‹ Du caféChapitre 6 sur 10 · SI · texte numérisé non relu

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peu! être la dyspnée; — enliii aux organes génitaux, l'anaphrodisie.

D'autre part, elle augmente la tejision artérielle et donne lieu ainsi au ralentissement, à la petitesse, à la fermeté du pouls ; — à la diurèse et à la salivation ; — à la gène de la circulation en retour ; celle-ci, à son tour, a pour effet la stase sanguine dans les veines du tube digestif et particulièrement celles du rectum, la congestion hépatique, celle du poumon, et, sans doute par suite, la dyspnée.

Vexcitatmi du plan mmculaire digestif produit l'activité plus grande de la digestion, l'anxiété épigastrique, les nausées, les vomissements, les borborygmes et les évacuations alvines. •l'en rapprocherai V excitation des fibres contractiles de la vessie^ d'qù résultent habituellement la fréquence de la miction et, par exception^ au contraire, la rétention d'urine.

Les effets qui se rapportent à la galvanisation de la moelle se bornent, si les doses sont modérées, A. l'augmentation de l'activité physique, aux frémissements fibrillaires et au tremblemeni consécutif; aux doses toniques, ce sont les crampes, les convulsions toniques, puis cloniques, enfin l'épuisement de la contractilité, la paralysie.

.l'ai omis, dans ce court résumé de Faction physiologique de la caféine, de mentionner les troubles de la sensibilité ; ces troubles, d'une médiocre importance physiologique, sont sans intérêt pour le thérapeu liste. On se rappelle qu'ils consistent dans des phénomènes assez mal accusés d'hyperestésie au début et au contraire d'anesthésie à la période ultime de l'intoxication caféique.

Il me reste, pour compléter cette étude physiologique des préparations de café, à ajouter quelques mots relatifr, au café cru. Les effets de celui-ci sont assex difl'érents de ceux du c.dé

toi-réfié, ce qu'expliquent assez bien l'absence du principe aromatique et la présence du tannin. Sauf de légères nuances dues à ce dernier principe, ils sont identiques tt ceux de la caféine, que nous venons d'étudier. Dans mes expériences, il m'a semblé que la décoction de café cru avait une action nauséeuse plus prononcée que Tinfusion de café noir ou le citrate de caféine, mais j'ai tout lieu de croire que cet effet est dû uniquement au goût fade et à l'odeur désagréable de ce liquide, goût et odeur qui rappellent assez exactement ceux de l'eau dans laquelle on a fait cuire des lentilles. En se reportant aux tracés 7 et 8, on peut voir, par l'augmentation de tension qu'indique le derniei', que l'action du café cru sur les vaso-moteurs est assez énergique. Enfin la diurèse m'a paru plus énergiquement produite par celte préparation que par les autres préparations caféiques que j'ai expérimentées, ce qui tient sans doute à la synergie d'action de la caféine et de l'acide cafétannique.

IlNDlCATIONS THÉRAPEUTIQUES DU CAFÉ ET DE LA CAFÉINE

Bien qu'il soit rarement employé comme médicament, le café est peut-être l'un des agents dont l'emploi ait élé préconisé contre les états morbides les plus variés, iNous allons parcourir les trop nombreuses indications que l'on trouve consignées, généralement avec assez de désordre, dans les livres de thérapeuti([iie et dans les recueils périodiques de médecine. Les no tions physiologiques qui nous sont maintenant acquises sur l'agent qui fait l'objet de cette étude m'aideront à mettre quelque ordre dans ce pêle-mêle. Autant que possible je ne m'arrêterai qu'à celles de ces indications qu'appuient la sanction d'une observation sérieuse et vraiment scientifique, ou celle d'un rationalisme physiologique rigoureux.

l. Du café comme sédatif de la circulation.

i'arson action sur les vaso-moteurs, le cale, comme la digital

et coQiine la quinine, est un sédatif de la circulation. X ce titre, il donne lieu à des applications très-variées et pins ou moins légitimes, jouant ici le rôle de décongestionnant et d'antiphlogistique^ là celui d'antipyrétique, ailleurs celui de tonique général. Nous allons passer en revue ces indications diverses.

