‹ Du cancer cutanéChapitre 5 sur 10 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Nous venons d’examiner la question de savoir si les cancers devaient être opérés. Nous avons vu, d’après le résultat de l’expérience , que la solution de cette question ne saurait être douteuse, et nous avons répondu par l’aflirmative. Avant d’entrer dans l’étude des moyens à l’aide desquels on enlève les cancers , disons c|uelques mots sur les indications et contre-indications à ces opérations. Et d’abord, à quelle époque faut-il opérer dans le cancer cutané ? Dès que la nature cancéreuse de l’affection est reconnue, le mal doit être enlevé, car de plus longs retards ne pourraient que l’aggraver, en favorisant son extension de proche en proche et sa généralisation par les voies d’absorption.

Mais la première condition indispensable pour obéir à cette règle générale est que la maladie soit locale ; ainsi, un bon nombre des cancers cutanés dont nous avons étudié l’histoire dans ce travail ne

permettent pas de recourir à l’opération; ce sont ceux que nous avons signalés sous le nom de concomitants, dans lesquels non-seulement plusieurs points de la peau mais encore les organes internes étaient affectes de la maladie. La marche du cancer peut aussi être une contre-indication à l’opération. Certains cancers cutanés marchent avec une telle lenteur que quand ils affectent des individus avancés en âge, il serait dangereux de les tourmenter par une opération qui pourrait accélérer la marche de la maladie et abréger les jours du malade. Le siège du mal et son étendue opposent quelquefois des obstacles insurmontables au traitement; donc la première condition est de pouvoir enlever la totalité du mal. La multiplicité des cancers de la peau n’est pas une contre-indication absolue, toutes les fois que le nombre des points cancéreux n’est point par trop considérable , que la santé générale n’est pas trop altérée, que les viscères intérieurs sont sains et qu’il n’existe pas de signes de cachexie cancéreuse. L’état de grossesse serait, si l’opération devait être grave, une contreindication. L’espèce du cancer est-elle une contreindication à l’opération ? Nous avons vu que, dans l’ordre de leur tendance à la récidive, le squirrhe est le moins grave, que l’encéphaloïde venait ensuite, et que le cancer mélané récidivait presque constamment. L’opinion des chirurgiens à cet égard offre peu de divergence , et mon observation personnelle me porterait à adopter cette opinion que la récidive est la règle dans les cancers mélanique-s

cutanés. Cependant, les observations de ce genre de cancer cutané sont si rares, qu’il est difficile d’établir à ce sujet une opinion fondée sur un grand nombre de faits ; aussi pensons-nous que, si le cancer mélané offre plus que les autres des chances de récidives, il ne doit pas être pour cette seule raison exclu du domaine de la médecine opératoire.

Je suis tout naturellement amené, par la discussion qui précède , à examiner la question de récidive, comme contre-indication à l’opération. Fautil opérer les cancers cutanés en état de récidive?... Je n’hésite point à me prononcer pour l’affirmative : l’expérience et les observations démontrent que, de tous les cancers, celui de la peau, et, en particulier, la forme squirrheuse, est celui qui est le plus tardivement suivi de cachexie cancéreuse ; aussi , lorsqu’il n’y a pas d’autres contre-indications, la conduite du chirurgien ne saurait être douteuse. Les observations suivantes viennent confirmer ces assertions.

OBSERVATION

Amputation d'un cancer récidivé de La lèvre infé^ rieure [Journal hebdomadaire, t. 1, p. 275).

Guiarmin (André), âgé de quarante ans, laboureur, fut admis à la Charité, le 26 octobre 1828, pour y être traité d’une affection cancéreuse à la lèvre inférieure. Cet homme n’avait jamais été ma-

lacle; quoique militaire peudant dix-huit mois, il n’avait pas eu de maladies vénériennes.

Dans l’été de 1813, la lèvre inférieure se gonlla, devint douloureuse, puis se fendilla dans sa partie moyenne ; lorsque le malade mangeait, le sang coulait en abondance de cette petite plaie , et ne s’arrêtait que difficilement; toutefois, après un certain temps , la solution de continuité se cicatrisa , le gonflement disparut, les hémorrhagies cessèrent, et le malade se crut guéri. Malheureusement, quinze jours après leur disparition, les accidents se renouvelèrent, puis ils cessèrent encore après un certain temps, plusieurs fois, pour reparaître à des intervalles à peu près égaux.

Dix ans se passèrent ainsi, sans que le mal se fût aggravé, sans que le malade s’inquiétât de son état; ce laps de temps écoulé, la lèvre inférieure se tuméfia beaucoup plus qu’auparâvant : une petite élévation rouge, dure, très-douloureuse, apparut près du bord libre et un peu à gauche; le moindre frottement, les seuls mouvements de mastication, suffisaient pour déterminer une hémorrhagie trèstenace.

Cet homme consulta un chirurgien d’une petite ville voisine , lequel avait la réputation de guérir ces sortes de maladies. D’après le conseil de celui-ci, il appliqua, deux fois par jour, sur la tumeur, un emplâtre d’une composition inconnue , au bout de ce temps, tous les accidents avaient disparu, et la petite tumeur, développée près du bord libre de la

lèvre, ii’était plus [grosse que comme une tête d’épingle.

Le malade se croyait guéri depuis trois ans , lors- (|ue tout à coup le mal se réveilla avec plus d’intensité que jamais : les élancements douloureux se firent de nouveau sentir ; la petite tumeur, restée jusque-là stationnaire , augmenta de volume, et la lèvre saignait avec encore plus de facilité et d’abondance qu’auparavant.

Au mois de juin 1826, le malade, s’étant décidé à 1 ablation de sa tumeur, subit l’opération dans le même mois ; elle fut enlevée à l’aide de ciseaux courbes. Quinze jours après, la plaie était cicatrisée, et Guiarmin put reprendre ses travaux.

Au mois de juin 1828, il commença à ressentir dans la lèvre inférieure une démangeaison incommode, tout à fait semblable à celle que ferait éprouver une mouche marchant sur cette partie. A ces symptômes précurseurs, succédèrent bientôt des élancements dans la partie gauche et supérieure de la lèvre; un bouton rouge, dur, douloureux, parut à 3 lignes environ au-dessous du bord libre et un peu à gauche. Peu de temps après , se forma une tumeur dont le développement fut assez rapide ; la peau qui recouvrait et qui entourait sa base était un peu rouge, et cette fois la lèvre ne saignait pas, mais les douleurs lancinantes étaient si fortes , que cet homme fut for cé d’intei^rompre son travail ; c’est alors qu’il fut reçu à la Charité.

Etat présent, 26 octobre. La lèvre inférieure offre, dans sa partie moyenne, et dans toute son

étendue du côté gauche , une épaisseur beaucoup plus considérable qu’à l’état naturel. A quelques lignes au-dessous de son bord libre, à gauche, on remarque une tumeur conoïde, dure à sa base, douloureuse à la pression ; la peau qui la recouvre est rouge, excepté à son sommet, où l’on voit un très-petit point blanchâtre, et où l’on sent une sorte de fluctuation ; les parties voisines de la tumeur sont dures et engorgées. Le mal s’étend latéralement, depuis la commissure gauche jusqu’au delà de la partie moyenne de la lèvre, et de haut en bas, depuis son bord libre, jusqu’à son adhérence avec la face antérieure de l’os maxillaire inférieur.

