‹ Du cancer cutanéChapitre 4 sur 10 · CAUSES GÉNÉRALES. , V- .V · texte numérisé non relu

CAUSES GÉNÉRALES. , V- .V

Tout ce qui a été dit jusqu’ici dans cette thèse montre qu’il en est du cancer cutané comme du cancer des autres régions, c’est-à-dire qu’il se développe sous l’influence d’une prédisposition dont la nature nous est inconnue. On a beau citer un certain nombre de causes occasionnelles qui ont précédé l’apparition du cancer, il n’en reste pas moins vrai que ces mêmes causes agissent mille et mille fois sans rien produire de cancéreux, et que paur le cas où la production cancéreuse s’opère , il faut bien admettre quelque chose de spécial. Toutefois, il est incontestable que, pour le cancer cutané, duquel seul j’ai à m’occuper, l’action des causes occasionnelles a été plus fréquemment notée que pour tout autre cancer. Cela tient-il à ce qu’il est plus facile de reconnaître cette action quand elle s’applique à la surface cutanée cjue quand elle s’applique à quelqu’un des organes intérieurs? ou bien est-il véritable que la peau est plus susceptible de la dégénération cancéreuse par l’effet d’irritations mécaniques, d’excoriations perpétuées, de malformations congénitales, telles qu’un phimosis qui gêne habituellement l’émission de rurine? En faveur de la première opinion, il n’est

peut-être pas hors de propos de remarquer que, de tous les cancers, le cancer primitif de la peau est celui qui offre le plus de chances de guérison. On n entendra pas, je pense, cette proposition comme si je voulais diminuer la gravité du cancer cutané ; mais, en laissant cette gravité telle qu elle doit être, je constate seulement (et l’expérience générale en fait foi ) que le cancer cutané, tout considéré, est celui qui peut être opéré le plus grand nombre de fois, celui qui permet à la vie de se prolonger le plus, enfin celui qui compte le plus de guérisons radicales et définitives. Cette différence en faveur du cancer cutané doit sans doute tenir à la texture de la peau , puisque le squirrhe et l’encéphaloïde

ont, dans cette membrane, la même constitution c{ue partout ailleurs.

L’origine du cancer nous est donc inconnue ; cal' ce n’est pas dire autre chose que de la rattacher à une prédisposition occulte de l’économie. Il s’élève une question : c’est de savoir si cette prédisposition, quelle qu’elle soit, est soumise à la loi de l’hérédité. L’hérédité joue un grand rôle dans la production des maladies ; beaucoup sont déjà reconnues, d’un consentement unanime, comme hé¬

réditaires; pour le cancer, il y a controverse. En général, on n’a pas tenu, dans cette discussion, compte des principes véritables de la loi de l’hérédité, ou plutôt on s’est représenté je ne sais quelle fausse hérédité à laquelle on a rapporté les fai (s. On se figure l’hérédité comme quelque chose d’absolu dont l’effet ne peut pas manquer, et, si cet effet

manque, Ton conclut qu’il n’y a pas hérédité, que telle ou telle maladie n’est pas héréditaire. C’est là une erreur complète , une fausse manière de raisonner. Deux conditions de l’hérédité doivent être prises en considération : la première, c’est que, dans les cas les plus incontestables de l’hérédité, toute la famille n’est pas d’ordinaire affectée; cela se constate particulièrement chez les animaux, où, dans une portée provenant d’un père ou d’une mère affectée d’une manière quelconque, une partie des petits reproduit la lésion , une autre rie la reproduit pas. La seconde considération, qui n’est pas moins importante, c’est que, maintes fois, l’hérédité n’est ni directe, ni immédiate. Elle n’est pas directe ; car il peut arriver qu’un individu phthisique, par exemple, ait non pas son père ou sa mère phthisique, mais un oncle ou une tante. Elle n’est pas immédiate; car il peut arriver que l’hérédité passe du grand-père au petit-fils sans toucher le degré intermédiaire. Quand on se met devant les yeux toutes ces combinaisons possibles de l’hérédité et qu’on lit les faits allégués de part et d’autres, on incline grandement à penser que le cancer se range parmi les maladies héréditaires , et que l’hérédité est une des causes qui président à son développement. Cela posé, comme il a été établi aussi que le cancer cutané se produit souvent à propos de causes occasionnelles , il est sage , dans tous les cas où l’on saura qu’un individu provient de parents cancéreux , de conseiller tout ce qui pourra écarter ces causes occasionnelles.

