‹ Du caféChapitre 8 sur 10 · SI · texte numérisé non relu

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les denii-lieurey, intervalle que je ci'ois trop long. En y comprenant néanmoins ces deux cas de durée exceptionnelle, je trouve, comme moyenne du temps écoulé entre la première tasse de café et la réduction de la liei'nie, deux heures et quart, environ. Ajoutons-y les quelques minutes que réclame la préparation d'une infusion de café, soit, en tout, deux heures et demie. Est-ce là en vérité un" retard énorme? Et ne faut- il pas bien souvent autant et plus de temps pour.se procurer du chloroforme et un aide à qui l'on puisse confier la délicate mission

de le donner? A Paris, non sans doute et encore? Mais

en province, mais dans la pratique rur-ale, où certes les hernies et leur étranglement sont loin d'être rares ? M. Gosselin veut, qu'en pareil cas, on procède au taxis sans aide et sans anesthésie. Mais la sensibilité de la tumeur et la pusillanimité des malades permettent-ils toujours de donner à cette manœuvre l'énergie et la durée nécessaires pour qu'elle soit efficace? Évidemment non ; il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'oeil sur les observations citées plus haut.

Qu'on ne croie pas d'ailleurs que je veuille proscrire le taxis et que j'aie la prétention de substituer le café dans toutes les circonstances et absolument à cette manœuvre d'une valeur avérée. Que le taxis méthodique et pratiqué suivant les règles si bien posées par M. Gosselin soit le premier moyen auquel on ait recours lorsqu'on a sous la main du chloroforme et un aide expérimenté pour le donner, rien de mieux, et c'est là, sans

contredit, une pratique qu'à l'occasion je n'hésiteraispasàsuivre. Mais, quand l'impossibilité de recourir à l'anesthésie et la sensibilité de la tumeur rendent le taxis impraticable, pourquoi, tout au moins pendant le temps nécessaire à se procurer l'assistance et les objets qui doivent permettre de faire cette manœuvre dans de meilleures conditions, ne pas essayer d'un moyen qu'aujourd'hui l'on a à peu pr-ès partout sous la main, moyen qui a donné un certain nombre de succès, dont l'action est assez prompte, et qu'en définitive justifient la physiologie et le raisonnement?

Je n'ai parlé dans ce qui précède que du taxis, mais ce que j'ai dit s'applique à plus forte raison au débridement, opération délicate et dangereuse, difficile à pratiquer sans aides exercés et sans anesthésie, et qu'on outre il n'est pas toujours aisé de faire accepter aux malades.

Comparé aux autres traitements non chirurgicaux de la hernie étranglée^, le cale me parait mériter sur eux la préférence; il importe d'ailleurs^ de noter ici qu'il en est plusieurs auxquels il peut très-bien être associé. — 11 n'offre pas les dangers ni le maniement difficile de la strychnine^ dont il partage le mode d'action relativement à l'état morbide qu'il s'agit de combattre. — Autant en peut-on dire des lavements de tabac, dont le dosage présente de si grandes et si périlleuses incertitudes.

Stimulant les contractions intestinales comme les purgatifs , le café a sur eux le double avantage de ne pas irriter l'intestin et d'amener l'ischémie de la tumeur, dont ils produisent au contraire la congestion.

La saignée poussée jusqu'à la syncope est, à la vérité, un moyen efficace, mais que son influence sur l'état général ne permet guère d'employer chez certains sujets.

Les bains aussi réussissent quelquefois, surtout à titre d'adjuvants du taxis. Rien n'empêche de les combiner au café. 11 en est de même des réfrigérants, tels que la glace en application topique ; celle-ci seule ou combinée à divers autres traitements a donné quelques bons résultats. Mais le froid intense a ici l'inconvénient de produire une ischémie exagérée, exposant soit à la gangrène, soit à une réaction inflammatoire violente. Aussi l'adjuvant que je donnerais de préférence à tout autre au café dans l'étranglement herniaire, c'est la belladone en onction sur la région de l'orifice par lequel s'est échappée la hernie, comme l'a fait M. Ronzier-Joly, et mieux encore le sulfate d'atropine en injections hypodermiques au voisinage de cette région, et qui donnerait une action plus prompte et plus énergique. L'atropine est un agent vaso-moteur; elle stimule la fibre lisse, elle

diminue la sensibilité ; son action s'allie donc à merveille à celle du café pour diminuer la congestion dans la tumeur et y solliciter les contractions, en même temps que, par son action anesthésiante, elle permettrait de revenir plus tôt au taxis, si celui-ci avait été empêché par la violence de la douleur.

