‹ Du caféChapitre 3 sur 10 · CHIFFRES DÈS PULSATIONS · texte numérisé non relu

CHIFFRES DÈS PULSATIONS

immédialement quelques miu. 30 à 45 min.

avant l'ingest.

après.

après.

Infusion de

café noir —

270 gram.

n'a pas été pris.

Décoction de café cru . .

lO»

Citrate de caféine

1 gram.

Moyennes

Les deux moyennes qui terminent ce tableau montrent que, comme Tavait indiqué M. Jomand, le café ralentit en définitive la circulation. Mais ce ralentissement parait peu considérable, puisque la première moyenne n'est supérieure à la seconde que d'environ une pulsation et demie. La différence est bien moindre encore si l'on prend les mêmes moyennes pour les huit premières expériences seulement, dans lesquelles la préparation ingérée était une infusion de café torréfié. On trouve en effet ainsi :

Avant l'ingestion 61,75

De 30 à 45 minutes après. . . . 61,12

Ces chiffres donnent une différence (0, 63) qui dépasse à peine une demi -pulsation , quantité véritablement insignifiante et qui me porte à conclure avec M. Cellarier que le café torréfié ne change pas sensiblement la rapidité de la circulation.

Une différence plus sérieuse se remarque entre les moyennes

correspondantes des trois dernières expériences (café cru et citrate de caféine). Ces moyennes en effet sont les suivantes:

Bien que le nombre de ces dernières expériences soit insuffisant pour qu'on en puisse tirer une conclusion bien certaine, cette irrégularité dans les différences me parait digne d'attirer l'attention. Faut-il en cbercber le motif dans la destruction partielle de la caféine par la torréfaction? Ne le trouverait-on pas mieux dans cette supposition assez vraisemblable et dont il serait intéressant de demander la confirmation aux chimistes, que l'opération de l'infusion ne sépare du café qu'une partie restreinte de son alcaloïde? Peut-être faut-il croire aussi qu'au lieu de s'épuiser promptement, comme je l'ai avancé, l'action du principe aromatique au contraire persiste, lutte contre celle de la caféine et l'anéantit en partie.

Les expériences faites sur les animaux par M. Leven lui ont montré que les doses loxiques de caféine ont, sur l'activité de la circulation, une action tout opposée à celle que nous venons de voir se montrer chez l'homme sous l'influence de doses modérées. « Il faut observer, dit-il (1), que la caféine commence « par augmenter le nombre des battements du cœur dans toutes « les expériences ; ce n'est que dans la seconde phase de son « action que le cœur se ralentit par fatigue. » MM. Falk et Stuhlmann ont observé aussi l'accélération des pulsations cardiaques et leur caractère tumultueux. Voït(2)comme M. Leven, a noté d'abord l'augmentation d'activité, puis, plus tard seulement, le ralentissement du cœur.

Y a-t-il lieu d'appliquer ici cette loi formulée par M. Marey :

(1) Article cité des Archives de physiologie, 1868, p. 181.

(2} Untersuchungen uber den Eiiifliiss des Kaffees, und der Muskelbewegungen .-,uf Jea Stoffwechsel; Munich, 18G0. In-S».

Avant. .

Après. .

Différence

« la fréquence du pouls est en raison inverse de la tension artérielle. y> Y a-t-il en effet, sous l'influence de la caféine, une diminution de la pression du sang dans les artères? Nous verrons bientôt qu'il n'en est rien et qu^au contraire cette pression est augmentée. Il faut donc admettre une excitation des fibres musculaires du cœur produite par la caféine , soit directement, soit par l'intermédiaire du système nerveux. Cette augmentation de l'énergie contractile du cœur a été très-nettement constatée de visu sur la grenouille. Le professeur Albers (de Bonn) (1), a vu sur cet animal le cœur se spasmodiser, pâlir et diminuer de volume dans le même moment que des contractions convulsives se montraient dans les membres.

Chez l'homme, il suffit que la dose soit un peu élevée, sans être, à beaucoup près , toxique, pour que l'on voie apparaître des symptômes qui se rattachent à cette hypercynèse cardiaque. Telles sont les palpitations notées par la plupart des auteurs et que j'ai plusieurs fois eu l'occasion d'observer, faibles, il est vrai, sur moi-même. Telle est aussi, sans doute, cette anxiété précordiale si pénible que produisent généralement les hautes doses de café, surtout chez les sujets qui ne sont pas habitués à en prendre. L'intermittence, l'irrégularité du pouls, ont été plusieurs fois signalées. Je n'ai jamais constaté sur moi-même ces phénomènes, bien que je les aie souvent cherchés ; il est probable que la quantité de caféine que j'absorbais était insuffisante pour les produire, et d'ailleurs il semble que ce soit surtout à l'abus habituel, à l'action prolongée du café que se rattachent ces accidents (Cellarier, Collet). Ce sont là, vraisemblablement, encore des effets de cet excès d'énergie de la contraction cardiaque.

Tout muscle qui se contracte avec force et d'une façon continue ne tarde pas à se fatiguer, et cette fatigue , avant d en arriver à produire l'impuissance du muscle, se traduit d'abord

Cl) Gazette des hôpitaux, 1833, p. 197.

par l'irrégularité, Finégalité de la contraction. Il en est sans doute de même pour le cœur qui, lorsqu'il commence à se fati» guer devient irrégulier est intermittent.

Il est difficile de donner une explication bien satisfaisante de cette différence absolue entre les effets des doses toxiques et ceux des doses modérées de caféine. Comment cet agent, ici modérateur de la circulation, en est-il là le stimulant? Alléguer que les doses faibles agissent relativement plus sur les muscles vasculaires et les doses fortes sur ceux du cœur, ne serait que reculer la question sans la résoudre ou plutôt que l'énoncer dans des termes différents. Quoi qu'il en soit, cette singulière propriété n'appartient pas à la caféine seule ; le même ordre de phénomènes s'observe, et d'une manière encore bien plus tranchée avec la digitale par exemple (1).