Rhumatisme. — Le professeur Grindel (de l'Université de Dorpat) (1) , l'un des médecins sans doute qui ont le plus employé le café à titre de médicament, rapporte plusieurs cas d'aifections rhumatismales dont il a obtenu la guérison au moyen de cet agent. Dans sa thèse inaugurale (2), le Metfre prétend que Feste (de Marseille) obtint par le café la cessation des douleurs chez une dame atteinte de rhumatisme articulaire. M. Marchand enfin (3) a observé un rhumatisant qui, lassé des boissons 'qu'on lui avait prescrites, s'imagina de prendre du café léger en tisane ; il se sentit soulagé, la douleur diminua, et le mieux commença avec cette médication. — Tous les agents vaso-moteurs, par la décongestion qu'ils amènent dans les articulalions malades, en même temps que par leur action antipyrétique, ont une influence favorable sur le rhumatisme articulaire. 11 en est ainsi de la digitale, du bromure de potassium et surtout du sulfate de quinine ; ainsi, sans doute aussi, en est-il de la caféine. l..e rapprochement établi par (irindel entre le café et le quinquina est donc parfaitement légitime. Ce médecin n'a fait qu'exagérer les vertus du premier en s'ell'oj çant à tort de l'égaler au second. iJans le rhumatisme en particulier, il serait certainement absurde de renoncer à la quinine pour le succédané (le (irindel; toutefois je serais assez disposé à accepter dans cette aHéction l'usage de la tisane imaginée par le malade de M. Marchand, l'infusion très-légère de café.

OphtJialmies. — On a vanté autrefois le café en applications

(1) Bibliothèque médicale, 1810, 1. XXX, p. !)0, cl 1811, l. XXXII, p. MG.

(2) Paris, 1820.

(3) Article Café du Nouveau Diclionnairo de méd. et do cliir. prat., t. Vi. 1808. - Mépiaiii. .j

topiques on fumigations clans les ophthalmies (1). Ignorant absolument de quelle nature étaient les ophthalmies dont on prétend avoir ainsi obtenu la guérison, je ne saurais apprécier cette médication, complètement abandonnée d'ailleurs aujourd'hui.

Névralgies congestives. — Parmi les névroses douloureuses, il en est un grand nombre qui ont pour caractère commun d'être calmées par le froid, de s'exaspérer par la chaleur et, par suite, de présenter des rémittences diurnes opposées à des exacerbations nocturnes. Leur cause à toutes est dans un état de congestion de la branche nerveuse, sur le trajet de laquelle existe la douleur. Ces névralgies sont, on le sait, très-bien calmées par le sulfate de quinine ; elles l'ont été dans quelques cas par le café.

Migraine. — La nature et le siège de la migraine ont été, depuis longtemps, l'objet de théories nombreuses et souvent fort opposées; aujourd'hui on s'accorde assez généralement à considérer cette maladie comme une névrose vaso-motrice portant sur les filets qui animent les fibres contractiles de la carotide et de ses ramifications; toutefois, la place reste encore pour le doute et pour les dissidences dans la nature de cette névrose et dans le siège qu'il faut attribuer aux phénomènes douloureux qui la caractérisent cliniquement. Pour moi, dont l'attention a trop souvent été appelée sur la migraine par la visite de cet hôte incommode, je m'étais depuis assez longtemps arrêté à une interprétation moins complète il est vrai, mais très-analogue à celle que j'ai trouvée développée dans un article récemment publié par M. Mœllendorf (2). La migraine, suivant ce médecin, consiste en un défaut d'énergie de. l'action des nerfs

,1; Aniali (de Naplcs), cité par Mérat et De Lens, Dioliomiaire de matière raédi-

rale, article Coffea, II. j , ,.c

(2j Virohow's Arcliiv, 20 janvier 1868, et Gazette iiebdoniadairc, ibbS, p. ado.

qui règlent la circulatiou dans l'acbre carotidien. L'effet de ce défaut de tonicité musculaire est la dilatation des capillaires, et par conséquent raccumulation du sang dans la partie de l'encéphale où se distribue la carotide. 11 en résulte pour les nerfs qui sortent par la base du crâne, à la fois une excitation centrale et une compression. A l'excitation se rapportent l'hyperesthésie de la vue, de l'ouïe, de l'odorat; la sensibilité excessive des téguments crâniens est le fait de l'excitation du trijumeau ; les nausées et les vomissements traduisent l'excitation du giossopharyngien et du pneumogastrique. La compression des hémisphères et celle surtout des nerfs qui sortent au-dessus de la tente cérébelleuse, a pour effet les troubles de la vision, la paresse des mouvements du globe oculaire, la pesanteur de la paupière supérieure et les diverses sensations perçues dans le domaine de la distribution nerveuse du trijumeau. Quant à la cause même de cet état tluxionnaire des artères, l'auteur pense qu'elle est due à une excitation passagère des fibres sympathiques, excitation suivie nécessairement d'une perte d'énergie d'une durée plus longue.

