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braiie muqueuse de l’estomac était absolument désorganisée, hérissée de petites fongosités. Même disposition dans le canal intestinal, qui était gangrené vers la portion transversale du colon.
Cette observation et la planche qui l’accompagne ne permettent pas de rattacher cette maladie à une autre variété qu’à celle du cancer mélané. L’auteur indique lui-même les caractères du cancer dans sa description. «Les tumeurs sont dures, jaunâtres à 1 intérieur, semblables par leur consistance et leur couleur à du lard rance , noires à leur superficie, ulcérées à leu rsurface.U) Ce sont bien là tous les signes du cancer uni à la mélanose ; de plus, toute 1 économie est infectée , il y a des tumeurs cancéreuses dans les glandes qui environnent l’œsophage et la trachée.
Pour toutes ces raisons , je comprendrai sous la dénomination de cancer mélané les tumeurs noirâtres de la peau , qui se rapprochent du cancer par les douleurs vives qui les accompagnent , par leur tendance à s’ulcérer et à repulluler quand on les extirpe, et qui contiennent un des éléments cancéreux, squirrhe ou encéphaloïde.
Le siège de ces tumeurs varie : on en observe au visage (obs. de Lisfranc) , au poignet (obs. de M. Blandin) , au petit doigt (obs. de M. Dubourg) , au sein ( T® obs. de Jiirine), à la lèvre inférieure [T obs. de Jurine) , au front, au cou-de-pied.
La première apparition du mal est signalée par une tache bleuâtre, ou violacée, ou tout à fait noire , qu’on aperçoit par transparence au-dessous
de répiderme , qui donne lieu à un sentiment de prurit et quelquefois à des élancements. La cause qui a présidé à la naissance de cette tache est ordinairement fort incertaine.
Péu à peu la tache augmente en largeur, puis semble se gonfler, soulever l’épiderme, et prend lentement la forme d’un tubercule et plus tard celle d’une tumeur.
Tantôt la couleur primitive persiste ; le plus souvent , lorsque la tumeur s’accroît , elle reste noire au sommet, tandis que la base prend une teinte bistrée , une couleur olivâtre. Si on enlève l’épiderme , soit avec l’ongle, soit en appliquant un vésicatoire comme le fit J urine, on découvre le derme d’une couleur noirâtre, comme fendillé, et quelquefois très-lisse et brillant.
Lorsque le tubercule a acquis un volume un peu plus considérable , alors il se forme au sommet une excoriation qui devient bientôt une ulcération, dont les bords s’indurent de plus en plus, s’épaississent, se renversent , sécrètent une sanie sanguinolente , d’un aspect roussâtre , et donnent parfois lieu à des hémorrhagies. Ces ulcères sont d’une opiniâtreté remarquable, et Alibert prétend que c’est une des variétés de cancer qui repullule avec le plus de ténacité après l’extirpation; il cite toutefois des cas de guérison obtenue par des moyens chirurgicaux.
Les ganglions lymphatiques qui recouvrent les vaisseaux qui reviennent de la partie affectée s’engorgent, des champignons cancéreux s’élancent du
fond de rulcéralion , et bientôt les malades succombent avec tous les phénomènes qui accompagnent la cachexie cancéreuse. On sait combien les pathologistes ont insisté sur les douleurs lancinantes auxquelles donne lieu le développement des affections cancéreuses ; ce caractère s’est rencontré dans la marche du cancer mélané. Nous voyons, en effet , que dans les deux observations dues à M. Blandin et à M. Dubourg, les malades se sont plaints de vives douleurs lancinantes qui n ont pas peu contribué à mettre sur la voie du diagnostic. Nous ne croyons pas toutefois qu’il faille attacher à ce symptôme plus d’importance qu’il n’en mérite réellement.
Tantôt les tumeurs cancéreuses, mélaniques, sont uniques , et se développent dans un seul point de l’économie, sans paraître se lier à une affection générale , puisqu’une opération chirurgicale pratiquée à temps a été suivie d’une guérison complète f tantôt , au contraire , les taches et tubercules cutanés sont multiples et semés ça et là à la surface du tégument externe , et sont liés à une diathèse. Dans ce cas , les organes intérieurs présentent des tumeurs de même nature et d’un volume variable.