M. Roux, ayant jugé l’opération nécessaire , la pratiqua le 30 octobre ; il retrancha toute la partie cancéreuse de la lèvre, et la remplaça par un lambeau taillé aux dépens de la partie inférieure de la face et de la partie antérieure et supérieure du cou.

Le malade commença à moins souffrir quelque temps après l’opération ; il put dormir pendant la nuit suivante. Depuis ce jour jusqu’au 8 novembre, il survint de petits accidents qu’il serait trop long de mentionner ici , mais qui furent sans conséquences fâcheuses. Le 8 novembre, tout fait espérer une guérison parfaite, sauf une légère difformité produite par un peu d’affaissement du lambeau dont le bord supérieur est à une demi-ligne au-dessous de celui de la lèvre.

La tumeur, incisée aussitôt après l’opération, présente les apparences d’un tissu squirrheux un peu

ramolli , d’un blanc p,risâtre , parsemé de /petits points blancs, d’où s’écbappe, par expression, une matière épaisse et comme caséeuse. Au centre de la tumeur , existe un foyer contenant une matière purulente épaisse.

Cancer de la peau , de Caine et du périnée ; troisième récidive; extirpation ; guérison [Journ. Iiebd. , 1831, t. 2, p. 360-362).

Louis Leprince, cinquante-huit ans, entra à la Charité, le 7 juillet 1830, pour y réclamer les secours de la chirurgie, qui Fayait déjà délivré trois fois de la même affection. Ce malheureux portait une masse cancéreuse qui couvrait toute la région inguinale gauche , se continuant au périnée jusqu’aux environs de l’anus. Chaque fois, depuis la première opération qu’il avait subie par les mains de M. Roux , la maladie s’était reproduite à dixhuit mois ou deux ans d’intervalle, mais chaque fois aussi elle avait un peu empiété au delà des limites précédentes, en sorte que, dans cette dernière circonstance, elle était plus étendue qu’elle n’avait jamais été ; toutefois, quoique rasant d'un côté le scrotum, et dépassant de l’autre le niveau de la tubérosité sciatique, cette masse carcinomateuse, plate et tuberculée, ne paraissait pas avoir contracté d’adhérence bien intime avec les organes environnants ni avec les couches sous-cutanées.

M. Roux, dissertant sur ce sujet, se demande s’il

est rationnel de tenter une quatrième opération. Il se fonde sur les raisons suivantes pour résoudre la question par l’affirmative.

Le malade ne présente pas de signes de cachexie cancéreuse; l’altération locale paraît être toute la maladie. Si l’on eût reculé devant l’opération après la première reproduction de la maladie, le malade > serait probablement mort. Du reste , on peut admettre, en thèse générale, que les tumeurs cancéreuses les plus considérables ne sont pas celles qui entraînent immédiatement les plus grands dangers.

Louis Leprince fut donc opéré. La cicatrice se forma sans aucune entrave. Vers la fin du mois de septembre, le malade, fort satisfait, sortit de l’hôpital, jouissant de toutes ses facultés..

Les tissus enlevés présentaient , dans la partie profonde, une consistance lardacée; dans plusieurs points de la surface, ils étaient ramollis.

M. Roux possède l’observation d’un malade qui a subi six fois l’ablation d’un cancer de la peau de l’epaule, et chez qui la cicatrice conserve toujours une assez grande sensibilité , sans qu’il y ait progrès de l’altération vers les couches profondes ni le moindre signe d’infection générale.

Dans le cas où une affection organique grave existerait simultanément, et que, par ce fait seul, la vie du malade serait compromise , il est évident qu’il faudrait s’abstenir de l’opération.

L’existence de ganglions engorgés dans le voisinage de la partie malade n’est pas toujours une contre-indication .

L’engoCgement des ganglions a-t-il précédé le cancer, il tient à une cause différente de la cause cancéreuse , et dès lors n’est pas une contre-indication à l’opération; a-t-il, au contraire, suivi, la contre-indication n’est pas absolue : on a vu des cas où, le mal étant emporté, la résolution s’est faite dans les ganglions; mais, il faut bien le dire , c’est toujours une circonstance très-fâcheuse. Oii ne peut reconnaître a priori les cas , en petit nombre, où la terminaison sera favorable , et dans les autres, quand l’ablation des ganglions n’est pas possible, non-seulement l’opération n’est pas utile, mais encore elle ne fait que hâter la dégénération cancéreuse des ganglions. L’observation suivante, qui appartient à M. Payan, d’Aix, en est une preuve. /

OBSERVATION

Tumeur cancéreuse des lèvres {Gazette médicale de Paris, n® ^*5, t. 9, année 1841).

Un malade atteint d’un ulcère cancéreux, et qui s’était présenté dans les salles de l’Hôtel-Dieu, dans le mois de mars 1839, nous a démontré, par son exemple, combien il est dangereux d’opérer trop tard les personnes atteintes d’un mal pareil. C’était un paysan de Meyrargues , homme fort, vigou-

reux, qui , plus de deux années auparavant, avait commencé à ressentir, sur la lèvre inférieure, le bouton précurseur de rulcère malin. A la chute de ce bouton, succéda l’ulcération caractéristique, qui, mal soignée , irritée même fréquemment , lit des progrès, fort lents sans doute, mais continus.

Aussi, quand il se présenta à l’Hôtel-Dieu, les tissus indurés occupaient plus d’un tiers de la lèvre, et ceux-ci étaient encore surmontés, près du bord libre , d’une ulcération assez étendue , à caractère non douteux. En même temps , existait en dessous du menton, et à gauche, c’est-à-dire du côté du siège du mal , deux ganglions lymphatiques hypertrophiés et durs. Ces ganglions étaient-ils engorgés sympathiquement seulement, ou bien par l’effet de l’imprégnation du virus cancéreux qui y aurait été transmis par la voie des absorbants ? Quelque fortes que fussent nos raisons pour cette dernière opinion, comme il y avait pourtant encore quelques motifs qui pouvaient faire pencher pour la première , et que d’ailleurs l’état de la lèvre s’aggravait de plus en plus , il fut décidé que l’excision de ce cancer labial serait pratiquéÉ?"Æn conséquence, deux incisions obliquement dirigées et convergentes en bas furent faites , l’une en dehors, l’autre en dedans de la tumeur, et toutes les deux, venant se réunir en dessous d’elles, constituèrent ainsi une espèce de V qui la circonscrivit en totalité. Elle fut ainsi emportée complètement , car, en palpant attentivement les parties que nous lais-

sions, nous pûmes nous assurer que nous avions emporté tout ce qui était sensiblement altéré.

Le pansement fut fait selon les règles ordinaires^ c’est-à-dire que les lèvres de la plaie furent rapprochées , maintenues en contact par le moyen de la suture entortillée. Tout se passa fort bien d’abord : la réunion par première intention s^opéra, et , dix-huit jours après l’opération , la coaptation étant parfaite , le malade sortit de l’hôpital , présentant toutes les apparences d’une guérison facilement obtenue. Cependant, quelques glandes lymphatiques étaient, comme nous avons dit, un peu engorgées encore ; ce qui nous laissait des craintes sur l’avenir de ce malade.