Cette théorie me parait rendre un compte exact et complet des phénomènes par lesquels se caractérise la forme la plus commune de la migraine ; mais je crois qu'il existe une autre forme de cette maladie, tout opposée à celle-ci, en ce sens que c'est la période de contraction vasculaire, période essentiellement passagère et fugace dans l'interprétation de MœllendorJ', qui devient,, dans cette autre forme, la période principale et dominante. Hyperémique dans le plus grand nombre des cas, la migraine est donc aussi quelquefois ischémique ; c'est cette dernière forme que l'on observe chez les chlorotiques, chez les sujets anémiés et nerveux ; c'est elle que parait avoir observée, surtout Du Boys-Reymond (1), et qu'a bien décrite le professeur Sée dans le chapitre qu'il a consacré aux troubles nerveux

;i) Virehow's Ai'cliiv ISbO.

produits par l'anémie (1). C'est dans les muscles de la face et du crâne, particulièrement dans l'occipito-frontal;, que ce ])ro-l'esseur localise la douleur de la migraine. Cette assertion me parait loin d'être suffisamment démontrée.

Il est aisé de comprendre que le même traitement ne saurait convenir à deux formes si opposées de la même maladie. 11 en est^ sous ce rapport, de la migraine comme des névralgies, et je crois que Trousseau exagérait les chances de guérison qu'oil're le cale quand il disait : «L'empirisme domestique fait mieux que la science la plus sévère, et le café est en possession de guérir presque tous les maux de tête, ceux au moins qui sont idiopathiques.» Nuisible dans la migraine anémique, dont l'opium et le repos au lit calment à merveille les douleurs, la caféine convient au contraire parfaitement, de môme que la quinine, dans la forme congestive, que caractérisent la rougeur de la conjonctive et le larmoiement, l'enfoncement du globe oculaire, le rétrécissement de la pupille et la propriété d'être modérée par le froid et la position assise, exaspérée par la position horizontale et la chaleur de l'oreiller.

Peu importe d'ailleurs la forme sous laquelle on donnera la caféine; communément c'est l'infusion de café noir que l'on emploie ; n'était le prix élevé de ce sel et sa rareté dans le commerce, je lui préférerais le citrate de caféine, qu'ont préconisé Hannon et Eulenburg. On en donne de 25 centigrammes à 2 grammes, ou même 4 grammes (Hannon). Dans sa thèse, que je regrette de n'avoir pu me procurer (2), le Landarrabilco, cité par M. Marchand, rapporte trois guérisons définitives dues à l'emploi du café cru, et c'est cette forme à laquelle il donne la préférence. Rappelons que le Paullinia h'ournier, auquel la réclame a fait une réputation certainement exagérée, n'est autre chose qu'une substance f\ caféine, et que ce n'est que par cet alcaloïde qu'il agit.

(1) Du Sang et des anémies, p. 231. Iu-8°; Paris.

(2) Tlièse de Montpellier, 1866.

