouls est en raison inverse de la tension artérielle. » Y a-t-îl en effet, sous l'influence de la caféine, une diminution de la pression du sang dans les artères? Nous verrons bientôt qu'il n'en est rien et qu'au contraire cette pression est augmentée. Il faut donc admettre une excitation des fibres musculaires du cœur produite par la caféine , soit directement, soit par l'intermédiaire du système nerveux. Cette augmentation de l'énergie contractile du cœur a été très-nettement constatée de visu sur la grenouille. Le professeur Albers (de Bonn) (1), a vu sur cet animal le cœur se spasmodiser, pâlir et diminuer de volume dans le même moment que des contractions convulsives se montraient dans les membres.
Chez l'homme, il suffit que la dose soit un peu élevée, sans être, à beaucoup près , toxique, pour que Ton voie apparaître des symptômes qui se rattachent à cette hypecyiièse cardiaque. Telles sont les palpitations notées par la plupart des auteurs et que j'ai plusieurs fois eu l'occasion d'observer, faibles , il est vrai, sur moi-même. Telle est aussi^ sans doute, cette anxiété précordialé si pénible que produisent généralement les hautes doses de café, surtout chez les sujets qui ne sont pas habitués à en prendre. L'intermittence, l'irrégularité du pouls, ont été plusieurs fois signalées. Je n'ai jamais constaté sur moi-même ces phénomènes, bien que je les aie souvent cherchés ; il est probable que la quantité de caféine que j'absorbais était insuffisante pour les produire, et d'ailleurs il semble que ce soit surtout à l'abus habituel, à l'action prolongée du café que se rattachent ces accidents (Cellarier, Collet). Ce sont là, vraisemblablement, encore des effets de cet excès d'énergie de la contraction cardiaque.
Tout muscle qui se contracte avec force et d'une façon continue ne tarde pas à se fatiguer, et cette fatigue, avant den arriver à produire l'impuissance du muscle, se traduit d'abord
(1) Gazette des hôpitaux, (853, p. 197.
par Tirrégularité, rinégalilé de la contraction. Il en est sans doate de même pour le cœur qui» lorsqu'il commence à se fatiguer devient irrégulier est intermittent.
Il est difficile de donner une explication bien satisfaisante de cette différence absolue entre les effets des doses toxiques et ceux des doses modérées de caféine. Comment cet agent, ici modérateur de la circulation, en est-il là le stimulant? Alléguer qua les doses faibles agissent relativement plus sur les muscles vasculaires et les doses fortes sur ceux du coBur, ne serait que reçu* ler la question sans la résoudre ou plutôt que l'énoncer dans des termes différents. Quoi qu'il en soit , oette singulière propriété n'appartient pas à la caSéine seule ; le même ordre de phénomènes s'observe, et d'une manière en4X>rebien plus tranchée avec la digitale par exemple (1).
C'est par V augmentation de la tension du sang dans l'arbrA artériel que la caféine, aux doçes médicales, produit le raldn-> tissement du pouls. Elle peut donc, soil$ ce r^port^ être rapprochée de la digitale et du sulfate de quinine. Ici s'applique, très-bien la loi citée plus haut par M. Marey. L'augmeniatioil. de la tension artérielle est un effet constant de la caféine, quelle qu'en soit d'ailleurs la dose, médicale, hygiénique ou toxique. Magendie avait déjà vu, il y a longtemps, chez un chien, le liquide de l'hémodynamomètre de Poiseuille monter de 30 à 70 degrés après l'injection dans la jugulaire de huit grammes d'infusion de café. Les expériences cardiométriques de M. Leven ont confirmé ce résultat de la manière la plus positive^ Les chiffres qui, dans ceseicpériences, représentent la tension aipfcérielle avant, puis après l'injection de citrate de caféine sous ÏA peau, donnent, comme moyenne ; ilf2$ avant, et 15^ après. Ces expériences ont été faites sur deux chiens et deux chats à chacun desquels on a injecté cinquante centigrammes de sel.
.1' Voy. Oublop. Commentaires thérapeutiques^ p. 105 et 700.
L'expérimentation qui fournit ainsi la preuve de cet accroissement de la tension artérielle chez les animaux par les doses
toxiques, peut aussi, grâce au spbygmogmpbe, démontrer un aecrolssement analogue chez l'homme, soui rinfluence des doses médicales. On peut en juger pai* les tracés suivants : ils ont été tpus recueillis sur ma radiale droite, dans des expériences où, à jeun 5 je prenais des doses variables de différentes préparations caféicjues. Ces expériences répétées plusieurs fois dans les mêmes conditions, m'ont fourni lui bien plus grand nombre de tracés. Plus ou moins prononcées^ les modifications imprimées aux caractères du pouls étaient toujours les mêmes. Je me borne donc à donner les tracés que voici, croyant inulile de surcharger ce travail en y accumulant des faits dont Tun n'ajouterait rien à l'autre et n'apprendrait rien de plus.
ie tracî 3 a été pris à je\m immédiatement avant l^iagestiortii d©330 grammes d'infusion de café préparée avec l(M)grammax de café torréfié et 515 grammes d'eau. Le tracé i a été recueill trente minutes après cette ingestion.
Ces deux tracés appartiennent à une autre expérience ; c'est encore une infusion semblable de café torréfié qui a été prise.
Le tracé 5 a été obtenu quelques minutes avant et le tracé 6 trente-cinq minutes après. Z^SZ '^-
Des deux tracés de cette figure, le premier (n*" 7) a été pris un instant avant l'ingestion de cinq cents grammes d'une décoction de café cru (12S grammes de C€ifé pour un litre d'eau ; ébuUition jusqu'à réduction de moitié du liquide)^ le second (n° 8) a été recueilli quarante-cinq minutes après.
Enfin les deux tracés suivants se rattachent à une expérience dans laquelle, à jeun, cinquante centigrammes de citrate de caféine ont été absorbés, sous forme pilulaire, en une seule fois. Le tracé 9 répond au moment même où j'allais prendre le médicament; le tracé 10 a été obtenu soixante-cinq minutes après.
Chacune de ces quatre figures nous présente une différence très-marquée entre le tracé supérieur et Tinférieur. Dans ce dernier cas, la montée est moms haute et moins verticale, l'amplitude des rebondissements est plus faible, elle sommet de la pulsation moins aicru ; ce sommet devient môme un plateau véritable dans le tracé 6 et surtout dans le tracé 4 ; ces caractères attestent Taugmentation de la tension dans les artères.
