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III . Dfi café comme modificateur des fonctions digestives

Dyspepsie^ anorexie, indirjestio)i. —II serait sans doute inconsidéré de conseiller indistinctement le café dans toutes les formes de la dyspepsie ; mais, par l'action stimulante de son arôme et surtout par Texcitation qu'imprime la caféine à la tunique musculeuse gastro-intestinale, le café torréfié en infusion et pris après le repas peut otl'rir, dans quelques-unes, une ressource qu'il ne faut pas négliger. Je veux parler de ces dyspepsies que l'on peut appeler ;jar atonie, et dont l'élément principal est le défaut d'énergie, la paresse des muscles de l'estomac et de l'intestin ; elles sont communes chez les vieillards^, chez les gens à profession sédentaire, chez ceux qu'une longue maladie a ali'aiblis, etc. Les professeurs Béhier (1) et Fonssagrives (2) indiquent ainsi l'infusion de café soit pure, soit additionnée d'un peu de kirsch ou d'eau-de-vie comme un bon moyen de combattre l'anorexie et la dyspepsie chez les convalescents.

C'est un fait vulgaire qu'après un repas trop copieux le café prévient l'indigestion ; Tutilité de cet agent en pareil cas, en etfet, est incontestable. Elle a un double motif: d'une partl'aiitagonisme dont j'ai parlé entre les ettéts de l'alcool et ceux de la caféine ; de l'autre l'action stimulante de cet alcaloïde sur la contractililé gastro-intestinale qui facilite la digestion des aliments et empêche leur stase trop prolongée dans un même point du tube digestif.

Comtijjaiion, diarrhée, dysentérie. — On se souvient que W café en activant les mouvements péristaltiques de l'inteslin produit, lorsqu'il est pris à doses un peu élevées, une ou deux garde-

il) Diclioniiaire cncyclopL'd. des sciences médiuiiles, ;irl. Anorexie, t. \, p. ifé. 'i) Hygiène alinieiiUircj p. -58.

robes liquides. Le même eli'eta lieu souvent chez certaines personnes non accoutumées, avec la simple dose d'une demi-tasse ordinaire. J'en connais qui n'emploient pas d'autres moyens pour combattre chez elles les constipations légères.

Par contre,, le même médicament parait avoir rendu plusieurs fois des services dans les diarrhées atoniques. Chardin, Lanzoni, (irindel et le C Deltel rapportent des cas de diarrhées graves guéries par le café en infusion ou sous forme d'extrait. 11 s'agit généralement de diarrhées ohservées chez déjeunes enfants ou chez des sujets convalescents de maladies fortement débilitantes, la dysenterie par exemple (Deltel). On a pensé que c'était par le tannin qu'agissait le café en pareil cas; je ne le pense pas, par la double raison que la torréfaction détruit au moins en grande partie l'acide cafétannique, et que, dans la plupart des cas rapportés par les auteurs que j'ai nommés, des médicaments à tannin, le quinquina et la ratanhia, avaient été employés sans succès. C'est donc plutôt, je pense, par l'action tonique et vaso-motrice de son alcaloïde que le café a pu donner ces résultats favorables. Quoi qu'il en soit, je pense que tout eu tenant compte de ces faits, on doit les considérer comme exceptionnels et ne pas, à cause d'eux, détrôner au profit du café les excellentes préparations que nous avons l'habitude d'opposer aux diarrhées atoniques, tannin, quinquina, ratanhia, etc.

M. Delioux de Savignac (1) donne habituellement l'infusion de thé et celle de café noir aux convalescents de dysentérie aiguë et aux malades atteints de dysentérie chronique^ mais c'est moins comme médicament que comme aliment : « c'est le café noir, dit-il, qui leur convient le mieux sous tous les rapports, pour le premier repas, et l'on peut souvent, avec profit pour eux, leur en accorder une nouvelle dose après le déjeuner elle diner.» Donnant un peu lui-môme à la réparation moléculaire, le café, corn me, le remarque ce thérapeutiste, a pour résultat surtout de