Fièvre inl.ermiltente. — Le café est depuis longtemps en usage dans certains pays, comme antidote de la fièvre paludéenne. A Batavia il est communément employé, et on assure qu'il y a peu d'années il était encore préféré au quinquina en Hollande. Pouque ville rapporte dans son voyage en Morée que les habitants de ce pays emploient le café uni au jus de citron pour couper la fièvre. Dans une grave épidémie de fièvres intermittentes qui sévit à Bordeaux, en 1805, ce médicament rendit de' bons services à Coutenceau et à Labonnardière (1). Mais c'est entre les mains de Grindel qu'il a donné, comme fébrifuge, ses plus brillants résultats (2); sur 80 malades ainsi traités, le professeur de l'université de Dorpat n'eut que 8 insuccès. Aussi est-ce surtout dans le traitement de la fièvre paludéenne qu'il a préconisé le café comme succédané du quinquina. Les tentatives faites dans ce sens depuis lors n'ont pas été aussi heureuses, il est vrai ; néanmoins elles ont montré dans le café un fébrifuge assez sérieux; ainsi M. Dauvin (3) a vu la fièvre intermittente disparaître en très-peu de jours dans pbisieurs cas qu'il avait traités par la décoction de café vert. Il préparait cette décoction en faisant bouillir 40 grammes de café cru concassé avec SOO grammes d'eau, jusqu'à réduction à iSO grammes; on filtrait, elle malade prenait ce liquide en trois doses pendant l'apyrexie. M. Delioux de Savignac (4) dit avoir beaucoup employé le café et avoir trouvé en lui «l'un des meilleurs fébrifuges». C'est aussi au café cru qu'il donne la préférence ; il l'emploie de deux manières : en décoction concentrée, à peu près comme M. Dauvin, et en décoction étendue (30 grammes pour 1 litre d'eau dont l'ébuUition ne doit enlever que 100 à 200 grammes)^ qu'il donne comme tisane. C'est surtout à litre d'adjuvant du quinquina que ce thérapeutiste

(1) Bibliothèque modioalc, 1809.

(2) Bibliothèquo m^dicaie, 1810. p. 96, pf, IBM , p. 110. ;:t) Gaznlle médicale, ISrin. p. !i9.

ii Bulletin de liiérapeiiUqii(\ t. XLVI. p. n2 ; 18r,/,.

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distingué conseille l'usage du café dans la fièvre intermittente «Fréquemment, dit-il, chez les sujets en proie aux retours opiniâtres des paroxymes fébriles de la cachexie paludéenne, où l'on ne retirait aucun bénéfice de l'usage isolé du quinquina ou du café^ l'union de ces deux médicaments renforcés l'un par l'autre enlevait radicalement le périodisme, » La pratique que recommande surtout M. Delioux consiste à prescrire la tisane de café vert comme boisson journalière, en même temps qu'on administre les préparations quiniques suivant les méthodes ordinaires.

L'adjonction du café aux préparations quiniques se recommande encore à un tout autre titre, mais c'est ici du café noir qu'il s'agit. On sait, en effet, que dans l'infusion de café torréfié le sulfate de quinine perd en grande partie cette amertume qui, chez bien des malades, chez les enfants surtout, en fait un médicament difficile à faire accepter.

La parité d'action, si grande sous plusieurs rapports, notamment sous celui de l'action vaso-motrice, que nous avons vue exister entre la caféine et la quinine, rend aisée à admettre l'efficacité de la première dans les fièvres d'accès. Il serait difficile, autant pour l'un de ces alcaloïdes que pour Tautre, de donner la raison de cette efficacité contre les fièvres de marais. Il faudrait, pour cela, avoir sur la nature de ces fièvres, sur leur physiologie, des connaissances plus complètes que celles que nous possédons. Nous savons qu'elles sont le fait d'un empoisonnement particulier donnant périodiquement lieu à des accès dont chacun peut être considéré comme une attaque de nerfs vaso-motrice : excitation d'abord de la contractilité des petits vaisseaux, puis relâchement vasculaire réactionnel par fatigue du plan musculaire. Mais est-ce là une interprétation qui suffise à satisfaise l'esprit? Evidemment non. Quelle est la nature de ce miasme dont la provenance seule nous est connue? Comment s'exerce son action sur le vaso-moteur? Pourquoi la périodicité des accès? Tels sont quelques-uns des problèmes

nombreux encore et difficiles dont la question des fièvres intermittentes attend la solution. Comment, en cet état de cause, expliquer le pôle curatif de la quinine et de la caféine ? A quel élément de la maladie s'adressent ces deux alcaloïdes ? Peu disposé à croire que ce soit à \Si périodicité, être abstrait, immatériel, sur lequel je ne saurais comprendre que l'action d'un agent thérapeutique pût s'exercer directement, je ne peux, on le conçoit, dire si c'est en altérant le miasme lui-même qu'agissent ces deux médicaments, ou si, sans effet direct sur lui, ils se bornent soit à modifier les aptitudes de l'organisme à en subir l'influence, soit à combattre, à enrayer les troubles qu'il produit dans l'économie.