C'est par V augmentation de la. tension du sang dans l'arbre artériel que la caféine, aux doses médicales, produit le ralentissement du pouls. Elle peut donc, sous ce rapport, être rapprochée de la digitale et du sulfate de quinine. Ici s'applique très-bien la loi citée plus haut par M. Marey. L'augmentation de la tension artérielle est un effet constant de la caféine, quelle qu'en soit d'ailleurs la dose, médicale, hygiénique ou toxique. Magendie avait déjà vu, il y a longtemps , chez un chien, le liquide de l'hémodynamomètre de Poiseuille monter de 30 à 70 degrés après l'injection dans la jugulaire de huit grammes d'infusion de café. Les expériences cardiométriques de M. Leven ont confirmé ce résultat de la manière la plus positive. Les chiffres qui, dans ces expériences, représentent la tension artérielle avant, puis après l'injection de citrate de caféine sous la peau, donnent, comme moyenne : 11,2.^ avant, et 15,30 après. Ces expériences ont été faites sur deux chiens et deux chats à chacun desquels on a injecté cinquante centigrammes de sel.

(1) Voy. Gubler, Commentaires thérapeutiques, p. 105 et 700.

L'èxpérimentation qui fournit ainsi la preuve de cet accroissement de la tension artérielle chez les animaux par les doses toxiques, peut aussi, grâce au sphygmographe, démôntrèt îin accroissement analogue chez l'homme, sous l'influence des doses médicales. On peut en juger par les tracés suivants : ils ont été tous recueillis sur ma radiale droite, dans des expériences où, à jeun , je prenais des doses variables de différentes préparations caféiques. Ces expériences répétées plusieurs fois dans les mêmes conditions, m'ont fourni un bien plus grand nombre de tracés. Plus ou moins prononcées , les modifications imprimées aux caractères du pouls étaient toujours les mêmes. Je me borne donc à donner les tracés que voici, croyant inutile de surcharger ce travail en y accumulant des faits dont l'un n'ajouterait rien à l'autre et n'apprendrait rien de plus.

Le tracé 3 a été pris à jeun immédiatement avant l'ingestion de 3S0 grammes d'infusion de café préparée avec 100 grammes de café torréfié et grammes d'eau. Le tracé 4 a été recueilli trente minutes après cette ingestion.

Ces deux tracés appai tiennent à une autre expérience; c'est encore une infusion semblable de café torréfié qui a été prise.

Le tracé 5 a été obtenu quelques minutes avant et le tracé 6 trente-cinq minutes après.

Des deux tracés de cette figure, le premier (n" 7) a été pris un instant avant l'ingestion de cinq cents grammes d'une décoction de café cru (12S grammes de café pour un litre d'eau ; ébullition jusqu'à réduction de moitié du liquide), le second (n° 8) a été recueilli quarante-cinq minutes après.

Enfin les deux tracés suivants se rattachent à une expérience dans laquelle, à jeun, cinquante centigrammes de citrate de caféine ont été absorbés, sous forme pilulaire, en une seule fois. Le tracé 9 répond au moment même où j'allais prendre le médicament; le tracé 10 a été obtenu soixante-cinq minutes après.

Chacune de ces quatre figures nous présente une différence très-marquée entre le tracé supérieur et l'inférieur. Dans ce dernier cas, la montée est moins haute et moins verticale, l'amplitude des rebondissements est plus faible, et le sommet de la pulsation moins aigu ; ce sommet devient même un plateau véritable dans le tracé 6 et surtout dans le tracé 4 ; ces caractères attestent l'augmentation de la tension dans les artères.

Ce que le sphygmo graphe indique avec une précision quasimathématique, la simple exploration tactile du pouls le faisait déjà prévoir. Percival (1), les D" Colet et Cellarier, ont signalé que, sous l'influence du café et sous celle du thé dont l'alcaloïde présente avec la caféine une analogie parfaite, probablement même une identité absolue, on trouve le pouls petit, serré^ résistant, filiforme. J'ai souvent moi-même constaté les mêmes caractères.

Deux causes concourent à produire cette augmentation de tension : V hypercynèse ventriculaire d'une part , de l'autre la contraction de la tunique musculaire du système artériel. La caféine, en effet, imprime aux fibres de cette tunique une excitation analogue à celle que nous l'avons vue produire sur les muscles de l'estomac et de l'intestin et sur le cœur. Cette contraction a pour effet de diminuer le calibre des artères ; mais il s'en faut que cette diminution porte dans une égale proportion sur le calibre de tous les vaisseaux. Très-peu prononcée sur les gros troncs, elle est considérable au contraire dans les rameaux de petit calibre, dans ces artérioles qui terminent le système à sang rouge et que souvent leur finesse fait, dans le langage habituel, confondre sous un même nom avec les capillaires vrais. C'est là le fait d'une loi générale de la contractilité artérielle, loi découverte par Hunter, en vertu de laquelle cette contractilité est de plus en plus grande à mesure qu'on observe des vaisseaux plus éloignés du cœur. L'histologie nous donne la raison de cette loi en nous montrant que l'élément contractile prend, danslastructure des artères, une place d'autant plus importante que ces vaisseaux sont de moindre volume, au rebours de l'élément élastique qui devient de plus en plus prédominant lorsque des capillaires on remonte vers l'organe central delà circulation.