Ce que le sphygmagraphe indique avec une précision quasi*mathématîque, la simple exploration tactile du pouls le faisait déjà prévoir. Percival (1), les D" Colet et Cellarier, ont signalé que, BOUS l'inftuence du café et sous celle du thé dont Talcaloldle présente avec la caféine une analogie parfaite, probablement même une identité absolue, on trouve le pouls petit, serré, résistant, filiforme. J'ai souvent moi-même constaté les mêmes . caractères.
Deux causes concourent à produire cette augmentation de tension : Vhypercynèse ventriculaire d'une part , de l'autre la contraction de la tuniqtie musculaire du système artériel. La ca* féine, en effet, imprime aux fibres de cette tunique une excitation analogue à ceUe que nous l'avons vue produire sur les muscles de l'estomac et de l'intestin et sur le cœur. Cette contraction a pour effet de diminuer le calibre des artères; mais il s'en faut que cette diminution porte dans une égale proportion sur le calibre de tous les vaisseaux. Très-peu prononcée sur les gros troncs, elle est considérable au contraire dans les rameaux de petit calibre, dans ces artérioles qui terminent le système à sang rouge et que souvent leur finesse fait, dans le langage habituel, confondre sous un même nom avec les capillaires vrais. C'est là le fait d'une loi générale de la contractilité artérielle, loi découverte par Hunter, en vertu de laquelle cette contractiUté est de plus en plus grande à mesure qu'on observe des vaisseaux plus éloignés du coeur. L'histologie nous donne la raison de cette loi en nous montrant que l'élément contractile prend, danslastructure des artères, une place d'autant plus importante que ces vaisseaux sont de moindre volume, au rebours de l'élément élastique qui devient de plus en plus prédominant lorsque des capillaires on remonte vers l'organe central delà circulation. Les capillaires eu^-mêmes, en ne comprenant sous ce nom
(i) Remarques sur les effets médioamenteiix et délétères dv thé vert. Dublin hospttal Reports, t. II; 1817.
1868. - Mépbio. 4
que les seuls vaisseaux où la tunique moyenne ^'est plus représentée ùiéme par de simples noyaux, sont-ils contractiles? C'est là ime question délicate de physiologie, bien loin encore d'être résolue définitivement, et dont la discussion m'entraînerait trop loin de mon sujet. Je me bornerai à dire que si la nature hyaline de la tunique de ces vaisseaux leur a fait refuser par un grand nombre d'auteurs la propriété contractile , d'autres au contraire n'hésitent pas à la leur attribuer. C'est ainsi que MM. Schultze, Brucke et Stricker (de Vienne) considèrent cette propriété comme inhérente au tissu même dont sont formés les capillaires (protoplasma de Stricker.)
Quoi qu'il en soit, le résultat nécessaire de la contraction des artérioles et de celle des capillaires (si on l'admet) est d'opposer à l'écoulement du sang dans les veines un obstacle considérable. C'est en effet là ce qui a lieu sous Tinfluence de la caféine, comme sous celle de tous les agents vaso-moteurs.
Propulsion plus énergique du sang par la systole ventriculaire, obstacle apporté parle rétrécissement des petits vaisseaux au libre écoulement de ce liquide ; telles sont, avec la diminution de l'extensibilité des parois artérielles par le fait même de leur contraction, les causes de cette augmentation de tension que nous ont démontrée le cardiomètre et le sphygmographe.
Vischémie qui résulte de cette état de contraction des vaisseaux dans les différents points de l'organisme se traduit à la muqueuse digeslive par la pâleur que nous y avons déjà signalée d'après MM. Falck et Stuhlmann ; à la peau, par la décoloration de la face que Trousseau et la plupart des auteurs ont constatée. Nous verrons, quand nous étudierons l'influence du café sur les fonctions cérébrales, que cet état de la circulation y joue un rôle de la plus grande importance. Pour ne parler ici que d'un fait, c'est évidemment à l'ischémie encéphalique qu'il faut attribuer cette tendance syncopale signalée par M. Stokes (1)
(1) Traité des maladies du cœur et de l'aorte, tradnctioii française du D* Sénac; Paris, 1864, p. 525. In-S®.
8011S l'infinence du thé, et, sous celle du café, par MM. Colet et Cellarier, tendance dont j'ai moi-même plusieurs fois éprouvé on léger degré. '
On sait qu'il existe, au moins en règle très-générale, une étroite liaison entre l'état du système vasculaire et celui de la pupille; la dilatation de celle-ci accompagne le resserrement des vaisseaux, et inversement sa contradiction a lieu quand leurs parois sont rel&chées. La structure éminemment vasculaire de l'iris, qui a valu à cette membrane d'être comparée à un organe érectile, donne, avec son mode d'innervation, la raison de ces rapports fonctionnels. Comme les autres agents vaso-moteurs^ la caféine dilate la pupille. Ce phénomène est très-peu prononcé, comme j'ai pu m'en convaincre en observant sur moi-même, lorsque la dose de caféine absorbée est modérée; il s'accuse, au contraire, avec force si la dose est toxique ; c'est ce qu'ont souvent observé MM. Voït, Stuhlmann et Falck.
Il me reste à signaler ici un dernier effet de la contraction des petits vaisseaux et de l'excès de tension artérielle qui en résulte. Je veux parler de la gêne de la circulation en retour. De la difficulté qu'a le ventricule à se vider dans les urtcres, par suite de cet excès de tension, résulte raccumulation et une stase relative du sang dans les cavités situées en arrière de lui, c'est-à-dire dans l'oreillette et dans les grands vaisseaux veineux. Chez les animaux empoisonnés dans leurs expériences, MM. Falck et Stuhlmann trouvaient communément à l'autopsie les oreillettes distendues et gorgées de sang noir; il en était de même des gros troncs veineux du thorax et de ceux du cou. Souvent, à la surface externe de l'estomac et de l'intestin, du gros intestin surtout, ces observateurs ont trouvé de grosses veines semblablement distendues. Le foie enfin présentait constamment les caractères de la congestion veineuse : coloration rouge-brune, et issue à la coupe, par les ouvertures béantes des veines, d'une grande quantité de sang noir devenant rutilant à l'air et s'y
coagulant rapidement. Ces re&iarqnes justifient l'idée assesié* pandue que l'usage du café est nuisible aux hémorrholdaires ; elles donnent raison aussi à M. Jomand qui a' constaté sur lui* même, par la percussion, Taugmentation de volume du foie sous rinfhience de hautes doses de café répétées plusieurs jouit de suite, et qui attribue à cet agent la propriété de produire la congestion de Torgane hépatique.
Action de la caféine sur la respiration et sur la calorification.
