QUATRIÈME OBSERVATION
Ulcération superficielle du col avec catarrhe utérin.
Dans le mois de janvier 1832, je fus appelé chez madame G. , âgée de trente-quatre ans , d’une belle constitution, cl présentant les apparences d’une
bonne santé'. Cette clame m’apprit quelle était tourmentée depuis plusieurs années par un écoulement leucorrhéique , qui lui rendait, disait -elle , les approches de son mari très-douloureuses , et par suite très-redoutables ; qu’ après ces approches il lui arrivait parfois de trouver son linge taché par quelques gouttes de sang ; que l'exercice à pied ou en voiture lui était pénible et lui occasionait des douleurs dans le bas-ventre et des pesanteurs sur le siège ; qu’elle craignait enfin d’avoir un ulcère a la matrice.
Je trouvai effectivement cet organe engorgé , pesant et descendu jusqu’à un demi-pouce de la vulve. Le toucher fut peu douloureux ; mais le doigt rapporta des mucosités sanguinolentes. Les parties extérieures de la génération , les parois du vagin et le col utérin étaient abreuvés par la matière d’un écoulement abondant. Le spéculum introduit, le col et son orifice débarrassés, au moyen d’un pinceau de charpie , des glaires épaisses et filantes qui les obstruaient, je découvris sur la lèvre postérieure; près de l’orifice du col un peu dilaté, une ulcération de l’étendue d’un centimètre, arrondie, à bords taillés en biseau, légèrement élevés, et formant à leur centre une dépression ou était l’ulcère ; sa surface était rouge et granulée, et peu douloureuse.
Je fis prendre des bains et pratiquer des injections avec une décoction de guimauve et de mor elle. Âu bout de quelques jours je touchai l’ulcère avec un pinceau de charpie imbibée d’une solution affai-
DES ULCÉRATIONS DÉ LÀ MATRICE. 143 bîie de protonitrate acide de mercure. Les injections avec P acétate de plomb , a la dose de deux gros par pinte cFcau, furent substituées aux premières, et continuées pendant une quinzaine de jours.
L^écoulement avait alors sensiblement diminué , et la cicatrisation de Pulcère était à peu près terminée, lorsque la malade fut obligée de faire un voyage.
Il fut convenu qu' elle me tiendrait au courant de sa maladie, si elle persistait ou si elle s'aggravait. ]N avant pas reçu de nouvelles de celte dame, j^ai lieu de croire que sa guérison a été solide.
Lai trouvé chez cette dame, ce que j^ai observé depuis aux Vénériens , le catarrhe utérin accompagné de Fulcération de la muqueuse du col ou de son orifice , et j^ai vu que la guérison de celle-ci contribue puissamment à tarir Fécoulement concomitant ou secondaire qui se remarque dans des cas semblables.
Ulcération avec engorgement du col de Tutérus.
Des ulcérations simples peuvent exister, par le fait d'une simple coïncidence, sur le coi de Futérus squirrheux ; ces ulcérations peuvent se comporter comme dans les observations que nous venons de citer, laissant après leur cicatrisation le squirrhe sous-jacent parcourir ses périodes et s'ouvrir plus tard , après son ramollissement , par une plaie qui
réunit tous les caractères des ulcères cancéreux. Dans ce cas le cancer procède de dedans en dehors; cette marche, qui lui est ordinaire dans les organes glanduleux , il l’affecte rarement lorsqu’il siège dans la matrice. C’est ce qui nous a décidé à suivre les développemens de la maladie de la superficie au centre de F organe, sans négliger toutefois de signaler par des faits la marche inverse qu’elle suit dans quelques circonstances rares.
L’induration du col de l’utérus , de nature non squirrheuse , accompagne si fréquemment l’ulcération de la muqueuse , qu’il est rare de rencontrer celle-ci sans que le col soit plus ou moins engorgé. Et cela s'explique aisément par Fétat d’irritation et d’inflammation dans lequel l’ulcération entretient les tissus a la superficie desquels elle est placée.
Existe-t-il quelque moyen de distinguer si cette induration est squirrheuse ou non? Nous n’en connaissons d’autre que d’observer la marche de la maladie. L’ulcération dans l’un et l’autre cas est susceptible de cicatrisation , et se cicatrice si elle est convenablement traitée. La guérison entraîne la résolution plus ou moins complète de l’engorgement utérin, si cet engorgement est simple, s’il ne dépend pas d’une diathèse cancéreuse. S’il en dépend , au contraire, l’ulcération guérit, l’engorgement persiste , et tôt ou tard de nouvelles ulcérations apparaissent à sa surface , font des progrès que rien n’arrête , ou le ramollissement commence dans son centre, et finit par s’ouvrir largement, en présentant
ii sa surface les larges anfractuosités que nous avons décrites.