Les capillaires eux-mêmes, en ne comprenant sous ce nom

(1) Remarques sui- les cfîets médicamenteux et délétères du thé vert. Dublin liospital Reports, t. II ; 1817.

que les seuls vaisseaux où la tunique moyenne n'est plus représentée même par de simples noyaux, sont-ils contractiles ? C'est là une question délicate de physiologie, bien loin encore d'être résolue définitivement, et dont la discussion m'entraînerait trop loin de mon sujet. Je me bornerai à dire que si la nature hyaline de la tunique de ces vaisseaux leur a fait refuser par un grand nombre d'auteurs la propriété contractile , d'autres au contraire n'hésitent pas à la leur attribuer. C'est ainsi que MM. Schultze, Brucke et Stricker (de Vienne) considèrent cette propriété comme inhérente au tissu même dont sont formés les capillaires [protoplasma de Stricker.)

Quoi qu'il en soit^ le résultat nécessaire de la contraction des artérioles et de celle des capillaires (si on l'admet) est d'opposer à l'écoulement du sang dans les veines un obstacle considérable. C'est en effet là ce qui a lieu sous l'influence de la caféine, comme sous celle de tous les agents vaso-moteurs.

Propulsion plus énergique du sang par la systole ventriculaire, obstacle apporté par le rétrécissement des petits vaisseaux au libre écoulement de ce liquide ; telles sont, avec la diminution de l'extensibilité des parois artérielles par le fait même de leur contraction, les causes de cette augmentation de tension que nous ont démontrée le cardiomètre et le sphygmographe.

Vischémie qui résulte de cette état de contraction des vaisseaux dans les différents points de l'organisme se traduit à la muqueuse digestive par la pâleur que nous y avons déjà signalée d'après MM. Falck et Stuhlmann ; à la peau, par la décoloration de la face que Trousseau et la plupart des auteurs ont constatée. Nous verrons, quand nous étudierons l'influence du café sur les fonctions cérébrales, que cet état de la circulation y joue un rôle de la plus grande importance. Pour ne parler ici que d'un fait, c'est évidemment à l'ischémie encéphalique qu'il faut attribuer cette tendance syncopale signalée par M. Stokes {l]

(l) Traité des maladies du cœur et de l'aorte, tradiiollon fiauç;iise du Séiiacj Paris, 1864, p. S2S. Iii-S».

sous l'influence du thé, et, sous celle du café, par MM. Colet et Cellarier, tendance dont j'ai moi-même plusieurs fois éprouvé un léger degré.

On sait qu'il existe, au moins en règle très-générale, une étroite liaison entre l'état du système vasculaire et celui de la pupille; la dilatation de celle-ci accompagne le resserrement des vaisseaux, et inversement sa contradiction a lieu quand leurs parois sont relâchées. La structure éminemment vasculaire del'iris, qui a valu à cette membrane d'être comparée à un organe érectile, donne, avec son mode d'innervation, la raison de ces rapports fonctionnels. Comme les autres agents vaso-moteurs^ la caféine dilate la pupille. Ce phénomène est très-peu prononcé, comme j'ai pu m'en convaincre en observant sur moi-même, lorsque la dose de caféine absorbée est modérée; il s'accuse, au contraire, avec force si la dose est toxique ; c'est ce qu'ont souvent observé MM. Yoït, Stuhlmann et Falck.

Il me reste à signaler ici un dernier effet de la contraction des petits vaisseaux et de l'excès de tension artérielle qui en résulte. Je veux parler de la gène de la circulation en retour. De la difficulté qu'a le ventricule à se vider dans les artères, par suite de cet excès de tension, résulte l'accumulation et une stase relative du sang dans les cavités situées en arrière de lui, c'est-à-dire dans l'oreillette et dans les grands vaisseaux veineux. Chez les animaux empoisonnés dans leurs expériences, MM. Falck et Stuhlmann trouvaient communément à l'autopsie les oreillettes distendues et gorgées de sang noir; il en était de même des gros troncs veineux du thorax et de ceux du cou. Souvent, à la surface externe de l'estomac et de l'intestin, du gros intestin surtout, ces observateurs ont trouvé de grosses veines semblablement distendues. Le foie enfin présentait constamment les caractères de la congestion veineuse : coloration rouge-brune, et issue à la coupe, par les ouvertures béantes des veines, d'une grande quantité de sang noir devenant rutilant à l'air et s'y

coagulant rapidement. Ces remarques justifient l'idée assez répandue que l'usage du café est nuisible aux hémorrhoïdaires ; elles donnent raison aussi à M. Jomand qui a constaté sur luimême, par la. percussion, l'augmentation de volume du foie sous Tinfluence de hautes doses de café répétées plusieurs jours de suite, et qui attribue à cet agent la propriété de produire la congestion de l'organe hépatique.

Action de la caféine sur la respiration et sur la calorification.

En dehors de certaines conditions pathologiques que nous aurons à étudier ailleurs, les doses modérées de caféine paraissent n'avoir sur la respiration qu'une action très-faible, et le plus souvent inappréciable. Pour mon compte personnel, je n'ai pu, dans mes expériences, constater relativement à cette fonction aucun phénomène qui fût en dehors des conditions physiologiques. Ce n'est que dans des cas d'abus considérable de café et surtout de thé que Percival et MM. Colet et Stokes ont vu se produire l'oppression, la dyspnée, l'anhélation avec accélération et irrégularité des mouvements respiratoires. Dans un cas cité par Percival, il y avait toutes les cinq ou six minutes un accès simulant l'asphyxie. Une toux convulsive habituelle était un des symptômes du cas d'intoxication chronique observé par le D' Cellarier, et dont j'ai déjà parlé.