Choléra. ■ — Le choléra, dit M. Bordier dans un mémoire sur l'épidémie de 1866, observée à l'hôpital Beaujon (1), présente trois phases principales : i" spoliation par des voies variables ; 2" galvanisation des filets vaso-moteurs du grand sympathique; 3° relâchement consécutif du vaso-moteur. C'est dans cette dernière phase qui correspond à la période dite « de réaction typhoïde ou d'asphyxie chaude, » par Trousseau, et que compliquent souvent des congestions locales (cerveau, poumon^ etc.), que le café a rendu d'incontestables services. Trousseau, Réveil, MM. Gueneau de Mussy et Gubler, ont constaté ses bons effets en pareil cas, et dans l'article que je viens de citer, M. Bordier rapporte l'observation d'un cholérique dont l'état était assez grave pour produire la paralysie des ailes du nez, et qui cependant, guérit par l'usage du café. C'est évidemment dans son action sur la contractilité vasculaire qu'il faut voir la raison de ces résultats favorables.

Scorbut. — Larrey employait le café dans le traitement du scorbut. 11 parait qu'on s'en sert souvent eu Angleterre comme

(1) Archives générales d« médecine, février i867.

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moyen prophylactique de cette maladie. En songeant que le scorbut est une des maladies qu'engendre cet état si bien nommé par le professeur «oucliardat (cmisère physiologique, » état qui se résume dans un excès des dépenses sur les recettes de l'économie, on comprend en effet que le café qui ralentit la dénutrition, qui diminue la dépense , puisse contribuer à rétablir l'équilibre et à préserver de cette maladie.

Scrofule. — Si, comme le prétend le W Meffre, le café peut jouer un rôle dans la prophylaxie de la scrofule, ce que je n'ai pas été i\ même de vérifier, c'est sans doute au même titre.

On se rappelle qu'à l'ouverture des animaux tués par la caféine, MM. Stuhlmann et Falck ont trouvé la substance cérébrale et celle de la moelle faiblement pourvues de sang. Cette ischémie des centres nerveux et particulièrement celle de l'encéphale conduit à des applications thérapeuthiques assez nombreuses et que déjà l'empirisme avait fait connaître.

Congestion , commotion et hémorrhagie cérébrales. — La propriété qu'a le café d'éveiller les sens et la pensée avait depuis longtemps conduit à recourir à lui dans la plupart des cas où nn afflux sanguin trop considérable dans l'encéphale engourdit ces facultés. On l'a souvent ainsi conseillé avec raison contre l'hébétude des sens et la somnolence des vieillards, et surtout contre la tendance à l'apoplexie.

Robert a obtenu de bons effets de l'infusion de café dans la commotion cérébrale.

Dans l'hémorrhagie même , cet agent s'est montré très-utile comme adjuvant de médications plus énergiques. Le W Petit (de ChcYteau-Thierry) (1) rapporte plusieurs cas d'apoplexie

fl) Gnzellp dPs liApif.aiix, 1862. p. 't/ifi.

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dans lesquels les progrès du mal ont été manifestement ralentis ou arrêtés parle cale. On comprend bien en effet que, chez ces malades, l'excitation du vaso-moteur, en diminuant l'afflux du sang dans les vaisseaux rompus ait pour résultat de ralentir l'extravasation de celte humeur et de favoriser la formation d'un caillot qui met fin à son épanchement dans la substance nerveuse.

Fïpvrefi continnes. — D'après Mérat et De Lens (1) on fait aux colonies un fréquent usage du café dans les fièvres continues de nature adynamique ou ataxique. Mais c'est surtout Martin -Solon qui a fait connaître, en France, le parti que l'on peut tirer de cet agent dans la fièvre typhoïde (2). Ce médecin considérait avec raison la somnolence et la torpeur comme constituant l'indication principale de cette médication. Elle serait encore indiquée, je crois, par la persistance d'un degré trèsprononcé de céphalalgie au delà du premier septénaire et par le délire, surtout si un dicrotisme considérable et le l'esserrement de la pupille accompagnaient ces symptômes.

L'exemple de Martin-Solcn est suivi par M. Fonssagrives. « Nous en faisons, dit l'éminent professeur de Montpellier, un usage constant dans la fièvre typhoïde adynamique, et nous en rapprochons les doses jusqu'à ce que nous ayons obtenu une stimulation suffisante» (3).