En dehors de certaines conditions pathologiques que nous aurons à étudier ailleurs, les doses modérées de caféine paraissent n'avoir sur la respiration qu'une action très-faible, et le plus souvent inappréciable. Pour mon compte personnel, je n'ai pu, dans mes expériences, constater relativement à cette fonction aucun phénomène qui fût en dehors des conditions physiologiques. Ce n'est que dans des cas d'abus considérable de café et surtout de thé que Percival et MM. Colet et Stokes ont vu se produire l'oppression, la dyspnée, l'anhélation avec accélération et irrégularité des mouvements respiratoires. Dans un cas cité par Percival, il y avait toutes les cinq ou six minutes un accès simulant l'asphyxie. Une toux convulsive habituelle était un des symptômes du cas d'intoxication chronique observé par le D' Cellarier, et dont j'ai déjà parlé.
Les doses toxiques, au contraire, ont sur la respiration une influence très-marquée et qui parait constante : les mouvements respiratoires sont considérablement accélérés. Je suis étonné de rencontrer une assertion tout opposée dans le savant article consacré par M. Sée à V Asthme et aux Dyspnées (1). Suivant ce professeur, tandis que les doses modérées de caféine ne changeraient rien au rhythme normal de la respiration, ou même l'accéléreraient un peu, les doses considérables en produiraient
(1 } Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t UI.
le ralentissement. D'accord avec M. Sée sur la première de ces propositions, je ne saurais accepter la seconde. Dans la relation si complète et si précise des expériences de MM. Stuhlmann et Falck, je trouve en effet constamment signalées l'anhélation, l'accélération des mouvements respiratoires. De son côté^ M.Leven dit avoir vu cette fonction considérablement accélérée, et cela s'accorde très-bien avec les faits observés par M. Stokes et par Percival.
On ne saurait actuellement assigner à ces troubles de la respijration ime cause bien certaine. Dépendent-ils d'une action particulière et directe de la caféine sur le centre neryeux respiratoire? Tiennent- ils à quelque modification de la circulation dans le bulbe dont l'ischémie est au moins supposable? Y a-t-il là une action réflexe provoquée par un état d'hyperesthésie de la muqueuse broncho-pulmonaire? Ces différentesfiypothèsesontété,je crois, émises, mais aucune ne me parait suffisamment démontrée. Peut-être ces troubles résultent-ils tout simplement de l'état de la circulation pulmonaire que nous ont fait connaître les autopsies de MM. Stuhlmann etFalck. Au milieu d un parenchyme blanc ou légèrement rosé, ces physiologistes ont toujours trouvé une grande abondance de vaisseaux gorgés de sang rutilant qui donnaient aux poumons, dans leur ensemble^ une couleur rouge vive. Deux ou trois fois même ils y ont vu de petits foyers hémorrhagiques. La congestion pulmonaire a été notée aussi par M. Leven. C'est là, ssuas doute, une congestion passive due à la gène de la circulation en retour dans les veines pulmonaires, analogue par conséquent quant à son mécanisme à la congestion du foie dont nous avons parlé plus haut.
J'ai peu de chose à dire des troubles que présente la catorification sous l'influence de la caféine. En songeant à la contraction des petits vaisseaux^ on est porté à admettre a priori un amoindrissement de cet acte physiologique. A n'envisager que la température périphérique, cette vue de l'esprit se vérifie en effet : le refroidissement de la peau et des extrémités a été noté
par MM. Cellarier et Lamare-Piquot sous Tinfluence du café & fortes doses, et M. Colet dit avoir vu le café et le thé, pris en grandes quantités, produire un refroidissement des pieds et des mains tel que l'immersion dans Teau chaude parvenait à peine à les réchauffer.
Si l'on mesure la température au moyen du thermomètre introduit dans le rectum ou placé sous la langue, on trouve, au lieu de cet abaissement, une élévation de 0*,3 diaprés le prô^ fesseur Sée (1) et que j'ai vu même, sur moi, atteindre 0*,5. Ces faits, qui, je me hâte de le dire, sont encore bien peu nom-* breux et demandent à être confirmés, semblent justifier la théorie de M. Marey sur la chaleur animale et le rôle de régulateur qu'y joue la contractilité artérielle.
MM. Stuhlmann et Falck ont vu le thermomètre introduit dans le rectum d*un lapin empoisonné par la caféine descendre de 37*,5 à24*,0. Mais cette décroissance considérable de la température ne s'est produite qu'à la période ultime, alors que l'animal était près de succomber.
Action de la caféine sur le système nerveux et sur Fappareil musculaire.
L'action exercée par l'infusion de café torréfié sur le système nerveux, telle qu'elle se produit dans les conditions hygiéniques où cette liqueur est habituellement prise, est celle que les auteurs ont le plus remarquée. En dehors même du monde médical, chacun connaît depuis longtemps cette propriété qu'a la fève (TYemen^ comme disent les poètes, d'exciter la pensée, de rendre plus vive l'imagination, plus facile et plus alerte le travail de l'esprit, heureuse propriété qui ajustement valu au café tant de reconnaissante affection parmi les ouvriers de l'intelligence. Je n'aurais que faire de venir, après que le langage si
{{) Article cité du Nouveau Dictionnaire de méd. et de chip, prat., t. III.
pittoresque de Trousseau en a tracé la vive peinture, décrire cet éveil du cerveau, cet état spasmodique et vaporeux, cette mobilité qu'il produit sur les tempéraments nerveux que n*a pas blasés Thabitude (1).
L'insomnie n'est pas un effet moins connu du café ; je me bornerai à rappeler que cette insomnie ne se produit guère que chez les gens non accoutumés, ou chez ceux qui, habitués à prendre le café le matin, en prennent accidentellement le soir et en plus grande quantité. J'ajouterai, avec Trousseau, qu'elle a pour caractère remarquable de n'être pas pénible, accablante comme celle que produisent certains états morbides ou quelques autres agents de la thérapeutique, l'alcool par exemple, dans certains cas^ le tabac, et l'opium lui-même chez quelques sujets.
On a attribué au café la propriété de rendre « les sens plus sagaces et d'un fonctionnement plus précis » (2), le D' Jomand a remarqué que, sous son influence, sa susceptibilité pour les odeurs était augmentée. Bien que cet effet ne se soit jamais produit chez moi d'une manière appréciable, il est attesté par des observerteurs dont la parole a trop de poids pour que je songe à le révoquer en doute ; du reste il s'accorde bien avec les phénomènes d'excitation cérébrale qui viennent d'être indiqués.