Les doses toxiques, au contraire, ont sur la respiration une influence très-marquée et qui parait constante : les mouvements respiratoires sont considérablement accélérés. Je suis étonné de rencontrer une assertion tout opposée dans le savant article consacré par M. Sée à Y Asthme et aux Dyspnées (1). Suivant ce professeur, tandis que les doses modérées de caféine ne changeraient rien au rhythme normal de la respiration, ou même l'accéléreraient un peu, les doses considérables en produiraient

(1 ; Nouveau Dicliounairc de médecine et de chirurgie pratiques, t. III.

le ralentissement. D'accord avec M. Sée sur la première de ces propositions, je ne saurais accepter la seconde. Dans la relation si complète et si précise des expériences de MM. Stuhlmann et Falck, je trouve en eflet constamment signalées l'anhélation, l'accélération des mouvements respiratoires. De son côté^ M. Leven dit avoir vu cette fonction considérablement accélérée, et cela s'accorde très-bien avec les faits observés par M. Stokes et par Percival.

On ne saurait actuellement assigner à ces troubles de la respiration une cause bien certaine. Dépendent-ils d'une action particulière et directe de la caféine sur le centre nerveux respiratoire? Tiennent-ils à quelque modification de la circulation dans le bulbe dont l'ischémie est au moins supposable? Y a-t-illàune action réflexe provoquée par un état d'hyperesthésie de la muqueuse broncho-pulmonaire? Ces différentes hypothèses ontété, je crois, émises, mais aucune ne me parait suffisamment démontrée. Peut-être ces troubles résultent-ils tout simplement de l'état de la circulation pulmonaire que nous ont fait connaître les autopsies de MM. Stuhlmann et Falck. Au milieu d'un parenchyme blanc ou légèrement rosé, ces physiologistes ont toujours trouvé une grande abondance de vaisseaux gorgés de sang rutilant qui donnaient aux poumons, dans leur ensemble^ une couleur rouge vive. Deux ou trois fois même ils y ont vu de petits foyers hémorrhagiques. La congestion pulmonaire a été notée aussi par M. Leven. C'est là, sans doute, une congestion passive due à la gêne de la circulation en retour dans les veines pulmonaires, analogue par conséquent quant à son mécanisme à la congestion du foie dont nous avons parlé plus haut.

J'ai peu de chose à dire des troubles que présente la calorification sous l'influence de la caféine. En songeant à la contraction des petits vaisseaux^ on est porté à admettre a priori un amoindrissement de cet acte physiologique. A n'envisager que la température périphérique, cette vue de l'esprit se vérifie en eflet : le refroidissement de la peau et des extrémités a été noté

par MM. Cellarier et Lamare-Piquot sous l'influence du café à fortes doses, et M, Colet dit avoir vu le café et le thé, pris eu grandes quantités, produire un refroidissement des pieds et des mains tel que l'immersion dans l'eau chaude parvenait à peine à les réchauffer.

Si l'on mesure la température au moyen du thermomètre introduit dans le rectum ou placé sous la langue, on trouve, au lieu de cet abaissement, une élévation de 0%3 d'après le professeur Sée (1) et que j'ai tu même, sur moi, atteindre O'',o. Ces faits, qui, je me hâte de le dire, sont encore bien peu nombreux et demandent à être confirmés, semblent justifier la théorie de M. Marey sur la chaleur animale et le rôle de régulateur qu'y joue la contractilité artérielle.

MM. Stuhlmann et Falck ont vu le thermomètre introduit dans le rectum d'un lapin empoisonné par la caféine descendre de 37%5 à24°,0. Mais cette décroissance considérable de la température ne s'est produite qu'à la période ultime, alors que l'animal était près de succomber.

Action de la caféine sur le système nerveux et sur Fappareil

musculaire.

L'action exercée par l'infusion de café torréfié sur le système nerveux, telle qu'elle se produit dans les conditions hygiéniques où cette liqueur est habituellement prise, est celle que les auteurs ont le plus remarquée. En dehors même du monde médical, chacun connaît depuis longtemps cette propriété qu'a la fève d'Yémen, comme disent les poëtes, d'exciter la pensée, de rendre plus vive l'imagination, plus facile et plus alerte le travail de l'esprit, heureuse propriété qui ajustement valu au café tant de reconnaissante affection parmi les ouvriers de l'intelligence. Je n'aurais que faire de venir, après que le langage si

(l) AvHçle cité du Nouveau Dictionnaire de méd. et de chir. prat., t. III.

pittoresque de Trousseau en a tracé la vive peinture, décrire cet éveil du cerveau, cet état spasmodique et vaporeux, cette mobilité qu'il produit sur les tempéraments nerveux que n'a pas blasés Thabitude (1).

L'insomnie n'est pas un effet moins connu du café; je me bornerai à rappeler que cette insomnie ne se produit guère que chez les gens non accoutumés, ou chez ceux qui, habitués à prendre le café le matin, cm prennent accidentellement le soir et en plus grande quantité. J'ajouterai, avec Trousseau, qu'elle a pour caractère remarquable de n'être pas pénible, accablante comme celle que produisent certains états morbides ou quelques autres agents de la thérapeutique, l'alcool par exemple, dans certains cas, le tabac, et l'opium lui-même chez quelques sujets.

On a attribué au café la propriété de rendre « les sens plus sagaces et d'un fonctionnement plus précis » (2), le D' Jomand a remarqué que, sous son influence, sa susceptibilité pour les odeurs était augmentée. Bien que cet efiet ne se soit jamais produit chez moi d'une manière appréciable, il est attesté par des observerteurs dont la parole a trop de poids pour que je songe à le révoquer en doute ; du reste il s'accorde bien avec les phénomènes d'excitation cérébrale qui viennent d'être indiqués.