Ayant ainsi admis dans la production du cancer les causes occasionnelles pour une faible part et l’hérédité pour une part plus grande, faut -il admettre que la contagion y joue aussi un rôle ? A la vérité, pour la contagion comme pour l’hérédité, on s’est trop préoccupé d’idées absolues , et on l’a souvent rejetée dans des cas où elle est incontestable, sous ce faux prétexte que l’effet n’en devrait jamais manquer. Mais , cette concession étant faite , ce qui reste d’arguments en faveur de la contagion du cancer me paraît tout à fait insuffisant; les faits allégués sont ou trop peu probants, ou trop exceptionnels, pour qu’on y fonde quelque doctrine. D’ailleurs, une remarque me frappe, c’est que le cancer utérin, qui est fréquent, et qui, dans bien des circonstances, au début du moins, n’empêche pas le coït, ne paraît pas avoir donné lieu à l’infection cancéreuse de la verge, organe qui reçoit si facilement une autre infection. Au reste, une pareille question , qui est certainement importante, mériterait d’être l’objet d’expériences directes et prolongées : cela se ferait facilement chez les chiens , où l’affection cancéreuse n’est pas rare.

On conçoit, quand l’ensemble des remarques qui ont été faites sur l’étiologie du cancer se présente à l’esprit, que les doutes surgissent relativement à l’utilité de l’extirpation par le fer ou par les caustiques. En effet, là, le chirurgien a affaire à une malheureuse maladie dont la cause est profondément tcnél^reuse, qui, s’il en entrevoit quelque

chose , se rattache soit à la constitution individuelle^ soit à une transmission héréditaire , et qui repullule avec la plus grande facilité. Cependant, il ne faut pas se laisser égarer par ce concours désespérant de circonstances , et il le faut moins pour le cancer cutané que pour tout autre. Car c’est ce cancer qui a l’action la moins funeste sur l’économie, Toutes les opinions théoriques doivent s’abaisser devant les faits. Or, il est établi, par une expérience irréfragable, qu’à l’aide de l’opération, tantôt on prolonge la vie des malades, tantôt même on la garantit complètement. Les choses étant ainsi, l’indication générale est d’opérer toutes les fois que les indications particulières ne prévaudront pas.

A la question d’étiologie se rattache naturellement la question de préservation ; car souvent on peut se préserver des maladies dont on connaît la cause. Ici, dans le cancer en général, et en particulier dans le cancer cutané , que faire pour se préserver ? On ne pourra songer à la prophylaxie que dans deux circonstances : ou bien quand le sujet, né de parents cancéreux , se trouve par cela même exposé à cette affection funeste, ou bien quand , le mal ayant été enlevé par quelqu’un des moyens chirurgicaux, une récidive est à craindre. Alalheureusement les ressources qu’offre la médecine dans l’une ou l’autre de ces conditions sont , on peut le dire , tout à fait nulles. On a bien , il est vrai, conseillé l’application de cautères; on a bien conseillé encore le changement de régime et de vie, et surtout le changement de climat. Mais

il est problématique que de pareils moyens aient de rel'licacité. Changer de fond en comble les habitudes d’un homme menacé de cancer, paraît rationnel ; mais, en pathologie , le rationnel est si souvent différent du vrai, qu’il faut pour chaque cas, même quand la déduction logique paraît la meilleure, s'appuyer sur une expérimentation assez longue et assez bien conduite pour n’être trompeuse.

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