C'est encore par l'action vaso-motrice de son alcaloïde que le café peut se montrer utile dans cette affection. On sait que la dothiénentérie est une des maladies dans lesquelles le relâchement des muscles vasculaires est porté au plus haut degré. Les vaisseaux du cerveau participant à ce relâchement, la congestion de cet organe qui en résulte se traduit par la céphalalgie, parle délire, ou bien par l'hébétude, la stupeur, le coma. Il est

(1) Dictionnaire de matière médicale, article Coffea, t. II.

(2) Bulletin de thérapeutique, t. III, p. 289; 1832. Hygiène alimentaire, p. 50.

facile, dès lors, de comprend le l'action favorable du café dans les formes de fièvre typhoïde que j'ai indiquées. J'ajouterai que la caféine en même temps qu'elle combat le délire ou la stupeur par son action anémiante du cerveau, action évidemment la plus importante ici, est encore sans doute favorable à un autre point de vue : c'est par son rôle d'agent modérateur de la dénutrition ; tout en permettant d'alimenter peu les malades, elle doit ralentir ces pertes considérables de l'organisme, ces émaciations énormes, do.nt l'effet trop souvent est d'enlever aux typhoïques toute force de résistance, et dans tous les cas d'entraîner d'interminables convalescences.

C'est l'infusion de café torréfié qu'employait Martin-Solon et que prescrit M. Fonssagrives. Je crois qu'on pourrait aussi recourir avantageusement à la tisane de café cru que nous avons vue plus haut employée par M. Delioux de Savignac dans la fièvre intermittente.

Empoisonnement par Popium et par la morphine ou ses sels. — L'opposition qui existe entre les propriétés du café et celles de l'opium relativement aux phénomènes qui constituent le sommeil a, de bonne heure, frappé les médecins : tandis que l'un fait dormir, l'autre produit l'insomnie ; il était donc naturel de chercher si l'un pouvait empêcher l'autre d'exercer son action, en d'autres termes si ces agents sont antagonistes l'un de l'autre. Cet antagonisme est réel en effet ; Rasori qui le connaissait bien , avait été conduit par lui à classer le café parmi les contro-stimulants, et la caféine doit être mise aujourd'hui au nombre des meilleurs moyens que nous ayons de lutter contre la torpeur morphique. Des expériences nombreuses faites par Orfila sur les animaux (1) lui ont montré que le café en infusion, ou mieux en décoction, à doses élevées, souvent répétées et continuées longtemps sans longs intervalles , peut guérir

(l) Toxicologie, t. Il, p. 219.

rempoisonnement par ropiinii, cette substance eût-elle été absorbée en quantité considérable. D'accord dans ses résultats avec l'expérimentation , la clinique nous fournit des observations aujourd'hui assez nombreuses d'intoxications morphiques dans la guérison desquelles une part importante et quelquefois même exclusive appartient au café. Orfila en cite deux exemples remarquables tirés l'un du Journal de chimie médicale (1), l'autre du Répertoire de pharmacie (2). Un cas analogue est rapporté par Ollivier (d'Angers). Le Fosgate (d'Auburn) (3) a dû au café, pris abondamment , la cessation d'accidents graves d'empoisonnement produits par 10 centigrammes de morphine qu'il avait ingérés pour combattre une névralgie dentaire opiniâtre. Un homme observé par M. L. Marchand (4) avait, dans un but coupable, pris 10 grammes de laudanum ; trois heures après il était dans un état d'excitation très-grande qui, à la suite de vomissements déterminés par le tartre stibié, fit place à de la torpeur, à du coma avec sueurs froides. Le café fut donné en infusion concentrée pendant six heures , à la dose d'une tasse toutes les demi-heures; puis après ce temps, en infusion légère comme tisane. Le lendemain le malade se levait presque complètement guéri.

Le fait suivant est intéressant parce que le café a été le seul mode de traitement employé ; il est tiré de la clientèle de M, le

Roustau (de Creil) et m'a été communiqué par son fils, mon excellent ami et camarade d'externat.

Mmo H , limonadière à Creil, souffrait d'une constipation avec vives

douleurs abdominales. Le D'' Roustan prescrit un lavement d'huile de ricin et 8 grammes de laudanum pour cataplasmes sur le ventre. Par erreur, 4 grammes au lieu de 8 sont donnés, et, au lieu d'être répandus sur des cataplasmes, sont mêlés à l'huile de ricin et injectés dans le

(1) Année 1844.