J'ai à peine besoin d'ajouter que le café ne saurait être employé indistinctement dans tous les cas de hernie étranglée ; comme le taxis, il serait inutile, sinon dangereux, dans l'étranglement des hernies anciennes et habituellement non réduites où des adhérences se sont formées entre le sac et l'anse intestinale dont elles rendent la réduction absolument impossible sans opération. — Le prescrire à une époque très-avancée de l'étranglement, après trois ou quatre jours par exemple, serait trèsdangereux; comme le taxis, il exposerait à faire rentrer dans l'abdomen un intestin gangrené ou perforé. Malgré le succès obtenu par M. Mayer (obs. 6), ce n'est pas sans hésitation que je me déciderais à recourir, comme lui, au café contre des accidents d'étranglement datant de trois jours. On ne saurait mieux faire, je crois, relativement à l'âge de Fétranglement, que d'appliquer au traitement par le café les règles posées par M. Gosselin pour le taxis : on pourra donc l'employer pour toutes les hernies dans les vingt-quatre ou trente-six premières heures de l'accident; jusqu'à soixante- douze heures, on pourra recourir encore au café pour les hernies grosses ou moyennes, mais à la condition qu'il n'existe aucun des signes qui doivent faire redouter l'existence d'une perforation ou d'un point de gangrène, rougeur de la peau, empâtement du tissu cellulaire, et à plus forte raiscm emphysème sous-cutané et eschares du scrotum (1).

Il me reste à formuler en quelques mots le traitement caféique tel qu'il me parait devoir être fait dans l'étranglement herniaire. La crainte des accidents de la caféine ne devra pas empêcher de donner à ce traitement une grande activité, car, d'un côté, ces

l) Voy. Gosseliti, Leçons sur les hernies, p. 186 : Indications du taxis.

ciccicleuts chez rbonmie ne deviennent menaçants qu'à des doses considérables, et, d'un autre côté, ils sont iaciles à calmer par l'opium ou les alcooliques. — On prescrira de préférence le cai'é torréfié, blond, en infusion, non que ce soit 1;\ la préparation la plus active^ mais parce qu'étant la plus agréable au goût, elle est celle qui offre les meilleures chances d'être bien supportée et de n'être pas rejetée par les vomissements. — On emploiera 200 grammes de café par litre d'eau ; les anciens filtres à lixiviation doivent être choisis pour cette préparation plutôt que ces appareils nouveaux à bascule ou à boules superposées, dans lesquels l'eau séjournant peu sur la poudre de café, lui emprunte une quantité moindre de caféine. — 150 grammes ou une tasse à thé ordinaii'e de cette infusion seront donnés tous les quarts d'heure.

A cela j'ajouterais, dans les cas surtout où, comme chez le malade de l'observation 8, l'infusion est rejetée par les vomissements, des quarts de lavement au café cru préparés par décoction de 150 grammes de café cru concassé dans 1 litre d'eau jusqu'à réduction de moitié du liquide environ. Un quart de lavement serait donné totites les demi-heures au moins.

i^nfin on compléterait ce traitement par le repos au lit dans le déculiitus dorsal, le bassin un peu soulevé et les cuisses modérément fléchies, un bain, si on le jugeait à propos, ouïes réfrigérants, mais plutôt les onctions belladonées ou les injections d'atropine.

Conmie la strychnine, le café, par la stimulation des contractions péristaltiques qu'il produit, peut donner des résultats favorables dans l'étranglement et surtout le pseudo-étranglement internes. Mon affectionné maitre M. Lailler m'a parlé d'un cas de ce genre dans lequel il avait été appelé en consultation ; le diagnostic porté était un étranglement interne ; sur son avis, on recourut au café à haute dose, fîien que l'état du malade eût fait porter un pronostic très-grave, la guérison fut obtenue. l>o ce fait on rapprochera l'observation suivante, que je reproduis presque in extenso, à cause du haut intérêt qu'elle présente :

Obs. XV. — Fseudu-étranglement interne. — Observation lue à la Soc été médico-chirurgicale de Paris, par M. J. Guyot, le 8 novembre 1866 (1).

X (Marguerite), entrée à l'hôpital Necker, salle Sainte-Thérèse,

n" 10 (service de M. Lasègue, suppléé par M. J. Guyot), le 9 octobre 1866, à onze heures du matin.

Quand celte femme entra à l'hôpital, elle éprouvait depuis huit jours des douleurs très-vives dans leventre, qu'accompagnaient des vomissements bilieux fréquents et une constipation opiniâtre; un purgatif administré en ville avait été vomi et des lavements donnés sans résultat.

Le 9 octobre. A l'entrée de la malade, le ventre est distendu, météorisé ; les vomissements et la constipation persistent. Traitement : glace, 30 grammes d'huile de ricin, lavement purgatif.

Le 10. L'huile de ricin de la veille a été rejetée presque aussitôt après son ingestion. 3Ièmes symptômes.