J,'ai prononcé le mot excitation cérébrale ; une telle excitation existe-t-elle réellement ? Y a-t-il dans ces effets de la caféin»; la. fait d'une stimulation véritable et directe par cet agent d© l'élément nerveux, et doit-on admettre ici une modification dynamique de la cellule où s'élabore la pensée ? Cette interprétattion. parait avoir été celle de Londe et de Nysten; c'était celles adoptée par Trousseau. Elle n'est plus guère admise aujourd'hui. Bien qu'une action de ce genre paraisse s'exercer sur les

(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, t. II, p. 530,

(2) Fonssagrives, Hygiène alimentaire, p. 49. — Trousseau et Pidoux, Traité d« thécapeutique, t. U, p. 531.

nerfs du mouvement, comme nous le verrons plus loin, je rejette aussi cette manière de voir. Si ces effets étaient ceux d'une excitation particulière des centres nerveux, cette excitation devrait se montrer dans tous les cas où de la caféine a été absorbée, et, dans tous les cas, se traduire par des phénomènes identiques. Or il est loin d'en être ainsi. Cette heureuse influence du café, sur laquelle les auteurs se sont étendus avec complaisance, ne s'observe en effet que lorsqu'elle est préparée, en quelque sorte, par un état opposé ; ainsi, lorsque le café est pris pendant l'engourdissement qui accompagne la digestion et celui que produit l'alcool, ou quand le travail intellectuel trop prolongé, une inclinaison trop assidue du front vers le livre ou le bureau a amené un certain degré de congestion de l'encéphale. Mais si la caféine est prise dans des conditions opposées, à jeun particulièrement, si surtout on force un peu la dose pour en exagérer Feffet et le rendre plus sensible, la scène est bien différente. Au lieu de cette brillante excitation des facultés psychiques^ c'est de la paresse, une sorte d'indolence de la pensée qu'on observe. J'ai souvent constaté sur moi-même cette action du café qu'avait indiquée déjà le Lamare-Piquot. Ce n'est pas de l'assoupissement ni de la somnolence, c'est une sorte de vague de Tesprit, une difficulté de l'inteUigence à se fixer sur une idée, à s'appliquer. Cet état des facultés intellectuelles s'accompagne toujours d'une sensation de vide dans la tète et souvent d'une légère céphalalgie. Celle-ci est signalée dans la thèse de M. Jomand et je l'ai observée toutes les fois que je me plaçais sous l'influence d'une dose un peu forte de caféine. Elle est d'ailleurs trèslégère et je ne l'ai jamais vue durer que de quinze à vingt-cinq minutes. Chez moi elle siégeait toujours dans la région susorbitraire gauche.

L'hypothèse d'une stimulation directe de l'élément nerveux par la caféine ne saurait évidemment expliquer cette opposition que nous constatons entre les effets de cet alcaloïde suivant les conditions où il est absorbé. Son action vaso-motrice, au con-

traii'e, nous en donne très-bien la raison. Le travail de la digestion et, l'action de l'alcool, en relâchant le plan musculaire des vaisseaux, produisent une augmentation de l'activité circulatoire, d'où résulte l'hyperémie du cerveau ; celle-ci à son tour a pour effet l'engourdissement, la torpeur de la pensée. Vienne le café provoquer la contraction vasculaire^ l'afflux sanguin sera ramené dans l'encéphale à son taux normal, et les fonctions intellectuelles s'exerceront dans toute leur liberté. Pris au contraire en dehors de toute condition excito-vasculaire, le café trouvant dans l'organe de la piaisée l'irrigation sanguine au degré normal, la fait descendre au-dessous de ce degré. Or l'exagération et l'amoindrissement du degré normal d'injection sanguine du cerveau sont également préjudiciables à ses fonctions et particulièrement à la principale d'entre elles, l'action de penser. C'est ainsi que mon excellent ami le D' Bordier a pu dire avec raison du délire : « Ce trouble peut tenir à l'hyperémie « aussi bien qu'à l'ischémie, toutes deux également distantes, <( l'une au delà, l'autre en deçà du degré normal, seul eliicace «au point de vue de la fonction» (1). Aussi voyons-nous la torpeur intellectuelle que produit la caféine très-bien dissipée par les agents qui relâchent les vaisseaux, tels que l'alcool, de même que le café éveillait l'intelligence assoupie par les fumées du vin et l'état congestif qui suit le repas.

En même temps que se produisent dans les fonctions intellectuelles les effets qui viennent d'être étudiés,- apparaissent de remarquables phénomènes du côté de l'appareil musculaire. Dans les conditions hygiéniques habituelles, cet appareil ne montre guère, sous l'influence du café, que les symptômes d'une excitation légère et bienfaisante : aptitude plus grande au mouvement, activité physique en rapport avec l'activité intellectuelle. Mais, dans les conditions contraires que nous avons supposées,

■1 Dns Nerfs Viiso-nioluurs giiiigliuiiiiiiifcs. Tlioi^c de Fui'isj 18()8, p. (id. I8d)j. — iMé|)lHiii. y,

les phénomènes son! ceux d'une stimulation exagérée, et, ils m'ont paru d'HuUuit plus sensibles que cette stimulation factice est moins utilisée par l'exercice. Ce sont des frémissements mmculaires, des spasmes fibrillaires et erratiques, mais affectant^ du moins chez moi, une prédilection marquée pour les muscles du mollet et pour les llécliisseurs des doigts. A la main il en résulte une incoordination des mouvements que l'on peut trèsbien comparer à un état choréique léger. Je l'ai vue plusieurs fois chez moi rendre l'écriture moins facile et lui donner un degré insolite d'iri égularité.

