‹ Du cancer de la colonne vertébraleChapitre 3 sur 11 · FORME PRIMITIVE · texte numérisé non relu

FORME PRIMITIVE

Il est assez commun, chez les vieillards, de rencontrer au centre des corps vertébraux des espaces plus ou moins considérables remplis d'une moelle jaunâtre qui pourraient donner le changée à un

observateur ([ui n'est, pas prévenu, et lui faire croire à un cancer primitif, si surtout pendant la vie il a noté des douleurs à la partie postérieure du tronc, phénomène fréquent à cet àg*e, et qui lient à des causes multiples dont nous nous efforcerons d'établir plus loin la valeur diag'nostique. Ces espaces ag-randis, assez bien limités dans certains cas, sont dus à un processus nécrobiotique portant sur la substance fondamentale de l'os qui s'infiltre de gTanulations moléculaires , et se dissout peu à peu, pendant que les cavités dont il est creusé (canalicules de Havers et ostéoplastes) se remplissent de gTaisse qu'on retrouve sous différentes formes tant en dehors qu'à l'intérieur des éléments médullaires.

Il est une affection peu connue, mal étudiée et confondue à tort avec les autres états où l'on observe ég^alementla médullisation du tissu osseux, sur laquelle MM. Gharcot et Vulpian attirent l'attention dans leurs cliniques : A la simple vue, les os sont rongées et ramollis; au microscope, on trouve bien une raréfaction du tissu osseux, mais la moelle estfibroïde et vasculaire. Localisée aux corps vertébraux, cette lésion ne laisserait pas que d'embarrasser comme interprétation : car, comme nous le verrons bientôt, il est une forme de cancer dans Uiquelle la néoplasie se présente au début avec des coractères analog-ues. Indépendamment de la symétrie et de la diffusion qui sont la règ-le dans cette sorte de ramollissement des os chez les vieillards , les

caractères histolog'iques mentionnés plus haut achèveraient de lever tous les doutes.

Que dire maintenant des faits allég'ués par t^'œrster ( VI iirzburger mediciniche Zeitschrift, t. II , p. \ ; 1861) en réponse à cette prétendue ostéomalacie vraie des cancéreux sig-nalée par Rokitansky dans son Traité danatomie pathologique ?

En ce qui concerne le cancer primitif de la colonne vertébrale , rappelons seulement pour mémoire que. dans quatre observations, il s'ag'it de cancers qui occupaient à peu près toutes les pièces du squelette et qui paraissaient avoir débuté par le thorax pour irradier de là vers les os des membres sans qu'il fût possible de dire si la colonne vertébrale avait été primitivement le siég-e du processus morbide.

M. Gruveilhier, dans son Atlas d'anatomie patholog^ique [Maladies de la moelle épinière, 32' livraison, p. 6), a publié l'observation suivante :

Observation r*^. — Paraplégie douloureuse par dégénération cancéreuse d'une vertèbre. — Mort de pneumonie.

«Chevallier (Elisabeth-Adélaïde), 64 ans, entre, le 8 mars 1837, à F infirmerie de la Salpêtrière. salle Saint Alexandre, n" 18, dans l'état suivant :

« Paraplég-ie incomplète ; douleurs très-vives et presque continuelles dans les g'enoux , les mollets, les talons, et le long' des nerfs sciatiques.

«L'immobilité est douloureuse aussi bien que la contraction musculaire.

(d^a malack' ne peutpas rester en plaee et pouitanl elle redoute d'en chang'er à cause du redoublement de douleur qui en est la suite inévitable,

« Les mouvements actifs, comme les mouvements communiqués , sont ég*alement douloureux. Quant au caractère de la douleur, c'est un eng'ourdissement ou fourmillement.

«Au lit, elle meut assez bien les jambes. Levée, elle marche à l'aide de deux personnes qui la soutiennent. Elle exécute les mouvements de prog'ression, mais tei^re à terre, en traînant les pieds ; elle tomberait comme une masse si on cessait de la soutenir. Les deux membres inférieurs sont ég-alement affaiblis ; les membres supérieurs sont parfaitement sains. L'examen de la région lombaire fait découvrir la cause matérielle de cette paraplég'ie dans une saillie des apophyses épineuses de la douzième vertèbre dorsale et de la 1'* vertèbre lombaire. Il m'est d'ailleurs impossible de préciser la lésion qui a amené la déviation.

« Pour les commémoratifs, je recueille que la malade n'est dans cet état que depuis un an. Elle attribue à un refroidissement subit , par suite duquel elle a éprouvé une douleur avec tuméfaction de la rég'ion lombaire. Bornée d'abord à cette rég'ion , la douleur s'étendit bientôt à la cuisse droite , puis à la cuisse g'auche, le long* des nerfs sciatiques. et à la partie interne des cuisses. Les jambes et les pieds, d'abord respectés, ne tardèrent pas à être envahis. (Je n'ai pas noté la sensibilité taetile sous

rinfluence du pincernent, delà piqûre, du chaud, du froid, etc.) La douleur coïncide souvent avec une diminution notable dans la sensibilité tactile. Je prescrivis deux moxas de chaque côté de la saillie des épines et l'opium à l'intérieur, pour calmer la douleur.

«La malade se trouva tellement soulag-ée qu'elle demanda à sortir de l'infirmerie à la fin de mars. Elle y fut transportée de nouveau le 25 septembre. Je reconnus tous les sig-nes rationnels d'une pneumonie aig*uë parvenue à sa dernière période. L'état de la malade me parut désespéré. Elle refusa de se mettre sur son séant, et je n'insistai pas. Je me contentai d'ausculter en avant, où je reconnus une respiration puérile à g-auche, un râle à g^rosses bulles à droite. Une saig*née fut pratiquée le 26. Le 28, 2 onces d'huile douce de ricin. Elle succomba la nuit suivante.

«A l'ouverture, je trouvai une dég^énération cancéreuse de la première vertèbre lombaire, par suite de laquelle la moelle était comprimée, comme étranglée, mais sans solution de continuité manifeste.

«Tout le lobe supérieur du poumon g'auche , sauf le bord antérieur, la partie supérieure du lobe inférieur du même côté étaient frappés de pneumonie. Gomme dans toutes les pneumonies, une couche pseudo- membraneuse mince tapissait la plèvre et recouvrait le poumon.»

Ce fail est un lypo de cancer à forme primitive de la colonne vertébrale. L'examen eliniqne est ir-réprochable. Quant aux détails anaton tiques , ils laissent quehjue peu à désirer. Nous aurions bien tenu à savoir la variété à laquelle appartenait le cancer, si d'autres vertèbres n'étaient pasenvahies; mais , pour ce faire , l'emploi du microscope était indispensable.

Nos recherclies sur le cadavre ne nous ont pas permis jusqu'ici de rencontrer de cas semblable. Parfois , nous avons trouvé dans les corps vertébraux des moditications de forme et de structure ; les unes pliysiolog^ques , les autres patliolog-iques, qui auraient pu nous induire en erreur si lexamen microscopique ne nous était venu en aide ; toutes se rapportaient aux deux formes de méduUisation du tissu osseux, parla notion desquelles nous avons cru log'ique de commencer cet article.

Il n'en reste pas moins vrai que le cancer à forme primitive de la colonne vertébrale existe , et qu'il peut, tout comme le cancer à forme secondaire de cette même partie du squelette , amener la paraplég'ie douloureuse par affaissement des corps vertébraux.

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