Ce fut six mois plus tard que nous le revîmes ; il était alors dans le plus pitoyable état. Les ganglions du cou, tuméfiés et squirrheux, formaient une espèce de collier glanduleux et tout bosselé; la lèvre inférieure, durcie et très-épaisse, présentait un rebord saillant en avant de la supérieure ; des végétations cancéreuses s’élevaient de sa surface interne et du bord des gencives : c’était le mal primitif qui s’était reproduit avec une effrayante rapidité. Quelques palliatifs lui furent par nous conseillés : ils ne devaient servir qu’à rendre plus supportables son état et les douleurs qui raccompagnaient. Il traîna ainsi pendant près d’une année sa douloureuse et bien pénible existence.

Nous diviserons le traitement en traitement externe et traitement interne.

Le traitement externe se compose de deux grandes catégories de moyens : ^

1° Ceux qui ont pour but d’obtenir la résolution des tumeurs et la cicatrisation des ulcères cancéreux ; 2®’^ ceux qui ont pour but d’en faire l’ablation.

A la première catégorie se rapportent l’électricité, les topiques, les antiphlogistiques, la compression, la ligature des artères seule ou combinée avec la ligature des veines et la section des nerfs.

La deuxième catégorie comprend la ligature, la cautérisation et l’excision.

Électricité. Je ne citerai que pour mémoire l’électricité appliquée à la cure du cancer ; j’ignore qu’elle ait été employée contre les cancers de la peau.

Topiques. Le nombre infini des topiques qui ont été proposés dans le but de guérir le cancer suffit pour entraîner la conviction sur leur inefficacité ; la plupart ont eu alternativement la vogue , de même qu’ils sont tombés successivement dans l’oubli. Sans en rejeter complètement l’emploi, je ne puis les envisager comme moyens curatifs, car je ne sache pas qu’ils aient jamais guéri de véritables affections cancéreuses.

Antiphlogistiques. Il existe quelques observations qui tendraient à établir que les antiphlogistiques peuvent amener la cure radicale des cancers cutanés; mais en étudiant avec soin ces observations.

on ne tarde pas à être convaincu que ces guérisons appartenaient à des maladies qui n’étaient pas cancéreuses et qui avaient été considérées comme étant de véritables cancers. Voici , du reste , un extrait d’une observation consignée par M. Lasserre dans les Mémoires de ta Société d'émulation, t. 9, p. 265, dans laquelle il rapporte un cas de guérison du cancer de la face obtenue par les antiphlogistiques unis aux narcotiques et aux pilules de Belloste.

OBSERVATION

Chabannes (Adrien) , dix-neuf ans , brun , régulièrement conformé, avait toujours joui d’une santé parfaite. Au mois d’avril 1822, divers boutons apparurent sur sa figure ; un de ces boutons, survenu, vers la fin de mai , à la lèvre supérieure, se distingua des précédents par une cuisson plus vive, par de petites hémorrhagies. L’ulcère qui en fut la suite devint douloureux et s’agrandit. Pendant deux mois, on opposa quelques moyens insignifiants qui n’amenèrent aucun résultat. La plaie augmentant, le gonflement devenant considérable, des douleurs atroces se faisant sentir, le malade dépérissant de jour en jour, les parents me firent appeler. Je le trouvai dans l’état suivant :

Un ulcère occupe la partie moyenne de la lèvre supérieure; ses bords sont renversés et simulent le chapiteau d’un champignon ; ils sont inégaux , durs et très-douloureux au moindre contact. Les tissus environnants sont de couleur brunâtre.

Il s’écoule de la surface de l’ulcère un pus grisâtre, liquide, mêlé de stries de sang et d’une odeur repoussante.

A ces caractères^ je crus reconnaître une affection cancéreuse et je portai un pronostic grave. Je prescrivis une application de huitsangsues de chaque côté de l’ulcère, avec la recommandation de répéter cette opération de deux jours l’un , et de plus une pilule composée d’extrait de ciguë et de jusquiame. Au bout de onze jours, la lèvre avait déjà diminué de volume, les douleurs étaient devenues tolérables, les bords de l’ulcère s’étaient en partie affaissés. Même traitement.

Quinze jours après, les douleurs avaient disparu , les bords de l’ulcère étaient complètement affaissés, et on apercevait sur quelques points de sa circonférence une pellicule qui était le signe d’un commencement de cicatrisation.

Je réduisis de moitié le nombre des sangsues et je ne les fis appliquer quê tons les cinq jours; je fis cesser l’usage des pilules narcotiques et je les fis remplacer par les pilules de Belloste. Sept jours après, je revis le malade et je trouvai l’ulcère cicatrisé dans le quart de son étendue. Même traitement. Au bout de douze jours, l’ulcère est entièrement cicatrisé.

Quelques semaines après, la lèvre redevint rouge, et s’ulcéra de nouveau; quelques jours suffirent pour redonner à la plaie son premier aspect , ,et de plus, les gencives étaient saignantes et fongueuses, les amygdales tuméfiées, la luette détruite, et le voile

du palais ulcéré. Pendant un mois, le malade fut soumis à des saignées locales, répétées tous les deux jours, et aux pilules de Belloste. Au bout de ce temps, les douleurs diminuèrent, les bords durs et renversés de l’ulcération de la face s’affaissèrent ; l’ujcération du voile du palais se cicatrisa, et les gencives reprirent leurs caractères naturels. Les pilules de Belloste furent peu à peu augmentées et continuées pendant deux mois et demi environ ; à cette époque , le vaste ulcère qui menaçait d’envahir toute la face et de faire périr le malade fut complètement fermé. La cure ne s’est pas démentie.

On voit par la lecture de cette observation qu’il est permis d’élever des doutes sur la nature cancéreuse de Faffection ; je crois pour mon compte qu’il y avait là une maladie syphilitique.

M. le professeur Marjolin rapporte dans ses cours que lorsqu’il était élève à la Charité , dans le service de Boyer, il vînt un paysan qui portait une ulcération calleuse à la paupière supérieure ; les ganglions lymphatiques voisins de la parotide étaient engorgés. Boyer, croyant que c’était un cancer de la paupière, résolut de l’enlever ; mais, comme le malade était dans un état d’excitation très-prononcé, l’opération fut différée, des sangsues furent appliquées aux oreilles ; la diète , les bains de pieds, les applications narcotiques, furent mis en usage, et un mois après la guérison était complète. Ce n’était donc qu’une simple ulcération déter-

minée et entretenue par irritation et défaut de soins.

Compression. Les faits de cancer cutané traités par la compression qui sont à notre connaissance sont peu concluants. Ainsi, dans un premier fait d’Young rapporté par M. Robert, on voit qu’un vieillard , affecté d’un cancer de la lèvre, fut traité successivement par la cautérisation , puis par la compression , puis enfin par la cautérisation, et qu’il guérit. Evidemment, dans un cas pareil , il n’y a point de conclusions à tirer en faveur de la compression , et les résultats peuvent être aussi bien attribués à la cautérisation , qui fut employée en même temps. Dans un second cas, extrait d’une analyse de la Bibliothèque médicale, t. 74, je vois qu’un carcinome, qui avait pris naissance entre le nez et l’œil droit pour occuper ensuite les deux paupières et se terminer au-dessus de la lèvre, fut traité par la compression, et que la cure ne fut que palliative. Je vais rapporter ici une autre observation du même auteur dans laquelle l’efficacité de la compression me paraît encore laisser des doutes. Je me contenterai d’en citer les points les plus importants.