(2) Année 1846, t. III, p. 456.

(3) The américan Journal of the médical science, 1841, et Gazette médicale, 1841, p. 4o6.

(4) Article Café du Nouveau Dictionuaiie, t. VI,

- fil

• recliim. Une domi-lieure iipiùs, la garde est fllVayée de voir la malade

dans un ëlat d'assoupissement, invincible, avec la faon Irès-colorée

31. Roustan, immédlalement appelé, constate l'empoisonnement. Il prescrit de faire prendre par la bouche et en lavements de fortes infusions de café et d'obliger la malade h marcher sans cesse. Après cinq ou six heures de cette médication, les symptômes s'amendèrent, la malade revint à elle et fut guérie.

C'est comme antagoniste physiologique de la substance toxique et non en vertu d'une action chimique que le café donne dans cet empoisonnement les bons résultats que j'ai signalés. Je ne saurais admettre, avec Réveil (1) qu'on en doive attribuer une part à la précipitation par l'acide cafétannique des alcaloïdes de Fopium à l'état de tannâtes insolubles, puisque la torréfaction détruit le tannin en grande partie, sinon entièrement (Schutze), et que, dans les observations que j'ai indiquées aussi bien que dans la plupart des expériences d'Orfila, c'est le café toi réfié qui avait été employé. Ce célèbre toxicologiste n'admettait pas non plus l'action chimique, et c'est avec raison que M. Bouchardat a dit du café : « Ce n'est pas un contrepoison de l'opium, mais c'est un remède excellent de la maladie morphique » (2). Bien qu'elle ait été récemment contestée en Allemagne (3). l'action stupéfiante de l'opium sur le système vaso-moteur semble établie par trop de faits et par des faits de trop grande valeur pour que je puisse ne pas l'admettre. Récemment encore les expériences sphygmographiques de mon ami le D'' Bordier (4) donnaient à cette manière de voir une confirmation nouvelle. C'est donc en excitant la contraction des capillaires paralysés par la morphine que le cofé prévient eu combat les accidents de cette intoxication.

La caféine dont l'élimination est prompte à se faire (Leven) n'exerce énergiquement son action vaso-motrice que pendant

(1) Médicaments nouveaux, Paris, J 865. In-tS.

(2) Annuaire de thérapeutique, iSM, p. 303.

(3) Voy. Leven, Archives de physiologie, 1868, p. 183.

(4) Des Nerfs vaso-mnteurs ganglionnaires. Th^se de Paris. 1868. p. li.

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un temps asbez courl: delà la nécessité clans l'empoisonnement par l'opium de faire prendre ce médicament à doses souvent répétées aiîn de maintenir sans cesse le malade sous son influence. — C'est certainement une excellente pratique que d'administrer le cale à la t'ois par la bouche et en lavements comme l'a l'ait M. Roustan. Donné par la bouche seulement, il peut être vomi et rester sans etl'et; en outre il parait au moins probable que par le rectum l'absorption de la caféine se fait plus rapidement que par l'estomac.

Iv?'esse. — De même que l'opiura^ l'alcool paralyse le plan musculaire des vaisseaux; il donne ainsi lieu à des troubles intellectuels : délire, torpeur, coma, par hyperémie du cerveau. Aussi le café est-il un agent utile à opposer à l'ivresse, et depuis longtemps l'empirisme l'y avait fait employer. Dans une lettre adressée à M. Boucliardat, le D"^ Compardon (1) dit avoir bien des lois dégrisé avec force café noir des malheureux plongés dans un état profond d'ivresse, et le professeur Grisolle (2) considère cette liqueur comme l'agent le plus efficace à lui opposer quand elle ne fait que commencer. Bien qu'il ne m'ait pas été donné de le vérifier pratiquement, j'ai la conviction que, môme à un moment plus avancé, le délire et surtout le coma do l'ivrogne peuvent être influencés très-favorablement par le café. Je donnerais en pareil cas celui-ci à doses élevées et souvent répétées, par exemple une tasse toutes les demi-heures pendant deux à quatre heures et, s'il y avait des vomissements, ou bien si lastupeur était considérable, je n'hésiterais pas à prescrira des lavements d'infusion ou mieux de décoction de café cru

