‹ Du cancer cutanéChapitre 7 sur 10 · CANCER CUTANÉ DE LA VERGE · texte numérisé non relu

CANCER CUTANÉ DE LA VERGE

Le cancer cutané de la verge doit être examiné d’une manière spéciale, parce que sa connaissance a des conséquences pratiques d’un grand intérêt.

Il me parait difficile de ne pas comprendre dans le cancer cutané de la verge celui qui se développe sur le prépuce, bien que ce soit presque constamment par la face interne du prolongement cutané qu’il commence, et que cette surface peut être considérée comme une muqueuse; mais il en est de ce cancer comme de celui des lèvres , dans lequel on ne saurait dire laquelle des deux membranes a été primitivement affectée,

11 débute souvent par un tubercule squirrheux ou par une verrue à l’état sec; mais le plus souvent ce n’est que quand l’ulcération est déjà produite

qu’on l’observe, il peut être la suite d’une inflaru” mation eczémateuse chronique du prépuce , qui a amené l’épaississement, l’induration et finalement la dégénérescence cancéreuse, soit que cette inflammation tienne à un vice général, soit qu’elle vienne du contact de la matière sébacée, retenue et amassée sous le prépuce. Mais la cause, sans contredit, lapins fréquente est l’existence du phimosis, accompagné ou non d’adhérences du prépuce au gland. Dans l’immense majorité des observations de cancer de la verge, rapportées par les auteurs, cette cause est indiquée, et, si elle favorise également le développement du cancer sur le gland, c’est néanmoins plus souvent alors qu’il commence parle prépuce ; ce que l’on s’explique facilement, puisque, pendant l’érection , le gland distend le prépuce , qui peut être assez étroit pour souffrir de cette distension, et que, dans le coït, il résiste à l’effort que fait le •gland pour le franchir; il en résulte des tiraillements , des déchirures du limbe du prépuce et un état de phlogose souvent renouvelée, qui finit par dégénérer. Sur douze cancers de la verge, opérés par Hey (W. Hey, Practical observations), neuf fois il y avait phimosis congénital ou accidentel. Dans ces neuf cas , cinq fois la maladie était bornée au prépuce , quatre fois le gland y prenait part dans une plus ou moins grande étendue, mais consécutivement.

M. Roux , dans la relation de son voyage à Londres (p. 306), insiste beaucoup à propos des observations de Hey, sur cette circonstance du phimosis

et sur ia nécessité de fendre ou de réséquer le prépuce, pour en éviter les conséquences possibles.

Le cancer peut n être pas borné à la portion libre du prépuce et se prolonger sur toute la peau du pénis , sans que les tissus sous-jacents y participent; il se passe alors ce que l’on voit dans les tumeurs élépbantiasiques, au-dessous desquelles on trouve le gland et les corps ca verneux à F état normal : il semble qu’un tissu différent forme barrière à la propagation du mai. Lisfranc rapporte , dans sa Clinique chirurgicale, t. 1, p. 116, deux observations, où il enleva tous les téguments dégénérés de la verge , et trouva au-dessous les corps caverneux intacts : aussi conseille-t-il de faire toujours une dissection attentive de la tumeur avant de se décider à sacrifier tout le membre , recommandation déjà faite par quelques auteurs , qui donnent le précepte de toujours fendre la peau du pénis avant d’en venir à Famputation ; des tumeurs, des excroissances et des ulcères du prépuce pouvant faire croire à des chirurgiens inexpérimentés, que la substance du glandes! le siège de ces altérations, tandis qu’on le trouvait sain au milieu de ce désordre.

Quand la maladie occupe la face interne du prépuce, l’existence du phimosis, l’impossibilité de mettre les surfaces malades à découvert , ont dû souvent être cause d’erreurs : on a pu prendre pour on cancer une induration herpétique de la surface interne du prépuce, avec d’autant plus de facilité que, comme le cancer, elle est le siège de douleurs

et de démangeaisons, et qu’elle donne lieu à un écoulement souvent très-félide.

Dans les cas où la surface malade peut être mise ou non à découvert , un chancre induré, occupant le prépuce, peut aussi en imposer pour un cancer, d’autant qu’ici l’indiiration n’est pas aussi bien circonscrite que dans les chancres du gland; qu’elle est diffuse et qu’elle semble occuper une grande partie du repli cutané. Le temps depuis lequel l’affection existe, les antécédents, les aveux du malade, peuvent être d’un grand secours pour le diagnostic.