Le 11. Ballonnement du ventre considérable; les anses de l'intestin grêle se dessinent très-nettement sous la peau : le gros intestin ne paraît pas distendu; aussi présume-t-on que l'obstacle au cours des matières est dans l'intestin grêle. Ventre toujours douloureux, ce qui rend hi ])alpation difficile. Immédiatement avant la visite, un vomissement fécaloïde. Aucune tumeur appréciable par le toucher vaginal ni par le toucher rectal. Traitement : glace; calomel, 1 gramme. Lavement avec séné et sulfate de soude.

Le 12. Vomissements fécaioïdes répétés un grand nombre de fois depuis hier. Le calomel a été vomi. Lu constipation persiste. Prostration très-grande. Traitement : glace; bain d'une heure; lavement purgatif; une demi-goutte d'huile de croton.

Le 13. Même état. Traitement : glace et café noir : 8 tasses à prendre de demi-heure en demi-heure.

Dans la nuit du 13 au 14, après l'ingestion de 6 tasses de café qui mettent la malade dans une grande agitation, il se produit une débâcle considérable : 4 ou b selles se succèdent en quelques heures; les matières sont rendues liquides, de couleur bilieuse.

Le 14. A la visite on trouve le ventre souple, il n'y a plus eu de vomissements depuis la veille. Dans la journée du 14, la débâcle continue : 8 à 10 selles diarrhéiques. Traitement : 200 grammes de vin de Bordeaux, 4 bouillons.

Le 15. La diarrhée continue presque sans coliques.

La malade se remit assez promptement ensuite et garda seulement pendant quelque temps une grande tendance à la diarrhop (juo, d'ailleurs, l'opium arrêtait facilement.

(1) Union médicale, l. XXXII, p. 627; I86ti. IH68. — Méplaiii. 4

JV Du café comme modi/icateur des fonctions respiratoires.

Asthme. — L'empirisme a depuis longtemps consacré l'usâge du café dans l'asthme. Musgrave, Laëunec, Pringle, Percival,le considéraient comme un moyen souvent eificace de rendre les accès moins grave et moins fréquents. Suivant Robert Brie, nonseulement il diminue l'intensité des attaques d'asthme, mais encore il peut en prévenir le retour d'une façon absolue. Après avoir été pendant cinquante ans tourmenté d'un asthme et avoir écrit une monographie de cette maladie, Floyer a, vers la fin de sa vie, trouvé enfin dans le café le seul agent capable de conjurer chez lui les accès. L'auteur d'un autre traité de l'asthme, M. Ilyde Salter, médecin de Charing Cross Hospital indique cet agent comme un des moyens les plus utiles à lui opposer: a Le café, dit- il, soulage dans les deux-tiers des cas. Le soulagement est d'ailleurs très-inégal; tantôt temporaine et léger; tantôt complet et permanent » (1).

Comme tant d'autres remèdes préconisés contre cette pénible maladie, le café ne réussit pas toujours à guérir ni même à calmer ou à retarder les accès de l'asthme. Il serait à désirer que l'on pût préciser les cas où s'exerce cette influence favorable, et ceux dans lesquels, au contraire, le médicament demeure impuissant. Malheureusement cela nous est le plus souvent impossible. La clinique ne nous a jusqu'ici fourni sur les indications du café dans l'asthme que des renseignements généraux et peu précis. Cependant M. G. Sée (2) dit avoir remarqué que l'asthme cktarrhal n'éprouve du traitement caféiqùe aucune modification et que l'élément dyspnéique seul semble être influencé d'une façon avantageuse dans l'asthme simple. C'est en effet contre l'asthme dit simple, sec ou nerveux., et particulièrement contre

(]) Edimburg médical Journal, juin 1859; et Bulletin de thérapeulique, t. LXI . p. 229; 18C1.

;2' Article cité du Noin i ini Diotiontinirr de tn^dsc» et de i liir. pnil., (. III.

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l'asthme neneux périodique, que la plupart des auteurs que j'ai cités plus haut ont conseillé l'emploi du café.

La méthode physiologique nous est ici d'un aussi faible secours que l'empirisme. Si nous essayons d'appliquer cette méthode au traitement de l'asthme par le café, nous nous heurtons dès l'abord à des difficultés quant à présent insurmontables. Comment en eti'et pourrions-nous demander à la physiologie l'explication du mécanisme en vertu duquel un agent thérapeutique modifie un état morbide, si la nature de cet état morbide lui-même ne nous est pas connue? Comment à plus forte raison lui demanderions-nous d'en préciser les indications? Or, si les théories de l'asthme sont nombreuses, il n'en est aucune qui présente un degré bien satisfaisant de certitude. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion de ces théories ; ce serait faire hors de mon sujet une excursion trop considérable; je ne ferai donc qu'énoncer les principales, celles qui sont le plus généralement adoptées aujourd'hui, et chercher à leur appliquer cé que nous savons de l'action physiologique de la caféine.