OBSERVATION

Cancer traité par la compression (Young, Bibliothèque médicale, t. 72, p. 262).

Alexandre Johnston, âgé de cinquantè-trois ans,

après avoir eu un abcès près du grand angle de l’œil gauche et subi l’opération de la fistule lacrymale , vit se développer, deux mois après l’opération, et un peu au-dessus du lieu où elle avait été faite, un petit corps très-dur, qui passa rapidement du volume d’une tête d’épingle à celui d’un pois , envahit successivement la joue , les parois correspondantes du nez, la lèvre supérieure , l’os malaire, puis l’angle de l’œil de l’autre côté.

On commença une compression le 5 juin 1819 , après avoir enlevé une portion considérable de la tumeur avec le bistouri. Pendant la compression , qui n’amène aucune douleur, des lambeaux de la tumeur se détachent, l’os maîaire s’exfolie, une dent tombe, et l’œil s’abaisse faute d’être soutenu. Il résulte de ces désordres une vaste plaie à recevoir le poing, mais qui a de la tendance à se cicatriser. En effet, à la fin de mars 1820, il n’y a plus qu’une cavité à recevoir le petit doigt. L’œil a conservé la faculté de voir, mais son axe s’est un peu dévié. Le malade quitta Londres dans cet état fortavancé de guérison ; mais, en août 1820, c’est-à-dire quatre mois après, il écrivit à M. Young pour lui apprendre que le mal avait récidivé avec une intensité effrayante. Toutefois, il ajoutait qu’ayant fait usage de la compression, il avait de nouveau triomphé du mal ; il remerciait M. Young de lui avoir conservé la santé et la vue.

On voit que le mal a récidivé après que la compression eut amené la première fois, sinon une guérison, au moins une notable amélioration. 11 est

vrai que cette récidive fut encore enrayée dans ses progrès; mais le chirurgien ne fut pas à même d’examiner le malade, de sorte que le résultat final ne nous est qu’ imparfaitement connu. A mon avis, on ne peut rien conclure d’un semblable fait.

M. Récamier, qui a fait des recherches sur la compression, ne relate dans son ouvrage aucun fait qui se rapporte directement à mon sujet; il reconnaît lui-même qu’un certain nombre d’obstacles doivent s’opposer à l’application de cette méthode. Or, ces obstacles sont de la nature de ceux que l’on rencontre très-fréquemment dans le genre de cancer que j’ai à traiter.

Ainsi la compression est douloureuse dans les régions abondamment pourvues de nerfs, et la face est une de celles où l’on a le plus souvent à traiter des cancers cutanés; en outre, les inégalités de cette région ne se prêtent que très-difficilement à la compression. On peut donc voir, d’après ces conditions, combien sont rares les applications qu’on pourrait' en faire dans le traitement du cancer cutané. A ces difficultés dans l’application, viennent se joindre les craintes qui résultent du but même que l’on veut atteindre.

Ne doit-on pas redouter en effet qu après l’atrophie du tissu squirrheux que l’on cherche à obtenir, les matériaux morbides ne soient transportés par absorption dans toute l’économie et ne produisent une infection générale ? Et quand même la maladie ne se généraliserait pas, ne peut-il pas arriver que, sous l’influence de ce traitement, le caücer

ne se retranche de proche en proche dans les parties plus profondes?

En résumé, difficulté dans l’application de la compression , doutes sur son efficacité , absence d’observations cliniques concluantes, dangers possibles qui pourraient en résulter ; telles sont les considérations qui ne nous permettent pas d’admettre que la compression appliquée au traitement du cancer cutané soit une méthode curative. Elle peut néanmoins dans quelques cas être conservée à titre d’auxiliaire.

OBSERVATION

‘ Je dois à M. Récamier la communication suivante : Un nævus de la grandeur d’une pièce de 1 franc, et situé sur un des côtés du tronc, dégénéra en cancer par suite d’irritations successives ; son extirpation par l’instrument tranchant fut suivie de récidive. Quatre autres récidives eurent encore lieu après des cautérisations faites chaque fois avec des agents différents , et toujours suivies de compression , mais après la chute de l’eschare. Successivement, le nitrate acide de mercure, le sublimé corrosif en poudre, la cautérisation avec une pile de 80 éléments, moyen qui causa des douleurs atroces, et la poudre arsenicale de Rousselot également suivie de la compression , furent employés sans succès. Enfin, une dernière cautérisation fut faite avec le nitrate de mercure, et cette fois la compression fut immédiatement éta-

blie sür Teschare, ce qui n’avait pas été fait dans les cinq premières tentatives. C’est à cette dernière circonstance, queM. Récamier regarde comme trèsimportante, qu’il attribue la guérison de la maladie. Cette fois le travail de cicatrisation fut régulier, et le malade guérit parfaitement. Depuis cette époque (1827), la santé générale est restée bonne, et il ne s’est manifesté aucune apparence de récidive.

La ligature des artères qùi se rendent à l’organe affecté, tentée pour la guérison de plusieurs can- ^cers, a été appliquée par M. Jobert ( de Lamballe ) au traitement de quelques-unes des variétés de cancer qui sont le sujet de ce travail. Dans le but de rendre languissante la vie des parties affectées, et de les amener à une soi te d’atrophie, il a varié lesopérations qu’il a pratiquées; dans quatre cas de cancer de la lèvre inférieure, M. Jobert a pratiqué la ligature des artères faciales, des veines faciales, et Coupé les nerfs mentonniers. La ligature des vaisseaux a bien apporté quelques modifications dans l’aspect de l’ulcère cancéreux, et la section des nerfs a fait cesser les doulèurs; mais ce chirurgien n’en a pas moins été obligé, chez ses quatre malades, de recourir à la résection de la lèvre. D après ces observations, nous ne devons donc pas regarder comme curative cette méthode , dont 1 application n’a été suivie de guérison dans aucun des faits connus jusqu’à ce jour.

ÎÀgature. Elle a été rarement appliquée, comme méthode unique, à la guérison des cancers cutanés. On se propose, avec elle, d’intercepter toute

€ommunication entre le, mal et le reste de l’organisme. Selon M. Récamier, cette méthode représente un mode particulier de compression, mais qui a pour but de provoquer la mortification et la chute de la partie malade ; elle trouve des applications dans le cas de tumeurs à base étroite ou pédiculée ; elle n’atteint pas toujours le mal jusque dans ses racines : aussi , pour être suivie de succès , a-t-elle besoin d’être combinée avec d’autres méthodes, la cautérisation, par exemple. L’observation suivante nous en fournit un exemple.

Tumeur cancéreuse de la joue, guérie par la

ligature.

Nous devons à Pingusson l’observation suivante (Journal de Corvisart) :

Une dame âgée portait à la joue, depuis plusieurs années, une excroissance considérable et de forme hideuse, dont la base était moins large que le sommet. Cette tumeur faisait des progrès étonnants, et l’on n’osait y faire aucune application, l’ayant jugée de la nature de ces carcinomes qu’on appelle noli me tangere. Pingusson , ayant obtenu la confiance de la malade, fit aussitôt la ligature de la tumeur au moyen d’un fil de soie ciré , et, lorsqu’elle fut tombée, il attaqua la racine avec succès, en la touchant deux fois, dans l’espace de quarante-six jours, avec la pommade caustique de Rousselot , et tout a disparu sans retour depuis dix mois.