J'ai prononcé le mot d'excitation cérébrale; une telle excitation existe t-elle réellement? Y a-t-il dans ces effets de la caféine le fait d'une stimulation véritable et directe par cet agent de l'élément nerveux, et doit-on admettre ici une modification dynamique de la cellule où s'élabore la pensée? Cette interprétation parait avoir été celle de Londe et de Nysten ; c'était celle adoptée par Trousseau. Elle n'est plus guère admise aujourd'hui. Bien qu'une action de ce genre paraisse s'exercer sur les
(!) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, t. II, p. 830. (2) Fonssagrives, Hy^ône alimentaire, p. 49. — Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, t. II, p. 53i.
nerfs du mouvement, comme nous le verrons plus loin, je rejette aussi cette manière de voir. Si ces effets étaient ceux d'une excitation particulière des centres nerveux, cette excitation devrait se montrer dans tous les cas où de la caféine a été absorbée, et, dans tous les cas, se traduire par des phénomènes identiques. Or il est loin d'en être ainsi. Cette heureuse influence du café, sur laquelle les auteurs se sont étendus avec complaisance, ne s'observe en effet que lorsqu'elle est préparée, en quelque sorte, par un état opposé ; ainsi, lorsque le café est pris pendant l'engourdissement qui accompagne la digestion et celui que produit l'alcool, ou quand le travail intellectuel trop prolongé, une inclinaison trop assidue du front vers le livre ou le bureau a amené un certain degré de congestion de l'encéphale. Mais si la caféine est prise dans des conditions opposées, à jeun particulièrement, si surtout on force un peu la dose pour en exagérer l'effet et le rendre plus sensible, la scène est bien différente. Au lieu de cette brillante excitation des facultés psychiques^ c'est de la paresse^ une sorte d'indolence de la pensée qu'on observe. J'ai souvent constaté sur moi-même cette action du café qu'avait indiquée déjà le D' Lamare-Piquot. Ce n'est pas de l'assoupissement ni de La somnolence, c'est une sorte de vague de Tesprit, une difficulté de l'intelligence à se fixer sur une idée, & s'appliquer. Cet état des facultés intellectuelles s'accompagne toujours d'une sensation de vide dans la tète et souvent d'une légère céphalalgie. Celle-ci est signalée dans la thèse de M. Jomaud et je l'ai observée toutes les fois que je mé plaçais sous l'influence d'une dose un peu forte de caféine. Elle est d'ailleurs trèslégère et je ne l'ai jamais vue durer que de quinze à vingt-cinq minutes. Chez moi elle siégeait toujours dans la région susorbitraire gauche.
L'hypothèse d'une stimulation directe de l'élément nerveux par la caféine ne saurait évidemment expliquer cette opposition que nous constatons entre les effets de cet alcaloïde suivant les conditions où il est absorbé. Son action vaso-motrice, au con-
tMdre, nous en donne très-bien la raison. Le travail de la digestion et Faction de Talcool, en relâchant le plan musculaire des raisseaux, produisent une augmentation de l'activité circulatoire, d'où résulte l'hyperémie du cerveau; celle-ci à son tour a pour effet l'engourdissement, la torpeur dé la pensée. Vienne le café provo(pier la contraction vasculaire^ l'afQux sanguin sera ramené dans l'encéphale à son taux normal, et les fonctions intellectuelles s'exerceront dans toute leur liberté. Pris au contraire en dehors de toute condition excito-vasculaire, le café trouvant dans l'organç de la pensée l'irrigation sanguine au degré normal, la fait descendre au-dessous de ce degré. Or l'exagération et l'amoindrissement du degré normal d'injection sanguine du cerveau sont également préjudiciables à ses fonctions et particulièrement à la principale d'entre elles, l'action de penser. C'est ainsi que mon excellent ami le D'Bordier a pu dire avec raison du délire : ce Ce trouble peut tenir à l'hyperémie « aussi bien qu'à l'ischémie, toutes deux également distantes, a l'une au delà, l'autre en deçà du degré normal, seul efficace «au point de vue de la fonction» (1). Aussi voyons-nous la torpeur intellectuelle que produit la caféine très-bien dissipée par les agents qui relâchent les vaisseaux, tels que l'alcool, de même que le café éveillait l'intelligence assoupie par les fumées du vin et l'état congestif qui suit le repas.
En même temps que se produisent dans les fonctions intellectuelles les eflfets qui viennent d'être étudiés, apparaissent de remarquables phénomènes du côté de l'appareil musculaire. Dans les conditions hygiéniques habituelles, cet appareil ne montre guère, sous l'influence du café, que les symptômes d'une excitation légère et bienfaisante : aptitude plus grande au mouvement, activité physique en rapport avec l'activité intellectuelle. Hais, dans les conditions contraires que nous avons supposées^
(1) Des Nerfs vaso-moteurs ganglioimaires. Thèse de Paris, 1868, p. 60. 1868. - MépliiD. 6
les phénomènes sont ceux d'une stimulation exagérée, et ils m'ont paru d'autant plus sensibles que cette stimulation factice est moins utilisée par l'exercice. Ce sont des frémissements mus-ciilairesj des spasmes fibrillaires et erratiques, mais affectant^ du moins chez moi, une prédilection marquée pour les muscles du mollet et pour les fléchisseurs des doigts. A la main il en résulte une incoordination des mouvements que Ton peut trèsbien comparer à un état choréique léger. Je l'ai vue plusieurs fois chez moi rendre l'écriture moins facile et lui donner un degré insolite d'irrégularité.
Il ne faut pas confondre ces frémissements, phénomène primitif résultant d'une excitation delafibre contractile et qu'accompagne plutôt une augmentation qu'une diminution de force dans l'acte musculaire, avec le ^remd/emm^, phénomène secondaire qui ap^ parait quelques heures après et que distinguent la régularité dans l'agitation et l'état concomitant d'affaiblissement. La cause de ce tremblement est la fatigue produite par l'excitation spasmodique de la fibre. Cette distinction entre le frémissement fibrillaire et le tremblement est bien étabU dans la thèse de M. Jomaud, il est facile d'en constater expérimentalement la différence.
Le sphygmographe m'a fait voir que la fatigue arrive dans la fibre lisse des vaisseaux comme dans les fibres striées des membres. Dans la période de tremblement, en effet, la fatigue vasculaire se traduit par la rapidité plus grande du pouls et parla diminution de la tension artérielle qui devient plus faible, non-seulement que pendant la période de frémissement musculaire, mais même qu'à l'état normal et avant l'injection de la caféine. C'est là un de ces phénomènes de réaction auxquels donnent lieu tous les agents vaso-moteurs, le froid par exemple.