J'ai dit que le délire de l'ivresse était un délire hyperémique, et par conséquent justiciable du café; il faudrait bi(;n toutefois se garder de prendre cette proposition pour absolue et de l'appliquer, sans réserve, à tous les cas de délire alcoolique. Vraie

\1) Annuaire de lliérapeutUiue ilu p m l'esse iif Boucliardat, 18GS, ■.■20. (2) Pathologie interne, 7" édition, t. II, p. i!).

dans la presque universalité de ceuv où ee désordre psychique est produit accidentellement par des boissons alcooliques chez un sujet qui n'est pas accoutumé à en faire abus, vraie encore le plus souvent dans les cas où un individu même habitué A l'ivrognerie est pris de délire peu de temps après avoir fait d'abondantes libations, cette proposition devient souvent inexacte lorsqu'il s'agit de ces troubles nerveux que l'on désigne sous le nom de delirium tremem et qui surviennent chez les gens dès longtemps alcoolisés. Si quelquefois cette névrose intellectuelle est hyperémique et résulte d'un excès de boisson ajouté à trop d'excès antérieurs, souvent aussi elle est ischémique : généralement alors elle apparaît après que le malade est resté plus longtemps que d'habitude sans boire : accoutumé à une congestion permanente, le cerveau se trouve dans un état relatif d'ischémie d'où résulte le délire. Employer le café en parail cas ne pourrait qu'augmenter le mal; c'est au contraire à l'alcool, au musc et surtout à l'opium qu'il faut recourir.

Nous prescrirons donc le café dans le délire alcoolique s'il est, pour ainsi parler, dh-ect, c'est-à-dire directement produit par l'ingestion d'une grande quantité de boissons spiritueuses ; nous le prescrirons surtout dans les cas de ce genre et même dans le délire de l'alcoolisme chronique, si la rougeur de la face et le resserrement des pupilles nous conduisent à admettre l'hyperémie cérébrale ; nous demanderons au contraire la guérison à l'opium et, d'une manière générale, aux stimulants de la circulation, si les troubles nerveux ne succèdent pas directement à d'excessives libations, si la conjonctive et la face sont pâles et fraîches, si les pupilles sont moyennes ou un peu grandes.

Dans l'intoxication alcoolique aiguë le danger ne vient pas seulement de l'hyperémie des viscères et des centres nerveux, mais encore, et peut-être surtout de l'inviscosement du sang. Contre cet effet de l'alcool le café ne peut évidemment rien ; aussi me paralt-il devoir être utile de lui associer l'ammoniaque

toutes les fois au moins que se produisent le refroidissement de la périphérie, l'injection considérable des veines superficielles, et les autres signes de stase sanguine.

Empoisonnement par les champignons. — Le café a quelquesfois été employé avec succès dans l'empoisonnement par les champignons (O'Gonnor (1), Humbert), Bégin conseillait d'y recourir lorsqu'il survient de l'assoupissement. De môme que dans l'intoxication morphique, le café ne joue vraisemblablement pas ici le rôle de contre-poison chimique, mais seulement celui d'antagoniste physiologique. Les accidents produits par ce poison sont tellement variables que le café, utile sans doute dans certains cas, serait au contraire évidemment contre-indiqué dans d'autres. Ainsi le D' Humbert (2) a publié l'observation d'une famille empoisonnée par des champignons dont tous avaient mangé ensemble. Les enfants eurent promptement des vomissements, et l'évacuation du poison fut chez eux suivie d'un rétablissement rapide. Le père et la mère ne vomirent pas, et tandis que celle-ci était jetée dans un état d'agitation, de surexilation nerveuse extrême contre lequel les lavements de café ne produisirent aucun bon résultat, le premier au contraire, qui était tombé dans un état de stupeur profonde, fut rapidement guéri par les mêmes lavements.

Si donc dans cette intoxication si grave on songe à demander des secours au café, on devra, pour juger de l'opportunité de son emploi, se fonder sur l'existence ou la non-existence des signes de congestion encéphalique tels que la torpeur, le coma, le resserrement des pupilles.

1) Bulletin de thérapeutique, t. LXII, p. 418, 1862; article exlr. de The Lancel, mars 1862.

(2) Observation communiquée à la Société médicale de la Loire et de St-Étieniie. Gazette des hôpitaux, 1863, p. 178.

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