L anatomie pathologique de ces tumeurs, avonsnous dit , laisse beaucoup à désirer : voici , en résumé , ce que l’on observe.
La consistance de la tumeur varie ; tantôt mollasse et comme fluctuante, elle se présente sous l’aspect dune bouillie plus ou moins épaisse, fortement
colorée en noir, et enveloppée d’un kyste dont les parois sont lardacées et épaissies; d’autres fois , la dureté est assez considérable pour que le scalpel crie en pénétrant dans son intérieur. Alors l’aspect d’une tranche de la tumeur ressemble assez exactement à celle d’une truffe. A ces caractères de la mélanose , se joignent ceux du tissu squirrheux ou du tissu encéphaloïde. Dans le cas rapporté par M. Blandin, le tissu de la tumeur était dur, d’une couleur ardoisée , criait sous le bistouri , et* laissait suinter à la pression un liquide noirâtre qui , comme l’encre de Chine, colorait le linge et le papier en noir. Cette coloration , dans un cas rapporté par Alibert , était assez intense pour que l’un des assistants ait pu s’en servir en guise d'aqua tinta, pour prendre un dessin de la pièce pathologique..
D’après ce que nous venons de lire, on voit que le cancer mélané peut être rattaché aux deux formes principales de l’affection cancéreuse, le squirrhe et î’encéphaloïde. Je ne sache pas que l’on ait eu l’occasion d’examiner au microscope les tumeurs mélaniques cancéreuses de la peau ; il est probable que l’on y découvrira les mêmes élé^ ments que donnent les cancers mélanés des autres organes , c’est-à-dire les cellules cancéreuses amalgamées en proportion variable avec les cellules qui caractérisent la mélanose proprement dite.
Voici quelques observations qui viennent à l’appui de ce que nous avons avancé dans l’étude des
symptômes, de la marche, et de l’anatomie pathologique de cette affection.
Les deux observations suivantes m’ont été communiquées par mon ami M. Monod.
OBSERVATION
Une dame X. était affectée à la face postérieure de l’avant-bras, au-dessus du poignet, d’une tumeur du volume d’une amande , siégeant dans l’épaisseur de la peau , ulcérée à sa surface. Cette tumeur datait de plusieurs années, avait augmenté graduellement , et était le siège de douleurs lancinantes. Je l’extirpai au moyen du bistouri ; les lèvres de la plaie furent rapprochées , la cicatrice se forma rapidement. La tumeur offrait les caractères de l’encéphaloïde avec quelques traces de mélanose. Six mois après, il s’était formé le long des veines sous-cutanées du membre supérieur, jusqu’à la clavicule, des tumeurs mélaniques. Ces tumeurs siégeaient surtout à la jonction des deux vaisseaux veineux , elles étaient en très-grand nombre ; les plus volumineuses avaient le diamètre d’une petite noisette , les plus petites étaient grosses comme des pois. D’après les désordres qui existaient du côté de la poitrine, je fus convaincu que des tumeurs de même nature devaient exister dans la cavité thoracique. Je perdis la malade de vue.
OKSEHVATiON.
En 18^(3 , j’ai opéré un vieillard âgé de quatrevingts ans, affecté d’une tumeur grosse comme une noisette, placée sur la pommette gauche, siégeant dans la peau, ulcérée à sa surface. Cette tumeur datait de plusieurs années , avait augmenté graduellement , et était le siège de douleurs lancinantes. La tumeur fut détruite au moyen de deux cautérisations , la première superficielle avec le caustique de Vienne, la seconde profonde avec la pâte arsenicale de frère Corne (formule de M. Souberbielle).
L’eschare tomba assez promptement, la cicatrice se fit très-rapidement. Trois mois après, il se forma sous la mâchoire inférieure du côté gauche une tumeur siégeant dans les ganglions. Cette tumeur s’accrut avec une extrême promptitude ; au bout de six mois, elle avait le volume d’une tête de fœtus; elle s’ouvrit, et détermina bientôt la mort.
Il y a, chez ces deux malades, les douleurs lancinantes , et l’aspect des tumeurs mélaniques et carcinomateuses que M. Monod a indiqués ; seulement ici les tumeurs, après l’ablation par le bistouri ou la destruction par le caustique, ont repullulé et emporté les malades.