(I) Tniilô tic k dyseiilufie; Pum, tSlilj, p. ni). In-S». 1808. — Méplaiii.

satisfaire nionientanément la nutrition par son influence sur la désassimilation, « de compenser l'insuffisance alimentaire par la diminution des pertes, d'équilibrer les forces et d'éviter toute surcharge aux organes digestifs dans un moment où leur susceptibilité doit être ménagée. » Il ne m'a pas été donné de voir par moi-même cette pratique à l'œuvre; je n'hésiterais pas cependant, le cas échéant, à y recourir tant elle me semble judicieuse et rationnelle. N'a-t-elle pas d'ailleurs une recommandation suffisante dans l'autorité si grande en cette matière du savant médecin principal de la marine ?

Vomissements nerveux, mal de mer. — M. Deltel indique le café comme un moyen efficace de combattre les vomissements nerveux et particulièrement les vomissements incoercibles des femmes enceintes. Je ne comprends guère comment le café peut agir d'une manière utile dans les cas de ce genre. Je n'ai d'ailleurs pu trouver aucun fait qui, empiriquement, justifiât sérieusement son emploi. Aussi suis-je porté à croire que, pour cet agent comme pour tant d'autres remèdes vantés dans cette redoutable complication de la grossesse, puis abandonnés, quelques faits en apparence favorables se seront présentés par hasard après lesquels on aura, avec trop d'empressement^ appliqué le post hoc, ergo propter hoc.

Le même auteur conseille, à l'exemple de Larrey, le café comme traitement curatif et surtout préventif du mal de mer. U appuie cette indication d'une double observation dont il a luimême été le sujet.

Hernies étranglées, étranglement interne. — Les moyens médicaux ont été proposés en grand nombre contre l'étranglement herniaire ; la plupart après avoir joui pour un temps d'une certaine vogue ont été abandonnés plus tard ; quelques-uns sont restés dans la pratique et y jouissent d'une assez tiède faveur; d'autres enfin, malgré quelques succès obtenus avec eut et pu-

bliés dans les journaux de médecine, n'ont dès l'abord rencontré qu'incrédulité ou dédain. Parmi ces derniers, un de ceux que les chirurgiens paraissent avoir le moins pris au sérieux est sans doute le café. « Aux grands maux les grands remèdes! » dit-on, et, bien que chaque jour nous montre ce proverbe en défaut, notre esprit se défend difficilement d'en subir plus ou moins l'ascendant, et nous avons peine à admettre qu'à l'un des plus graves dangers qui menacent l'existence on puisse sérieusement opposer cette anodine infusion que nous prenons banalement chaque jour.

Il n'en est pas moins vrai pourtant que les recherches auxquelles je me suis livré à ce sujet, les faits que j'ai recueillis, aussi bien que les notions acquises sur l'action physiologique du café, ont produit chez moi laconvi&tion que nous avons dans ce médicament un moyen sérieusement utile de combattre l'étranglement herniaire et l'étranglement interne. En raison de l'im portance pratique de cette proposition et de l'opposition qu'elle rencontre, on m'excusera si je m'y arrête un peu plus que ne le comporterait le cadre de cette partie de mon travail.

Voici le résumé de quatorze observations de hernies étranglées relevées dans les recueils périodiques de médecine et dans lesquels la guérison a paru devoir être attribuée au café.

Observation I". — Publiée par le D"" Triger (1). — Hernie inguinale firoite, ancienne, chez un homme de 38 ans, habituellemenl réductible et maintenue avec un bandage.

La hernie sort dans un accès de colère. Le taxis, tenté presque immédiatement, est très-douloureux et sans résultat.

Application continue de glace. Belladone à l'intérieur.

Coliques violentes, tumeur très-sensible. L'opération est décidée et annoncée. Pendant qu'on s'y prépare, intervient un vieux médecin de Batignolles, M. Bertrand, qui a longtemps pratiqué à la Havane. H propose d'employer le café que, dans cette colonie, il a vu souvent réussir en pareil cas.

On enlève la glace, et on prescrit pour tout traitement : (1) Gazette des hôpitaux, mai 1857, p. 212.