H ne faut pas confondre ces frémisst;ments, phénomène primitif résultant d'une excitation de lafdDre contractile et qu'accompagne plutôt une augmentation qu'une diminution de force dans l'acte musculaire, avec le ^re?nô/eme«/, phénomène secondaire qui apparaît quelques he'ures après et que distinguent la régularité dans l'agitation et l'état concomitant d'aflaiblissement. La cause de ce tremblement est la fatigue produite par l'excitation spasmodique de la libre. Cette distinction entre le frémissement fibrillaire et le tremblement est bien établi dans la thèse de M. Jomand, il est facile d'en constater expérimentalement la différence.

Le sphygmographe m'a fait voir que la fatigue arrive dans la fibre lisse des vaisseaux comme dans les fibres striées des membres. Dans la période de tremblement, en effet, la fatigue vasculaire se traduit par la rapidité plus grande du pouls et parla diminution de la tension artérielle qui devient plus faible, non-seulement que pendant la période de frémissement musculaire, mais même qu'à l'état normal et avant l'injection de la caféine. C'est là un de ces phénomènes de réaction auxquels donnent lieu tous les agents vaso-moteurs, le froid par exemple.

La caféine parait exercer sur les fonctions de la sensibilité une influence moindre que sur celles du mouvement et de l'intelligence» Ce n'est en effet que quand les doses deviennent excès-

sives que ces troubles se produisent^, et peu de médecins ont eU occasion de les observer. Le D' Colet cependant a vu, sous l'influence d'un abus quotidien de thé ou de café, apparaître des lourmillenients du cuir chevelu, des troubles de la vue, de l'anesthésie. Ces phénomènes s'ajoutaient à de graves désordres de l'intelligence, des fonctions de nutrition et du» mouvement. Ainsi, dans quelques cas, l'intoxication était prononcée au point de produire la syncope et les convulsions.

Les doses fortement toxiques de caféine employées dans les expériences sur les animaux paraissent paralyser la sensibilité, mais secondairement et après l'avoir d'abord exaltée. Si en eifet, MM. Stuhlmann et Falck ont, à la période ultime, constaté l'anesthésie cutanée sur tout le corps, la tète seule exceptée, ils ont souvent vu, avant celte période, les animaux témoigner en se grattant vivement, de démangeaisons à la peau, et en poussant des cris plaintifs de douleurs dont le siège n'a pu être précisé. Entîn, ces animaux cherchaient les coins obcurs, comme si leur rétine était douloureusement impressionnée par la lumière.

Mais de tous les désordres causés par ces doses de caféine, les plus remarquables sont ceux dont l'appareil locomoteur est le théâtre. Aussi est-ce par ceux-là mêmes qu'elle se caractérise toxicologiquement : La caféine est un poison tétanisant; elle ne tue pas, il est vrai, dans le tétanos, mais pendant le relâchement musculaire qui suit cet état ; c'est là ce qu'ont bien démontré les recherches expérimentales de Voït et d'Albers de Bonn), celles de M. Leven et celles surtout si souvent invoquées dans ce travail de MM. Fàlck et Stuhlmann.

La toxicologie de la caféine ne devant m'occuper ici qu'autant qu'elle fournit au thérapeutiste des notions physiologiques dont il puisse tirer partie je n'entrerai pas dans le détail de ces intéressantes recherches ; renvoyant le lecteur curieux de ce genre d'étudeaux mémoires des auteurs que j'ai cités toutà l'heure [i),

{l) Albers(de Bonn), Gazolli; (Ip.s hôpitaux, avril 1853. — Voit, lintersuchuiigen

je me bornerai à résunier sommairement les laits principaux qui en ressortent.

Les animaux empoisonnés par la caféine sont presque aussitôt pris d'un tremblement intense qui accompagne les troubles indiqués plus haut des fonctions circulatoire, digestive, et respiratoire. Bientôt ce tremblement fait place à des convulsions toniques qui, lorsque la dose du poison est considérable, peuvent apparaître d'emblée. Les membres se roidissent énergiquement ; les postérieurs sont étendus suivant l'axe du tronc, les antérieurs sont ramenés en arrière vers le côtés du thorax, de telle sorte que, malgré un degré prononcé d'opisthotonos, le menton des animaux porte quelquefois sur le sol. Cet état de contracture est plus violent au train postérieur qu'à l'antérieur; il est assez prononcé encore dans celui-ci cependant pour qu'on puisse, comme je me suis amusé à le faire, tenir une grenouille empoisonnée suspendue un instant sur une baguette passée sous ses membres thoraciques.

Au bout d'un temps qui varie de quelques secondes à deux ou trois minutes, la roideur tétanique cesse et le relâchement musculaire lui succède . Le plus souvent, surtout chez les mammifères, la transition entre ces deux états opposés est marquée par quelques secousses cloniques. M. Leven a fait, avec raison, remarquer que ce relcichement n'est pas une paralysie vraie; la contractilité n'est pas abolie pendant qu'on l'observe, elle est seulement au repos absolu. La preuve en est dans la facilité très-grande avec laquelle le moindre attouchement réveille l'état tétanique. Cet effet de l'intoxication caféique est des plus faciles à constater, sur la grenouille par exemple. C'est lui qu'indiquait Voït en disant que la caféine a la propriété d'augmenter la disposition aux mouvements réflexes, mot fort juste, et qui indique un rapprochement très-légitime à faire entre la caféine et la strychnine.

nbor don Einfluss dos Koclisalzoï^, dos KiilVeos, olo. ; Munioli, 1860. Iii-S". — Lovcii. Archives physiologie normale oL pathologi(iuo, 1868, p. 17!).— Sluhlmann et Falck. V'irchow's Arcliiv, 18o7, p. 324 et 481.