Dans ses Recherches sur le cancer, M. Rouzet rapporte plusieurs observations de cancer de la peau empruntés à l’ouvrage d’Alibert; ces faits, qui laissent beaucoup à désirer, peuvent cepen-
liant servir à éclairer mon sujet ; je crois devoii' les rapporter.
Ohsewatiom citées par Alibert dans sa Nosologie
naturelle.
OBSERVATION
Une demoiselle de cinquânte - huit ans observa un jour une petite tache noire au-dessus de Fun de ses seins ; elle crut d’abord qu’elle était l’effet d’une contusion ; mais comme elle existait encore six mois après, la malade consulta M, Jurine, qui proposa Fopération. La demoiselle refusa. Ce praticien appliqua sur cette tache un vésicatoire; il vit alors le corps muqueux d’un noir aussi foncé que celui des nègres; le corps papillaire était légèrement tuberculeux et fortement bistré. Des douleurs lancinantes accompagnèrent le phénomène de l’ulcération qui donna issue à des fongosités d’où s’échappait une sanie ichoreuse; plus tard, hémorrhagies, engorgement des glandes axillaires et jugulaires du côté affecté, infiltration qui gagna les extrémités inférieures ; enfin fièvre lente qui consuma la malade.
OBSERVATION
Un militaire âgé de cinquante-cinq ans portait â la lèvre inférieure des tubercules ulcérés très-
noirs. On eut recours a l’opération : non-seulement
la partie malade fut emportée , mais encore toute la surface occupée par la base de la tumeur ; la cicatiisation fut complète au bout de quinze jours. Deux mois après , on vit reparaître , dans les environs de la cicatrice , des points noirs qui ne tardèrent pas à s ulcérer. Le malade, perdant tout espoir de guérison , se retira à la campagne pour y terminer sa misérable existence.
Uf OBSERVATION.
Il suivint au iront, un peu au-dessus des sourcils , chez un garçon âgé de douze ans , une tache de couleur noire \ comme le mal empirait , on l’emporta avec l’instrument tranchant. La maladie ne tarda pas a revenir dans le lieu meme primitivement affecté. L’on cautérisa alors avec lé fer rouge, mais pas assez profondément. Ce ne fut que par l’application successive de trois cautères actuels qu’on parvint à obtenir la cicatrisation.
IV® OBSERVATION
Un homme de cinquante ans s’aperçut un jour que sa lèvre inférieure noircissait dans un point; il crut à une ecchymose ; comme elle augmentait de jour en jour, M. Jurine conseilla de faire emporter et de cautériser la peau. Le malade hésita pendant six semaines. A cette époque , il vit s’éle-
•ver de la tache un tubercule rougeâtre de la gros-* seur d’un pois; ce tubercule laissait échapper une grande quantité de sang toutes les fois que le malade remuait ses lèvres avec une certaine force. Il consentit à ce qu’on lui appliquât le feu , et obtint ainsi la guérison.
La premièrè observation offre > cela de remarquable que le derme dénudé par un vésicatoire permit au chirurgien d’assister au début de la maladie, et d’en signaler le siège précis dans l’épaisseur du derme.
Il se peut que les tumeurs qui présentent une coloration plus ou moins foncée offrent des diflicultés pour le diagnostic d’avec les cancers mélanés. Certaines tumeurs veineuses sous-cutanées de la face, et des lèvres en particulier, donnent lieu à d’assez vives douleurs et sont accompagnées d’un prurit analogue à celui auquel donnent lieu les tubercules mélaniques. Leur coloration, leur aspect, leur accroissement, leur mollesse, pourraient souvent en imposer et donner le change. Mais il faut observer que ces tumeurs veineules disparaissent plus ou moins sous une pression ménagée et grossissent par les efforts, la toux, etc.; enfin, elles ne sont pas entourées de cette auréole rougeâtre, de cette induration sur laquelle repose le tubercule mélané.
Le pronostic de cette variété du cancer est très* grave, d’autant plus grave que les tumeurs seront plus nombreuses ; car alors presque certainement celles que l’on observe dans le tégument externe ne sont que l’expression d’une diathèse qui fera
infailliblement périr le malade. Lorsque , au con^ traire, le tubercule mélané est isolé, on est autorisé à pratiquer une opération qui , faite à temps , aura peut-être un résultat favorable.