Poudre de calé torréfié : '250 grammes, pour 12 lasses d'eau Ijouillimlc, à prendre une lasse tous les quarts d'heure.

Rentrée spontanée de la hernie à la neuvième lasse, c'est-à-dire deux heures environ après l'administration de la première dose de café.

Obs. II. — Publiée par le l)'' Carrère (doMarnac, Gei's) (I). — Hernio datant de deux ou trois ans, i'acilement réduite iiabituelicment, pas ou mal contenue, chez une femme de 6"2 ans.

Étranglement le 23 mai dans la matinée.

Le i24 au matin. Sensibilité extrême de la tumeur rendant le taxis impossible. Vomissements lecaloïdes.

Une tasse d'infusion ordinaire de café tous les quarts d'heure.

Gargouillements dans la tumeur à partir de la quatrième lasse. Rentrée spontanée de la hernie à la neuvième, c'cst-?i-dire environ deux heures après le début du traitement caféique.

Rétablissement complet le lendemain matin.

Obs. III. — Publiée par le Dr Carrère ("2). — Hernie crurale droite datant de plusieurs années, habituellement contenue, chez une femme de 55 ans. Un premier étranglement réduit par le taxis il y a deux mois. Nouvel étranglement le '27 mars à cinq heures du matin.

Vomissements, coliques vives.

A onze heures, tentative infructueuse de taxis; on prescrit :

Café torréfié: 230 grammes pour -l'i lasses d'eau bouillante; à prendie

une tasse tous les quarts d'heure.

A partir de la seconde tasse, gargouillements dans la tumeur; rentrée

de la hernie après la huitième, c'osl-à-dire moins de deux heures aprè>

le début de ce traitement.

Obs. IV. — Publiée par le D'' Rarascul (3). — Hernie inguinale gauche, ancienne, non maintenue. Réduction habituellement facile. Pas d'accident antérieur.

Étranglement le 5 mars vers dix heures du matin. Douleurs vives, vomissements. Rains, lavements, cataplasmes.

Le 6, à dix heures du malin, coliques violentes, vomissements d'odeur stercorale, état d'anxiété extrême. On prescrit :

'( tasses d'infusion de café à prendre de quart d'Iieui'c en <|uart d'heure.

A la troisième tasse, gargouillements. A la quatrième, rentrée spontanée de la hernie au moment où la malade entrait dans un bain, moins d'une heure après la première dose de café.

(1) Bulletin de thérapeutique, t. LUI, ]). 34 ; 18f37.

\2) Article cité du Bulletin de thérapeutique, t. LUI; 1857.

(3) Gazette des hôpitaux, 1838, p. 107.

■•■ Ors. y. — Publiée parle D' Czernicki (1). — Hernie inguinale droite, datant d'un an, non contenue, facilement réductible, chez un homme de o5 ans. Étranglement. Vomissements fréquents fécalol'des. Taxis Irèsdpuloureux, infructueux. On prescrit :

1 tasse d'infusion concentrée de café tous les quarts d'heure.

Au bout d'une heure, après la quatrième tasse, borborygmes et rentrée de la hernie au moment où la main du chirurgien l'embrassait pour pratiquer de nouveau le taxis.

Obs. VI. — Publiée par le Dr Mayer ("2). — Homme de 62 ans. Heruie inguinale droite.

Étranglement rapidement suivi d'accidents très-graves. Taxis pratiqué vainement. Kélotomie préparée; on veut cependant auparavant essayer l'emploi du café : une tasse d'infusion est prise tous les quarts d'heure.

Réduction spontanée à la sixième tasse, c'est-à-dire une heure et demie environ après le début de l'emploi du café. Les accidents d'étranglement duraient depuis trois jours.

Obs. VII. — Publiée par le Dr Ronzie'r-Joly, de Clermont-l'Hérault (3J. — Hernie inguinale droite, datant de plusieurs années, non contenue, chez un homme de M ans.

Indigestion. Efforts de vomissements, étranglement. Vomissements fréquents, douleurs abdominales etscrotales intolérables.

Taxis méthodique très-douloureux, infructueux.