La plupart des auteurs de notre époque considèrent avec M. A. Lefèvre (1) et M. Salter (2), l'asthme comme une névrose spasmodiquedes tubes bronchiaux. Danscette hypothèse, onpeut jusqu'à un certain point se rendre compte de l'action favorable qu'exercerait le café donné un temps assez long avant l'accès ; mais on ne comprend guère qu'il puisse être utile quand celuici a commencé. Salter, qui recommande en effet de prendre le café le matin, c'est-à-dire longtemps avant l'accès,, lequel comme on sait, est le plus souvent nocturne^ donne de l'action de ce médicament une interprétation que je ne saurais accepter. « Les accès, dit-il, apparaissent pendant la nuit, c'est-à-dire quand l'excitabilité réflexe est très- augmentée ; le café qui empêche le sommeil et augmente l'activité de ren(îéphale, diminue par cela même les accès réflexes et, par conséquent, l'asthme qui

(1) De l'Asthme; Paris, 1847, In-8°.

.'2) On Aslhmatia pathology uiul treaiiiiuiit ; Loiidoii, 18G0.

résulte en général d'une impression de ce genre.» S'il en était ainsi, remarque avec raison le professeur Sée, l'accès devrait manquer pendant la veille, tandis que souvent il se manifeste ou pendant le jour ou dans la soirée et quelles que soient les tentatives du malade pour éviter le sommeil; j'ajouterai que, si la théorie du médecin anglais était vraie, il aurait évidemment été conduit par la pratique à conseiller le café le soir plutôt que le matin ; enfin on se rappelle que, pour moi comme pour Voït, loin de diminuer l'aptitude aux actions rétlexes, le café a pour effet au contraire, de l'augmenter.

L'analogie permet de croire que la caféine stimule la contractilité des muscles de Reissessen de même que celles des autres fibres lisses, celles des vaisseaux par exemple. Or, le spasme ])ronchial que l'on suppose constituer l'accès d'asthme ne pourrait-il pas être rapproché du spasme vasculaire par lequel débute l'accès de la fièvre intermittente ? La caféine prise quelques heures avant l'accès jouerait alors sur les muscles bronchiaux un rôle de régulateur analogue à celui qu'elle joue, comme la quinine, sur les muscles vasculaires dans l'accès paludique. Certes, je ne me dissimule pas combien est risqué ce rapprochement ni tout ce que cette interprétation offre d'incomplet et de douteux; mais de prémisses hyopothétiques on ne peut tirer que des déductions incertaines, et je ne saurais donner une interprétation rigoureuse de l'action du café sur l'asthme dans une théorie qui, quelque soit le nombre de ses partisans, ne présente qu'une certitude fort mal assise, théorie que d'ailleurs pour mon compte personnel je n'admets pas.

Je ne suis guère plus disposé à accepter la doctrine de M. Sée, suivant lequel le phénomène constitutif essentiel de l'asthme serait une contraction tétanique du diaphragme. C'est par le ralentissement de la nutrition que ce professeur explique l'heureuse influence exercée par le café : « Si les centres nerveux, dit-il, éprouvent moins de changements moléculaires que dans l'état normal, les agents excitants des muqueuses et des nerfs

respiratoires, c'est-à-dire les causes des accès produisent une impression moins vive sur ces organes épuisés par ime surexci ■ fation toxique, émoussés par une nutrition moins active, «

Beau (1) rapportant à la sécrétion bronchique la part la plus importante dans la maladie, fait de l'asthme une affection catarrhale qu'il range dans le groupe des bronchites à râle vibrant. A cette théorie de l'asthme se rattache la suivante, de toutes la plus satisfaisante à mon gré et que, quant à moi, je crois devoir adopter, tout en reconnaissant qu'elle est, elle aussi, hypothétique par quelques points dans lesquels une place subsiste pour l'incertitude. On la trouvera remarquablement exposée par M. Parrot, à qui elle appartient, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (2), je la résume en quelques mots : l'asthme est une maladie des nerfs qui président à la sécrétion broncho-pulmonaire ; c'est une névrose, une attaque de nerf de nature sécrétoire ; cette attaque de nerfs est, habituellement au moins, le fait d'une action réflexe ayant son point de départ dans une sensation dont la nature et le lieu sont extrêmement variables (impression du froid ou de quelque odeur, poussières, etc.) sous cette influence, la sécrétion pulmonaire s'exagère tout à coup, ce que révèlent dès le début de l'accès d'asthme les râles vibrants entendus à l'auscultation. Le mucus tenace et visqueux ainsi produit abondamment, obstrue les bronches tant que dure la dyspnée, mais il n'est pas la seule cause de la gêne respiratoire ; il s'y joint un état congestif de la muqueuse et de son appareil glandulaire, état primordial et nécessaire suivant les nns, secondaire et médiat suivant les autres, mais dont le résultat est en tous cas, par la tuméfaction de la muqueuse qu'il produit, de diminuer le calibre des petites bronches et de faciliter leur obstruction par la matière sécrétée. « Quant à l'action intime de l'élément nerveux dans le processus asthmatique, il

