‹ Du cancer de la langueChapitre 14 sur 17 · PANSEMETNS ET SOINS CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

PANSEMETNS ET SOINS CONSÉCUTIFS

L’ablation des cancers de la langue par les procédés simples, n’a besoin d’aucun pansement consécutif. On doit se contenter de prescrire à l’opéré un repos absolu et l’avertir qu’il évite de parler et de faire des mouvements intempestifs qui l’exposeraient à des hémorrhagies presque toujours fort graves.

M. Ghassaignac conseille, après l’opération, de faire tenir constamment sur la plaie de petits morceaux de glace qui seront renouvelés au fur et à mesure de leur liquéfaction.

Cette pratique aurait l’avantage d’arrêter le suinte-

ment sanguinolent qui succède aux extirpations de la langue, quel que soit^ le procédé choisi, et cette glace entretiendrait dans la plaie une fraîcheur agréable.

La complication la plus grave pendant cette période est toujours l’hémorrhagie secondaire. Si elle survenait, la glace, la compression simple ou avec des boulette» de charpie imbibées de perchlorure de fer et bien exprimées subiront ordinairement pour l’arrêter.

Otto J usl a fait un relevé assez intéressant des moyens qui ont été employés pour arrêter les hémorrhagies, soit pendant, soit après l’opération.

Ce relevé porte sur soixante-deux observations, et, quoiqu’il prévienne le lecteur qu’on ne serait point autorisé a tirer de ce tableau des conclusions légitimes, je vais néanmoins le reproduire pour indiquer les principales manières d’agir en présence des hémorrhagies primitives.

Ligature des vaisseaux dans la plaie. 29 fois.

Ligature en masse. 2

Ligature de l’artère linguale. T

Cautérisation au fer rouge. 7

Applications de glace et d’eau froide. 6

Suture des lambeaux dans l’amputation cunéiforme. 1

Styptiques, alcool. 3

Eau de Rabel, alun. 3

Absence d’hémorrhagie. 1

La ligature des vaisseaux dans la plaie est évidemment le moyen le plus radical d’arrêter l’hémorrhagie : c’est le premier à choisir. Mais trop souvent, quoi qu’en dise l’auteur, elle estimpossible. Les Allemands ne s’arrêtent pas à ces petites difficultés de détail, et l’on en voit qui prétendent comme Semeleder qu’un des avantages du galvano-cautère, esbdc favoriser la saillie des artères par la rétraction qu'il imprime aux muscles !/..

Les hémorrhagies consécutives cèdent ordinairement aux styptiques ; si cela ne suffisait pas on aurait recours à la cautérisation au fer rouge. Ders a opéré d’une troisième récidive avec le galvano-cautère une jeune fille de 26 ans, à laquelle il fut obligé de lier la carotide pour arrêter une hémorrhagie terrible, consécutive à l’opération.

La cicatrisation est ordinairement très-prompte, et la rapidité avec laquelle la perte de substance se comble a toujours été un sujet d’étonnement pour les chirurgiens. Lorsqu’elle touche à sa fin, il n’est pas rare d’observer sur la plaie des bourgeons saillants, mollasses, un peu pâles que M. Ghassaignac dans la note qu’il a ajoutée à

son observation, caractérise de bourgeons épithélioïdes. Leur aspect blafard pourrait faire croire à une récidive;, rnaisrabsenced’induration àleur base les fera distinguer aisément des vraies fongosités épithéliales. D’ailleurs ils ne tardent pas à s'affaisser pour faire place à une cicartrice de bonne apparence.

Les mutilations qu’entraînent les opérations préliminaires, telles que la section du maxillaire réclament des soins spéciaux. Ainsi les sutures des parties molles seront avantageusement protégées par des compresses d’eau froide , et un bandage en fronde assujettira la coaptation des fraganents osseux. Un tube à drainage permettra aux sécrétions purulentes du plancher buccal un écoulement facile.

Il faut s’attacher à surveiller avec grand soin les rapports des fragments; et, s’ils tendent à chevaucher i’un sur l’autre, on devra les maintenir à l’aide de moules en gutta-percha. Plus tard la surface de section tend à se nécroser ; de là des abcès qu’il faut ouvrir et surveiller.

Aux soins locaux que réclame l’amputation de la langue, il faut joindre les prescriptions hygiéniques et alimentaires qui ont pour but le bien-être et la nutrition de l'individu.

L’impossibilité d’avaler, qui n’est pas rare à la suite de l’opération, doit être avant tout surveillée, et l’alimentation assurée à l’aide de la sonde œsophagienne qui sera introduite par les fosses nasales, pour éviter que l’extrémité ne vienne heurter te plancher buccal.

La fièvre traumatique est médiocre et de peu de durée; souvent elle passe inaperçue. Pour peu qu’elle dépasse certaines limites, elle annonce une de ces com-

plications plus ou moins graves comme l’inOltration purulente, la pueumonie sur lesquelles je me suis longuement étendu. Aucune observation ne signale l’œdèrae de la glotte comme ayant succédé à l’opération; fait étonnant, quand on songe au voisinage des replis arythéno-épiglottiques, dont l’infiltration séro purulente a plusieurs fois causé la mort des malades non opérés.

Quant au traitement des complications qui surviennent après l’opération comme l’infection purulente, la pneumonie, l’érisypèle, etc, ce serait sortir des bornes de notre sujet que de vouloir nous y appesantir.

Enfin il me reste à rappeler la pratique de quelques chirurgiens, qui soumettent leurs opérés à un traitement interne, dont le but est de prévenir les récidives en modifiant l’organisme, c’est-à-dire le terrain sur lequel a pris naissance la maladie. La liqueur de Fowler, les préparations de cigüe sont la base de cette médication. Quelle en est la valeur? On ne saurait le dire. Je ne vois néanmoins aucun inconvénient à recommander cette pratique dès que des hommes, comme MM. Larrey, Richet, Demarquay, croient en avoir obtenu de bons résultats.

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