Bain d'une heure, sans résultat. — Onctions belladonées sur la région inguinale.

Une heure après, nouvelle tentative également vaine de taxis. Vomissements opiniâtres. État de prostration très-prononcé. On prescrit :

Café, 42o grammes en infusion, dans six lasses d'eau, à prendre une tasse toutes les demi-heures, en continuant les onctions belladonées.

Après la quatrième tasse, un taxis très-doux fait facilement rentrer la hernie. Le traitement caféique durait depuis deux heures environ.

Quelques heures après la rentrée , deux hémorrhagies intestinales, avec évacuations stercorales abondantes. Symptômes de péritonite qui s'amendèrent au bout do plusieurs jours. Rétablissement lent.

Obs. VIII, publiée par le Dr Ronzier-Joly (4). — Homme de .HO ans. Hernie inguinale gauche très-ancienne, maintenue habituellement et très-facilement réductible.

( l") Abeille médicale, mars 1858.

^2; Bulletin de thérapeutique, t. LIV, p. 330 ; 18.58.

M) Bulletin de thérapeutique, t. LVl, p. 94; 1859.

'i Arliele cité du Bnilelin de thérapeutique, t. LVIj iB^ïi.

Étranglement le 14 octobre, h cinq heures du matin. Douleurs vives dans le scrotum et l'abdomen. Taxis très-douloureux, sans succès. Lavement huileux et savonneux. On prescrit:

Café, 125 grammes pour six tasses d"c-au, à prendre une lasse tous les quarts d'heure, et onctions belladonées sur la région inguinale.

Le café est pris très-irrégulièrement, le malade le vomissant le plus souvent. Après la quatrième tasse, gargouillements; après la sixième lasse ingérée (deux seulement n'avaient pas été vomies), le taxis pratiqué par le malade fait facilement rentrer la hernie. Il y avait cinq heures qu'il avait commencé à prendre du café.

Entérorrhagies et accidents de péritonite comme dans le cas précédent, mais plus légers. Rétablissement plus prompt.

Obs. IX , publiée par le D'' Sammut (1). — Homme de 55 ans. Hernie inguinale habituellement contenue; l'emploi du bandage venant à être interrompu, la hernie s'échappe et s'étrangle dans un effort.

Le taxis n'est pas supporté par le malade. On administre une infusion do café ; la réduction se fait facilement un instant après.

Obs. X , publiée par le D'' Chalut (2). — Hernie-crurale droite datant de dix ans, chez une femme de 76 ans; non contenue; étranglement.

État général très-grave. Vomissements fécaloïdes depuis quinze à dix-huit heures, au moment de la visite du D'' Chalut.

La sensibilité do la tumeur est extrême et rend le taxis impossible. Kélotomie proposée, refusée énergiquemenl. On prescrit :

Café , 250 grammes en infusion, dans douze lasses d"eau bouillante ; une tasse tous les quarts d'heure.

Onze tasses sont prises sans autre résultat que la suspension des vomissements. A la douzième, prise trois heures après le début du traitement par le café, gargouillement très-fort et rentrée spontanée de la hernie. Évacuations alvines abondantes. Rétablissement presque immédiat.

Le J3' Chalut, en rapportant ce fait^ dit avoir précédemment employé le même traitement quatre fois, dont une fois avec succès. Sa statistique personnelle donne donc 2 guérisons par le café sur 5 cas où cet agent a été employé.

Obs. XI, publiée par M. Couturier (de ftlérinchal. Creuse). (3,. — Femme de 45 ans. Hernie crurale droite très-ancienne, toujours facile-

(1) Britisch médical Journal et Gazette médicale, p. 106.

(2) Gazette des hôpitaux, 1839, p. 231.

(3) Ga ette des hôpitaux, 18.^)9, p. 324.

ment réduite jusque-là, sauf une l'ois, il y a quatre ans, où le taxis dut être pratiqué par un médecin.

Indigestion, efforts de vomissement. Étranglement. \^omissements incessants, non fécaloïdes.