En dehors de toute excitation extérieure cet état de repos des muscles ne dure qu'un instant, et l'on voit bientôt réapparaître le inême ensemble de phénomènes se produisant dans le même ordre : convulsions toniques habituellement suivies de quelques secousses cloniques, puis de nouveau relâchement musculaire. A moins que la dose n'ait été considérable, la iïiort n'arrive qu'après un certain nombre de semblables attaques ; à mesure que celles-ci se multiplient, la fausse paralysie qui sépare les accès convulsifs tend de plus en plus à devenir une paralysie véritable et, quand le moment approche où l'animal doit succomber, il devient très-difficile, souvent même impossible de provoquer cette action réflexe que nous avons vue si facile à produire au début, MM, Stuhlmann etFalck sont donc au moins bien près de la vérité quand ils disent que les animaux meurent paralysés.

Les autopsies rapportées par ces deux physiologistes ne nous apprennent pas grand'chose relativement à la manière dont la caféine produit le tétanos et la mort. Ils ont trouvé les méninges cérébrales et rachidiennes dans un état très-variable d'injection sanguine; tantôt cette injection était au degré normal; tantôt elle était augmentée ou au contraire diminuée, La substance nerveuse au contraire tant du cerveau que de la moelle « n'était jamais hyperémiée , mais modérément pourvue de sang dans tous les cas; on peut dire même tout à fait anémiée ». Suivant ces deux auteurs, la caféine iaepar paralysie, en «brisant la force nerveuse ». Pour M. Leven c'est en irritant la moelle et le cerveau qu'elle cause la mort. Malgré leur apparente contradiction, il n'est pas difficile de mettre ces deux théories d'accord ; on peut en effet les réunir dans une seule proposition et dire : c'est par le fait d'une excitation primitive trop violente que, secondairement, la caféine brise la force nerveuse et produit la paralysie.

(JupI est le mécanisme de l'état tétanique? M. Leven me pa-

ralt avoir seul cherché à rt^soudre cette question. Ayant détiniit le tiers inférieur de la moelle chez une grenouille, et par.alysé ainsi le train postérieur dont la circulation restait d'ailleurs intacte, il a vu la caféine produire l'opisthotonos et le tétanos du train antérieur, mais n'influencer en rien les membres abdominaux. Le même expérimentateur a observé que, si l'on détruit la moelle d'une grenouille préalablement tétanisée par lu caféine, on fait immédiatement cesser l'état tétanique. 11 en conclut, avec raison sans doute, que c'est dans la moëlle et non dans le nerf ou dans le muscle qu'est le principe de cette convulsion. Mais comment la caféine ag-it-elle sur la moelle? Est-ce simplement en y diminuant l'afflux du sang rouge? Est-ce par l'état de gêne de la circulation en retour, en y augmentant la proportion du sang veineux? Ou bien cet alcaloïde a-t-il sur l'élément nerveux médullaire une action dynamique spéciale et directe? M. Leven ne craint pas de se prononcer affirmativement dans ce dernier sens. Pour moi, loin de nier cette action dynamique, je penche au contraire à l'admettre, mais à titre seulement d'hypothèse ; car, ne trouvant dans le tra^'ail de M. Leven lui-même absolument aucune preuve à l'appui, je crois devoir à ce sujet réserver mon jugement.

Action de la caféine sur les sécrétions et en particulier sur la

sécrétion urinaire.

Les doses modérées de caféine n'ont, sur la fonction de la plupart des glandes qu'une action peu sensible. Quant aux doses toxiques, on peut dire d'une manière générale qu'elles augmentent la quantité des produits de sécrétions.

Salive et sécrétion intestinale. — Je ne veux pas revenir ici sur la salivation ni sur le flux intestinal que MM. Stuhlmann «t Falclt ont observé chez les animaux empoisonnés par eux. On se rappelle que ces deux hypercrinies, au moins douteuses

lorsque la dose de caféine n'est pas considérable, ne s'accusent nettement que sous l'intluence de doses toxiques, et qu'elles doivent, selon moi, être attribuées à l'excès de tension artérielle.

Sécrétion biliaire. — D'après Lehmann, la caféine augmenterait la sécrétion de la liile et suivant Liebig s'éliminerait en partie par cette sécrétion en concourant à constituer la taurine. Faut-il établir un rapprochement entre cette opinion de Lehmann et la congestion hépatique observée par M. Jomand pendant la vie, et par MM. Stuhlmann et Falck à l'autopsie? Nous ne savons rien de positif à cet égard.

Sueur. — 11 est assez généralement admis que le café diminue la transpiration; j'ai lieu aussi de conclure de mes observations personnelles que l'action primitive et principale de la caféine sur les glandes sudoripares est d'en modérer la sécrétion. La cause en est sans doute dans la diminution de l'apport sanguin à ces glandes par les capillaires contractés. Plusieurs auteurs cependant, avec M. Cellaricr, attribuent au caféjme action diaphorétique. Cela tient sans doute soit à ce qu'ils ont surtoiit remarqué l'effet passager de la caféone et de la chaleur de l'infusion, soit à ce que, dans les cas observés par eux^ l'action secondaire ou réactionnelle de la caféine qui se résume dans la fatigue et le relâchement des vaisseaux, était assez prononcée pour donner lieu à la diaphorèse. Bien que ce dernier phénomène m'ait paru n'être pas habituel, je crois cependant qu'il peut se produire.

Sécrétion urinaire. — L'action de la caféine sur la sécrétion de l'urine et sur son excrétion a plus d'importance et mérite de nous arrêter davantage. Comme tous les agents qui augmentent la tension artérielle cet alcaloïde est diurétique. On s'accorde p,cnéralement à reconnaître au café la propriété d'augmenter la production de l'urine, et cette propriété a été plusieurs fois dé-

ïîiontrée l'igoureusemenl par des observations pondérales. Celles de M. Jomand donnent, il est vrai, un résultat opposé ; niais les conditions dans lesquelles il s'était placé pour expérimenter sont tellement différentes des conditions ordinaires et normales qu'on ne saurait, relativement à la question qui nous occupe, porter un jugement général basé sur les faits qu'il rapporte.