(1) Archives géïKM'ales de médecine, 3o série, t. IX , p, 136 ; 1840. Union médio., l8oa, p. 313 ; el Gazette des hôpitaux, 18.')5, p. 301. 'T Apliele Asthme, \. VI, p. 749.

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nous est encore inconnu. Provoque-t-il la séci élion en agissant d'abord sur les vaisseaux des glandes bronchiques? Les dilatet-il par une action paralysante des rameanx du va pue sur ceux du grand sympathique? Ou ])ien est-ce qu'il excite directement

les cellules glandulaires? » (Parrot). Pour moi je me sens

très-attiré par Thypothèse de la paralysie voso-motrice et du relâchement des vaisseaux glandulaires du poumon. L'hyperepynie pulmonaire ne serait ainsi qu'une application de la loi générale en vertu de laquelle le produit des glandes est en raison direct de l'afflux sanguin qu'elles reçoivent, en raison inverse, par conséquent, de l'activité de leurs vaso-moteurs.

Les guérisons ou tout au moins les améliorations obtenues dans l'asthme par le café s'expliquent aisément si cette théorie est admise, et j'y verrais peut-être une raison de plus de lui donner la préférence si je n'étais très-porté à me défier de l'axiome: naturam morborum curationes ostendunt. Agent vasomoteur, la caféine stimule les nerfs vasculaires de la muqueuse broncho-pulmonaire ; elle s'oppose ainsi à la tuméfaction congestive et à l'hypercrinie de cette muqueuse, par conséquent à l'accès d'asthme.

Coqueluche. — Le café a été fort vanté dans la coqueluche par le Guyot (J). Ce médecin donne le café noir après le repas à la dose de une cuillerée à café aux enfants âgés de moins de 2 ans, une cuillerée à dessert pour ceux de 2 à4 ans, et une cuillerée à bouche au-dessus de cet âge. Suivant lui, les coqueluches les plus rebelles céderaient à ce traitement en trois ou quatre jours. Malheureusement ce brillant résultat est loin de s'être reproduit entre les mains des autres praticiens. Néanmoins le café est, dans cette affection souvent si opiniâtre, un moyen assez fréquemment utile pour qu'on doive ne pas le négliger. Avant M. J. Guyot, M. Blache l'avait employé avec des succès

ri) Union mpdirale, 1849, p. 194; id., ISfiO. 2« gérie, t. VJ, p. 3S6 et 45$,

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\ arialjles i^insi, que Baudeloque et Bouueau (i). Tout eu se m,qu-. trant tièdes partisans de ce traitement, Trousseau et M- Pi<iQUJf ne le croient cependant pas dénué d'utilité. M. Courbassier (2) dit s'être bien trouvé dans plusieurs épidémies de coqueluche d'un sirop dans lequel le café était associé à la belladone, àl'ipécacuanha et au quinquina. Enfin le Laronde (de Saint-Pourçain) (3) bien qu'il combatte ce qu'il y a d'excessif dans les prétentions de M. Guyot pour le café, parait avoir trouvé dans ce traitement un remède qui ne vaut ni moins ni mieux que tant d'autres opposés journellement à la coqueluche.

C'est tantôt l'infusion du café torréfié, tantôt la décoction ou la macération de café cru qui a été employée.

La nature de la coqueluche nous étant pour le moins aussi peu connue que çelle de l'asthme, nous ne saurions donner de Iç^ modification de çette maladie par la caféirie une interprétt)tion physiologique de quelque valeur. Est-ce en diminuant l'irrigation sanguine du bulbe, ou celle de la muqueuse pulmonaire qu'agit cet alcaloïde? Est-ce en modifiant la sensibilité de cette muqueuse,, ou bien par quelque autre mécanisme que nous ne soupçonnons inême pas f^ujovird'hui? C'est là un problème impossible à résoudre dans l'état actuel de nos connaissances et que nous ne pouvons que poser.

Y, Du çOifé compta diuvélique e( coimne %nodificateur du i)iqnvetï{er^ 4^ décomposition moléculaire.