Taxis pratiqué vainement pendant une demi-heure. Opération proposée et refusée. On prescrit :

Café, 250 grammes en infusion, dans 1,500 grammes d'eau, à prendre par verrées toutes les demi heures.

Réduction spontanée de la hernie après le cinquième verre-, deux heures et demie après le début du traitement, aucun autre traitement n'a été fait.

Trois évacuations alvines ; fièvre vive pendant vingt-quatre heures ; guérison complète le lendemain.

Obs. XII , publiée par le D' Pauthrier (1). — Hernie inguinale ancienne, plusieurs fois déjà réduite par l'auteur, après des accidents d'étranglement.

Nouvel étranglement. Taxis infructueux cette fois. L'opération ne paraissant pas urgente, on prescrit une forte décoction de café, à prendre par tasses tous les quarts d'heures.

Après quelques tasses, borborygmes énergiques et rentrée spontanée de la hernie.

Obs. XIII, publiée par le D'' Lamare-Piquot, chirurgien en chef de l'hôpital de Honfleur (2). — Homme de 34 ans. Hernie inguinale gauche non contenue. Étranglement.

Plusieurs tentatives longtemps prolongées de taxis, sans succès. Onctions belladonées. On prescrit :

Café torréfié, 125 grammes en décoction dans huit tasses d'eau, à prendre une tasse toutes les demi-heures.

Les huit tasses sont prises; après la huitième, l'intestin rentre comme de lui-même, aussitôt qu'on y touche dans le but de pratiquer le taxis, quatre heures après la première administration de café.

«.le ponrrafs citer un second fait presque identique, ajoute le D' Lamare-Piquot, mais il ne prouverait rien de plus n

Obs. XIV. — Publiée par le Cellarier (de Montpellier) (8). — Hernie inguinale droite chez un homme. Étranglement. Tentatives de taxis sans résultat. On prescrit le café à prendre par tasses. Après la sixième, la

(1) Annales de la Société de médecine de Saint-Étienne et de la Loii'e, 1. 1, p. 426 ■ et Bulletin de thérapeutique, t. LIX, p. 468; 18G0.

(2) Bulletin de thérapeutique, t. LXI, p. 28; 1861.

(3) Bulletin do thérapeutique, t. LXI, p. 270; 1861,

hernie rentre au momcMil où lo malade commençait à l'aire le Iaxis, et comme d'elle-même.

Tels sont les faits que me fournit la clinique; leur nombre, on le voit, ne laisse pas que d'avoir une certaine importance; il ne s'agit pas seulement de quelques cas isolés, très-çxceptionnels et par conséquent facilement attribuables à des hasards heureux ; il s'agit en réalité de seize guérisons, car il est juste de faire entrer en compte les deux cas observés , l'un par M. Lamare-Piquot, l'autre par M. Chalut, et qu'ils mentionnent sans en donner l'observation , puisque le seul motif qui a détourné ces médecins d'en publier les détails est la similitude exacte qui existait entre ces cas et ceux dont ils nous ont présenté l'histoire complète. Ce qui donne une valeur plus grande encore à ce nombre de faits, c'est la courte'période de temps Y)endant laquelle ils ont été observés. Tous, en effet, sont compris entre les années 1837 et 1861, en tout quatre ou cinq ans.

Au reste la lecture de la plupart de ces observations ne laisse, il me semble, guère de doute sur la part à peu près exclusi\ e qui revient au café dans les réductions obtenues; sans doute, el je le regrette, cela ressort moins nettement du résumé sucf inct dans lequel j'ai dû les condenser pour éviter d'inutiles et excessives longueurs. On peut y voir encore cependant que, dans presque tous les cas, sinon dans tous, le taxis avait été pratiqué d'abord et pratiqué avec persévérance, mais sans succès, tandis qu'il devenait d'une facilité extrême après l'ingestion d'une certaine quantité de café, si môme la réduction n'était pas spontanée, ce qui a eu lieu dans plus de la moitié des cas.