Cependant M. Récamier, qui emploie, ainsi que je viens de le dire, la ligature comme un mode particulier de compression, l’a appliquée dans quelques cas de cancérs cutanés qui n’étaient pas pédiculés: il a guéri ainsi , chez l’amiral X... , un cancer de la face , au moyen de plusieurs ligatures combinées. Les règles de son application varient un peu, selon les circonstances : pour la rendre moins douloureuse , il conviendrait , en général , de circonscrire la peau par une incision faite avec le bistouri. Les avantages de la ligature sont : de prévenir l’hémorrhagie, d’effrayer moins le malade ; mais, à côté de cela, elle est douloureuse, lente dans son action, elle expose à rinfïammatîon les parties voisines, et la sanie qui s’écoule de la partie sphacelée , avant qu elle se détache , peut être nuisible et est toujours incommode au malade. Comme méthode unique et primitive de traitement, elle trouvera de rares applications ; mais elle peut être combinée avantageusement avec d’autres procédés ; enfin , quand elle n’attaque pas là maladie jusque dans sa racine , elle peut irriter le mal et en accélérer la marche. L’ouvrage de M. Rayer contient un exemple de ce genre.

Si ce moyen ne peut être adopté comme méthode générale, il peut remédier à quelques accidents du cancer, à une hémorrhagie produite par un fongus, sur lequel il serait impossible ou dangereux de porter l’instrument tranchant.

Cautérisation. Le calorique a été employé de différentes manières dans le traitement du cancer

cutané. Lecomte, maître en chirurgie à ArcueÜ , se servit, pour détruire un bouton cancéreux de la lèvre inférieure, de la chaleur rassemblée au foyer d’une forte lentille : l’opération fut suivie d’un succès complet. Si ce moyen a l’avantage de concentrer son action sur la partie malade, il faut convenir qu’il est lent, qu’il doit être douloureux ; je ne sache pas, du reste, qu’on ait cité d’autres exemples de l’emploi de ce moyen. Si, dans des cas semblables, on voulait se servir du calorique, mieux vaudrait avoir recours au fer incandescent.

Le cautère actuel employé, surtout dans la crainte des hémorrhagies , est généralement abandonné aujourd’hui comme moyen unique , dans le traitement du cancer cutané, parce qu’il est au moins aussi effrayant que l’instrument tranchant ^ et que son application est souvent suivie d’une réaction inflammatoire assez considérable. Disons toutefois qu’il imprime des modifications dans la vitalité des parties voisines, et que ces modifications se font sentir jusque dans la formation de la cicatrice. Si , comme méthode unique , le cautère actuel ne doit trouver que de rares applications , son utilité nous paraît incontestable, quand , après l’ablation de la partie malade , on a des doutes sur la nature de quelques portions qui restent dans la plaie , ou bien quand, l’affection cancéreuse s’étant étendue jusqu’aux os, on veut agir sur la lame osseuse qui parait sus^ pecte.

Les caustiques que l’on a employés dans le traitement des cancers cutanés sont liquides ou solides.

Les principaux causîiqiies liquides sont les acides concentrés, i’azolate acide de mercure ; M. Récamier a employé l’eau régale, tenant en dissolution 30 centigrammes de chlorure d’or pour 30 grammes d’eau régale. Les caustiques liquides ont l’inconvénient de se répandre facilement sur les parties voisines, et d’agir trop superficiellement ; ils ne sauraient , par cette raison , être appliqués dans le voisinage d’organes que l’on a intérêt à ménager, aux paupières, par exemple, ni sur les ulcères qui reposent sur une base d’une certaine épaisseur.

Les principaux caustiques solides sont :

hdi potasse caiisticfue; 2° le caustique de 3L Velpeau , composé d’acide sulfurique et de safran en quantité suffisante pour former une pâte ; 3^ le caustique de Vienne, dans lequel entrent la potasse caustique et la chaux vive dans le rapport de cinq à six parties ; 4*^ la pâte de chlorure de zinc. Ce caustique est composé de chlorure de zinc et de farine, en diverses proportions ; l’activité de ce caustique est d’autant plus grande que la proportion de farine est moins considérable. 5" Les préparations arsenicales ; elles sont nombreuses ; les plus importantes sont celles de Rousselot : cinabre , 1 6 parties; sang-dragon, 16 parties; acide arsénieux,

2 parties; celle de frère Corne : sang-dragon,* 1 à

3 parties; sulfure de mercure, 14 parties; acide arsénieux , 4 parties ; celle de Boyer : cinabre ,

4 grammes ; acide arsénieux , 30 centigrammes ; celle de A. Dubois: sang-dragon, 32 grammes; sulfure de mercure , 1 6 grammes ; acide arsénieux .

2 grammes ; enfin, celle de Dupuytren , composée de calomel, 100 grammes; acide arsénieux, de 1 à 2 grammes.

On a fait valoir en faveur de Fusage des caustiques différentes raisons dont nous allons discuter la valeur. Les caustiques n’exposent pas, a-t-on dit, aux hémorrhagies. En admettant, même dans toute son étendue , la vérité de cette proposition , il faut reconnaître que l’opération avec 1 instrument tranchant, lorsqu’elle est bien faite, y expose en géné-^ ral fort peu. D’ailleurs, ne perdons pas de vue <|u’il est ici question de cancers cutanés , et que la perfection de nos moyens hémostatiques doit rassurer le chirurgien. Remarquons aussi que les caustiques exigent un certain temps pour atteindre les parties profondes , que le chirurgien n’est pas toujours libre de les diriger à son gré, et que, pour que l’emploi en soit efficace , il faut que la maladie puisse être détruite par un très-petit nombre d’applications.

Une autre raison qu’on a fait valoir en faveur des caustiques, c’est qu’ils sont moins douloureux. Cette assertion est loin d etre démontrée ; à quel chirurgien n’est-il pas arrivé de constater quelquefois sur le même malade , que l ablation d une tuîneiir cancéreuse avait été moins douloureuse que l’application du caustique ? D’ailleurs, au point de vue de la douleur. Faction de ces derniers se fait ressentir beaucoup plus longtemps que celle de l’instrument tranchant.

Une troisième assertion , qui mérite un examen

tout particulier, est la suîyaiiié : la guérison par les caustiques est plus solide. S’il en était ainsi, nul doute qu’on ne dût, dans tous les cas, leur donner la préférence; mais, si les faits sur lesquels s’appuierait cette proposition sont loin d’être démontrés , et s’il est vrai de dire qu’on a guéri par les caustiques des cancers cutanés qui avaient récidivé après l’ablation faite par l’instrument tranchant ; les exemples de récidive après le caustique ne manqueraient pas non plus; et tous les chirurgiens pourraient apporter des faits à l’appui de ce que j’avance.