Lorsqu’un chancre â disparu, il reste quelquefois dans la partie sur laquelle il siégait un engorgement œdémateux qui peut être pris pour un squirrhe. Quelquefois aussi, du centre d’une surface à cet état d’induration, il s’élève de petites fongosités, ou bien il y a transformation du chancre en plaque muqueuse. M. Ricord, dans ses notes à l’ouvrage de Hunter, dit avoir vu , par suite de ces erreurs, amputer quelques verges qu’on aurait sauvées en y regardant de plus près.

Il est encore une espèce de chancre syphilitique avec lequel on pourrait confondre le cancer cutané et non végétant de la verge , c’est l’ulcère phagédénique, qui s’étend plus ou moins rapidement sur les parties environnantes , et suivant une marche très-inégale , dont la forme est très-irrégulière , qui se guérit sur un point en même temps qu’il s’étend sur un autre, dont l’ulcération laisse voir quelques parties centrales où la cicatrisation a lieu.

Ce chancre détruit la peau dans une grande étendue, il la dissèque et la décolle des parties sousjacentes. Sa durée est très-longue, et il conserve pendant fort longtemps sa propriété contagieuse.

Certains cancers fongueux du prépuce sont trèsvolumineux ; Hey ( obs. 6 ) en a enlevé un qui pesait plus de 2 onces. Dans un état de développement aussi avancé , ce n’est plus qu’avec des végétations vénériennes que la maladie pourrait être confondue.

Si, pour le pronostic du cancer cutané de la verge, on n’avait égard qu’aux observations de Hey, il serait à coup sûr des plus favorables, puisque sur neuf malades opérés, il n’y a eu qu’une seule récidive avérée , ce qui n’est pas la proportion dans les cancers du corps de l’organe; mais il faut remarquer que la plupart des malades n’ont pas été revus au bout d’un temps assez long pour qu’on puisse être certain que la maladie n’a pas reparu. D’un autre côté, dans le cas où la récidive a eu lieu , on voit quelle a été tout aussi grave que si toute l’épaisseur du membre avait été malade d’emblée (obs. 9, p. 478).

Les malades de Lisfranc ont très-bien guéri d’opérations graves et dans lesquelles la dissection avait été longue et pénible. C’est en 1826 qu’ elles ont été faites , et au bout de quinze ans , à l’époque où l’ouvrage a été imprimé , il n’est pas dit qu’il y ait eu récidive.

C4i\CER CUTANÉ DE LA VULVE.

Le cancer cutané de ia vulve n a rien de plus spécial que celui des autres régions, soit comme évolution, soit comme indications curatives. Je ferai une seule remarque sur ce cancer, c’est qu’on le voit moins qu’on ne pourrait le soupçonner a priori chez les femmes qui ont beaucoup usé du coït, et que les malheureuses qui en sont atteintes sont souvent des femmes dont la vie a été très-chaste. Les maladies avec lesquelles on peut le confondre sont les affections syphilitiques primitives ou consécutives; ce que j’ai dit à propos du cancer cutané de la verge me dispense d’y revenir.

Mais la vulve peut être le siège d’une maladie qui est rare dans cette région, que pour mon compte je n’ai jamais observée, et sur laquelle M. Huguier vient de lire tout récemment un mémoire à l’Académie royale de médecine; c’est la dartre rongeante, lupus ou estfiiomène.

M. Huguier en admet, avec Biett, plusieurs variétés, et celle qu’il nomme perforante, végétante et hypertrophique œdémateuse lui paraît avoir été prise jusqu’à présent pour des cancers squirrheux , « L’erreur, dit-il , n’est jamais plus facile que quand ces trois espèces sont réunies sur la même personne. » Du reste, c’est, ainsi que nous l’avons vu pour la dartre rongeante des autres régions , dans l’induration plus grande des tubercules cancéreux, dans les ulcérations plus profondes, dans leur

marche plus rapide , dans leur extension aux parties circonvoisines , que M. Huguier trouve les éléments du diagnostic différentiel.

Page 1