Je n'ignore pas cependant à combien d'erreurs expose l'observation empirique, lorsque Ion se hâte trop d'en tirer des inductions; je n'ignore pas quel compte il faut tenir des cas fortuits, des coïncidences bizarres : les leçons de mon illustre et regretté maître Velpeau m'ont enseigné cette défiance prudente. Je sais encore que, dans les observations en apparence

les mieux prises, des omissions, des erreurs même peuvent se glisser qui en changent considérablement la signification. Aussi, dépourvues de l'appui d'une rigoureuse interprétation physiologique, celles qui précèdent seraient-elles impuissantes à entraîner ma conviction. Il convient donc de chercher si elles ont ce nécessaire appui et si. dans ce que nous savons de l'action physiologique du café, nous trouvons de cfuoi justifier les faits cliniquement observés.

La caféine^ avons -nous dit ailleurs, est un agent excitomoteur dont l'action se produit primitivement et surtout sur les muscles de la vie organique , muscles qui occupent une place si importante dans la structure de l'intestin. Si la caféine fait contracter avec énergie le plan musculaire intestinal, si elle stimule vivement les mouvements péristaltiques, il est aisé de comprendre comment elle produit ou favorise la réduction des hernies étranglées, de celles surtout dont l'étranglement a été pi'imitif, comme ce parait avoir été le cas dans le plus grand nombre des observations que j'ai citées et probablement même dans toutes.

« L'étranglement dit primitif est celui dont les effets se manifestent immédiatement ou très-peu de temps après la sortie de la hernie» (1). Yoici, en quelques mots, d'après M, Gosselin , auquel j'emprunte la définition qui précède et dont j'accepte absolument, sous ce rapport, la manière de voir, quel est le mécanisme de cet étranglement : « Au moment où une anse intestinale se déplace pour venir dans une hernie, le diaphragme et les muscles abdominaux poussent avec violence un courant de gaz dans sa cavité. Ce gaz, qui entre brusquement parle bout supérieur, dilate rapidement l'anse intestinale et s'y accumule, tant parce que l'effort l'y pousse, que parce qu'il trouve de la difficulté à s'engager dans le bout inférieur dont l'entrée

,1; GoRselin, Leçons sur les heniies abdominales, recueilles et publiées par le Dr L. Labbé; Paris, I86:i, p. 12(i. In-8».

est bientôt fermée par la compression qu'exerce sur elle le bout supérieur distendu » {{).

On conçoit bien que, réduite à son degré habituel d'énergie, la contraction intestinale, dans l'anse herniée, soit insuffisante à vaincre l'obstacle que constitue le bout supérieur distendu et à chasser les gaz à travers l'orifice inférieur. Mais ce degré normal n'existe même bientôt plus. La compression que subit l'intestin au colet du sac entrave la circulation en retour et donne ainsi lieu à une infiltration séreuse ou séro-sanguine dans les tuniques et purticulièrement dans la musculeuse de la portion d'intestin comprise dans la tumeur. En même temps que les veines, les filets nerveux qui animent cette tunique sont comprimés. Il est donc bien naturel de penser que la contractilité est plus ou moins complètement suspendue dans la tumeur. La caféine éveille cette contractilité; les mouvements péristaltiques mis en jeu de nouveau s'y exécutent avec énergie et y produisent ces gargouillements que signalent presque toutes les observations citées plus haut. Comprimant les gaz progressivement du bout supérieur vers l'inférieur, ils les expriment à travers celui-ci, malgré la pression qui tend à le maintenir fermé. En même temps les mouvements plus accentués qu'exécutent les parties de l'intestin restées dans l'abdomen opèrent sur la portion sortie une attraction qui souvent , après que le contenu gazeux de la hernie avait été diminué, a suffi à produire sa rentrée sans que la main du chirurgien ou celle même du malade eussent à intervenir. L'action de la caféine est donc, relativement à l'étranglement herniaire, la même que celle de la strychnine qui a donné aussi un certain nombre de guérisons.

Telles est, suivant moi, la principale raison des succès qu'a donnés le café dans la hernie étranglée; c'est aussi par cette stimulation des contractions intestinales que MM. Carrère, Cel-

(1) Gosselin, id., p. 128.

larier et Ronzier-Joly ont expliqué les guérisons obtenues par eux. On va voir toutefois qu'il ne faut pas les lui attribuer d'une manière exclusive.