Cette diurèse toutefois n'est pas aussi considérable qu'on serait tenté de se l'imaginer. Dans une série d'expériences faites sur la môme personne Bœcker (1) a constaté que la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures était en moyenne de 1364 grammes les jours où elle ne prenait pas de café et de 1733 grammes les jours où elle en prenait. La différence, on le voit, n'est pas très-considérable, car elle dépasse à peine le quart du chiffre inférieur. Dans mes expériences personnelles, la quantité d'urine n'a pu être relevée exactement ; il m'a semblé toutefois tpi'elle n'était pas considérablement augmentée et qu'elle l'était davantage par les préparations aqueuses de café (infusion de café torréfié et décoction de café cru) que par le citrate de caféine. C'était là un fait aisé à prévoir, car il en est ainsi avec tous les médicaments qui produisent la diurèse par le même mécanisme, c'est-à-dire en augmentant la tension artérielle, la digitale par exemple.

Ce qui m'a surtout frappé dans mes expériences, c'est bien moins l'abondance de l'urine que la fréquence du besoin de l'émettre. Peut-être en attachant, comme on l'a fait, une certaine importance à l'action diurétique du café, a-t-on tenu trop de compte du nombre des mictions et pas assez de l'abondance de chacune d'elles. Ce besoin presque continuel de pisser me semble prouver que la tunique musculaire de la vessie est, comme celle de l'intestin et de l'estomac, vivement stimulée et dans un état de contraction presque permanent. Dans les expériences de MM. Falck et Stuhlmann les déjections alvines ont été

(1) Beitrage zor Heilkiindo, I. I, p. 188 ; 1849.

plusieurs l'ois accompagnées d'émission (Furine, et le plus souvent, ces observateurs trouvaient, à l'autopsie, la vessie vide et contractée et sa muqueuse pàle, exsangue et ridée. Toutrécemment mon excellent ami le D'' Laféron m'a parlé de trois malades observés, je crois, par M. le professeur Yerneuil, et che2 lesquels des rétentions graves d'urine auraient eu manifestement pour cause l'usage du café. Ces trois faits constituent certainement des exceptions bien rares. Cependant, quand bien même ils se présenteraient sans la haute garantie d'authenticité que leur donne le nom du savant chirurgien de Lariboisière, ils ne seraient pas inadmissibles. Il faut supposer que chez ces malades, contrairement à ce qu'il est ordinaire d'observer, les fibres du col vésical ont été bien plus énergiquement spasmodisées que celles du fond et du corps du réservoir urinaire, cl cela en vertu d'une de ces causes prédisposantes que nous no pouvons, quant à présent, apprécier, et que nous sommes obligés de réserver en les décorant du titre provisoire d'idiosjpicrasies.

Mais ce n'est pas seulement la quantité de l'urine et son excrétion que modifie la caféine^ c'est encore sa qualité, sa composition, et cette dernière modification n'est sans doute pas la moins importante. Le café diminue la sécrétion de l'urée, de l'acide urique et de l'acide phosphorique. Dans la série d'expériences dont j'ai parlé plus haut, Bœcker a trouvé les moyennes suivantes qui sont très-significatives :

Jours où le sujet Jours où le sujet ne prenait pas prenait de café. du café.

Quantité d'urine en 24 lieuves. 1,364 gram. 1,733 gram.

Urée 22 — 12 -

Acide urique 0,578 0,402

Acide phosphorique 1,29] 0,8!îl

Ces chiffres nous montrent que l'action de la caféine sur la sécrétion rénale a pour effet d'augmenter la quantité d'eau de

l'ui'ine ei) eu climinuant les parties solides, notamment Turée. Depuis quelque temps déjà on avait remarqué que le café rend les urines claires et limpides en même temps qu'il en augmente la quantité. Les expériences de Bœcker ont été confirmés depuis p&T celles de Lehmann, Frœlich, Lichtenfels, Voit et Schulze (de Breslau). Il parait donc aujourd'hui bien démontré que le café diminue les déchets organiques, qu'il ralentit le mouvement moléculaire de décomposition des tissus. On connaît le parti que tire l'hygiène de ce fait (alimentation des mineurs, des caravanes arabes et des troupes françaises en Algérie, etc.). Nous verrons que sa connaissance n'est pas non ^dIus sans importance pour le thérapeutiste.

Action de la caféine sur les fonctions génitales.

« De toutes les modifications organiques par lesquelles s'est révélée chez nous l'action du café, dit Trousseau (1), une des moins douteuses et des plus prononcées que nous avions déjA pu constater dans d'autres circonstances, c'est celle qu'il exerce sur le sens génital pour en affaiblir l'énergie. 11 n'est pas à notre connaissance à' anaphrodisiaque capable de réduire à une impuissance plus absolue.» Peut-être faut-il n'accepter qu'avec quelque réserve la dernière phrase de cette citation et y soupçonner une de ces exagérations qui échappaient parfois au brillant professeur qui l'a écrite. Néanmoins je crois avec M. Fonssag'rives (2), qu'il est impossible de partager, après un examen sérieux, le doute que conservent encore beaucoup de praticiens à l'endroit de cette action anaphrodisiaque du café. Les faits qui l'établissent empiriquement sont nombreux aujourd'hui, et rien n'est plus facile que d'en augmenter expérimentalement le nombre. Dans un bon article que j'ai déjà cité (3), M. L. Mar-

(1) Trousseau et Pidoux, Thérapeutique, t. II, p.

(3) Diolioiinairo encyclopédique des sciences médicales, article Anaphrodisiaque^.

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