Dysicrie. — Nous avons vu que la caféine exei'ce syr |a tonique musculeuse de la vessie stiii^ulation dont l'pffet §s\ dp rendre les besoins d'uriner très-fréquents. J^e Lama.re- Piquot (4) rapporte une observation de rétention d'iirinç dan§

(1^ Vaptliier, Union mi'dicalpj l, III, p. 220 ; 1849.

(2) Bulletin de thérapeutique, t. LV, p. 23 ; IS^S.

(3) Union médicale, 2« série, t. \l; 1860.

(4) Article cité du Biillffin de IliérapRutiqiiP, I. LXI j ISj}!,

laquelle cette propiiélé l'ut mise à profit. Il s'agit d'un vieil officier de la marine anglaise atteint depuis un grand nombre d'années d'un rétrécissement uréthral qui l'avait plusieurs l'ois déjà mis aux prises avec la rétention d'urine. En octobre ISfiÛ, M. W... fut pris de nouveau de cet accident; aucune sonde ne put pénétrer dans la vessie. Le Lamare-Piquot en désespoir de cause prescrivit plusieurs tasses de café à prendre à courts intervalles : à la cinquième tasse, le malade commença à uriner un peu ; le café fut continué, et le lendemain la miction était facile. — Le même accident se reproduisit en 1861 ; on employa encore le café avec le même succès.

Ce fait, le seul de ce genre dont nous ayons connaissance, est infiuffîsant pour juger l'e/ficacité du café dans la rétention d'urine. 11 serait à désirer que d'autres guérisons analogues vinssent établir l'efficacité d'un moyen aussi simple, aussi facile, aussi peu dangereux dans un état pathologique qui peut devenir si redoutable.

lïydropisies. — Les diurétiques de l'ordre auquel appartient le café, c'est-à-dire ceux qui produisent la diurèse en augmentant la tension artérielle et dont la digitale peut être considérée comme le type, sont particulièrement indiqués dans les hydropisies; trouvant dans un organisme gorgé de liquides le système vasculaire bien rempli, leur action vaso-motrice produit un effet bien plus énergique qu'elle ne le ferait dans des conditions opposées.

Dès 172S, un médecin hollandais, Zwinger, recommandait l'emploi du café dans les hydropisies. On trouve dans le Bvlletin de thérapeutique (1) trois cas de ce genre d'affection guéris par les préparations cai'éiques; depuis lors, ce traitement, que le professeur Bouchardat a contribué à remettre en honneur, a été plusieurs fois employé avec succès. En raison de sa propriété

(1) Année 1839, t. XVl, |,. IV..

de ralentir In. désassimilation, je pense que le café est surtout indiqué dans les hydropisies qu'accompagnent un affaiblissement rapide, une déperdition considérable des forces. L'action excitante qu'il exerce sur le cœur devra faire craindre de l'employer à hautes doses dans les hydropisies qui se lient à une lésion grave de cet organe.

Albuminurie. — Au rapport de M. Bouchardat (1), Honoré, médecin de l'Hôtel-Dieu, a guéri trois malades atteints d'anasarque albuminurique, en leur faisant prendre chaque jour une infusion faite avec 25 grammes de café torréfié et 300 grammes d'eau. Bien que théoriquement, il semble permis d'attribuer tl la caféine, ae-ent minoratif du mouvement de dénutrition, une influence favorable sur l'albuminurie, je doute fort que cette substance y jouisse d'une réelle et complète eflicacité. Les trois succès d'Honoré restent isolés ; si le café pouvait véritablement guérir cette maladie si redoutable et contre laquelle tant de moyens thérapeutiques ont été et sont encore tous les jours essayés, serait-il croyable qu'après que ces heureux résultats ont été publiés, on ne soit pas revenu à l'agent qui les avait fournis et que cet agent n'ait pas pris place au premier rang parmi ceux dont se compose le traitement habituel *de la néphrite albumineuse? Que l'hydropisie qui complique la maladie de Bright soit modifiée favorablement par le café, qu'elle disparaisse même pour un temps sous son influence, je ne nie pas que cela puisse arriver, mais c'est là, je crois, tout ce que l'on peut, dans l'albuminurie, demander à ce médicament. D'ailleurs, d'après les renseignements trop peu complets que donne le professeur Bouchardat sur les malades d'Honoré, il est permis de supposer que le symptôme anasarque seul a été amendé par le traitement caféique et que la néphrite albumineuse a persisté.

(1) Annuaire de thérapeutique, 1846, p. 44.