La caféine , en effet , est une substance vaso-motrice , et les autopsies par lesquelles se sont terminées les expériences de MM. Stuhlmann et Falck, ont montré que dans l'intestin cette action s'exerçait d'une manière très-marquée. Deux conditions favorables en résultent dans l'étranglement herniaire : d'un côté c'est la diminution de volume de la tumeur et surtout celle de l'épaisseur des parois intestinales au point correspondant à l'étranglement; cette diminution de volume et d'épaisseur que produit le resserrement des capillaires est peu de chose, je l'accorde ; mais qu'importe ? Si ce fait existe (et il ne saurait guère, ce me semble^ être contesté), il doit toujours être considéré comme une circonstance adjuvante à ajouter aux autres conditions qui favorisent la réduction de la hernie et, à ce litre, il a une valeur dont il faut tenir compte, si petite soit-elle. D'un autre côté, à ce même titre d'agent défluxionnant, la caféine s'oppose à ces transsudations séro-sanguines dont j'ai parlé déjà, en même temps qu'à cette inflammation, à cette hyperémie phlegmasipare tout au moins, dans laquelle , avec raison peut-être, M. Gosselin ne veut pas voir, comme Malgaigne, une cause d'étranglement, mais qu'il ne saurait se refuser à considérer comme une nouvelle cause de difficultés pour la réduction-, comme une complication fâcheuse en tout cas.

Parmi les traitements médicaux auxquels il se montre en général fort peu favorable le professeur Gosselin relègue au .dernier rang (1) la strychnine et le café, dans lesquels sa confiance paraît bien près d'être nulle: « J'approuverais peut-être l'emploi de ces moyens, dit-il, si l'on avait indiqué le nombre

des insuccès à côté de celui des succès » 11 est sans doute

regrettable que nous n'ayons pas, pour juger celte question,

(1) Leçons sur les hernies abdominales, p. 181,

Ipus les fails conlradictoires qui oui, dû être obsei'vés. La solution en serait évidemment bien plus aisée. Mais en vérité la prudence du savant professeur est trop exigeante. N'en est-il pas, sous ce rapport^ de presque toutes les médications nouvellement prônées, comme de l'emploi du café dans l'étranglement herniaire? et de combien de précieuses ressources la thérapeutique ne serait-elle pas privée si, à chacun des nouveaux moyens qu'offrait l'empirisme, avait été opposé un scepticisme aussi défiant !

Au doute émis quelques lignes plus loin par le professeur de la Charité, relativement à la sollicitation des contractions intestinales par le café, je ne saurais répondre qu'en répétant ce que j'en ai dit dans la partie physiologique de ce travail; je crois y avoir réuni des preuves suffisantes et suffisamment nombreuses de l'énergique contraction imprimée par la caféine à la fibre musculaire gastro-intestinale.

Enfin , dans ces remarquables leçons de M. Gosselin, je vois un dernier reproche adressé au café en même temps qu'à la strychnine : il est très-sérieux et mérite de nous arrêter un instant. Comme la plupart des moyens médicaux, dit ce chirurgien, ceux-ci ont l'inconvénient de faire perdre du temps. Il y a lA, je m'empresse de le reconnaître, beaucoup de vérité, mais je me permets d'ajouter : un peu d'exagération. A Dieu ne plaise que je vienne prêcher la temporisation dans les étranglements herniaires! Mais que sont donc en réalité ces si graves pertes de temps avec le café ? Si je consulte à cet égard les observations résumées plus haut, je trouve que plusieurs fois la réduction a été obtenue une heure, moins d'une heure même peut-être, après le début de l'emploi du café. Une seule ibis ;obs. 7) la réduction s'est fait attendre cinq heures; mais, dans ce cas, le café avait été pris très-irrégulièrement et rejeté en grande partie par les vomissements ; une autre fois (obs. 13), le triitement caféique durait depuis quatre heures ; mais à ce dernier malade le café avait été administré seulement toutes

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