La caféine parait exercer sur les fonctions de la sensibilité une influence moindre que sur celles du mouvement et de l'intelligence. Ce n'est en effet que quand les doses deviennent exces-
sives que ces troubles se produisent^ et peu de médecius ont eu occasion de les observer. Le D' Colet cependant a vu, sous Tinfiuence d'un abus quotidien de thé ou de café, apparaître des fourmillements du cuir chevelu, des troubles de la vue, de Tanesthésie. Ces phénomènes s'ajoutaient à de graves désordres de rintelligence, des fonctions de nutrition et du mouvement. Ainsi,dans quelques cas, l'intoxication était prononcée au point de produire la syncope et les convulsions.
Les doses fortement toxiques de caféine employées dans les expériences sur les animaux paraissent paralyser la sensibilité, mais secondairement et après l'avoir d'abord exaltée. Si en eflfet, MM. Stuhlmann et Falck ont, à la période ultime, constaté l'anesthésie cutanée sur tout le corps, la tète seule exceptée, ils ont souvent vu, avant cette période, les animaux témoigner en se grattant vivement, de démangeaisons à la peau, et en poussant des cris plaintifs de douleurs dont le siège n'a pu être précisé. Enfin, ces animaux cherchaient les coins obcurs, comme si leur rétine était douloureusement impressionnée par la lumière.
Mais de tous les désordres causés par ces doses de caféine, les plus remarquables sont ceux dont l'appareil locomoteur est le théâtre. Aussi est-ce par ceux-là mêmes qu'elle se caractérise toxicologiquement : La caféine est un poison tétanisant; elle ne tue pas, il est vrai, dans le tétanos, mais pendant le relâchement musculaire qui suit cet état ; c'est là ce qu'ont bien démontré les recherches expérimentales de Volt et d'Albers (de Bonn)^ celles de M. Leven et celles surtout si souvent invoquées dans ce travail de MM. Falck et Stuhlmann.
La toxicologie de la caféine ne devant m'occuper ici qu'autant qu'elle fournit au thérapeutiste des notions physiologiques dont il puisse tirer partie je n'entrerai pas dans le détail de ces intéressantes recherches ; renvoyant le lecteur curieux de ce genre d'étude aux mémoires des auteurs que j'ai cités tout à l'heure (i)^
(i) Albers (de Bonn), Gaiette des hôpitaux, avril 1853. — Voit, Untersuohungen
je me bornerai à résumer sommairement les faits principaux qui en ressortent.
Les animaux empoisonnés par la caféine sont presque aussi-* t6t pris d'un tremblement intense qui accompagne les troubles indiqués plus haut des fonctions circulatoire, digestive, et respiratoire. Bientôt ce tremblement fait place à des convulsions toniques qui, lorsque la dose du poison est considérable, peuvent apparaître d'emblée. Les membres se roidissent énergique^ ment ; les postérieurs sont étendus suivant Taxe du trcmc, les antérieurs sont ramenés en arrière vers le c6tés du thorax^ de telle sorte que, malgré un degré prononcé d^opisthotonos, le menton des animaux porte quelquefois sur le sol. Cet état de contracture est plus violent au train postérieur qu'à l'antérieur; il est assez prononcé encore dans celui-ci cependant pour qu'on puisse, comme je me suis amusé à le faire, tenir une grenouille empoisonnée suspendue un instant sur une baguette passée sous ses membres thoraciques.
Au bout d'un temps qui varie de quelques secondes à deux ou trois minutes, la roideur tétanique cesse et le relâchement musculaire lui succède. Le plus souvent, surtout chez les mammifères, la transition entre ces deux états opposés est marquée par quelques secousses cloniques. M. Leven a fait, avec raison, remarquer que ce relâchement n'est pas une paralysie vraie ; la contractilité n'est pas abolie pendant qu'on l'observe, elle est seulement au repos absolu. La preuve en est dans la facilité très-grande avec laquelle le moindre attouchement réveille l'état tétanique. Cet effet de l'intoxication caféique est des plus îàciles à constater, sur la grenouille par exemple. C'est lui qu'indiquait Voit en disant que la caféine a la propriété d'augmenter la disposition aux mouvements réflexes, mot fort juste, et qui indique un rapprochement très-légitime à faire entre la caféine et la strychnine.
aber den Eiofluss des KochsalzeSy des Kaffée», etc. ; Mnnioh, 1860. Iii-8«. — Levei, Archives de physiologie normale et pathologique, 1868, p. 179.^StuhhDanii et Falck, Virchow's Archiv, 1857, p. 324 et 481.
Eq dehors de toute excitation extérieure cet état de repos des muscles ne dure qu'un instant, et Ton voit bientôt réapparaître le môme ensemble de phénomènes se produisant dans le même ordre : convulsions toniques habituellement suivies de quelques secousses cloniques, puis de nouveau relâchement musculaire. A moins que la dose n'ait été considérable, la mort n'arrive qu'après un certain nombre de semblables attaques ; à mesure que celles-ci se multipUent, la fausse paralysie qui sépare les accès convulsi£5 tend de plus en plus à devenir une paralysie véritable et, quand le moment approche où Tanimal doit succomber, il devient très-difficile, souvent même impossible de provoquer cette action réflexe que nous avons vue si facile à produire au début. MM. Stuhlmann etFalck sont donc au moins bien près de la vérité quand ils disent que les animaux meurent paralysés.
Les autopsies rapportées par ces deux physiologistes ne nous apprennent pas grand'chose relativement à la manière dont la caféine produit le tétanos et la mort. Ils ont trouvé les méninges cérébrales et rachidieimes dans un état très-variable d'injection sanguine ; tantôt cette injection était au degré normal; tantôt elle était augmentée ou au contraire diminuée. La substance nerveuse au contraire tant du cerveau que de la moelle «n'était jamais hyperémiée, mais modérément pourvue de sang dans tous les cas; on peut dire même tout à fait anémiée». Suivant ces deux auteurs, la caféine tue par paralysie y en «brisant la force nerveuse ». Pour M. Leven c'est en irritant la moelle et le cerveau qu'elle cause la mort. Malgré leur apparente contradiction, il n'est pas difficile de mettre ces deux théories d'accord; on peut en effet les réunir dans une seule proposition et dire : c'est par le fait d'une excitation primitive trop violente que, secondairement, la caféine brise la force nerveuse et produit la paralysie.