D’autre part , si l’application des caustiques détruit le mal et même la peau jusqu’au delà de ses limites , il faut convenir que l’eitirpation faite avec soin peut atteindre le même but ; et que, s’il arrivait que le mal récidivât parce qu’une portion malade ou douteuse aurait été épargnée , ce ne serait point à la méthode , mais à la mauvaise exécution qu’il faudrait s’en prendre. Si maintenant nous po sons ce principe , que personne ne conteste : que , pour que l’application des caustiques soit efficace , il faut qu’on puisse détruire la totalité du mal en un petit nombre d’applications , sous peine de l’irriter et le faire s’étendre aux parties circonvoisines; nous aurons établi que les caustiques ne peuvent être appliqués aux maladies cancéreuses cutanées qui ont une certaine épaisseur ; par conséquent ils né sauraient convenir au traitement d’uii certain nombre de cahcers qui se montrent soiis la formé de tumeurs , que ces tumeurs soient ulcérées ou

non ulcérées. Mais si, dans le but de détruire ies affections de la peau que nous venons de signaler, on nous objectait qu’on évité avec soin de porter le caustique sur la partie malade, et qu il faut ou contraire le faire agir sur une portion saine de la peau sous forme de traînée linéaire qui circonscrive la tumeur, traînée qu’on approfondit de plus en plus par de nouvelles applications caustiques et au moyen de laquelle on pratique une sorte d’énucléation de la tumeur; nous aurions à répondre que par cette méthode on arrive, plus douloureusement, plus lentement et en sacrifiant peut-etre une portion trop considérable de peau saine , au même résultat qu’on obtiendrait par l’instrument tranchant ; encore ne tient-on pas compte des accidents inflammatoires auxquels peut conduire cette manière d’agir; enfin, ajoutons que la perte d’une portion considérable de peau entraîne une cicatrice plus étendue.

Il faudrait, pour adopter cette méthode, qu’il fût établi d’une façon incontestable que l’opération, pratiquée avec le secours des caustiques, met plus souvent à l’abri d’une récidivé : or, c est ce que l’observation des faits n a pas encore démontré.

On doit voir, d’après ce qui précède, que l’instrument tranchant et les caustiques peuvent être employés l’un et l’autre dans le traitement des cancers cutanés. Mais il n’est pas toujours facile de déterminer les cas qui reclament 1 application de lune ou de l’autre méthode ; si la cautérisation est infé-

toi

rleure à rextirpation dans les cas que nous avons eilés précédemment , nous pensons que dans certains cas elle mérite la préférence. Les caustiques conviennent particulièrement aux cancers de la peau qui ont reçu le^ nom de boutons et d’ulcères

cancéreux.

Les caustiques mis en usage le plus ordinairement ont déjà été indiqués ; j’ai donné également ailleurs les raisons qui devaient faire préférer les caustiques solides aux liquides; parmi les premiers, la potasse caustique, le caustique de M. Velpeau, le caustique de Vienne, le chlorure de zinc, et les préparations arsenicales, sont ceux qui méritent la préférence.

Potasse caustique. Cet agent thérapeutique a été mis en usage contre les cancers cutanés; de nos jours, il est pour ainsi dire abandonné et remplacé par d’autres caustiques, tels que le chlorure de zinc et les préparations arsenicales. Le Dran rapporte dans les Mémoires de C Académie royale de cliinirgie , t. 3 , l’observation suivante d’un cancer de la face guéri par l’application de la pierre à cautère.

Ün soldat du régiment de Champagne, âgé de quarante ans, avait à la lèvre inférieure un bouton gros comme une lentille ; il sentait dans le fond une douleur vive et à la peau une démangeaison si insupportable qu’il l’écorchait souvent. Pendant six années, il alla successivement dans plusieurs hôpitaux où on le traita avec des caustiques, et son mal augmenta de manière qu’il s’y forma peu à peu un

ulcère chaiicreux et horrible. Enfin, il vint à Strasbourg, où feu M. Lemaire, après lui avoir fait quelques remèdes généraux, usa pendant quelques jours de topiques doux. En voyant l’inutilité, il employa pendant plus de deux rnois différents caustiques pour détruire la tumeur, et malgré cela, elle ne faisait que s’accroître. Enfin, pour dernière ressource, il y mit des pierres à cautère qui produisirent une eschare très-profonde. Apparemment que ce dernier caustique porta sur toute la tumeur et la détruisit, car depuis ce jour-là l’ulcère prit une meilleure figure et guérit.

Caustique de M. leprofesseur Velpeau. On l’emploie dans les mêmes circonstances que le caustique de tienne, le chlorure de zinc et les préparations arsenicales.

Caustique de Vienne. Il peut être employé sous deux formes : à l’état de pâte, 2® ou solidifié par la fusion et disposé en crayon. C’est à cette dernière préparation que M. Récamier donne la préférence; cependant, sous forme de pâte, il s’applique plus facilernent aux surfaces anfractueuses ; mais il a l’inconvénient, lorsque la partie est vas-r culaire, de déterminer un écoulement de sang qui , en se mêlant au caustiqne, porte au loin son action, l’empêche d’agir convenableinent sur les parties malades, et expose ainsi à atteindre ce qu’on vou^ drait ménager, et à ménager ce qu’on voudrait atteindre. Du reste, si son action est vive et douloureuse, elle n’est pas de longue durée, et son application délermine peu de réacüon inllamma-

loire. H peut s’appliquer sans qu’il soit nécessaire que la surface soit privée d’épiderme.

Chlorure de zinc. Ce caustique a une action plus ou moins violente, selon que pour constituer la pâte on emploie une quantité plus ou moins consklérable de farine. D’après cela, on peut, jusqu’à un certain point, déterminer l’épaisseur de l’eschare ; cependant , il est nécessaire de remarquer que l’état maladif des tissus fait un peu varier ces résultats. Ajoutons que son application est trèsdouloureuse et qu’il se moule difficilement sur les surfaces anfractueuses; il faut, pour qu’il puisse agir, que la partie sur laquelle on l’applique soit dépouillée d’épiderme.

Préparations arsenicales. J’ai énuméré ailleurs celles qui sont le plus en usage. M. Manec, qui, dans ces derniers temps, a eu de fréquentes occasions d’employer ce caustique pour la destruction des maladies cancéreuses , se sert de la poudre du frère Corne, et il procède dans son application de la manière suivante : après avoir formé une pâte homogène , consistante , en ajoutant quelques gouttes d’eau , il en place sur la partie malade une couche de l’épaisseur de 3 à 4 millimètres et d’une largeur qui s’étend rarement au delà de 2 centimètres carrés, quelle que soit la forme du cancer, qu’il y ait ulcération ou végétation considérable, car, suivant M. Manec, la pâte n’attaque que les parties dégé-* nérées. Une fois l’application faite , on recouvre le caustique d’un morceau d’amadou mouillé qui doit adhérer intimement. Lorsque le cancer est trop

étendu pour pouvoir être détruit en une seule fois, M. Manec, au bout de quatre ou cinq jours, quelquefois plus, fait une nouvelle application en tous points semblable à la première, mais il attend tou^ jours, avec le plus grand soin, réliminatlon de l’arsenic absorbé. Parce moyen il n’a jamais eu, dit-il, à redouter un seul accident. Nous avons vu, à la Salpêtrière, plusieurs malades qui avaient été soumises à ce traitement pour des boutons ou ulcères cancéreux de la face ; sur un certain nombre, la maladie n’avait point récidivé.

