CANCER DU SCROTUM
Le cancer du scrotum a été décrit par les chirurgiens anglais sous le nom de cancer des ramoneurs, Pott en a donné la première description complète; après lui, Earle {Transactions medico-cfiir . , t. 2, p. 12), A. Cooper et Samuel Cooper ont vérifié et complété les assertions de Pott. 11 est fort remarquable que cette maladie se montre spécialement sur lejr ramoneurs de l’Angleterre, et que ceux des autres pays, de la France en particulier, n’y soient pas plus exposés que les autres individus.
Cependant , il ne faudrait pas croire que les ramoneurs fussent seuls atteints du cancer du scrotum ; S. Cooper a signalé en effet que des ouvriers exposés par leurs travaux aux émanations arsenicales en étaient souvent affectés.
Cette maladie, enfin, peut se développer indépendamment de la profession et du climat. On la voit quelquefois en France, et, d’après le fait que j’ai observé , d’après celui qui a été vu dans le service de M. Lenoir, et rapporté dans la thèse de M. May or, elle aurait une marche et des caractères semblables à ceux que l’on constate en Angleterre chez les ramoneurs.
Le cancer pourrait envahir le scrotum , consécutivement à une altération du testicule , ou bien
se manifester dans cette partie de la peau, en même temps que sur d’autres, par l’effet d’une diatfièse ; mais nous Youlons parler seulement du cancer primitif et isolé, au moins pendant les premiers temps.
Or, ainsi envisagé, le cancer du scrotum est ordinairement constitué par le squirrhe, apparaissant sous forme de bouton ou de tubercule , comme cela a lieu à la face.
Si nous ne décrivions cette maladie que d’après les faits très-rares observés en France , nous n’aurions à noter rien de particulier pour les causes; mais, en ne perdant pas de vue les faits plus fréquents dont sont témoins les chirurgiens anglais , et qui ressemblent aux nôtres , nous devons signaler, comme une des causes de cancer, l’irritation continuelle de la peau mince et plissée de cette région par la suie qui s’y loge et séjourne dans ses sillons. Pott ne signale pas d’autre cause, mais Earle conçoit difficUement que le cancer puisse se montrer exclusivement sous l’influence d’une cause externe, et il pense que le développement du mal est favorisé par une prédisposition semblable à celle que nous avons invoquée précédemment.
Le cancer du scrotum commence le plus souvent par un bouton , une espèce de verrue , à la partie inférieure du scrotum ; ce bouton est dur, et ressemble , à part le volume , qui est plus considérable, à ceux de la face. Il est indolent d’abord , puis des démangeaisons s’y font sentir; au bout d’un temps plus ou moins long, mais, en général plus rapidement qu’à la face, ce bouton devient volu-
milieux ; il se fendille , s’excorie , se recouvre de croûtes, et s’ulcère.
Jusque-là, le mal est tout à fait local, et ressemble assez à l’ulcère chancreux de la face; mais, abandonné à lui-même , il s’aggrave , les ganglions inguinaux deviennent volumineux, l’induration, l’ulcération, gagnent en largeur et en profondeur. Dans le fait dont j’ai été témoin , comme dans celui de M. Lenoir, et dans plusieurs de ceux des chirurgiens anglais, le cancer s’est étendu jusqu’au testicule , et , plus tard, jusqu’aux viscères intérieurs.
Le diagnostic du cancer du scrotum ne peut offrir des difficultés lorsqu’il a pris un grand accroissement , que cette région présente un vaste ulcère, et que le testicule est envahi ; mais à la première période, quand il n’y a qu’un noyau induré avec line ulcération çroûteiise, les symptômes sont les mêmes que ceux du chancre induré, et dans plusieurs des faits cités par Pott, un traitement mercuriel avait été donné. Si donc l’aspect du mal et l’obscurité des antécédents laissaient des doutes sur la nature de la maladie, on pourrait s’aider au besoin du traitement antisyphilitique.
Le pronostic est toujours fâcheux; cependant il paraît assez positif que le mal récidive rarement sur place, et que surtout il ne se développe pas dans les viscères intérieurs, lorsque l’ablation a été faite de bonne heure , c est-à-dire à l’époque où la peau est seule atteinte. Quand, au contraire, on pratique l’extirpation à l’époque où le mai a gagné
en profondeur, la récidive et la cachexie cancéreuse arrivent plus ordinairement.
L’ablation avec l’instrument tranchant, en prenant soin d’enlever tout le mal et avec lui une partie de la peau saine , est le procédé que les chirurgiens anglais emploient de préférence.
Je terminerai par la relation du fait suivant :
Un homme de trente-quatre ans, domestique, me fut adressé de la province à rhôpital Cochin, le 29 octobre 1840; il avait vu paraître, plusieurs mois auparavant , un bouton douloureux à la partie inférieure du scrotum. D’après les renseignements donnés par le malade et le confrère qui l’envoyait à Paris, l’induration paraissait avoir occupé primitivement la peau du scrotum , comme dans le cancer des ramoneurs anglais; l’ulcération qui la recouvrait avait d’ailleurs été prise pour un chancre, et l’on avait administré un traitement mercuriel pendant lequel le mal avait paru s’aggraver. Quand cet individu se présenta à moi , l’ulcération était très-large , et l’induration profonde ; le testicule était manifestement envahi. Je pratiquai donc l’opération de la castration, et nous pûmes constater en effet une dégénérescence complète du testicule.
La plaie se cicatrisa , et le malade s’en retourna guéri dans son pays ; mais , trois mois plus tard , un nouveau bouton, exactement semblable au premier, se manifesta de l’autre côté du scrotum. La maladie suivit exactement la même marche que la première fois, l’autre testicule fut pris; et je pra
tiquai une seconde castration. L’ulcération de la peau s étendait si loin que j’eus de la peine à conserver assez de tégument pour recouvrir la plaie. Le malade fut guéri.
J’eus l’occasion de le revoir huit mois plus tard ; il avait alors un cancer des ganglions inguinaux , le teint jaune-paille, les forces affaiblies, enfin toute l’apparence d’une cachexie cancéreuse; il
mourut quelque temps après ; son autopsie ne put être faite.
KÉLOiDE, TUMEURS VERRUQÜEUSES OU MALIGNES DES