Quel est le mécanisme de l'état tétanique? M. Leven me pa*
rdlt avoir seul cherché à résoudre cette question. Ayant détruit le tiers inférieur de la moelle chez une grenouille, et paralysé ûnsi le train postérieur dont la circulation restait d'ailleurs intacte, il a vu la caféine produire Topisthotonos et le tétanos du train antérieur, mais nHnfluencer en rien les membres abdominaux. Le même expérimentateur a observé que, si Ton détruit la moelle d'une grenouille préalablement tétanisée par la caféine, on fait immédiatement cesser l'état tétanique. H en conclut^ avec raison sans doute, que c'est dans la moelle et non dans le nerf ou dans le muscle qu'est le principe de cette convulsion. Mais comment la caféine agit-elle sur la moelle? Est-ce simplement en y diminuant l'afQux du sang rouge? Est-ce par l'état de gêne de la circulation en retour, en y augmentant la proportion du sang veineux? Ou bien cet alcaloïde a-t-il sur l'élément nerveux médullaire une action dynamique spéciale et directe? M. Leven ne craint pas de se prononcer affirihativement dans ce dernier sens. Pour moi, loin de nier cette action dynamique, je penche au contraire à l'admettre, mais à titre seulement d'hypothèse , car, ne trouvant dans le travail de M. Leven lui-même absolument aucune preuve à l'appui, je crois devoir à ce sujet réserver mon jugement.
Action de la caféine sur les sécrétions et en particulier sur la sécrétion urinaire.
Les doses modérées de caféine n'ont, sur la fonction de la plupart des glandes qu'une action peu sensible. Quant aux doses toxiques, on peut dire d'une manière générale qu'elles augmentent la quantité des produits de sécrétions.
Salive et sécrétion intestinale. — Je ne veux pas revenir ici sur la salivation ni sur le flux intestinal que MM. Stuhlmann *-! Falck ont observé chez les animaux empoisonnés par eux. Ou se rappelle que ces deux hypercrinies, au moins douteuses
lorsque la dose de caféine n'est pas considérable, ne s'accusent nettement que sous Tinfluence de doses toxiques, et qu'elles doivent, selon moi, être attribuées à l'excès de tension artérielle.
Sécrétion biliaire. — D'après Lehmann, la caféine augmenterait la sécrétion de la bile et suivant Liebig s'éliminerait en partie par cette sécrétion en concourant à constituer la taurine. Faut-il établir un rapprochement entre cette opinion de Lehmann et la congestion hépatique observée par M. Jomand pendant la vie, et par MM. Stuhlmann et Falck à l'autopsie? Nous ne savons rien de positif à cet égard.
Sueur. — Il est assez généralement admis que le café diminue la transpiration ; j'ai lieu aussi de conclure de mes observations personnelles que l'action primitive et principale de la caféine sur les glandes sudoripares est d'en modérer la sécrétion. La cause en est sans doute dans la diminution de l'apport sanguin à ces glandes par les capillaires contractés. Plusieurs auteurs cependant, avec M. Cellarier, attribuent au café]une action diaphorétique. Cela tient sans doute soit à ce qu'ils ont surtout remarqué l'effet passager de la caféone et de la chaleur de l'infusion, soit à ce que, dans les cas observés par eux^ l'action secondaire ou réactionnelle de la caféine qui se résume dans la fiatigue et le relÀchement des vaisseaux, était assez prononcée pour donner lieu à la diaphorèse. Bien que ce dernier phénomène m'ait paru n'être pas habituel, je crois cependant qu'il peut se produire.
Sécrétion urinaire. — L'action de la caféine sur la sécrétion de l'urine et sur son excrétion a plus d'importance et méritée de nous arrêter davantage. Comme tous les agents qui: augmentent la tension artérielle cet alcaloïde est diurétique. On s'accorde généralement à reconnaître au café la propriété d'augmenter la production de l'urine, et cette propriété a été plusieurs fois dé-
montrée rigoureusement par des observations pondérales. Celles de M. Jomand donnent, il est vrai, un résultat opposé; mais les conditions dans lesquelles il s'était placé pour expérimenter sont tellement différentes des conditions ordinaires et normales qu'on ne saurait, relativement à la question qui nous occupe, porter un jugement général basé sur les faits qu'il rapporte.
Cette diurèse toutefois n'est pas aussi considérable qu'on serait tenté de se l'imaginer. Dans une série d'expériences faites sur la même personne Bœcker (1) a constaté que la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures était en moyenne de 1364 grammes les jours où elle ne prenait pas de café et de 1733 grammes les jours où elle en prenait. La différence, on le voit, n'est pas très-considérable, car elle dépasse à peine le quart du chiffre inférieur. Dans mes expériences personnelles, la quan-* tité d'urine n'a pu être relevée exactement; il m'a semblé toutefois qu'elle n'était pas considérablement augmentée et qu'elle l'était davantage par les préparations aqueuses de café (infusion de café torréfié et décoction de café cru) que par le citrate de caféine. C'était là un fait aisé à prévoir, car il en est ainsi aveà tous les médicaments qui produisent la diurèse par le même mécanisme, c'est-à-dire en augmentant la tension artérielle, la digitale par exemple.
Ce qui m'a surtout frappé dans mes expériences, c'est bien moins l'abondance de Turine que la fréquence du besoin de l'émettre. Peut-être en attachant, comme on Ta fait, une certaine importance à l'action diurétique du café, a-t-on tenu trop de compte du nombre des mictions et pas assez de l'abondance de chacune d'elles. Ce besoin presque continuel de pisser me semble prouver que la tunique musculaire de la vessie est, comme celle de l'intestin et de l'estomac, vivement stimulée et dans un état de contraction presque permanent. Dans les expériences de iiM. Falck et Stuhlmann les déjections alvines ontété
(1) Beitrage zur Hellkunde, t. I, p. 188; 1849.
plosienrs fois accompagnées d^émis^on d'urine, et le plus souvent, ces observateurs trouvaient, à Tautopsie, la vessie vide et* contractée et sa muqueuse pâle, exsangue et ridée. Tout récemment mon excellent ami le D' Laféron m'a parlé de trois ma^ lades observés, je crois, par M. le professeur Yerneuil, et ches' lesquels des rétentions graves d'urine auraient eu manifestement pour cause Tusage du café. Ces trois faits constituent certainement des exceptions bien rares. Cependant, quand bien même ils se présenteraient sans la baute garantie d'authenticité que leur donne le nom du savant chirurgien de Lariboisière, ils ne seraient pas inadmissibles. 11 faut supposer que chez ces malades, contrairement à ce qu'il est ordinaire d'observer, les fibres du col vésical ont été bien plus énergiquement spasmodisées que celles du fond et du corps du réservoir urinaire, et cela en vertu d'une de ces causes prédisposantes que nous ne pouvons, quant à présent, apprécier, et que nous sommes obligés de réserver en les décorant du titre provisoire AHdiosyncrasies.