Cette manière de se servir de la pâte arsenicale ne me paraît pas différer de la méthode ordinaire ; quant à l’explication par laquelle M. Manec cherche à interpréter les guérisons qu’il a obtenues, en disant qiie la pâte attaque seulement les parties dégénérées, c’est une assertion qui ne serait acceptable qu’après démonstration. Quelques chirurgiens ont l’habitude, à moins que la partie ne soit très-mince, de faire avec l’instrument tranchant l’abrasion de la partie malade, et, lorsque l’écoulement du sang, en général peu abondant, est arrêté, deux partis se présentent : ou appliquer la pâte arsenicale aussitôt, ou bien, mettant à profit les sages exemples du professeur Antoine Dubois, attendre que la suppuration soit établie à la surface de la solution de continuité; cette manière défaire est celle que nous adoptons. Soit qu’on recouvre ensuite la surface d’agaric, d’une toile d’araignée, ou qu’on la laisse à l’air libre, elle se dessèche, forme une croule

Inune constituée y)ar le caustique et par reschare

«lie reste adhérente , et ne tombe guère qUé dit quinzième au trente -cinquième jour, et quelque-* fois au delà. A la chute de l’eschare, il reste une plaie qui doit être conduite à la cicatrisation parle moyen ordinaire; ou bien, à mesure que î’eschare se détache de la circonférence au centre, la cicatrisation s’opère de la circonférence au centre aussi, pendant que l’eschare adhère encore à la partie centrale de la plaie. Si la surface malade était trop étendue, nous croyons qu’on devrait imiter la conduite de M. Manec et faire plusieurs applications successives; il en serait de même si à la chute de la première eschare il restait encore des parties malades.

Les préparations arsenicales doivent être proscrites du traitement des maladies cancéreuses voisines de la bouche, dans la crainte que l’arsenic ne soit entraîné dans les voies digestives.

En dehors de son action caustique, l’arsenic agitil, ainsi qu’on l’a pensé, comme un modificateur des parties voisines? nous ne pouvons le constater. Si nous lui donnons la préférence sur les autres caustiques dans les cas que nous avons déterminés, ce n’est pas que nous soyons convaincus de la vérité de cette opinion , mais bien à cause des nombreux succès qu’il a obtenus à différentes époques. On a encore attribué comme avantage aux préparations arsenicales de laisser, après la chute de l’eschare, des cicatrices plus blanches et plus régulières que celles que produisent les autres caustiques.

Oisons, toutefois, en terminant, qu’il ne met pas, d’une manière certaine, à l’abri des récidives, et qu’il n’arrête pas constamment les progrès du mal contre lequel on l’applique. Ajoutons qu’il faut aussi prendre garde à l’empoisonnement.

Un agent que je rangerai parmi les caustiques, et que je ne puis qu’indiquer, est celui que j’ai mentionné dans l’observation que je dois à M. Récamier ; je veux parler de l’action de ia pile appliquée à un cancer cutané pour en escharilier la surface , la douleur qui suivit son application et le peu de succès de cet agent n’engageront pas, sans doute, à l’essayer de nouveau , mais je ne devais pas le passer sous silence.

Ablation par l'instrument tranchant. D’après ce que nous avons dit dans les articles précédents, il est facile de voir pour quel cas nous réservons l’instrument tranchant.

Dans l’ablation ou l’extirpation des cancers cutanés, cette manière d’opérer convient presque exclusivement aux cancers cutanés à base large, à ceux qui , ayant commencé par la peau , ont pénétré profondément dans les tissus sous-jacents, à ceux qui se présentent sous la forme de tumeurs plus ou moins lobulées, à ceux enfin qui, se montrant sous forme de plaques, occupent une portion très-étendue du système tégumentaire. L’excision, combinée avec d’autres méthodes , la cautérisation en particulier, aide puissamment l’application de i autre moyen. Je ne puis tracer ici les règles qui doivent présider à ce genre d’opération ; on com-

prendra aisément que chaque cas particulier eur traîne des modifications dans le manuel opératoire. Je dirai que tantôt, et c’est le cas le plus ordinaire, il faut cerner la maladie par des incisions faites de dehors en dedans; que d’autres fols, par exception, on peut , à l’exemple de M. Velpeau , soulever des portions de téguments malades assez étendues, et les enlever en glissant à plat au-dessous d’elles un couteau qui , coupant de dedans en dehors alternativement des deux côtés de la tumeur, la sépare des parties saines; que d’autres fois , enfin, c’est en se servant exclusivement ou alternativement des ciseaux et du bistouri qu’on parvient h énucléer et à extirper les cancers cutanés.

Quels que soient le procédé et l’instrument dont on fait usage, il faut apporter la plus scrupuleuse attention à ne laisser dans la plaie aucune partie inaîade. On doit d’autant moins ménager la peau qui présenterait le plus léger caractère douteux quelle est le point de départ de la maladie. Le doigt autant que l’œil aide dans cette recherche minutieuse pour faire justice de toutes les parties qui, par leur coloration, leur consistance ou leur élasticité, s’éloigneraient des conditions normales.

Enfin, dans quelques cas, lorsque le cancer cutané occupe un des membres et qu’il a jeté des racines profondes, il ne reste qu’une ressource pour arrêter la maladie, c’est l’amputation de ce membre.

Aiitoplastie. Un moyen qui promettait de prévenir la reproduction des cancers, après leur ablation, ne pouvait manquer d’attirer l’attention de

tous les chirurgiens. Aussi, lorsqu eu 1835, M. Martinet (de la Creuse) vint faire connaître les résultats <|ue lui avait donnés Fautoplastie , comme moyen prophylactique de la récidive du cancer, ses idées furent-elles accueillies d’abord avec empressement, on peut même dire avec une certaine faveur; cependant une question de cette nature ne pouvait recevoir sa sanction que du temps et de l’expérience. Déjà, en 1836, M. Blandin (De l’ Autoplastie ^ thèse de concours pour la chaire de clinique chirurgicale; Paris, 1836) exprimait ainsi ses doutes : «Une ère nouvelle va-t-elle s’ouvrir pour la thérapeutique du cancer? l’autoplastie, enfin, est-elle chargée de résoudre cet important problème? Je suis loin de. l’assurer, car je suis du nombre de ceux qui pensent que rien n’est long, que rien n’est difficile comme la production dune vérité clinique, et la doctrine que j’annonce repose encore sur trop peu de faits pour qu’elle puisse avoir les caractères de chose démontrée. 0 Puis après, avoir rapporté les quatre observations de M. Martinet, il terminait ainsi : « Il est bien clair, je le répète, que l’observation peut seule prononcer en dernier ressort sur le mérite de l’ingénieuse application de l’autoplastie, qui est due à M. Martinet. »

Cependant, un très-petit nombre de chirurgiens répondirent à l’appel qui leur était fait, et lorsque, en 1840, M. Laugier [Bulletin cliirurgical , janvier 1840) voulut apprécier la valeur de l’autoplastie, appliquée a la cure radicale des cancers, la science ne possédait encore^ à cette époque, que les quatr e

observalions de M. Martinet, et quelques feits publiés ultérieurement par M. Blandin et M. Ch. Philips, de Liège. Nous ne reproduirons pas ici, dans ses détails, la critique à la fois sévère et judicieuse qui fut faite par deux de nos compétiteurs, MM . Laugier et Robert; les principales objections peuvent se résumer dans les propositions suivantes.