Glycosurie. — «Le café, dit M. Boucharda.t, est ijtiie k presque tous les malades atteints de glycosurie; sauf contre-indiça,tion, j'en prescris une tasse après le repas principal ; on doit le prendre sans sucre ou du moins en diminuant beaucoup la quantité de ce principe. » C'est encore à. titre de modérateur de la dénutrition que le café peut jouer ici un yôle favQrable en amoindrissant la déperdition glycosique. 11 est évident que seul il ne saurait constituer un traitement suffisant du diabète, mais il est permis de le considérer comme un bon adjuvant des autres médications opposées à cette diathèse, les eau.'s minérales alcalines, par exemple, et surtout cornme un dçs s^liments les mieux appropriés à cet état morbide.

Goutte. — Le café est-il indiqué ou contre-indiqué dans la goutte? Pris avec modération, il serait, suivant Roques (1), généralement salutaire aux goutteux. Ph, Dufour r^ipporte que Gras (de Genève) a guéri plusieurs de ces malades par l'infusion de café et il en a lui-même observé un dont les douleurs furent calmées par ce moyen. M. Landarrabilco (2) cite buit observations de goutte guéries à l'aide de macération de café cru. D'un autre côté, c'est une pratique très-répandue que d'en interdire l'usage aux goutteux, ou tout au moins de leur recommander sous ce rapport la plus grande sobriété. Si commune que soit cette pratique, elle ne saurait suffire à prouver la nocuité, ni môme l'inutilité du café dans la goutte, et cela d'autant moins que vraisemblablement elle procède de la croyance que le café est un excitant ^.nalogue aux boissons alcooliques ; or nous avons vu combien est peu fondée cette croyance, bien qu'elle aussi spit très-générale.

Le phéuQmône capital de la goutte, c'est un ejccès d'acide urique dans le sang; cet acide en excès se dépose, sous fgrme

(1) Bulletin de thérapeutique, t. VIII, p, §89; 1835-

(2) Thèse citée; Montpclli-îr, 4866.

de cristaux d'urate de soude, dans les tissus articulaires et périarticulaires, dans la peau et les parenchymes des différents viscères. Mais quelle est l'orgine de ce produit? Liebig l'attribuai* à une combustion insuffisante des matières albuminoïdes qui, trop faiblement oxydées, se transformeraient en acide urique au lieu de constituer de l'urée. Après avoir joui d'une vogue assez grande^ cette doctrine est aujourd'hui pour le moins fortement ébranlée. Ainsi il est actuellement démontré que, dans les circonstances accusées par Liebig de cette oxydation insuffisante (repas trop copieux, régime trop animalisé, défaut d'exercice musculaire), l'urée n'augmente pas proportionnellement moins que l'acide urique. D'ailleurs, d'après Yoït et Bischoff, ces deux substances ne se formeraient jamais directement dans le sang mais proviendraient de la décomposition moléculaire des tissus. D'un autre côté, suivant quelques auteurs, et M. Robin entre autres, l'urée et l'acide urique auraient une origine différente ; tandis que l'urée serait le produit de la désassimilation musculaire, l'acide urique suivant ce professeur (1), proviendrait de la géline, résultat premier de la décomposition moléculaire des cartilages et des tissus fibreux. La diathèse urique serait donc le fait d'une exagération du mouvement de dénutrition dans ces tissus.

Que conclure de ces considérations théoriques sur la goutte relativement à l'emploi dans cette maladie des préparations caféiques?.... Rien que des hypothèses, puisque ces théories ellesmêmes sont encore hypothétiques. Si l'on admettait la manière de voir de Liebig, il faudrait proscrire le café chez les goutteux ; car, ralentissant le mouvement de décomposition organique, il devrait contribuer à empêcher les matières albuminoïdes de se transformer en urée et augmenter la proportion du produit de transformation incomplète, de l'acide urique. Dans les théories opposées, devenues aujourd'hui plus probables que celle

(1) Programme du cours d'histologie. In-8°. Paris, 1864, p. 90; et Dictiounaite de médecine de Nysten, W" «dlHon, 1865, p. 678.

de Liebig', bien quinpuffisamment démontrées aussi, il faudrait au contraire préconiser cet agent : si en effet, la production de l'acide urique est indépendante de celle de l'urée, on n'aurait qu'à gagner, chez les goutteux, à employer un médicament qui diminuerait à la fois la genèse de ces deux subtances.

Gravelle urique. — D'étroits rapports unissent cette maladie à la précédente ; on la voit fréquemment remplir les intervalles qui séparent ses accès, et bien qu'ilsoit au moins très- exceptionnel d'observer à la fois chez le même sujet la gravelle et la goutte, il est permis de considérer ces deux affections comme deux manifestations d'un môme état diathésique ; l'une et l'autre ont pour élément morbide fondamental un excès d'acide urique, lequel ici se dépose dans les articulations, dans la peau ou dans les parenchymes sous forme d'urate de soude, et là cristallise, soit sous la même forme, soit à l'état libre ou à l'état d'urate de chaux, dans les organes sécréteurs de l'urine, pour être excrété avec ce liquide en y constituant des graviers. On n'a pas, il est vrai, jusqu'ici constaté l'excès d'acide urique dans le sang des calculeux comme Garrod l'a fait dans celui des malades atteints de goutte. Ce produit a-t-ii dans les deux affections la même origine? On ne saurait le dire. PeuSètre y a-t-il lieu d'admettre relativement à la gravelle l'opinion de Zalesky (1), qui a été conduit, par ses expériences sur les animaux, à considérer le rein comme le lieu de production de l'urée et de l'acide urique, lesquels se formeraient probablement aux dépens de la créatine.