Mais ce n'est pas seulement la quantité de l'urine et son ex- <^tion que modifie la caféine^ c'est encore sa qualité, sa composition, et cette dernière modification n'est sans doute pas la moins importante. Le café diminue la sécrétion de l'urée, de l'acide urique et de Tacide phosphorique. Dans la série d'expé-> riences dont j'ai parlé plus haut, Boecker a trouvé les moyennes suivantes qui sont très-significatives :
Joart on le tajet Josrt où le tiytt oe prenait pat prenait
de café. da ca(^.
Quantité d'urine en 24 heures. 1,364 gram. 1,733 gram.
Urée. 22 - 12 -
Acide urique 0,578 0,402
Acide phosphorique 1,291 0,854
Ces chiffres nous montrent que l'action de la caféine sur la sécrétion rénale a pour effet d'augmenter la quantité d'eau de 1868. - MépUiD. •
Furine en en dimimitot kB parties M»lklesi notamiMtit l'iwéét Depuis quelque temps déjà on avait remarqné que lé ca£é rend les urines clalrei et limpides en jnéme temfsqa'il en augmente la quantité. Les expériences de Bteoke^ 6ntété confirmés depuît pa^ celles de Lehtnann^ Frœlidi, Lichtenfeb, Voit et Schutae (de Bredau). Il parait donc atgoilrd'hui bien démentie que le café diminue les déchets organiques^ qu'il ralentit le mouv«^ ment moléculaire de débomposition des tissus* On oonàait le parti que tire rhygiône de ce &it (alimentation des mineurs^ deâ caravanes arabes et des troupes Amnçaisel^ en Algérîet, ete^)« Nous verrons que sa connaissance n'est p9S non plus sans iœ^ portance pobr le thà^àjpeutiste.
Action de la caféine sur les fonctions ^/énitales.
a De toutes les modifications organiques par lesquelles s'est révélée chez nous l'action du café, dit Trousseau (1), une des moins douteuses et des plus prononcées que nous avions d^à pu constater dans d'autres circonstances, c'est celle qu'il exerce sur le sens génital pour en afEûblir l'énerigie. Il n'est pas à ndtre connaissance d'anaphrodmaque capable de réduire à une ia^ puissance plus absoliie.» Peut-être faut^il n'accepter qu'àH^ee quelque réserve la dernière phrase de cette citation et y sou^ çonner une de ces exngératione qui échappaia^it ^parfois au bril«lant professeur qui l'a écrite^. Néanmoins je crois avec M. FoM** sagrives (2), qu'il est impossible dé partager, «près un ekamèa sérieux, le doute que conservent encore beaucoup de praticiens à l'endroit de cette action anaphrodisiaque du café. Les faits qui l'établissent empiriquement sont nombreux aujourd'hui, et rien n'est ]^lus facile que d'en augmenter expérimentalement le nombre. Dsms îin bon article que j'ai déjà cité {3), M« L. Mar-
(1) Trousseau et Pidouz, Thérapeutique, t. II, p. 532.
(2) DioiÂoDnaire eneyolépédiqve des sMenoet raédioales^ artiido Anaphroéisùi^s, t IV, p. 108. 1 ^
[^) rioùvéau bictionUaii^ dé méd. et de chîr. prat., an. Ûafé, t. Vt, p! is.
«kaad vaeonte comnent il a été amené, en quelque sorte malgré lui, à admettre cette action du café. Un de ses dients, atteint d'une blennorrhagie aiguë, avait chaque nuit des érections trè9firéquentes et très-pénibles que n'avaient pu calmer aucun des moyens habituellement employés en pareil cas. Le malade vou- Ink poi^ édiapper à $% sapplice éviter le sommeil, et, pour cela, prit du café noir très^fort. Confa*airement à son attente^ il dormit mais n'eut aucune érection. Averti, M. Marchand crut devoir rengager à suspendre son café t la corde reparut la nuit; «il fallut, dit en terminant l'auteur, accepter le moyen que notis offrait le hasard, et reeonnidtre TeSét anaphrodi^aque du café. t> Des fsdts analogues se trouvent dans les thèses de MM. Macé (1) «t Ctiicou (2). Diaprés mon excdlent maître M. le D' Marlin-Damourette (3), ces fiaits seraient loin d'être rares dans la pratique.
La résistence que rencontre l'admission de cet effet du calé a pour cause la fausse appréciation de Faction générale de cet agent. Le café est un excitant général, dit-on ; donc il doit exciter et non csdmer la lonctioii génitale. Pour moi on sait déjà que je suis loin de con^dérer ce médicament comme l'analogue physiologique de ceux que l'on a coutume de ranger dans la daeae des excitants; aussi n'ai-je aucune hésitation A admettre son action antiaphrodisiaque et aucune difficulté & interpréter cette action. J'y vois la conséquence toute natur^e du rôle d'agent vaso-moteur que joue la caféine, et je ne suis pas étonné de la voir partager cette propriété de refroidir le sens génital avec toutes les sdMtances qui jouent le même t(Ae\ témoin le bromure de potassium, l'ergot de seigle, la digitale. C'est Ut un Ample effet de la décongestion sanguine de l'organe copukteur par la contraction des fibres musculaires tant des corps •caverneux que de leurs artères itfTérentes, effet auquel s'ajoute
^{rM«eit0Fan9,.lM3.
(^) Thèse de Paris, 18(9.
(3) Leçons orales médites.
sans doute un amoindrissement de l'activité séo^étoire du testi^ cule dans lequel l'afflux sanguin est diminué comme dans toutes les autres glandes.
Il est bien plus difficile de se prononcer relativement à Faction exercée par la caféine sur les fonctions génitales de la femme • les documents offrant un caractère suffisant de certitude nous font, sous ce rapport, absolument défaut.
Est-il vrai que le café rende les femmes stériles, comme on l'a prétendu? Je veux bien croire, à la rigueur, que, recevant moins de sang, les ovaires ralentissent leur sécrétion cbez les femmes qui prennent babituellement du café, chez celles surtout qui en prennent avec excès, et qu'il en puisse résulter pour elles des retards de règles. Mais admettre que la sécrétion des ovules soit absolument abolie par le fait du café, me semble pour le moins une exagération et j 'attendrai pour y croire que des faits suffisamment nombreux et rigoureusement observés soient présentés à l'appui.
En regard de cette allégation il convient de placer celle toute opposée de Zimmermann , qui, trouvant que chez les Suissesses les règles ont une fréquence et une durée plus longue que chez les femmes des autres pays, attribuait à Tusage du café cette particularité physiologique. Assez d'autres circonstances sont propres, cbez les Suissesses^ à produire le phénomène rapporté par Zimmermann, pour que nous en absolvions le café ; telle est, pour ne parler que de la principale, l'altitude élevée du pays.