Dans la première observation, il s’agit d’un ma-^ lade qui portait un champignon cancéreux de l’aile gauche du nez, il y eut récidive le troisième jour après l’opération ; une seconde extirpation suivie d’autoplastie eut un heureux résultat... Ce fait prouve-t-il l’influence prophylactique de l’autoplastie?... Personne, je le pense, n’en tirera cette conclusion. La récidive qui suivit la première opération indique seulement que l’extirpation avait été incomplète. Quant à la guérison qui suivit la seconde opération aidée de l’autoplastie , elle ne paraîtra surprenante à aucun chirurgien , car oh sait que les cancers cutanés de la face sont ceux qui exposent le moins à la récidive. Le même raisonnement est applicable à l’observation de M. Blandin : aussi ce chirurgien, qui avait opéré sqn malade quatre ans avant la publication du mémoire de M. Martinet, n’a-t-il pas pensé à attri-' buer son succès à l’autoplastie , qu’il a appliquée d’une manière si heureuse dans cette circonstance.

Les trois autres observations sont relatives à deux cancers du sein, et à une tumeur de la face qui en-’ voyait des prolongements profonds entre les muscles ptérygoïdiens , et même jusqu’à l’apophyse

transvepse de la troisième vertèbre cervicale ; dans ces trois cas, une première opération fut suivie de récidive : on eut alors recours à une nouvelle extirpation, à la cautérisation, soit avec le cautère actuel, soit avec les caustiques ; à la rugination des os y puis un lambeau emprunté aux parties voisines fut ramené vet's la plaie pour combler la perte de substance. .

A l’époque où M. Martinet publiait ces faits, trois ans après avoir pratiqué son opération, il n’y avait pas eu de reproduction du cancer. Faut-il attribuer cet heureux résultat à l’autoplastie? Nous ne le pensions pas*, oiisàit, en effet, qu’on a obtenu, après une seconde et même une troisième extirpation , la guérison d’un cancer qui avait récidivé une et deux fois. Remarquons, en outre, que cette absence de récidive n’a été constatée que trois ans après l’opération; encore, une des malades était-elle morte, deux ans et demi après avoir été opérée , d’une maladie étrangère au cancer; or, le temps qui s’est écoulé après ces opérations n’est pas assez considérable pour qu on soit en droit de considérer les faits que nous venons d’analyser comme différant de ceux que la pratique nous montre journellement. Les remarques que nous venons de faire sur les observations de M. Martinet sont également applicables à celles de M. Philips.

L’opinion que nous venons d’émettre sur l’influence que peut exercer raUtoplastie nous dispense de discuter les explications plus ou moins ingénieuses qui ont été inventées pour rendre compte

(Je son action; nous pensons avec M. Laugier que le lambeau qu’on emprunte aux parties voisines ne s’applique pas, et ne peut pas s’appliquer à toute la surface en suppuration : ainsi , par exemple , dans la quatrième observation de M. Martinet, le lambeau put-il s’enfoncer dans l’anfractuosité où s’engageait la tumeur : entre les ptérygoïdiens , et même jusqu’à l’apophyse transverse de la troisième vertèbre cervicale ? Non , certainement. Il en est de même dans tous les cas où l’on applique un lambeau sur une plaie anfractueuse; ce lambeau ne peut donc exercer aucune influence sur les parties profondes. Le but que se proposent les partisans de l’autoplastie , c’est-à-dire de modifier la vitalité des tissus limitrophes de la tumeur, en les mettant en contact avec une portion de téguments qui va entrer avec eux en communauté vasculaire et nerveuse , ne saurait donc être atteinte que d’une manière très-incomplète.

Si à ces raisons l’on ajoute que bien des fois la récidive se manifeste, non pas dans la cicatrice , mais à une certaine distance , précisément sur cette partie du tégument que l’on aurait pu utiliser pour en former un lambeau autoplastique , on sera, je pense , très-éloigné de considérer la méthode de M. Martinet comme étant douée de la précieuse prérogative de conjurer le retour du cancer.

Mais ce n’est pas là précisément la question que nous devons résoudre, nous devons surtout nous attacher, d’après l’énoncé de notre thèse, à déterminer dans quelles limites Lautoplastie peut être utilisée

. dansie traitement descancersculanés. Or, son utilité nous paraît se rapporter à trois chefs principaux :

la durée de la cicatrisation de la plaie consécutive à l’opération; 2'’ la réparation d’une difformité; 3® le rétablissement de la fonction de l’organe lésé. Ces deux derniers points seront traités avec les détails q[u’ils comportent dans l’article que nous avons consacré au cancer de la face. Nous n’examinerons ici que l’influence quelle peut exercer sur la durée de la cicatrisation.

Nous avons plus d’une fois signalé la tendance c|iie présentent d’ordinaire les cancers à s’étendre en surface plutôt qu’en profondeur. Il résulte de cette disposition , que le chirurgien est souvent obligé de faire éprouver aux téguments une perte de substance considérable, qui ne peut être recouverte par la peau des parties voisines, surtout lorsque celle-ci ne jouit que d’une faible mobilité , ainsi que cela s’observe au nez, au front et aux lèvres. Une cicatrice doit alors se former de toute pièce à la surface de la plaie, et ce travail exige quelquefois un temps assez long. L’autoplastie, en permettant d’adapter à la perte de substance un lambeau qui se réunit immédiatement avec le fond et les bords de la plaie, abrège beaucoup le temps de la cicatrisation. C’est ainsi que nous voyons M. Martinet obtenir en dix-sept jours la guérison d’une plaie de l’aile du nez , dont la cicatrisation se faisait atendre depuis plus de deux mois.

Traitement intérieur et palliatif. — S’il s’agissait ici de passer en revue tous les remèdes qu’on a es-

Ht

sayés à l’intérieur contre le cancer, on aurait une

liste interminable : cela hiême prouve l’inefticacité des moyens employés. Plus une maladie échappe à nos moyens thérapeutiques, plus on voit se succéder et s’accumuler les propositions de mé“ dicamentations nouvelles. A ce titre, le cancer est singulièrement riche ; mais , dans tout cela , il n’y a rien sur quoi le malade et le médecin puissent compter. Qui aujourd’hui se promettrait quelquechose de la ciguë, tant vantée naguère? Quelle confiance accorder à l’arsenic , à l’iode , au mercure ? Altérer la constitution par quelqu’un de ces moyens était sans doute une tentative à faire ; mais la tentative a été faite, et malheureusement le succès a manqué. Tout traitement général a donc été trouvé impuissant : les cas de guérison cités ou sont des hasards, ou appartiennent sans doute à d’autres affections que le cancer. Il ne faut, je pense, se faire aucune illusion à cet égard : la thérapeutique interne n’a encore aucune arme contre le cancer.

Quand le cancer en est arrivé au point de n’être plus opérable, alors le chirurgien n’a qu’à essayer de pallier tant l’affection locale que l’affection générale qui en est inévitablement la suite. C’est là une des tâches les plus pénibles de l’homme de l’art, pénible surtout parce qu’elle est infructueuse et qu’elle se prolonge si souvent d’une façon désespérante. La thérapeutique n’a plus qu’à atténuer, autant que faire se peut, les souffrances qui

résultent de la destruction des parties , qu’à sou-

tenir les forces qui de jour en jour vont en diminuant, qu’à soulager surtout les cruelles douleurs auxquelles les patients sont en proie. Les narcotiques, à doses croissantes, sont le seul refuge du patient qu’ils arrachent par moments au sentiment de ses maux.

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