De môme que dans la goutte, le café proscrit dans la gravelle par la généralité des médecins est au contraire présenté par quelques autres comme un agent capable d'en favoriser, ou même d'en produire lui seul la guérison. Murray en conseillait

(l) Rechprcli(;s sur le processus nri^mique; Tiibingue, 1865.

remploi aux calculeu.v à cause de son action diurétique, le supposant apte, par là, à chasser mécaniquement les graviers du rein. Sparcliuch, Ray (1), Roques (2), Foy (3), M. Chrestien (de Montpellier) (4;, ont aussi préconisé l'usage du café dans la gravelle, soit torréfié en infusion, soit vert en macération ou en décoction; ils citent à l'appui un certain nombre d'observations dont plusieurs, à vrai dire, m'ont semblé peu concluantes. M. Landarrabilco, dans sa thèse, rapporte G cas de gravelle guéris par la macération du café vert : deux de ces malades avaient des coliques néphrétiques.

La proscription qui excluait le café du régime des calculeux parait au reste être moins absolue et moins générale qu'il y a quelques années, et, comme l'observe M. Marchand, on le voit tolérer môme dans les stations d'eaux minérales où l'on envoie ces malades. «Je recommande l'usage du thé, dit M. Le Roy (d'Étiolles), fils (.5), et je permets l'usage du café de temps eu temps à la rigueur, faible, à l'eau » et cependant nous trouvons ce médecin parmi ceux qui mettent le café au nombre des excitants. [Traité la gravelle, P<^8'e ^6.)

Parmi les auteurs qui ont prôné le traitement de la gravelle et de la goutte par le café, quelques-uns ont allégué en sa faveur la rareté de ces maladies chez les peuples qui font de cette liqueur un grand usage, et particulièrement en Orient, .l'avoue n'attacher à cet argument aucune considération, La diathèse urique est le fait surtout d'un régime succulent et fortement animalisé; cr, on sait combien en général l'alimentation des peuples dont il s'agit diffère, sous ce rapport, de la nôtre, et de celle surtout des Anglais, pour lesquels la goutte affecte une si remarquable prédilection, .le trouve d'ailleurs dans l'ouvrage de M. Le Roy (d'EtioUes) (p. 449) une communi-

Histoi'ia plantaiMiin.

'2) Bulletin do Ihérapeuliqui-. I. VIII. p. l'H!) ; 18o.j.

Hullelin de lluM'aiieiiliciun, L XXXIV. |). 2(Jli ; 1818. ( t; Gazette médicale, 183().

3) Traité de la gvavclln; Paris, laiiO, ii. 'i!l7,

cation à lui faite par le LV Clot-Boy, et qui réduit cet argument à sa juste valeur ; on y voit, 6n effet, que la g-ravelle et la pierre èont communes en I^gypte ; mais ces calculeux sont tous dès habitants du Delta et de la Basse-Ég-ypte, qui consomment de la viande de mouton en abondance, et qui, malgré les prescriptions du Coran, font souvent usage et abus de liqueurs alcooliques, tandis que les sujets des races sobres, les Bédouins et les Éthiopiens, qui ne prennent pas plus de café que les autres, Sônt exempts de ces concrétions.

En définitive, l'utilité ou la nocuité du café dans la gràvelle restent encore à établir d'une manière certaine. Les faits de Ray, de M. Chrestien, ceux surtout de M. Landarrabilco méritent d'attirer sur cette question l'attention des praticiens. Quant à la physiologie, elle est aussi impuissante à la résoudre qu'elle l'était quand il s'agissait de la goutte. A titre de diurétique mécanique, la caféine doit remplir dans la gravelle l'indication pour laquelle la conseillait Murray [urinam movendo sabulum et ':alculos minores pellit). Mais ce n'est pas là tout, tant s'en faut. Si l'on admet que les graviers sont le résultat d'uiie oxydation insuffisante de la créatine, le café doit être proscrit comme une entrave à cette combustion ; si on les attribue à une production plus active d'acide urique indépendante de celle de l'uréê, et sans que la première de ces substances soit constituée aux dépens de la second e, on aura raison, au contraire, d'employer là médication caféique.

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