On prétend qu'en Egypte et en Algérie les femmes emploient le café pour rappeler les règles supprimées; on ne nous dit malheureusement pas dans quel genre d'aménorrhée elles obtiennent de ce moyen le résultat désiré. Je suis assez disposé à croire que, comme le seigle ergoté, le café peut être utilement em* ployé à titre d'emménagogue dans certains cas ; je veux parler de ceux où le retard de règles n'a pas sa cause dans un défaut d'ovulation, mais bien dans l'insuffisance de la contraction uté-
riné à expulser le sang exsudé et pris en caillots dans la cavité de la matrice. Je doute que dans toute autre espèce d'aménorrhée il puisse rendre de réels services.
On m'a affirmé que beaucoup de sages-femmes emploient, dans Taccouchement, le café pour activer l'expulsion du fœtus, et obtiennent de ce moyen d^assez bons résultats. Ce serait encore comme stimulant de la fibre utérine qu'agirait la caféine dans ce cas. Ne connaissant absolument aucun fait relatif à cet emploi obstétrical du café, je n'en puis parler que théoriquement et d'une façon toute hypothétique; on me pardonnera donc de n'y pas insister davantage.
Résumé de Faction physiologique de la caféine.
Après avoir successivement étudié les effets de la caféine dans chacune des grandes fonctions de l'organisme, qu'il me soit permis de jeter un coup d'œil en arrière et de passer rapidement en revue ces différents effets pour les grouper, montrer les liaisons qu'ils ont entre eux et faire, en un mot, ce que j'appellerais la synthèse physioloyiqice de cet alcaloïde, si je ne craignais d'appliquer un trop grand mot à une petite chose.
Si variés que soient les phénomènes auxquels donne lieu la caféine, tous peuvent se ramener à deux seules causes, à deux seuls modes d'action : €u:tion excito-^motrice sur la fibre contractile quelle qu'elle soit^ — action modératrice du mouvement moléculaire de décomposition. Absolument inconnue dans sa nature intime, celle-ci a pour effet de diminuer les déchets organiques; elle se traduit par la moindre quantité d'urée, d'acide urique et d'acide phosphorique excrétés.
L'action excito-motrice s'exerce à des degrés divers dans tous les points de l'économie où des fibres contractiles existent. Les expériences de M. Leven nous ont montré que, pour ce qui concerne les fibres striées, ce n'est ni sur le muscle lui-même, ni sur le nerf que s'exerce cette action, mais bien sur le centre
nerveux moteur^ sur la moelle. Pour les muscles lisseSi la mèm« étoàe n^a pas été fitûte ; toutefois Taonalogie permet de» oroir» que, là aussi, l'action de la caféine porte sur les eenttes de Viïh nervation de ces muselés, c'est-» ji^re sur les ganglions du grand sympathique. J'eptends dire par là non-seulement les ganglions principaux qui se rattachent directement aux deux grands ootr dons latéro^vertébraux, mais encore tous ces agglomérats pfa» on moins considérables de cellules sympathiques que Von voit multipliés presque à L'infini dans l'organisme^ etque l'on trouve particulièrement partout où s'observant des mouvements rhythr miques, cœur (Remack), vaisseaux sanguins (Robin)^ intestins (Meissner, Auerbach), uretères et canal cholédoque (Mani).
C'est sur le système nerveox de la vie organique que s'exerce presque exclusivement l'action excito-motrice de la caféine aux doses modérées', et c'est aussi dans son ressort qu'apparaissent les premiers symptômes produits par ks doses toxiques. Les eâr fets les plus remarquables de l'excitation de ce systkne s^ohf servent dans lei appareils de la circulatiQU et de la digestion.
La caféine excite en même temps les nerfis syiBqpal;)iiq«e0 du coeur et ceux des vaisseaux.
De V excitation nerveuse cardiaque dépendent les palpitations, le caractère tumultueux et irrégulier des battements, et leur accélération, si la dose est extrême.
La gakanisatioti des vuso-moteurs a deux 6ôwé<p»ences d'm^ grande importance {dbiysiologique ;
D'une part, elle diminue F afflux $anguin dans les divers oiaganes, d'où résultent : — à la peau, la pàleor de la fiicç, le Vf^ froidissement des extrémités, la diminution de U séerétticmi sudorale ; — dans l'œil, le retrait de l'iris^ la dilatation d^ réouverture pupillaire; — du côté des centres nerveux, l'îu^chémie 42érébrale, soilt réelle» soit relative, produisai^t, s^va^t les cirr «eonstances, les effets favorables ou défavorables q^e j'ai indiqués, smr les facultés intellectuelles, et ri«chémiedu)>uU>e, d'^
paut être la dyfpnée ;— ^nfin aiiz or^an^s ^Aitaux, Tanai^lircv
J>'atttre paort, ielle augmente ta tension artérielle et donne lien ù au ralentissament, à la petitesse, à la fermeté du pouls ; — A la diorèsd et à la salivation ; — à la^éne de la circulation en retour 4 celle-ci, à son tour, a pour effet la stase sanguine dans }m Vaifies du tube digestif et particulièrement celles du rectum , la congestion hépatique, celle ^du poumon^ «et, sans doute par IHiite, la dy^née.
Vemdtation du plan musculaire digestif produit l'activité flus {^Tande de 4a d^estion^ l'anxiété épigastrique^ les nausées^ les vanûasements, les borborygmies et les évacuations alvines* l^ta rappnM>herai V excitation des fibres contractiles de la vessie^ d^où DésuUent babituellement la fréquence de La miction et^ par Mcaptioo^ au ^ioatrak», la rétention d'urine.
Les effets qui se rapportent à la gaboanisation de la moelle se bornent, si les doses sont modérées, à l'augmentation de l'acti- #iU pbyéiqiieL, aux frémissemeiAs fifarflkires etautiemhleiBiQOt consécutif; aux doses toniques, ce sont les crampes, les convulijions toniqiies, puis cloniques, enfin l'épuisement de la oontraôtîlité, la paralysie,
. J'ai omis, dus^de co«rt résumé de raction physiologique de la eàféine, de mentionner les troubles de la sensibilité ; ces troublés, d'âne médiocre importance physiologique, sont sans Intérêt pour le thérapeutiste. On se rappelle qu'ils consistent -daMdes phénomènes assez mal accusés d'hyperestésie au début -et' ML «contraire d'anesthésie à la période ultime de l'intoxication